L'Art du brodeur

Charles Germain de Saint-Aubin · Chapitre 14 sur 39

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L'Art du brodeur

De la Broderie en Rapport.

retour recouvrir le tiers ou même la moitié de sa lame. Voyez Pl. 3, fig. 4, une des grandes flammes qui font le plein du manteau de l’Ordre du Saint Esprit. On lisere quelquefois cette guipure de milanese ou de cordon. Le clinquant ne s’emploie guere à d’autres usages; il faut des dessins assortis à ce procédé, la lame étant sujette à se casser quand elle a trop de portée, ou quelle tourne trop court. Les graines, revers de feuilles & petites moulures faites en

clinquant, comme s, s, Pl. 4, fig. 1, font valoir le reste de l’ouvrage, & lui donnent du mouvement & de la légéreté.

 

De la Broderie en Rapport.

 

T ce qui se brode par parties détachées sur de petits

métiers, pour être ensuite rassemblé l’un sur l’autre, & prendre plus ou moins d’élévation, s’appelle du rapport; mais on entend communément par Broderie de rapport, les bordures d’habits d’homme, compartiments de jupes, brandebourgs & autres morceaux que les Brodeurs tiennent en magasin, prêts à être appliqués sur tel fond qu’on voudra. On commence, après que le dessin est ordonné sur taffetas, toile ou papier jaune, par profiler tous les contours extérieurs avec une chaînette d’or, nommée

pratique, & cousue à petits points de soie, comme b, b, b, Pl. 4, fig. 5; ensuite s’il y a quelques fleurs ou compartiments qu’on veuille traiter légérement, on applique des bandes de réseau fait au boisseau, comme g, g, que l’on fixe par des points de soie dans les fleurs qui le bordent, & qui cacheront & recouvriront ces points quand elles seront brodées. Quelque fois les Ouvriers font eux-mêmes leur réseau sur la place même, par des points lancés & recroisés, qui n’entrent dans l’étoffe qu’aux endroits qui doivent être recouverts de Broderie, comme d, d; ce procédé est bien plus long, mais aussi il est plus délicat & plus exact. Ensuite on brode le passé si le dessin l’exige; on applique les fleurs de paillons p, p, p; on les guipe avec la frisure ou le bouillon, en laissant toujours déborder un peu de la pratique q, q; on fait les feuilles h, h, en paillettes comptées; les tiges i, i, en frisure guipée, toujours en laissant déborder à peu-près la moitié de la pratique. Quand le morceau est tout brodé, bien nétoyé, collé, séché, on le découpe avec des ciseaux pour ôter tout le fond qui paroît, même celui qui est sous le réseau, à moins qu’on n’ait mis sous ce réseau en commençant à travailler, un ruban d’argent ou de nuances: on peut même ajouter ce ruban après que la Broderie est découpée. Quand elle est ainsi dégagée de tout son fond, on la pese pour en savoir au juste la valeur; puis on la bâtit communément sur du papier bleu, pour la serrer en attendant qu’on la vende. Cette Broderie se vend depuis 18 jusqu’à 36 livres l’once, suivant le prix des matieres dont elle est composée. La pratique dont l’Ouvrier a d’abord profilé son ouvrage, sert à ficher le point sans gâter la Broderie, quand on veut l’appliquer sur telle ou telle étoffe. Les Lyonnois, au lieu d’une pratique, ne liserent leur Broderie en rapport, que d’un frisé en deux, ce qui est moins solide. Il se fait des Broderies de rapport en guipure, satiné, clinquant ou nuances, même en chaînette, tant on a trouvé commode de pouvoir avoir en vingt-quatre heures, ce qui ne peut se broder qu’en un mois. Les Broderies de rapport ont encore l’avantage de pouvoir être transportées successivement sur des fonds différents.