L'Art du brodeur
De la Broderie en bas-relief.
P broder en bas-relief des tableaux, rinceaux d’ornement,
mascarons, fruits ou fleurs, comme le caparaçon ou la housse de la Planche 7, le Brodeur, après avoir dessiné sur un petit métier les différentes parties de son objet, détachées les unes des autres comme Planche 2, commence par exprimer les plus grandes saillies,
fig. 3, 3, 3, Pl. 2, avec de gros fils écrus & cirés, qu’il conduit avec une broche, & qu’il coud les uns sur les autres à plusieurs reprises, suivant le plus ou le moins de relief qu’il veut donner à ses fleurs; ensuite il recouvre ces premiers ligneuls en sens contraire, d’une surface de fils de Bretagne bien cirés & passés à l’aiguille ou
couchés à points de soie. Voyez fig. 4, 4, 4, Pl. 2. Il assujétit à mesure qu’il travaille, ses fils & les modeles avec le menne-lourd, pour exprimer toutes les feintes, revers, nervures & ondulations. Quand chaque objet a toutes ses rondeurs & formes différentes bien sensibles & même un peu outrées, (ce qui est l’ouvrage des plus intelligents Ouvriers, & souvent d’après un modele en cire ou en plâtre), les Brodeuses couvrent le tout en sens contraire aux derniers fils, avec de l’or en broche cousu à petits points alternes,
d’une soie bien cirée, (voyez Pl. 2, fig. 5, 5, 5, 5,) les points se trouvent perdus dans les fils, on ne voit plus que l’or faisant l’osier. On casse beaucoup d’aiguilles dans cette opération, à cause de la fréquente rencontre des fils qui font l’enlevure & de leur dureté. Les graines 6, nervures de feuilles 6, & revers 6, se font assez communément de clinquant guipé, ou d’or trait, pour varier les effets. Si quelque objet qui a de l’épaisseur, se termine en vive arête par le bord, on cache l’épaisseur des fils par un cordonnet de soie cousu, qu’on appelle faveur ou vernis; puis on lisere avec la milanese ou le cordon cousu dans le retors, pour exprimer plus purement les formes que les différents travaux avoient confondus, fig. 7, 7, 7, 7. Il faut bien se garder de liserer tout ce qui fait horison, comme dos de revers, horisons de fruits, rondeur de plis d’étoffe, &c; c’est une faute très-commune aux Ouvriers qui manquent de goût. La lisiere doit être faite par les meilleurs Ouvriers. Quand plusieurs objets se jouent, ou doivent dominer les uns sur les autres, on les rend plus sensibles en les brodant d’abord séparément comme fig. 7, 7, 7, 7; on les rapporte ensuite les uns sur les autres, comme fig. 8, 8, 8, 8; & chaque bout de cordon o, fig. 7, qui a liseré ces parties, & qu’on a laissé trop long en apparence, on le passe au travers de l’étoffe en raccordant; quelques points perdus & cachés suffisent pour fixer ces différents fleurons: on peut augmenter le relief des grandes parties, en cousant à la place qu’elles doivent occuper, un ou plusieurs morceaux de chapeau plus étroits que la Broderie, qui doit les recouvrir: c’est ce qu’on appelle emboutir. Voyez fig. 2, b e.