Le Journal qui s'effeuillait
Chapitre 13 Folle poursuite
Chapitre 13
Folle poursuite
Hannibal, suivi de ses camarades, courut à la remise. À présent, la fumée était plus épaisse mais on ne voyait pas encore de flammes.
« La pierre est dure à s’attaquer, fit remarquer Peter. Seul le bois brûle ! »
Harvey, qui s’était éclipsé un bref instant, revint avec un extincteur. Peter et Bob quittèrent en hâte leurs vieux blousons et emboîtèrent le pas à Harvey qui pénétra avec prudence dans la remise. Un bref coup d’œil autour d’eux suffit à les renseigner.
« Il s’est produit un court-circuit, là, dans ce coin ! » cria Harvey.
Dehors, Mme Slunn et le professeur Shay écoutaient le sifflement de l’extincteur et le bruit des blousons battant les flammes. Hannibal, toujours pratique, était allé couper le courant.
Quelques instants plus tard, la fumée diminua, puis l’incendie s’éteignit. Il n’avait pas eu le temps de faire de grands ravages. Peter apparut, triomphant. Il tenait à la main le journal d’Angus.
« À peine roussi, Babal ! annonça-t-il, radieux. Mais une chose m’intrigue… Je l’ai trouvé à terre, près de la petite porte de derrière qui s’ouvre sur les bois. Et cette porte était ouverte. »
Hannibal fronça les sourcils.
« J’avais posé le journal sur l’établi, j’en suis sûr, déclara-t-il. Il faut donc supposer que quelqu’un a songé à le voler mais que ce début d’incendie, en le surprenant, l’a obligé à fuir très vite… Et, en fuyant, notre inconnu a perdu son butin. La chose ne peut pas s’expliquer autrement ! »
Il feuilleta vivement le journal, comme pour s’assurer qu’aucune page n’y manquait. Il était encore plus intrigué que Peter ! Si Stebbin avait photographié le document et s’il travaillait en cheville avec Java Jim, à quoi bon le voler maintenant ?
Il fut arraché à ses pensées par quelqu’un qui arrivait en courant. C’était Rory. L’index tendu vers la remise, il criait :
« Là, derrière !… Derrière la remise ! Je l’ai vu de ma fenêtre. Il courait à travers les arbres. Vite !
— Dépêchons-nous ! s’écria à son tour le professeur Shay. Nous pourrons peut-être encore le rattraper. »
Hannibal en doutait fort mais, comme les autres, se lança dans le sous-bois. Rory courait en tête.
« Je l’aperçois… là-bas… devant moi ! rugit soudain l’Écossais. Il cherche à rejoindre la route. »
Les poursuivants s’égaillèrent parmi les arbres, avançant avec difficulté car la végétation était dense sous le couvert. Le professeur Shay faisait de son mieux pour marcher en ligne droite, espérant couper le chemin au fugitif. Hannibal et Bob, qui formaient l'arrière-garde, firent halte pour tenter de scruter les profondeurs du sous-bois.
Il se fit un brusque silence, comme si les autres, eux aussi, s’étaient arrêtés pour prêter l’oreille et regarder alentour. Et puis, à quelque distance devant eux, une voix grommela que « ce maudit gredin devait se cacher ». Hannibal et Bob reprirent leur marche prudente. Ils avancèrent encore d’une centaine de mètres. Brusquement, une branche craqua sur leur droite.
« Bob ! » murmura Hannibal.
Il n’eut pas le temps d’en dire plus long. Un cri éclata à son oreille. Une silhouette jaillit d’un buisson. Hannibal tomba par terre dans un enchevêtrement de bras et de jambes, sur fond sonore de beuglements en tout genre.
« Je le tiens, mes amis ! Je le tiens ! criait Peter.
— Au secours ! À l’aide ! » hurlait Hannibal de son côté.
Bob poussa un gémissement consterné :
« Peter ! C’est nous, voyons ! Tu viens d’attraper Babal ! »
Le tourbillon furieux qui s’agitait devant lui s’arrêta net. Hannibal leva le nez et aperçut Peter qui, étalé sur lui, l’écrasait de tout son poids :
« Holà, vieux !
— Quoi ! s’exclama Peter, effaré. C’est toi ?… Je pensais… J’avais cru…
— Allez ! Ôte-toi de là ! bougonna Hannibal en se remettant sur pied non sans mal et en brossant ses vêtements. La prochaine fois, tâche de mieux regarder sur qui tu sautes. »
Peter eut un clignement d’yeux plein de malice :
« Avoue que, toi aussi, tu croyais bien tenir le bonhomme après lequel nous courons ?
— Ce que vous pouvez avoir l’air drôle, tous les deux ! » dit Bob en s’esclaffant.
Peter et Hannibal éclatèrent de rire à leur tour. Ils riaient encore lorsque le professeur Shay, Rory et Harvey, revenus sur leurs pas, les rejoignirent. Les yeux du professeur brillaient de fureur derrière les verres de ses lunettes. Son visage rond et rose affichait un dépit presque comique. Rory ne semblait pas moins furieux que lui.
« Il a filé, expliqua l’Écossais. Le diable l’emporte ! Mais je l’ai vu comme je vous vois ! C’était Java Jim, si je me fie à la description que vous m’en avez faite.
— Java Jim ! protesta le professeur Shay. Mon cher McNab, vous voulez dire Stebbin ! Je l’ai aperçu moi aussi.
— Qu’est-ce que vous racontez ! grommela fort peu aimablement Rory. J’ai vu un type qui avait l’air d’un marin, avec une barbe noire.
— Pas une barbe ! Une moustache brune, rectifia encore le professeur en insistant.
— Dites donc ! J’ai déjà rencontré Stebbin et je l’aurais bien reconnu si ç’avait été lui !
— Cependant… » commença le professeur Shay.
Puis il se tut et parut réfléchir.
« Ma foi, soupira-t-il au bout d’un moment, il est possible que je me sois trompé. Je n’ai fait qu’entrevoir l’individu.
— Et moi, je l’ai bel et bien vu ! assura Rory. Je n’ai aucun doute sur son identité.
— Inutile de vous chamailler ! dit Hannibal. Nous sommes en train de perdre du temps. Allons, rentrons ! »
Le petit groupe eut tôt fait de regagner la maison. Mme Slunn les attendait tous avec anxiété. Hans, qui avait abandonné sa camionnette pour venir voir de quoi il retournait, lui tenait compagnie.
« Le gredin s’est échappé, grommela Rory. Si j’avais été plus rapide pour sortir de la maison, je l’aurais pincé !
— Ainsi, vous étiez dans la maison, monsieur McNab ? interrogea Hannibal d’un air innocent.
— Certainement, mon garçon. J’ai senti de la fumée, j’ai regardé par la fenêtre… et j’ai vu ce type-là qui rôdait près de la remise.
— Il faut avertir la police, déclara le professeur Shay. J’étais seulement venu vous dire que Stebbin était en liberté provisoire. Maintenant, je dois m’en aller. Je prendrai cependant le temps de faire une déclaration au poste de police… au sujet de Java Jim cette fois !
— Oui, oui, vous avez raison, approuva Rory (et sa voix était soudain étonnamment amicale). Je crois que je vous dois des excuses, jeunes gens ! ajouta-t-il à l’intention des garçons. Je doute toujours que le trésor existe mais je reconnais que d’autres que vous croient à sa réalité. »
L’Écossais secoua la tête et soupira :
« Vos adversaires sont des hommes dangereux, si vous voulez mon avis. C’est à la police de s’occuper d’eux. Pas à vous ! »
Le professeur Shay abonda dans son sens :
« Navré de vous le dire, mais je suis tout à fait de l’avis de M. McNab.
— Peut-être en effet… commença Mme Slunn en hésitant.
— Mais nous ne courons aucun danger, madame ! assura Hannibal vivement. Il est évident que Java Jim a en main tout ce qu’il souhaitait. Il n’essaiera plus de nous attaquer. Dans l’île, Stebbin nous a échappé lui aussi. Tous deux courent après le trésor. Ce que nous avons de mieux à faire est de le dénicher avant eux. Bob et Peter sauront se montrer prudents. Quant à Harvey et à moi, nous aurons Hans avec nous.
— N’empêche que je n’aime pas ça ! gronda Rory en se rembrunissant.
— Je crois que les garçons sauront veiller sur eux-mêmes, déclara tranquillement Mme Slunn. Ils sont assez grands pour cela.
— Bien dit, maman ! » lança Harvey soudain épanoui.
Le professeur Shay sourit :
« Moi aussi, chère madame, je fais confiance à leur jugement. Et maintenant, il faut vraiment que je parte. Mais tenez-moi au courant, hein, jeunes gens ? »
Le petit professeur grimpa dans sa fourgonnette et disparut. Rory, comme à regret, aida Hans à charger la camionnette de vieux objets et d’anciens meubles dont Mme Slunn acceptait de se débarrasser en faveur de l’oncle Titus. Quand il eut fini, il se dirigea vers la vieille Ford de Mme Slunn :
« Vous avez peut-être du temps à perdre, mais pas moi. Sans compter qu’il va me falloir réparer la remise ! »
Peter et Bob enfourchaient déjà leurs bicyclettes pour reprendre la route de Rocky et poursuivre l’enquête auprès de l’entreprise Ortega.
De leur côté, Harvey et Hannibal grimpèrent dans la camionnette. Hans mit le cap sur Santa Barbara.
Encore Java Jim !
Assis près de Hans, sur le siège avant de la camionnette, Hannibal ne tenait pas en place. Il aurait déjà voulu être à Santa Barbara.
« Plus vite, Hans ! Il nous faut arriver là-bas les premiers !
— Nous y serons à temps, ne t’en fais pas, répondit placidement le Bavarois. Trop de précipitation risquerait de nous envoyer dans le fossé. C’est ça qui nous avancerait ! »
Hannibal soupira et se mordit les lèvres d’impatience. Harvey, qui venait de relire un passage du journal d’Angus, leva soudain la tête. Il semblait effaré :
« Hannibal ! Mon ancêtre parle bien d’un déplacement à Santa Barbara, mais il ne précise pas où il est allé ! Et où irons-nous nous-mêmes quand nous serons là-bas ? »
Hans grommela entre ses dents :
« Santa Barbara est une grosse ville.
— Assez importante en tout cas pour avoir des archives bien tenues, répliqua Hannibal. Nous découvrirons l’endroit où s’est rendu Angus, en utilisant l’indice qu’il nous donne.
— Un indice ? répéta Harvey d’un air surpris. Quel indice ?
— Il dit avoir acheté quelque chose dans un magasin “récemment dévasté par le feu” expliqua Hannibal triomphant. En 1872, Santa Barbara était encore assez petite pour que cet incendie soit signalé dans les archives du journal local ! »
On atteignit les faubourgs de la ville au milieu de l’après-midi. Le journal local occupait un bâtiment ancien, imitant le style mauresque, sur la place principale. Le préposé aux renseignements dirigea les visiteurs sur un certain M. Pigeon, au second étage. Le rédacteur en chef était un petit homme, mince et souriant.
« En 1872 ? dit-il. Non, notre journal n’existait pas encore. Cependant, il y avait bien une gazette locale, qui a certainement mentionné le sinistre dont vous me parlez !
— Savez-vous, demanda Hannibal, où nous pourrions consulter les archives de cette gazette ?
— Eh bien, nous les avons recueillies nous-mêmes mais, par manque de place, nous avons été obligés de détruire tous les documents antérieurs à 1900. »
Le chef des Détectives poussa un gémissement :
« Tous… vraiment tous ?
— Je le crains… Cependant… attendez !… Je connais quelqu’un qui pourra peut-être vous tirer d’affaire. Il s’agit d’un vieux rédacteur qui a travaillé à la gazette pendant plus de soixante ans. L’histoire des menus événements locaux, même très anciens, le passionnait. Je suis à peu près certain qu’il a une collection particulière des numéros de son cher journal, qu’il a en partie héritée de son père.
— Habite-t-il Santa Barbara ? demanda Hannibal, plein d’espoir.
— Oui, certainement. »
M. Pigeon consulta un classeur et en sortit une fiche :
« Il s’appelle Jesse Widmer et demeure 160 Anacapa Street. Je suis persuadé qu’il sera content de vous voir. »
La camionnette ne tarda pas à s’arrêter devant le numéro indiqué. Il correspondait à une petite maison, tout au bout d’une longue allée qui contournait un bâtiment plus grand. Hannibal et Harvey se hâtèrent le long du passage, tandis que Hans les attendait dans la voiture. Brusquement, Hannibal s’immobilisa.
Une porte venait de claquer non loin de lui. On entendit quelqu’un s’éloigner en courant.
« Regarde, Hannibal ! » cria Harvey.
La porte d’entrée de la petite maison était entrebâillée. Comme les deux garçons restaient là, aux écoutes, un faible cri leur parvint :
« Au secours ! À moi !
— Quelqu’un a besoin d’aide. Allons-y ! » s’écria Hannibal en bondissant, suivi de près par Harvey.
Hans avait entendu lui aussi. Il sauta à bas de la camionnette et se précipita à son tour.
La porte de la maison s’ouvrait sur une salle de séjour propre et parfaitement en ordre. Des livres s’alignaient sur des rayonnages. On voyait au mur la « une » soigneusement encadrée de certains numéros de journal aux titres à sensation. Le papier de ces feuilles était jauni : elles ne dataient pas d’hier.
« Au secours ! »
L’appel provenait d’une autre pièce, sur la gauche. Les garçons pénétrèrent dans un bureau bourré d’archives de journaux et de magazines. Une machine à écrire était posée sur la table de travail. Une feuille, en partie imprimée, indiquait que quelqu’un était en train de taper un manuscrit.
Un homme âgé gisait sur le tapis. Ses yeux égarés se posèrent sur les nouveaux venus. Un peu de sang tachait le coin de sa bouche. Son visage était meurtri.
« Mein Gott ! » murmura Hans à la vue du vieillard blessé.
Il releva doucement le malheureux écrivain et l’installa dans un fauteuil. Harvey courut chercher un verre d’eau. Le vieil homme but avec avidité.
« Un barbu, murmura le blessé. Avec une cicatrice au visage. Il ressemblait à un marin… Qui… qui êtes-vous ?
— Java Jim ! » s’exclama Harvey à mi-voix.
Hannibal expliqua au vieil homme qui ils étaient :
« C’est M. Pigeon qui nous a donné votre adresse. Vous êtes bien M. Jesse Widmer, n’est-ce pas ?
— Oui… Java Jim ? C’est l’homme qui m’a attaqué ?
— Nous le pensons, monsieur Widmer. Mais que voulait-il de vous ? »
L’ancien journaliste respira profondément, tandis que Hans pansait doucement ses meurtrissures. Puis il sourit pour montrer qu’il n’était pas sérieusement blessé :
« Cet homme, lui, est arrivé ici sans la moindre recommandation. Je ne le connaissais ni d’Ève ni d’Adam. Il venait se renseigner sur un incendie qui aurait ravagé un magasin, en 1872. Il a également fait allusion au naufrage de l’Argyll Queen.
— Il court après le trésor, dit Peter.
— Il y a donc un trésor ! Et cet homme le recherche ? Voilà pourquoi il s’intéressait si fort à mon fichier.
— Que lui avez-vous révélé, monsieur ? s’enquit Hannibal.
— Rien, mon garçon ! Sa tête ne me plaisait pas. Alors, il m’a frappé et a fouillé dans mes classeurs. Il a trouvé ce qu’il cherchait, je suppose, car il a filé en emportant des coupures de presse. »
Hannibal laissa échapper une exclamation désolée :
« Des coupures de presse ? Savez-vous de quoi il s’agissait, monsieur ?
— Sans doute de cet incendie de 1872 ! Mais ne vous désolez pas. J’ai une boîte pleine de microfilms intéressant la période en question. C’est ma manière à moi de conserver les doubles des articles dont j’ai besoin pour écrire le livre que je consacre à la chronique locale. Tenez, placez cette bobine dans l’appareil de projection… Là… Elle commence à septembre 1872… »
Il mit l’appareil en marche.
« Nous y voilà ! s’écria bientôt Hannibal. Le 15 novembre. Right et Fils, marchands de fournitures pour la marine, ont été victimes d’un incendie qui a grandement endommagé leur boutique… C’est certainement ça !
— Right et Fils, répéta M. Widmer. Leur affaire existe toujours. C’est tout près du port.
— Allons-y vite ! » s’écria Harvey.
Hans hocha la tête.
« Auparavant, dit-il, je crois que nous ferions bien d’appeler un médecin pour M. Widmer. »
Le vieil homme protesta avec énergie :
« Non, non ! Certainement pas ! Je me sens d’aplomb maintenant. Si ça n’allait pas, j’appellerais mon docteur habituel… Hâtez-vous de rattraper le barbu ! La nouvelle de son arrestation sera pour moi le meilleur des remèdes. Allez ! Dépêchez-vous ! »
Hannibal hésita un peu. Puis il sourit au vieil homme, le remercia et partit avec ses compagnons. Hans sauta au volant. La camionnette prit la direction du port. Ils trouvèrent facilement le magasin de Right et Fils. Les marchands de fournitures pour la marine tenaient boutique dans une rue perpendiculaire au quai. Leur enseigne était bien visible.
Un homme d’un certain âge reçut les trois garçons.
« Que puis-je pour vous ? » demanda-t-il. Harvey, bouillant d’impatience, répondit par une question :
« Avez-vous des registres remontant à 1872 ? » Plus posément, Hannibal expliqua :
« Nous cherchons à trouver… »
Le commerçant lui coupa la parole.
« Si vous êtes des amis de ce grossier barbu qui était ici tout à l’heure, déclara-t-il sèchement, je vous prie de prendre immédiatement la porte.
— Non, non, monsieur ! Nous ne sommes certes pas des amis de ce gredin ! » s’écria Hannibal.
Et il exposa le but de leur visite.
« Vous dites : Angus Slunn ? dit le commerçant. Je regrette mais, ainsi que je l’ai déclaré à mon indésirable visiteur, un grand nombre de nos registres ont été détruits par accident. » Hannibal était consterné :
« Il n’y a donc pas moyen de savoir ce qu’Angus Slunn a acheté chez vous en 1872 ?
— Hélas, non ! Tous nos livres comptables ont été… Mais attendez un peu… Il est possible que je puisse vous fournir tout de même certains renseignements… Patientez un instant, voulez-vous ? »
Sur ces paroles qui remettaient un peu d’espoir au cœur des enquêteurs, le marchand gravit les marches d’un escalier conduisant à une porte marquée Privé. Il disparut.
Hans, qui aimait presque autant que l’oncle Titus les objets insolites, commença à passer en revue les fournitures de marine exposées dans les vitrines. Harvey, de son côté, s’approcha de la devanture pour y admirer une remarquable maquette de navire. Hannibal resta sur place, à ronger son frein. Soudain, ayant jeté un coup d’œil dans la rue, Harvey poussa un cri.
« Hannibal ! » appela-t-il dans un chuchotement mais d’une voix pressante.
Le chef des Détectives le rejoignit vivement :
« Qu’y a-t-il, mon vieux ?
— Il y avait quelqu’un là, dehors, avec l’air d’épier le magasin !
— Où donc ?
— Au bout de la rue… de ce côté. Quand il s’est vu découvert, l’homme a fait un saut en arrière. La maison qui fait le coin nous le cache. C’est peut-être Java Jim ! »
Hannibal jeta un coup d’œil au fond de la boutique. Le commerçant n’était pas encore revenu. De son côté, Hans était plongé dans la contemplation d’une horloge de navire. Hannibal fit signe à Harvey. Tous deux sortirent sans bruit.
« Essayons de le voir sans être vus », dit le chef des Détectives.
Les deux amis descendirent prudemment la rue jusqu’au quai, en rasant les murs des maisons. Arrivés au coin, ils tendirent le cou et regardèrent autour d’eux. Harvey fut le premier à repérer la voiture :
« Hannibal, une Volkswagen verte ! »
Le véhicule était garé de l’autre côté du large quai. Au-delà, Hannibal aperçut un jeune homme moustachu qui traversait à pas pressés une zone de sable mouillé en direction d’un vieux rafiot en bois échoué au bas de l’eau :
« Ce n’est pas Java Jim, c’est Stebbin ! »
Les deux garçons virent leur suspect disparaître derrière le bateau à demi enlisé. Les lèvres de Stebbin bougeaient comme s’il parlait.
« Il a rendez-vous avec quelqu’un, murmura Hannibal.
— Peut-être avec Java Jim ? suggéra Harvey.
— Viens ! Suis-moi ! » ordonna Hannibal.
Sans hésiter, il traversa le quai et s’approcha du bateau :
« S’il s’agit de Java Jim en conversation avec Stebbin, peut-être pourrons-nous entendre ce qu’ils disent et connaître leurs plans. Et puis… j’aimerais bien savoir comment Java Jim a eu l’idée de se rendre directement chez Jesse Widmer, sans passer par M. Pigeon ! »
Hannibal se tut et mit un doigt sur sa bouche. Il se colla contre le flanc du vieux bateau et tendit l’oreille. Mais aucun son ne lui parvenait depuis l’autre côté.
« Nous sommes trop loin, murmura Harvey à son tour. Il faudrait faire le tour.
— Tu n’y penses pas ! Nous tomberions sur eux. Écoute, j’ai une meilleure idée. Grimpons et guettons-les de là-haut ! »
Une échelle de fer escaladait le flanc du rafiot. Vu l’inclinaison de celui-ci, il n’était pas facile d’y grimper. Hannibal réussit néanmoins à hisser jusqu’en haut sa personne replète. Harvey le suivit lestement. L’un derrière l’autre, ils traversèrent le pont sur la pointe des pieds pour s’approcher de l’autre bord… et le pont céda brusquement sous leur poids : le bois en était pourri ! Les deux amis dégringolèrent dans un trou d’ombre.
« Hou ! là ! là ! grommela Hannibal, qui s’enfonçait dans quelque chose de doux et de mouillé.
— Nous sommes tombés sur une pile de vieux sacs, dit Harvey. C’est encore une veine ! »
Quand ils furent un peu revenus de leur émotion, les deux garçons se mirent tant bien que mal debout sur le sol en pente et regardèrent autour d’eux. Ils étaient dans la soute du rafiot… un lieu obscur, peu ragoûtant et sentant le bois pourri. Un peu de jour filtrait entre les planches disjointes des flancs du bateau… et aussi par le trou qu’Hannibal et Harvey avaient fait en tombant. Malheureusement, ce trou se trouvait très haut au-dessus de leur tête.
« Il faudrait trouver quelque chose sur quoi monter, dit Hannibal. Cherchons ! »
Mais ils eurent beau fouiller la cale, ils ne trouvèrent rien. En fait, si l’on exceptait les sacs, il n’y avait là strictement rien. Ni caisses, ni planches, ni filins, ni échelle. En revanche, quelque chose se mit à remuer dans un coin. Des rats !
Harvey regarda son compagnon d’un air malheureux :
« Pas moyen de sortir d’ici, Babal !
— Cherchons encore », proposa Hannibal sans grand espoir.
Ils inspectèrent une fois de plus leur prison. À un certain moment, alors qu’il se trouvait du côté touchant l’eau, Hannibal fit une découverte.
« Harvey ! murmura-t-il. Là… dans la coque. Tu vois cette fente ? À marée haute, l’eau doit entrer par là ! »
Or, la fente se trouvait au-dessus d’eux ! Harvey frissonna. En hâte les deux garçons retournèrent à l’endroit où ils étaient tombés. « Crions ! » proposa le jeune rouquin.
Au même instant, une ombre boucha l’ouverture du pont. Un visage se pencha vers eux. Un visage jeune, agrémenté d’une moustache brune !
« Ne gaspillez pas votre souffle, conseilla Stebbin avec gravité. En hiver, personne ne se promène jamais dans ce coin. Et du quai, personne non plus ne vous entendra, c’est sûr ! » Tête levée, Hannibal et Harvey regardaient le conducteur de la Volkswagen verte. Ses yeux semblaient flamboyer dans la pénombre. Du même ton grave il déclara :
« Quant à moi, j’ai à vous parler ! »
Pris au piège !
Bob et Peter pédalèrent ferme jusqu’à Rocky. Ils arrivèrent aux Établissements Ortega vers le milieu de l’après-midi. Un homme au teint brun était occupé à charger des briques dans une camionnette. Les garçons l’abordèrent, expliquant qu’ils désiraient parler aux patrons de l’entreprise. L’homme épongea son front ruisselant de sueur avant de répondre :
« Cette entreprise, ce sont les frères Ortega qui l’ont fondée. Mon arrière-arrière-grand-père et mon arrière-arrière-grand-oncle. Je suis Emiliano Ortega. Autrement dit je demeure le seul patron aujourd’hui ! »
Il sourit largement et ajouta :
« Je suis le meilleur fournisseur de pierre de la région. Malheureusement, de nos jours, la pierre est coûteuse. Les gens préfèrent généralement la brique. »
Il semblait bavard. Bob, plein d’espoir, demanda :
« Peut-être pourrez-vous nous fournir des renseignements concernant votre commerce… à l’époque…
— Pourquoi pas ? Que voulez-vous savoir, mes amis ?
— Le 22 novembre 1872, un plein chariot de quelque chose a été vendu à M. Angus Slunn. Nous aimerions savoir ce que c’était.
— Quoi ! s’écria Emiliano Ortega stupéfait. Vous voulez savoir ce que nous avons vendu à ce monsieur en 1872 ? Il y a plus d’un siècle ?
— Évidemment, ça remonte loin, soupira Peter.
— Vous ne pouvez pas nous aider ? murmura Bob, déconfit.
— Plus d’un siècle ! » répéta Emiliano Ortega d’un air effaré.
Et puis, brusquement, il éclata de rire :
« Bien sûr que si, je peux vous aider ! Les Ortega sont des gens soigneux. Toutes leurs archives sont bien rangées… depuis la fondation même de notre établissement. Suivez-moi ! »
Il conduisit ses visiteurs dans son bureau et ouvrit un immense placard plein de dossiers plus ou moins vieux. Après avoir longtemps fourragé dans un gros classeur, il en tira un cahier, souffla dessus pour en ôter la poussière, et le posa sur son bureau où il l’ouvrit.
« Voyons : Novembre… le 22… Nous y voici ! Angus Slunn… Angus Slunn. Ah !… “Angus Slunn, Lac-au-Fantôme – Commande spéciale : une tonne de granit taillé, payée en espèces et emportée par le client.” C’est tout.
— Une tonne de granit ? balbutia Peter. Mais… quelle sorte de granit ? Je veux dire… de quelle dimension étaient ces pierres ?
— Je n’en sais rien. Il n’est indiqué ici que le poids du matériau. Il s’agissait d’une commande spéciale et, si j’en juge par le prix, ce n’était pas une taille ordinaire. Je ne peux vous en dire plus.
— Quelle sorte de “commandes spéciales” passait-on à l’époque ? demanda Bob. En fait, qu’était-ce au juste qu’une commande spéciale ?
— Ma foi, répondit M. Ortega en se frottant la joue d’un air perplexe, je suppose que, dans ce cas précis, il s’agissait d’autre chose que de la livraison pure et simple des pierres de notre carrière. Les pierres en question devaient être taillées d’une certaine manière, sans doute, avoir une certaine forme, ou peser un poids défini. Il est évident que la pierre brute a dû subir un travail quelconque. Peut-être même l’a-t-on polie… quoiqu’il me semble que ce serait mentionné ici… Cet Angus Slunn voulait peut-être construire une dépendance à sa maison ?
— Nous n’en savons rien, avoua Bob. Mais il n’y a aucune dépendance en granit auprès de sa demeure…
— Cette commande peut concerner des pierres de n’importe quelle taille : grosses ou petites, fit remarquer Emiliano Ortega. Elles peuvent avoir servi à construire une maison, des fondations, un mur, n’importe quoi… Les dimensions et la forme ont-elles beaucoup d’importance, jeunes gens ?
— Oh oui ! » s’écrièrent en chœur Peter et Bob.
M. Ortega se gratta le crâne :
« Écoutez ! Les ventes effectuées par nos soins portent toujours un numéro d’ordre. Il semble que la pierre faisant l’objet de cette commande ait été extraite de notre vieille carrière, là-bas, dans les collines. Cette carrière n’est plus guère utilisée à présent. Nous y gardons un seul homme sur place. Mais le détail de la commande doit figurer sur les fiches conservées dans le bureau qui se trouve sur les lieux. À votre place, j’irais vérifier.
— Oh ! s’écria Bob tout heureux. Vous nous y autorisez ?
— Sûr ! Tenez, je vais vous indiquer l’emplacement exact de la carrière.
— Quelle chance ! s’exclama Peter. Ce n’est qu’à trois kilomètres du Lac-au-Fantôme. Nous irons voir au passage si Hannibal et Harvey sont de retour. »
À ce moment précis, Hannibal et Harvey regardaient le visage moustachu de Stebbin. Le jeune homme, de son côté, les tenait sous le feu de son regard.
« Nous n’avons aucune envie de vous parler ! s’écria brusquement Harvey. Nous savons trop bien qui vous êtes. »
Une expression alarmée passa dans les yeux de Stebbin.
« Que savez-vous au juste ? demanda-t-il.
— Nous savons, expliqua Hannibal avec chaleur, que vous êtes un voleur. Le professeur Shay s’est vu dans l’obligation de vous faire jeter en prison. Plus tard, vous avez été mis en liberté sous condition mais vous avez manqué à votre parole en vous introduisant chez moi par effraction et en essayant de voler le trésor d’Angus Slunn.
— La police est au courant, vous savez ! » renchérit Harvey.
Stebbin leva la tête et regarda autour de lui sur le pont. Puis il se pencha vers les garçons.
« Voilà donc ce que le professeur Shay vous a raconté ! dit-il. Comment se fait-il que vous travailliez avec lui ? »
Hannibal rectifia :
« C’est lui qui travaille avec nous. C’est nous qui avons découvert le second journal d’Angus… celui que vous avez photographié !…
— Vous avez découvert… »
Stebbin parut hésiter :
« Qu’avez-vous appris à la boutique que vous venez de quitter ?
— Si vous vous imaginez que nous allons vous le dire ! lança Harvey, goguenard.
— Pourquoi n’allez-vous pas le demander à votre complice, Java Jim ? ajouta Hannibal.
— Java Jim ? Que savez-vous de lui ?
— Nous savons que vous courez tous les deux après le trésor ! cria Harvey. Mais vous ne le trouverez pas ! Nous le découvrirons avant vous !
— C’est donc que vous ne savez pas encore où il est, dit Stebbin. Et le professeur Shay ne le sait pas davantage, sans doute ! Mais vous pensez que Java Jim, lui, connaît la cachette ?
— Peut-être que Java Jim ne vous a pas révélé tout ce qu’il sait, avança Hannibal en souriant. Il paraît que les voleurs se volent souvent entre eux, Stebbin.
— Voleurs ? répéta Stebbin. Si je vous expliquais… »
Il s’interrompit et hocha la tête :
« Non, vous ne… »
Il s’interrompit encore et resta un moment pensif, à contempler les prisonniers. Soudain, ses yeux étincelèrent de nouveau :
« Vous êtes quatre, d’habitude ! Où sont les deux autres garçons ?
— Vous aimeriez bien le savoir ! » riposta Harvey.
Hannibal se mit à rire :
« Quand je vous le disais que nous découvririons le trésor avant vous ! »
Stebbin sourit à son tour, de manière tout à fait inattendue :
« Si je devine bien, vous êtes à deux doigts de réussir, pas vrai ? Vos petits copains doivent se trouver aux Établissements Ortega en ce moment même. Merci du renseignement, les enfants ! »
Hannibal poussa un gémissement. Il avait maladroitement laissé deviner à Stebbin où étaient Bob et Peter. Le jeune homme sourit de nouveau puis disparut. Les deux garçons l’entendirent traverser le pont au-dessus d’eux, sauter à bas du vieux rafiot et s’éloigner rapidement.
Restés seuls, Hannibal et Harvey constatèrent que la marée commençait à monter et à envahir la cale. Il n’y avait pas moyen de s’enfuir. Ils se mirent à hurler…
L’après-midi touchait à sa fin quand Bob et Peter, revenant de Rocky, s’arrêtèrent au Lac-au-Fantôme. Mme Slunn sortit sur le perron pour les accueillir.
« Non, dit-elle, Hannibal et Harvey ne sont pas encore de retour, mes enfants. »
Les jeunes enquêteurs lui firent alors part de ce qu’ils avaient appris aux Établissements Ortega.
« Une tonne de pierres spécialement préparées ? répéta Mme Slunn, songeuse. Mais que voulait-il en faire ? Peut-être construire les fondations de cette maison ?
— Non, madame, dit Peter. La maison était déjà bâtie à l’époque.
— À votre avis, demanda Bob, qu’est-ce qu’Angus aurait pu construire d’autre… en pierre, bien entendu ? »
Mme Slunn réfléchit un moment puis secoua la tête d’un air découragé :
« Je ne vois vraiment pas, mes enfants.
— Il doit bien cependant y avoir quelque chose, insista Peter. Le vieil Angus devait… »
Il fut interrompu par le bruit d’un véhicule qui arrivait à toute allure. Peut-être la camionnette ramenant Hans, Hannibal et Harvey ?… Non, c’était la Ford de Mme Slunn. Elle s’arrêta pile devant la maison. Rory sauta à terre. Il revenait avec le petit générateur qui se trouvait dans la remise et que le début d’incendie avait endommagé. Il avait été obligé d’aller le faire réparer.
« Quels lambins, dans ce pays ! grommela-t-il. Impossible d’avoir du travail à la fois bien fait et vite fait ! J’ai dû attendre tout l’après-midi avant qu’on me rende mon générateur en état de marche. »
Mme Slunn mit fin à ses récriminations en l’interrogeant :
« Rory ! Avez-vous remarqué quelque chose, ici, qui soit construit en pierre ? Une chose qui ait nécessité l’emploi d’une tonne entière de matériau… excepté la maison et la remise ?
— En pierre ? répéta Rory dont les sourcils se froncèrent sous l’effort de la réflexion. Une tonne de pierres ? »
Bob et Peter répétèrent en détail ce que leur avait appris Emiliano Ortega.
« Non, dit enfin Rory. Je ne vois rien qui corresponde à cette tonne de pierres ! Et vous pensez que les registres de la carrière vous donneront des précisions quant à la taille et à la forme de ces pierres ?
— Oui, si l’on en croit M. Ortega, soupira Bob. Mais il est trop tard aujourd’hui. Nous n’aurions pas le temps d’arriver là-bas avant la nuit.
— Je vais vous y conduire en voiture, décida Rory. J’ai précisément une autre course à faire dans le secteur. Je vous déposerai en passant. Par exemple, il vous faudra revenir à vélo ! »
Les deux garçons acceptèrent avec empressement. Bob fourra sa bicyclette dans le vaste coffre de la Ford. Peter réussit à glisser la sienne le long de la banquette arrière. Puis tous deux grimpèrent près de Rory qui démarra aussitôt.
Il faisait encore jour lorsque la voiture s’arrêta à l’entrée de la vieille carrière. Rory laissa là ses jeunes passagers et leurs vélos, puis s’éloigna à vive allure.
La vieille carrière formait un trou profond, large d’au moins deux cents mètres. Tout au fond, on voyait miroiter de l’eau. La pierre saillait de partout et luisait faiblement aux dernières lueurs du soleil couchant. Le flanc de la montagne avait été creusé en une série de terrasses en gradins, qui figuraient assez bien de gigantesques escaliers.
Du côté opposé à celui où se trouvaient les garçons, la carrière était fermée par une série de terrasses moins nombreuses. Plus près d’eux, sur une espèce de plate-forme constituée par un éperon rocheux, se dressait une grande baraque. Une lumière brillait à l’intérieur. Une camionnette était garée juste à côté.
« Le gardien est encore là ! » constata Peter tout joyeux.
Les deux Détectives se mirent en route vers la baraque, en longeant une des terrasses. Ils en étaient à mi-chemin quand la lumière s'éteignit brusquement. Un homme sortit et monta dans la camionnette.
Peter et Bob appelèrent en chœur :
« Hé ! Monsieur !… Monsieur !… » L’homme était trop loin pour les entendre. Son moteur pétaradait déjà. Les garçons se mirent à courir mais la camionnette démarra, cahota un moment sur un chemin de boue et quitta la carrière pour s’engager sur une route secondaire où elle disparut.
Quand les jeunes enquêteurs arrivèrent à la cabane, ils la trouvèrent obscure et fermée au cadenas.
« Trop tard ! » soupira Peter.
Bob fit le tour de la maisonnette. Ses quatre fenêtres étaient protégées par des volets que maintenaient en place, de l’extérieur, de lourdes barres de bois.
« Si nous pouvions nous glisser là-dedans, dit Bob, nous consulterions nous-mêmes les fiches. Après tout, M. Ortega nous a donné l’autorisation. »
Peter ôta les barres d’un des volets.
« Chouette ! s’exclama-t-il. Le volet n’est pas verrouillé de l’intérieur et la fenêtre est ouverte.
— Pour de la veine, c’est de la veine ! dit Bob. Allons-y ! »
Tous deux sautèrent à l’intérieur de la baraque. Celle-ci était aménagée en bureau. Tout un côté était occupé par d’antiques classeurs en bois. Peter en trouva un étiqueté : 1870-1900. Il l’ouvrit et se mit à fouiller parmi les dossiers poussiéreux. L’un d’eux était marqué 1872, Peter l’ouvrit sur la table. Bob se pencha sur l’épaule de son ami…
Au même instant, des pas légers se firent entendre au-dehors.
« Qu’est-ce que c’est ? » chuchota Bob en tournant la tête du côté de la fenêtre.
En guise de réponse, quelqu’un rabattit violemment le volet. Les deux garçons perçurent le bruit des barres de bois qu’une main inconnue remettait en place. Les pas s’éloignèrent.
Bob et Peter étaient prisonniers !
OceanofPDF.com