Le Journal qui s'effeuillait

Alfred Hitchcock · Chapitre 20 sur 21

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Le Journal qui s'effeuillait

Chapitre 19 Le trésor du pirate

Chapitre 19

 

 

Le trésor du pirate

 

Hans hésita, regardant tour à tour Hannibal et le professeur. Celui-ci ordonna de nouveau : « Empoignez McNab, Hans !… Hannibal ! Réveillez-vous ! Vous savez bien que Rory est le coupable.

— Il nous a faits prisonniers dans la carrière, rappela Bob.

— Et il a tenté de voler le journal dans la remise », ajouta Peter.

Rory avait pâli. Hans lui mit sa grosse main sur l’épaule :

« Ne bougez pas, mon garçon ! »

Mais Hannibal hocha la tête :

« Rory a effectivement tenté de chiper le journal et il a bouclé Peter et Bob dans la cabane. C’est également lui qui a démoli le fumoir. Mais il n’a rien de commun avec Java Jim, et il n’a pas volé le trésor.

— Vous croyez donc que ce sont Java Jim et Stebbin qui s’en sont emparés ? demanda le professeur Shay.

— Java Jim, oui, mais pas Stebbin ! Stebbin ne courait pas après le trésor. Je crois même, en un sens, qu’il essayait de nous aider. Quand il s’est introduit dans notre Q.G., il n’a pas volé le journal d’Angus et s’est contenté de le photographier, pour ne pas nous gêner dans nos recherches. Autre chose : nous n’avons guère vu Stebbin que lorsque Java Jim se trouvait à proximité. Il le suivait comme il nous suivait. À Santa Barbara, il voulait nous parler mais nous l’avons effrayé. Je suis sûr que c’est lui qui a fait prévenir Hans, par un gamin, de l’endroit où nous étions. Et il tentait de libérer Bob et Peter quand nous l’avons aperçu à la carrière.

— Tu prétends que Java Jim travaillait seul ? demanda Bob.

— Oui et non.

— Qu’entends-tu par là, mon vieux ?

— Java Jim est un personnage curieux, expliqua Hannibal. Tout en ayant l’air d’un étranger, il connaît à fond la région. Il est venu à l’entrepôt juste après la visite de Bob à la Société historique. Il a forcé la porte de celle-ci le jour où nous sommes allés à l’île Cabrillo. Mais pourquoi ? En revanche, il n’a pas eu besoin de passer par M. Pigeon pour savoir où se trouvaient les archives de l’ancienne gazette de Santa Barbara : il est allé tout droit chez le vieux M. Widmer. Or, comment pouvait-il savoir que celui-ci détenait les archives en question ?

— Sapristi, Babal ! Tu as raison. Comment l’a-t-il su ?

— Il l’a su, Bob, parce qu’il connaît à fond l’histoire du pays. C’est un expert ! Rory n’est pas le seul qui soit apparu à Powder Gulch après nos démêlés avec Java Jim. Le professeur Shay était là lui aussi. Or, le professeur est un expert en histoire. Java Jim et lui ne font qu’une seule et même personne. C’est lui qui a volé le trésor ! »

Le professeur Shay éclata de rire sous la pluie :

« Ridicule, mon garçon ! Je ne me défendrai même pas. Vous vous trompez de A à Z. Du reste, je suis beaucoup plus mince que ce gredin !

— Pas tellement. La grosse veste de marin vous étoffait. »

Hans, Rory et les garçons, stupéfaits, regardaient Hannibal qui continua posément, en s’adressant au professeur :

« Hier soir, quand Peter a parlé d’un trou dans la terre, vous avez deviné la vérité avant nous. Pendant la nuit, vous êtes allé dans l’île et, au petit matin, vous aviez exhumé le trésor. En passant près de la maison des Slunn, vous avez entendu la sonnerie du téléphone. Pour vous assurer que l’appel n’était pas dangereux pour vous, vous avez collé votre oreille à la porte et écouté. D’après les réponses de Harvey, vous avez compris que nous tenions la clé de l’énigme et que nous arrivions. Fuir à ce moment-là avec le trésor eût été vous trahir. En trouvant le trou vide, nous aurions pu vous soupçonner par la suite. Alors, vous vous êtes glissé dans la remise pour utiliser le téléphone qui s’y trouve et vous m’avez appelé comme si vous étiez chez vous. Ensuite, il ne vous restait plus qu’à nous attendre tranquillement dans votre voiture avant de nous raconter cette jolie fable : Java Jim vous avait attaqué et avait emporté le trésor ! Aiguillée sur cette fausse piste, la police n’aurait plus songé qu’à traquer le barbu imaginaire ! »

On entendit le bruit d’une sirène de police. Chacun, maintenant, regardait le professeur Shay.

« Êtes-vous en mesure de prouver ce que vous avancez, Hannibal ? demanda-t-il avec un sourire méprisant.

— Certainement. Vous avez commis une grosse erreur en prétendant me téléphoner de chez vous, à huit heures du matin, et en annonçant que vous partiez nous rejoindre. Car, bien avant huit heures, la pluie s’était mise à tomber à flots.

— La pluie ?… Quel rapport ?…

— Le sol était absolument sec sous votre voiture, dit simplement Hannibal. Et votre moteur était froid. Vous étiez donc sur les lieux depuis très longtemps. »

Avec un cri de rage, le professeur Shay, se voyant démasqué, pivota brusquement sur ses talons et s’enfuit en direction de la grand-route. Comme il atteignait les premiers arbres du sous-bois, deux choses se produisirent simultanément. Une ombre surgit des arbres, lui sauta dessus, et la voiture de police arriva sur les lieux dans un grincement de freins.

Shay et son assaillant roulèrent dans la boue. Deux policiers bondirent pour les séparer, suivis du chef Reynolds, des trois Détectives et de leurs amis. Tous s’aperçurent alors que l’agresseur de Shay n’était autre que Stebbin !

« Que se passe-t-il ? demanda le chef. Ce jeune homme qui lutte avec le professeur Shay est-il le voleur ? Mais… c’est Stebbin !

— Je suis bien Stebbin, mais le voleur, c’est Shay !

— Il dit vrai ! s’écria Hannibal qui se hâta de résumer toute l’histoire. Je crois, acheva-t-il, que Stebbin n’a jamais rien volé. Il a dû découvrir que le professeur courait après le trésor, et le professeur s’en est débarrassé en l’accusant à tort.

— Exact ! affirma Stebbin avec force. Une fois libéré sur parole, je me suis attaché aux pas de Shay dans l’espoir de prouver mon innocence. »

Sévèrement interrogé par le chef de la police, le professeur Shay finit par avouer que le trésor était en sa possession.

« Je l’ai dissimulé sous le siège arrière de ma fourgonnette, expliqua-t-il. Il y a là une cachette soigneusement aménagée. »

Les policiers y trouvèrent la défroque de Java Jim : jaquette, bottes, casquette de marin, sans oublier un masque de caoutchouc avec barbe noire et cicatrice. Mais, ce qui les intéressa surtout fut le coffre rouillé qu’on avait dissimulé sous les frusques. Une fois ouvert, il laissa voir une profusion de bagues, de bracelets, de colliers, de poignards précieux ornés de pierres fines, ainsi que des centaines de pièces d’or. C’était là le fameux trésor volé par les pirates à bord des navires arraisonnés !

« Nom d’un pétard ! s’exclama Peter ébahi. Il y en a pour des millions de dollars !

— J’ai peine à en croire mes yeux », avoua Rory.

Tandis que chacun s’extasiait, le professeur Shay explosa soudain :

« Je ne suis pas un voleur ! Ce trésor m’appartient. Angus Slunn l’avait volé à mon ancêtre. Je suis le descendant du capitaine de l’Argyll Queen !

— La justice tranchera, dit le chef Reynolds. Je doute qu’après un siècle vous puissiez étayer votre réclamation. Et le capitaine avait lui-même volé ce trésor aux pirates… qui l’avaient volé à d’autres ! À mon avis, il appartient bel et bien à Mme Slunn désormais. Si vous n’êtes pas condamné pour vol, vous le serez pour coups et blessures et pour avoir fait condamner Stebbin à tort ! »

La voiture de police repartit avec le professeur Shay qui allait à son tour tâter de la prison. Le chef Reynolds emportait également le trésor qui serait provisoirement mis sous clé, en attendant le jugement. Mais ce n’était en fait qu’une formalité.

Tandis qu’on emmenait le prisonnier, les Détectives, Harvey, Hans et Rory revinrent rapidement auprès de Mme Slunn pour la mettre au courant des événements. La jeune femme était absolument stupéfaite.

« Ainsi, dit-elle enfin, le trésor existait bel et bien et vous l’avez trouvé !

— Il est à nous, maman ! s’écria Harvey avec enthousiasme. Nous voilà riches. »

Mme Slunn sourit :

« Nous attendrons pour en être sûrs. Mais je vous remercie de tout cœur, mes enfants. Vous vous êtes montrés excellents détectives ! » Hannibal, Bob et Peter lui sourirent en retour, d’un air heureux.

« Hannibal ! dit soudain Peter. Il y a quelque chose que je ne comprends pas. C’est le professeur, déguisé en Java Jim, qui courait après le trésor. Et pourtant, tu prétends que Rory a tenté de voler le journal, que c’est lui qui nous a enfermés dans la cabane de la carrière et qu’il essayait de nous barrer la route du trésor. Pourquoi a-t-il fait tout cela ? »

Hannibal sourit largement à Rory qui eut soudain l’air de vouloir disparaître dans un trou de souris :

« Eh bien, Peter, sans en être bien sûr, je crois pourtant que Rory envisage d’épouser Mme Slunn. Il avait peur, si elle devenait riche, qu’elle n’ait plus besoin de lui ! »

Mme Slunn regarda Rory d’un air surpris. L’Écossais devint rouge comme une tomate.

« Rory ! Rory ! dit-elle gentiment en lui souriant. Voilà une chose dont je ne me doutais pas ! »

Tout le monde regardait Rory avec sympathie. Sous le feu de ces regards, le pauvre garçon passa du rouge tomate au violet aubergine. Jamais il n’avait été aussi confus de sa vie !

 

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