Le Journal qui s'effeuillait

Alfred Hitchcock · Chapitre 19 sur 21

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Le Journal qui s'effeuillait

Chapitre 18 Le secret du fantôme

Chapitre 18

 

 

Le secret du fantôme

 

Bientôt, suivie des yeux par Mme Slunn, la petite troupe, composée des quatre garçons, de Hans et du professeur Shay, se mit en route vers le lac, sous la pluie battante. La « chaussée du fantôme » les conduisit, en file indienne, jusqu’à l’île minuscule jonchée d’aiguilles de pins.

« La légende, rappela Hannibal, raconte que le fantôme guettait la venue de ses ennemis. C’est donc sur le point le plus élevé de l’île que nous devons chercher le “fantôme”, c’est-à-dire le cyprès tordu ! »

Au sommet de la plus haute éminence, se trouvait la perche portant la lanterne. Peter décrocha celle-ci pour l’examiner.

« Hannibal, tu avais raison ! s’écria-t-il. Cet objet a un cartouche de cuivre gravé au nom de Right et Fils.

— Vite ! Cherchons le cyprès », intima Hannibal.

Ils n’eurent pas à aller bien loin.

« Le voici ! » annonça le professeur Shay d’une voix triomphante.

Il s’agissait d’un cyprès difforme, exactement semblable à ceux de l’île Cabrillo. Sous la pluie, il évoquait tout à fait un spectre humain avec sa tête échevelée et ses bras tordus qu’il tendait vers le lac.

« Regardez, dit Bob en désignant la maison des Slunn. Ce cyprès doit être à peu près invisible de là-bas, il est caché par des arbres plus gros. Pas étonnant que nous ne l’ayons pas remarqué !

— Sans doute, estima Hannibal, était-il bien visible du temps du vieil Angus. Mais ces cyprès difformes poussent très lentement. Celui-ci n’a pas dû grandir beaucoup en un siècle, contrairement aux autres arbres qui l’entourent.

— Assez discuté sur les arbres, grommela Peter, qui ne tenait plus en place. Creusons ! J’ai l’impression que nous sommes arrivés les premiers. Java Jim n’est pas passé par là. Il n’y a aucune trace de fouilles.

— Allons-y, Peter ! s’écria Harvey en saisissant une pioche. Creusons tout autour du cyprès.

— Non, dit calmement Hannibal. Pas là ! »

Tous le regardèrent, surpris.

« Mais la lettre fait allusion au fantôme, rappela le professeur Shay. Le trésor doit être ici !

— La lettre conseille aussi de voir le secret dans un miroir ! Angus voulait sans doute dire : “Regardez le fantôme dans un miroir.” Comme il n’y a pas ici de miroir, il faut comprendre : “comme dans un miroir”. Un miroir reflète les objets en les inversant. Il faut donc prendre le contre-pied de ce qu’indique le fantôme pour trouver le trésor ! »

Hannibal désigna le grand « bras » décharné du « fantôme » pointé vers le lac :

« Au lieu de regarder dans la direction qu’il nous montre, regardons juste à l’opposé. Que voyons-nous ? »

Tout en parlant, Hannibal s’était placé devant le cyprès et regardait de tous ses yeux. Ses compagnons s’étaient massés derrière lui.

« On ne voit pas grand-chose avec cette pluie, dit Bob. Il fait trop sombre.

— Passe-moi ta torche électrique, Harvey. »

Hannibal plaça la torche parallèlement à la branche de l’arbre et l’alluma. Le rayon lumineux perça la pluie à la manière d’un phare et tomba sur un espace de terrain plat, couvert de buissons.

« Venez, mes amis ! » s’écria le chef des Détectives.

Tous coururent dans son sillage. Et soudain ils firent halte, consternés. Si le lieu avait été admirablement choisi pour la conservation d’un trésor, le trésor ne s’était pas moins envolé. En effet, un trou énorme béait sous le nez des chercheurs sidérés.

« On a volé le trésor ! s’écria Harvey, furieux.

— Quelqu’un est passé avant nous », grommela Peter.

Le professeur Shay se baissa pour ramasser quelque chose :

« Un bouton de cuivre. Java Jim ! C’est lui qui s’est emparé du trésor. Quand je l’ai vu, il avait sans doute déjà fait son coup.

— Prévenons la police », conseilla Hans.

La petite troupe revint donc à la maison Slunn. On téléphona à Reynolds, le chef de la police, en expliquant que les trois Détectives avaient besoin d’aide pour arrêter Java Jim. Puis Hannibal entraîna tout son monde à l’endroit où le professeur Shay avait été attaqué par le gredin. Les abords immédiats de la fourgonnette ne révélèrent rien mais, soudain, le professeur désigna un espace boueux, pas très loin de sa voiture. Des empreintes de bottes se dirigeant vers la grand-route y étaient imprimées.

« Le bandit ! s’écria le professeur. Sa voiture devait l’attendre près d’ici. Il doit être loin à l’heure qu’il est ! »

Hannibal se pencha sur les traces fraîches.

« Java Jim n’était pas lourdement chargé quand il est passé par ici ! déclara-t-il. Avait-il les mains vides quand vous l’avez vu ?

— Oui, dit le professeur. Sans doute avait-il déjà transporté le trésor dans sa voiture. Il était revenu sur ses pas pour une raison quelconque. Je crains que nous ne le rattrapions jamais.

— Peut-être, murmura Hannibal. Au fait, Harvey, ajouta-t-il en se tournant vers son camarade, où est Rory ?

— Je ne l’ai pas vu ce matin. Je crois qu’il est sorti.

— Tu dis que Rory n’est chez vous que depuis un an. Il est venu comme ça, de lui-même ?

— Eh bien… il avait une lettre de gens que nous connaissions en Écosse. Et il savait tout de notre famille et de la vieille maison.

— N’importe qui peut se renseigner ! coupa Peter. Hannibal, soupçonnerais-tu Rory d’être complice de Java Jim… ou même d’être Java Jim ?

— Il est de sa taille, admit Hannibal. Et il essaie depuis le début de nous empêcher de chercher le trésor. Il était absent du Lac-au-Fantôme les deux fois où Java Jim a tenté de nous voler le journal !

— Et il savait que nous étions à la carrière, rappela Bob. C’est le premier à qui nous ayons parlé de la tonne de granit commandée aux frères Ortega. Il aurait très bien pu nous enfermer dans la cabane et revenir ici démolir le fumoir. Il ignorait encore que les pierres de granit étaient des dalles.

— Pourtant, objecta le professeur, nous avons vu Stebbin à la cabane.

— C’est vrai, mais il essayait alors d’ouvrir le cadenas de la porte, ce qu’il n’aurait pas fait s’il avait précédemment enfermé Peter et Bob. Il aurait déjà su que la porte était bouclée. De plus… juste après l’incendie de la remise… avons-nous vu l’homme après lequel nous courions ?… Non pas ! Nous avons couru uniquement parce que Rory nous a dit qu’il y avait quelqu’un. Peut-être mentait-il ?

— Tu crois que c’est Rory qui aurait tenté de voler le journal dans la remise ? demanda Bob. Et il nous aurait dit avoir vu Java Jim alors que Java Jim, c’est lui ?

— Vous oubliez, objecta Harvey, que le professeur Shay a vu quelqu’un, lui ! Il pensait que c’était Stebbin.

— Parce que j’avais Stebbin en tête, avoua le petit professeur. En fait, j’ai très bien pu me l’imaginer. Rory soutenait qu’il y avait quelqu’un… et j’ai cru que c’était Stebbin, voilà tout !

— C’est Rory le voleur ! s’écria Peter. Il a pris le…

— Qu’est-ce que j’ai pris ?… » demanda une voix tonnante.

L’Écossais était là, foudroyant du regard le petit groupe. Hannibal, très ému, s’appuya contre le capot de la fourgonnette du professeur Shay et laissa tomber sa lampe électrique. Il se baissa pour la ramasser.

« Hans ! cria le professeur. Assurez-vous de la personne de Rory ! »

Hannibal se redressa. Son visage avait une expression bizarre. Il toucha de nouveau la voiture du professeur et parut intrigué. Puis il se tourna vers le grand Bavarois.

« Non, Hans ! dit-il d’une voix ferme. Laissez Rory tranquille. Ce n’est pas lui le coupable. Je me trompais ! »

 

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