Le Journal qui s'effeuillait
Chapitre 20 Derniers éclaircissements
Chapitre 20
Derniers éclaircissements
Alfred Hitchcock regarda les trois Détectives assis en face de lui, dans son bureau.
« Ainsi, vous venez de retrouver un trésor vieux d’un siècle en dépit des mille difficultés que cela représentait ? commença le célèbre metteur en scène. Toutes mes félicitations !
— Mme Slunn, dit Hannibal, nous a récompensés en nous faisant cadeau de quelques pièces d’or anciennes. Elle nous a également permis de conserver la bague trouvée dans le coffre. La pierre est un rubis véritable. Elle a beaucoup de valeur !
— Cette histoire de trésor des pirates est follement intéressante, reprit M. Hitchcock. On pourrait peut-être en tirer un film. Dites-moi !
Le professeur Shay est-il vraiment un descendant du capitaine de l’Argyll Queen ?
— Oui, monsieur. Sur ce point, il n’avait pas menti. C’est également un expert en histoire. De plus, dans sa jeunesse, il a été marin. C’est sa passion pour les aventures maritimes qui l’a poussé à étudier l’histoire de sa propre famille et lui a fait découvrir celle du trésor. Il s’est fait nommer à la Société historique pour être à pied d’œuvre. Mais Stebbin s’est aperçu de ses agissements. Aussi, pour se débarrasser de ce gêneur, le professeur l’a-t-il fait mettre en prison sous une fausse accusation. Quand Mme Slunn a fait don du journal d’Angus à la Société, il s’est tout de suite aperçu qu’il manquait deux mois entre la fin du journal et le meurtre d’Angus. Il se doutait donc qu’un second journal existait quelque part. Décidé à retrouver la partie manquante, il n’a pas craint de s’introduire à plusieurs reprises chez les Slunn pour fouiller dans les affaires d’Angus. Il a suivi également la trace des objets vendus par Mme Slunn. Ayant raté de peu le coffre à San Francisco il essaya de le rattraper au musée, où nous l’avons rencontré sous le déguisement de Java Jim. En effet, comme M. Acres, le propriétaire du musée, connaissait le professeur Shay et que celui-ci ne voulait pas laisser deviner qu’il courait après le trésor, il lui fallait trouver un biais. Le personnage de Java Jim, inventé de toutes pièces, faisait parfaitement l’affaire. De plus, c’était un “paravent” idéal pour Shay !… Lorsque le professeur se fut joint à nous pour rechercher le trésor, il fit de son mieux pour nous prouver que Java Jim était bien réel. C’est pour cela qu’il nous raconta la prétendue intrusion de Java à la Société historique. Ce fut là une belle erreur car cette histoire me parut sujette à caution, Java Jim n’ayant aucune raison valable pour s’introduire dans les bâtiments de la Société. Ce mensonge de Shay était donc louche.
— Ah ! Voilà qui est bien connu, souligna M. Hitchcock au passage. À force de vouloir se montrer malins, les criminels font des faux pas.
— Shay n’est pas un criminel endurci, monsieur, fit remarquer Bob. C’est ce trésor qui le fascinait ! Il a fait sincèrement amende honorable, et Mme Slunn, très généreuse, a décrété qu’il avait droit au tiers des richesses retrouvées. Shay va en employer une partie pour payer son avocat et dédommager largement Stebbin. Il fera en outre cadeau de quelques jolies pièces au musée de la Société historique.
— La générosité de Mme Slunn est telle, reprit Hannibal, qu’elle ne portera pas plainte contre Shay. À dire vrai, on n’a pas vraiment la preuve qu’il ait pénétré par effraction dans sa demeure. Comme nous ne le poursuivons pas nous non plus, il ne sera accusé que d’avoir forgé de fausses preuves contre Stebbin pour le faire incarcérer.
— À propos de Stebbin, demanda M. Hitchcock, suivait-il uniquement le professeur dans l’espoir de prouver son innocence ?
— Oui, monsieur. Il voulait le pincer la main dans le sac. Il l’avait vu, sous son déguisement de Java Jim, s’enfuir de l’entrepôt de mon oncle en emportant quelque chose de noir qu’il avait ensuite jeté avec dépit. Stebbin avait ramassé l’objet : une simple couverture de cahier, rigoureusement vide. Il comprit alors que Shay-Java recherchait un second journal. Il ignorait que ce journal était en notre possession. Il se rendit chez les Slunn pour le chercher mais Rory l’aperçut et lui donna la chasse.
— Par la suite, enchaîna M. Hitchcock, je présume que Stebbin vit le journal entre vos mains et le photographia pour se tenir au courant. Il voulait de bonne foi vous aider mais il craignait que personne ne voulût l’écouter après l’accusation que le professeur Shay avait portée contre lui.
— Oui, monsieur, dit Bob. Il pensait que nous ne doutions pas de la parole du professeur. Il se contentait donc de nous suivre, désireux de saisir la moindre occasion de confondre son adversaire et souhaitant tout autant nous protéger lorsque nous étions en difficulté.
— Son innocence a été pleinement reconnue, annonça Hannibal. Il a repris son emploi à la Société historique. J’espère malgré tout que Shay sera sévèrement puni pour le tort considérable qu’il lui a fait ! Car son repentir n’efface pas sa faute.
— Parlez-moi du romantique Rory ! demanda M. Hitchcock. Qu’est-il devenu ?
— Eh bien, répondit Hannibal en souriant, il a fini par demander Mme Slunn en mariage. Il essayait de nous empêcher de découvrir le trésor, craignant qu’une fois riche elle refusât d’épouser un homme sans fortune. Mme Slunn lui a fait honte de cette vilaine pensée… et a accepté de devenir sa femme !
— Eh bien, tout est bien qui finit bien ! Encore toutes mes félicitations, jeunes gens ! Cependant… il me vient une pensée… à propos du sol sec sous la voiture du professeur Shay. Celui-ci aurait pu se garer juste à l’endroit occupé, quelques secondes plus tôt, par l’auto du véritable Java Jim s’il avait existé ! Et le moteur d’une voiture se refroidit rapidement quand il pleut !
— Sans doute, concéda Hannibal. Mais quand je soupçonnai Shay d’être Java Jim, je me rappelai une autre erreur qu’il avait commise…
— Laquelle ?
— Quand Rory nous dit qu’il avait vu quelqu’un s’enfuir de la remise en feu, il prétendit que c’était Java Jim ! Le professeur prétendit, lui, qu’il s’agissait de Stebbin. Il n’avait vu personne, bien sûr, mais il se disputa affreusement avec Rory. Et pourquoi lui tint-il tête si obstinément ?
— Parce qu’il savait bien, lui, que Rory mentait. Il n’avait pu voir Java Jim puisque Java Jim, c’était Shay ! Tonnerre de sort ! »
Après le départ des trois Détectives, M. Hitchcock poussa un léger soupir. Il plaignait presque d’avance le prochain criminel qui se frotterait à Hannibal Jones et à ses amis !
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