Les fantômes de Marianne

Corinne Javelaud · Chapitre 28 sur 33

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Les fantômes de Marianne

Chapitre 17

 

 

Vita n’avait encore jamais vu Hugo aussi abattu que lorsqu’elle pénétra dans leur nid d’amour ce soir-là. La lumière des réverbères venait déjà lécher les fenêtres du séjour. Elle eut l’impression de rentrer prématurément, comme s’il n’avait pas voulu la voir encore, préférant rester seul avec ses émotions.

— Je ne vais pas te mentir. Mes parents menacent de me couper les vivres si je refuse de mettre fin à notre liaison, avoua-t-il d’un ton attristé.

Elle resta sidérée, puis s’efforça d’assimiler la nouvelle.

— Cette menace pesait sur nous depuis le début, cela ne pouvait pas durer éternellement, déclara-t-elle en s’affalant lourdement dans un fauteuil.

— Mes parents devaient connaître depuis longtemps cet état de choses, je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement. Je soupçonne que mon grand-père Dupuybel ait fini par faire pression…

— C’est par lui que tu as obtenu cet appartement. Ton grand-père a de multiples antennes à Paris et quelqu’une de ses connaissances l’aura mis au courant, en effet.

— J’avais pris goût à la clandestinité, insista Hugo en s’approchant pour la serrer dans ses bras. Souviens-toi de ma promesse, je ne t’ai pas demandé de m’accompagner à Paris pour t’abandonner lâchement dès la première tempête. Qu’est-ce qu’ils croient ? Que je vais te renvoyer à tes torchons ?

Vita, les larmes aux yeux, se laissa aller à l’étreinte d’Hugo. Malgré tout, elle ne put s’empêcher d’imaginer la famille en plein conciliabule, visages outrés en apprenant la nouvelle de leur cohabitation.

— Je pense que le plus sage serait de nous séparer momentanément, dit-elle. Ta vie se joue maintenant, il ne faut rien gâcher des chances qui s’offrent à toi.

— Tu es sérieuse ? s’écria-t-il, les traits tordus par l’épouvante comme si elle s’apprêtait à se jeter du haut d’un précipice. Nous nous portons à bout de bras toi et moi. Je ne veux pas sacrifier notre bonheur. Et personne n’en décidera à notre place !

Elle ne pipa mot.

Ils ne fermèrent pas l’œil de la nuit, entre longs silences et considérations sur le monde qu’ils ne pourraient pas changer. Elle l’épata en lui avouant sa visite chez Lantier. Il perçut les coïncidences avec leur amour interdit et cela le conforta dans sa volonté de ne pas abdiquer.

— Même Lantier nous fait signe ! plaisanta Hugo. Ce que tu viens de me dire m’incite d’autant plus à rester sourd aux injonctions de mon père.

Pour conjurer le sort, ils s’abandonnèrent dans une étreinte grisante sans plus laisser la moindre place à leurs tourments. Le contraste de leurs corps bouleversait Hugo. Là où les formes de Vita s’épanouissaient en rondeurs, le sien révélait ses méplats musclés. Leurs peaux tressaillaient sous leurs doigts. Maintenant qu’ils se connaissaient suffisamment, l’un et l’autre devinaient leurs désirs les plus secrets.

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