Les fantômes de Marianne

Corinne Javelaud · Chapitre 30 sur 33

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Les fantômes de Marianne

Épilogue

 

Renaud écrivit à son fils une longue lettre en le pressant à nouveau d’épouser une femme digne de sa condition. Il n’y répondit pas. Son père avait beau lui rabâcher que le mariage était institué pour autre chose que l’amour, il pouvait d’autant moins s’y résigner qu’il détenait sous ses yeux l’exemple de ses parents qui avaient formé un couple aimant. Quant à Poppée, son indignation avait fini par s’essouffler. Elle était avant tout une mère qui avait connu cette sensation de sol qui se dérobe sous ses pieds le jour où son père l’avait expédiée au couvent. Elle comprenait qu’elle était en train de reproduire la même erreur à l’égard de son fils.

Un matin qu’elle était occupée à nouer les brides de son chapeau face au miroir, son époux s’approcha d’elle et lui écarta les mains.

— Je ne vous ai jamais vue aussi irritable…

— Auriez-vous oublié notre fol amour ? Auriez-vous supporté que votre famille nous en détournât ? explosa-t-elle. Vous n’avez pas le droit de détruire le bonheur de notre fils !

— Il est inutile de revenir sur la question, Hugo fera ce qu’il voudra mais loin d’ici, lâcha-t-il, catégorique.

Poppée était au comble du désespoir. Il y avait des choses contre lesquelles elle ne pouvait rien. Elle se détourna, sachant qu’elle n’infléchirait pas la volonté de son époux. Une larme glissa sur sa joue, semblable à une perle de rosée sur un pétale de fleur tandis qu’elle se hâtait d’agrafer sa cape sur sa chemise à jabot. De l’air, il lui fallait de l’air…

Les liens entre le fils et ses parents étaient irrémédiablement rompus. Hugo, amer, traçait de son père un portrait au vitriol tant il jugeait incohérents les motifs qui l’animaient et contraires à la manière dont il avait mené son éducation. Lui aussi était en quête d’air…

Apprenant qu’on recherchait des ingénieurs de génie civil pour la construction de la voie de chemin de fer reliant Hanoï à Saïgon, il s’embarqua à Marseille avec Vita pour l’Indochine. Là-bas ils se marièrent à l’occasion du Têt, Nouvel An chinois, considéré comme porte-bonheur pour les époux.

Ils n’apprirent jamais la mort de Marianne qui, malade, vieillie, impécunieuse, n’avait pas eu d’autre choix que demander asile à l’hôpital général Saint-Louis de La Rochelle.

 

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