L'homme peuplé
Caleb
Le gras du ciel libère d’épais flocons qui nappent peu à peu la nature endormie. Perchée sur le rebord de la fenêtre, une mésange bleue, que l’on dirait ornée d’un loup de carnaval, observe son reflet. À moins qu’elle ne regarde l’être aux plumes ternes de l’autre côté de la vitre, menant à sa bouche sans bec une étrange brindille au bout incandescent d’où sort une pâle fumée. Une paire de pattes le fait tenir debout, et une autre lui sert à saisir des choses que l’oiseau ne sait pas nommer ; et d’une de ces choses, la plus terrifiante de toutes, il a même vu jaillir un éclair dans un bruit de tonnerre et aussitôt dégringoler un pigeon du haut d’un chêne. En revanche, la mésange n’a jamais vu de telles pattes soulever l’homme de terre pour l’emmener ailleurs.
Caleb observe la mésange qu’ébouriffe la brise. Il envie l’oiseau, capable de demeurer un long moment immobile dans le froid, capable de le ramener à sa place en ce monde, quand lui vient le désir de s’en écarter, plus sûrement qu’un de ces gourous du prêt-à-penser dont il entend parfois la sainte parole à la radio. En cet instant, la place de Caleb est dans cette maison, avec le feu qui crépite dans le fourneau de la cuisinière à bois, avec la chaleur sur son dos et sa nuque et ses épaules. Sa vie d’homme se résume à ceci : allumer un feu à l’aube, l’entretenir et le laisser s’éteindre dans la nuit pour mieux le rallumer le matin suivant.
Le mauvais temps a refoulé Caleb dans la maison qu’il n’éclaire presque jamais. Il laisse la pénombre puis l’obscurité séduire et marier les formes, les laisse faire leur vie sans susciter de questionnements inutiles. Une maison qui, comparée à la plupart de celles du village, pourrait être qualifiée de cabane améliorée. Depuis les origines, c’est-à-dire une centaine d’années avant cette soirée d’hiver, la maison n’a subi aucune transformation ni même de rénovation notoire. Elle fonctionne comme une mémoire autonome, qui ne jette rien, entasse sans ordre apparent, se souvient et oublie, oublie et se souvient, parce que rien ne se perd tout à fait, que c’est là, quelque part dans un recoin, sous des piles d’autres choses, parfois à la surface. Une pièce principale en rez-de-chaussée, deux chambres attenantes, un grenier au-dessus et une cave en dessous. Quelle que soit la saison, la maison opère toujours de la même manière sur Caleb. Il se met au ralenti, et il n’en a pas conscience, comme si, en plus de l’abriter du chaud ou du froid, elle contraignait la vie à un minimum de gestes à effectuer, alors que tout s’accélère dans sa tête pour laisser place à de vivaces souvenirs, à d’indigentes projections et à la disparition du présent. Dehors, il se passe exactement l’inverse, l’instinct domine les forces de l’esprit et électrifie son corps. Il s’attarde peu dans la chambre, il n’aime pas dormir dans un lit, considérant que la position couchée est trop proche de celle d’un mort. Il se repose la plupart du temps assis sur une chaise munie d’accoudoirs, son dos y est habitué. Le soir, il aime se tenir face à la fenêtre du pignon est, il n’y a rien de plus beau à ses yeux que de s’endormir devant cet oracle.
Allongé près du foyer, le chien dort d’un sommeil agité, poursuivant en rêve quelque gibier trop leste. Le paysage n’a guère changé depuis le jour de la naissance de Caleb, et cette mésange si curieuse ressemble à toutes celles qu’il a déjà vues, tout comme, pour l’oiseau, il doit être identique à n’importe quel humain.
La cigarette terminée, Caleb pince l’extrémité entre la pulpe du pouce et celle de l’index puis se retourne et va jeter le mégot dans le fourneau. Le chien ouvre les yeux et balaie la pierre grise avec sa queue et se rendort. Caleb verse ensuite de l’eau dans une casserole qu’il pose sur la fonte brûlante. Il ramasse les miettes de pain éparpillées sur la table, revient à la fenêtre et l’ouvre. La mésange s’envole et se perche sur une branche du cerisier. Caleb jette les miettes et referme la fenêtre en repoussant d’un coup sec la crémone. Des moineaux se précipitent pour becqueter et aussitôt plusieurs mésanges les attaquent et les chassent. Caleb fume une autre cigarette en contrôlant l’état de l’eau dans la casserole puis attrape un bol dans le placard, verse l’eau chaude dedans, débouche la bouteille d’eau-de-vie de prune et bascule deux fois de suite le goulot au-dessus du bol, comme s’il dosait une potion. Il boit le grog face à la fenêtre, à petites lampées, et, en descendant le long de sa gorge, le liquide fait le bruit du courant dans un ruisseau.
La neige a désormais recouvert les branches du cerisier, ainsi que le bois pelé et fendu et empilé devant la maison, mais elle fond encore au contact du sol détrempé. Pas le moindre souffle d’air. Les mésanges ont terminé leur repas, revenues se percher sur le cerisier, attentives, dans l’éventualité d’une nouvelle distribution. De temps à autre, elles volettent de l’une à l’autre et se chamaillent, semblables à de minuscules harpies en robe de cérémonie.
Caleb se souvient du temps où sa mère lui préparait le grog dans un mazagran. Elle se servait ensuite un bol de chicorée mélangée à du lait. Ils buvaient ensemble, dans ce grand silence paysan qui finit par avoir raison de presque toutes les présences. Les lèvres fines et blêmes de sa mère effleuraient la faïence en soufflant doucement, ces mêmes lèvres qui filaient si peu de mots.
Elle n’est plus là aujourd’hui. Son ombre voyage pourtant sur les murs peints à la chaux, veillée par des araignées pendues aux aisselles des poutres. « Les esprits voyagent après la mort, plus libres que les corps », avait-elle dit un jour à son fils. Il se demande encore où elle avait pêché ça.
Son père, il ne l’a pas connu. Sa mère n’en parlait jamais, ne voulait jamais en parler. Les grands-parents ne semblent pas avoir existé non plus. Caleb n’en a aucun souvenir. Des visages apparaissent parfois et il ne saurait dire s’il s’agit de réminiscences fiables, jusque-là enfouies, ou bien d’une construction purement imaginaire.
Lorsque Caleb sort de sa rêverie, le soir est tombé et la neige enfle au sol. Un bruit se fait entendre au loin. Il reconnaît le ronronnement d’un moteur qui approche et bientôt la lueur des phares éclaire la brume et traverse timidement la combe. Quelqu’un vient d’arriver. Caleb attend un long moment. Il n’y a plus de bruit, plus de lumière. Sa mémoire éclatée commence tout juste à recomposer l’histoire.
Quelques années plus tôt, Sarah était en train de laver une à une les feuilles de salade et de les jeter dans un panier grillagé posé dans l’évier.
Une fois qu’elle en eut terminé, elle accoupla les anses, souleva le panier et sortit. Elle avança de quelques mètres dans la cour et se mit à balancer le panier d’avant en arrière, regard dirigé vers le portail ouvert. Des orbes liquides se matérialisaient dans la lumière de fin d’après-midi. À un moment, elle accéléra la cadence, comme un curé ferait avec un encensoir au-dessus du cercueil du diable. Les dernières gouttelettes s’éparpillèrent et s’évanouirent. Sarah se dirigea vers la maison et monta sur la plus haute marche, fixant Caleb et la fille qui venaient de passer le portail. Le couple s’approcha d’elle et s’immobilisa à une dizaine de mètres. Sarah se mit à frotter sa main libre sur son tablier puis changea le panier de main et frotta la seconde, fixant désormais seulement la fille, comme si elle se trouvait de l’autre côté d’un précipice et non dans cette cour récemment désherbée.
– C’est Ophélie, maman, la fille des…
– Qu’est-ce qu’elle fiche chez nous ?
– Je l’ai invitée à venir.
– C’est pas un hôtel, ici.
Le visage de la fille se décomposa.
– Je m’en vais, dit-elle d’une voix étranglée.
Caleb ne fit rien pour la retenir et regarda s’éloigner la silhouette peu à peu rongée par la lumière acide, puis se tourna vers sa mère.
– On faisait rien de mal.
– Me prends pas pour une idiote.
– Je viens d’avoir dix-huit ans…
– Et tu crois que t’es un homme pour autant.
– J’ai jamais dit ça.
– De toute façon, elle te mérite pas.
Les mains de Sarah tremblaient au bout de ses bras, incapables de remplir les manches de la blouse qui descendaient sous des hanches à peine dessinées, et deux mèches de cheveux gris entortillés pendaient le long de ses oreilles, semblables à celles d’un rabbin. Elle retourna dans la maison.
– Pourquoi tu te mets dans cet état ? demanda Caleb une fois à l’intérieur.
– Je te suffis pas ? dit-elle.
– De quoi tu parles, ça n’a rien à voir…
– Si t’as besoin d’une fille, y a des endroits. Les hommes sont tous pareils quand il s’agit de… ça.
– Je croyais que j’en étais pas un.
– Me reprends pas !
Caleb fixait sa mère.
– C’est à cause de lui ?
– Tais-toi ! hurla-t-elle en se précipitant sur son fils, un bras au-dessus de la tête.
Elle s’arrêta et abaissa lentement le bras. Les paroles qu’elle aurait voulu cracher demeurèrent coincées dans sa gorge. Elle ressemblait à une carpe hors de l’eau, pendue à un hameçon, vêtue d’un tablier gris à fleurs mauves. Puis les lèvres se soudèrent et le blanc gagna du terrain dans ses yeux. Sarah plaqua une main sur sa poitrine. À l’intérieur, quelque chose de lourd l’entraînait en avant et elle résistait pour ne pas chuter. Sa main libre agrippa le dossier d’une chaise.
– Arrête de jouer la comédie, maman !
Elle ne répondit rien. La main quitta la poitrine, désignant vaguement le bahut, puis la main sur le dossier relâcha sa prise et celle qui montrait céda aussi. Le frêle corps semblait alors empli d’un vide sans substance. Comprenant enfin ce qui se passait, que sa mère ne feignait pas, Caleb se jeta sur elle et l’accompagna au sol, une main enveloppant l’arrière de son crâne, s’étonnant de la lourdeur de ce corps si maigre. Le blanc des yeux se transformait peu à peu en eau saumâtre. On aurait dit que Sarah souriait en même temps qu’elle découvrait l’abandon. Mais elle ne souriait pas. Caleb se précipita ensuite sur le bahut, saisit une petite boîte ronde et revint s’agenouiller auprès de sa mère, il appuya sur un bouton latéral du pilulier, attrapa un cachet de trinitrine, ouvrit la bouche de sa mère et glissa le cachet sous la langue. La bouche se referma aussitôt. Caleb attendit, les mains sur les cuisses, dominant celle qu’il pensait avoir tuée en lui tenant tête pour la première fois, mesurant toute l’étendue de sa faute.
Il ne se souvenait même pas avoir téléphoné aux secours, lorsque l’ambulance arriva et que l’on prit en charge sa mère. Il ne se souvenait même pas s’être relevé. S’il s’était souvenu de quoi que ce soit, de toute façon, cela ne l’aurait pas rendu moins coupable à ses propres yeux.
Caleb jette deux bûches dans le fourneau et les assomme à l’aide du tisonnier, enfile sa veste fourrée, ainsi que ses bottes, et sort, accompagné du chien. Le ciel saupoudre désormais de maigres flocons, qui fondent au contact de son visage et collent un temps à sa veste. Les moutons se mettent à bêler et il n’a même pas encore atteint la bergerie. Il tire un des deux panneaux en tôle de la porte coulissante et referme, puis allume la rampe de quatre néons suspendus sous le faîtage qui s’éclairent les uns après les autres d’une lueur tremblotante. Des bottes de foin empilées occupent la moitié du bâtiment et un vieux tracteur Zetor de couleur verte aux allures de batracien est garé dans un coin. L’autre partie de la bergerie est constituée de deux enclos destinés à accueillir les bêtes, un seul est occupé.
Caleb attrape une fourche à trois dents, ébouriffe une botte et emplit de foin les râteliers. Les animaux au ventre gonflé se précipitent sur leurs fines pattes et croquent l’herbe, se bousculant comme des bibendums aux têtes coincées entre les cordes d’un ring. Caleb fume une cigarette en regardant le troupeau batailler, essayant de comprendre la hiérarchie en vigueur chez les brebis. Affaire de caractère plus ou moins combatif, tout comme il en va des mésanges et des hommes.
Caleb ouvre ensuite la porte en grand et démarre le tracteur. Il accélère plusieurs fois au point mort pour faire monter l’huile dans les vérins, puis actionne la manette de relevage et la benne attelée décolle du sol. Il contourne la bergerie et recule au plus près de l’enclos, abaisse la benne et descend. Il se met à nettoyer l’enclos avec une fourche à fumier. La paille souillée vient par larges plaques, que Caleb répartit régulièrement dans la benne, de sorte à bien équilibrer le poids, et du purin s’écoule par l’arrière dans un caniveau. Une fois curé, le sol de l’enclos révèle une nuit de crasse éclairée de multiples éclats de béton mis à nu par la fourche. Caleb remonte sur le tracteur et roule jusqu’à la fosse à fumier, bascule le contenu de la benne dedans et retourne garer le tracteur dans la bergerie. Les moutons ont vidé les râteliers. Caleb les garnit de nouveau, éteint la lumière et s’en va.
Le brouillard épaissit la fin du jour. On n’y voit pas à trois mètres. Les semelles de Caleb écrasent la neige sous ses bottes qui fissurent le silence. Le froid de plus en plus vif anéantit peu à peu les velléités des derniers flocons. Il repense au bruit de moteur et à la lueur des phares aperçue la veille au soir. Il veut en avoir le cœur net. Enferme le chien dans la maison puis emprunte le chemin longeant la combe et la propriété voisine. Il observe un long moment les alentours. Pas le moindre mouvement, ni le moindre bruit. Il saute la clôture et s’avance dans la basse-cour. Après quelques pas il distingue la carrosserie d’une voiture. S’en approche et, du tranchant de la main, balaie la neige de la lunette arrière. Les sièges sont basculés et l’intérieur est rempli de cartons. Une brise glaciale serpente en sifflant autour de Caleb et on la dirait accordée au son lancinant du violon provenant de la maison. Il ne s’aventure pas plus loin.
Quelqu’un a l’intention de s’installer ici pour un bout de temps, c’est désormais certain.
Caleb se souvient du jour où l’ambulance avait pris en charge sa voisine, la même ambulance qui avait déjà emmené sa mère, deux années auparavant. On avait transporté la vieille Privat sur un brancard, comme sa mère. Morte avant d’atteindre l’hôpital, pas comme sa mère. Son fils unique était absent. Il n’avait pu la secourir, lui.
La vieille femme était veuve de longue date. Son mari, tombé au champ, une masse à la main. Caleb avait dix ans lorsqu’il avait trouvé le corps au pied d’un piquet à peine enfoncé, tous deux semblables aux éléments d’un cadran solaire indiquant le midi. Penché sur le cadavre, le gamin avait longuement observé les traits détendus du visage, les yeux grands écarquillés et la bouche entrouverte. Un beau mort à mettre dans le cercueil, avait pensé Caleb. Il n’avait rien dit de la macabre trouvaille. Ce n’était pas à lui de le faire. Cela n’aurait eu aucun sens d’annoncer la tragique nouvelle à une femme et à son fils qui ne représentaient rien pour lui, et pour qui il n’était rien. La mort fera son chemin, à son rythme. Elle avait fait son chemin. Ce jour-là, Caleb était rentré chez lui en traversant la combe, insensible au drame, délogeant des insectes engourdis, zigzaguant entre les taupinières. L’herbe était encore verte et les feuilles des arbres inventaient de nouvelles couleurs. Des vols de migrateurs égratignaient le ciel et un soleil charnu acclamait l’univers. Au loin, des montagnes usées et enchaînées l’une à l’autre veillaient sur l’horizon, sans la moindre arrogance. Et tout en bas dans la vallée coulait une rivière que l’on ne voyait pas. Un homme était mort et rien n’avait changé.
Caleb apercevait parfois la Privat dans la basse-cour, lorsqu’elle donnait à manger du grain aux poules et aux canards de Barbarie, ou qu’elle s’affairait dans le jardin attenant. Le fils était de l’âge de Caleb, il ne sortait pas souvent, le nez fourré dans ses bouquins, et quand il quittait la maison, c’était pour aller retrouver la bande de copains dirigée par le fils unique du maire. Sylvain Artaud était un gamin sournois et violent, élevé dans l’ombre monumentale d’un père qui plaçait trop d’espoirs en lui. Paul Privat, Antoine Barral et Pierre Fauvel le suivaient dévotement dans ses excès. Caleb les détestait tous, autant que les autres le méprisaient. Par la suite, seul Paul Privat ferait de brillantes études dans une grande ville, en dehors du milieu agricole, revenant seulement aux vacances.
La vieille et son fils faisaient en sorte d’éviter Caleb, comme tout le monde au village avait toujours évité cette famille étrange. À l’époque, le bureau de poste existait toujours, ainsi que la boulangerie, et Dieu n’avait pas encore fermé sa porte. Tous les autres commerces avaient déjà disparu. La plupart des gens faisaient désormais leurs courses dans l’un des centres commerciaux qui fleurissaient en périphérie.
La mère de Caleb se rendait toujours seule au village.
Après sa mort, Caleb avait dû s’y résoudre. Il ne s’attardait jamais. Se sentait jugé à travers les vitres et les murs par tous ces gens qui se suffisaient d’une vérité à laquelle il n’avait pas accès. Dès qu’il en avait terminé, il regagnait la maison dans laquelle il était né, avec le don que sa mère lui avait révélé le jour de ses huit ans.
De l’ongle du pouce, Sarah traçait des symboles sur le front du gamin. Ça ressemblait à une succession de croix de différentes tailles. Au début, elle effleura la peau puis enfonça de plus en plus l’ongle. Caleb grimaçait. Lorsqu’elle en eut terminé, elle enserra les poignets de son fils avec son autre main pour l’empêcher de se toucher le front, même s’il en mourait d’envie, certain que du sang s’écoulait de coupures. En réalité, rien ne ruisselait que l’idée du sang dans la tête de l’enfant. Une fois rassuré de voir l’ongle bien net, il leva les yeux sur sa mère et il trouva qu’elle avait vieilli, comme si, en le marquant ainsi, de nouvelles lézardes avaient craquelé son visage. Jamais auparavant il n’avait imaginé qu’elle pût vieillir. Par ses gestes sacrés, Sarah avait simplement éveillé ce qui sommeillait dès la première cellule dupliquée par l’embryon. Lorsqu’elle relâcha enfin son étreinte, elle posa ses paumes sur le front de son fils et les retira au bout de quelques secondes.
– Voilà, dit-elle.
– C’est mon cadeau d’anniversaire ?
– Un cadeau… J’en sais rien si c’est un cadeau que je te fais. T’en disposeras bien comme tu voudras. Il faudra juste pas confondre don et pouvoir. Nous autres, on n’est pas comme les curés, c’est pour ça aussi qu’ils nous détestent, parce qu’ils considèrent qu’ils ont le pouvoir de débarrasser les gens de leurs fautes, alors que nous, on peut que guérir.
– Je t’ai jamais vue guérir personne.
– Les animaux, c’est pas personne.
– C’est pas des gens.
– De nos jours, les gens n’ont plus besoin de nous.
– Moi aussi, je devrais soigner que les bêtes, alors ?
– Ce serait bien que tu perdes pas ton temps ailleurs.
Caleb laissa passer un moment puis il effleura son front avec un doigt et dit :
– Maman !
– Quoi.
– Est-ce que ça fait de moi quelqu’un de différent ?
– Bien sûr que non, mais les gens penseront que si, et beau comme t’es, en plus…
– De quels gens tu parles ?
– Ils sont tous pareils… Allez, file soigner les lapins, pendant que je prépare à manger !
– Tu fais un gâteau, aussi ?
– Si j’ai assez d’œufs, je ferai des crêpes.
OceanofPDF.com