Mission: Salvation's Reach

Dan Abnett · Chapitre 16 sur 27

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Mission: Salvation's Reach

Quinze - Les Marches

QUINZE

Les Marches

 

Les cloches du navire se mirent à sonner, puis une sirène retentit pour prévenir tous les passagers de l’imminence de la translation.

Un frémissement, un frisson, parcourut tous les os du navire, puis ils s’extirpèrent de l’Immaterium pour regagner l’espace réel. De nouvelles sirènes retentirent et une voix synthétique répéta : « Zone hostile, alerte permanente. »

Spika les avait amenés à leur objectif avec trois jours d’avance.

— Nous décélérons dans les Marches du Pourtour, » dit Spika à Gaunt et Eadwine. « La navigation a confirmé notre position dans l’espace réel et notre vecteur. Seize heures de décélération dans le plan gravimétrique de ce lamentable système, puis encore cinq en direction de la cible. À partir de là, nous allons rester prêts au combat et boucliers dressés. Cette phase du voyage sous silence radio. Je vous conseille d’effectuer les derniers préparatifs. Vous devriez être prêts à vous déployer trois heures avant notre arrivée.

— Ce sera cinq, » répondit Gaunt.

Spika hocha la tête.

— Désormais, je vous ferai des mises à jour toutes les demi-heures, » ajouta-t-il.

— À quoi ça ressemble ? » demanda Gaunt.

À côté de lui, le space marine ricana, comme si la demande était un caprice idiot.

Spika haussa les sourcils et donna un ordre à un officier. Les volets couvrant les immenses baies vitrées du pont s’ouvrirent en grommelant et une faible lumière jaunâtre envahit la passerelle. Il n’y avait rien à voir hormis un halo sale, brun, avec de petites taches de lumière dans le coin inférieur droit, comme un reflet sur une lentille. Des points blancs, pareils à des grains de sel ou des flocons de neige, scintillaient autour d’eux en filant vers la poupe : tout le reste du paysage n’était qu’un vide sale rehaussé d’une chiche lumière douleur d’urine.

— Vous voyez ? » demanda Eadwine.

— Je ne vois rien, » répondit Gaunt.

— C’est bien ce que je voulais dire, » répondit le Silver Guard d’un ton amusé.

Spika tendit le bras et ajusta plusieurs jauges sur sa console. Il lança une ou deux instructions aux officiers d’observation et de résolution postés devant les pupitres sculpturaux des cogitateurs, en dessous de lui.

Une grande grille descendit du linteau de la baie pour se superposer à elle. Elle était faite d’armaplast épais, et incrustée de senseurs et d’actuateurs hololithiques. Son cadre était garni de manchons blindés et d’amas de petits écrans de répétition et de moniteurs secondaires. La grille prit vie ; un graphique de lumière verte se dessina sur la baie et commença aussitôt à découper et analyser les informations reçues. Des lignes de données sensorielles, codifiées selon une série de couleurs, hérissèrent les bords de la grille principale et envahirent certains écrans de répétition. Des colonnes de textes défilèrent. Spika ajusta ses contrôles, centra la mire verte de la grille sur les traces de lumière et commença à zoomer sur la zone jusqu’à ce que l’hololithe occupe la grille et bloque la vue réelle.

Les détails se précisèrent. Magnifié, l’éclat était un fouillis de solides blanchis par le reflet de l’étoile locale. Il était toujours flou et mal défini, mais Gaunt voyait assez nettement pour comprendre que ce n’était pas un planétoïde. Sa forme n’avait rien de géométrique ou de régulier. Cela ressemblait plus à un nœud, et des vrilles de matières enchevêtrées en émanaient sur d’immenses longueurs, tels les anneaux brisés d’une géante gazeuse. Les parasites étaient plus prononcés sur cette image. Les points blancs mouvants y grouillaient plus densément, presque comme un crépitement statique. L’image évoquait une chose pâle, tombant en miettes, vue sous l’eau, envahie de sédiments et de micro-organismes.

— Voici Salvation’s Reach, » annonça Spika.

Le space marine sembla légèrement intéressé.

— Les points, » demanda Gaunt, « Sont-ils des interférences ?

— Des débris, » répondit Spika en secouant la tête. « Le champ de déchets est exceptionnellement dense, et ça empirera à mesure que nous approcherons de la cible. Nos boucliers en dévieront la majeure partie, mais il nous faudra sûrement manœuvrer, et cela nuira à notre rapidité d’approche.

— Ça va nous rendre plus vulnérables, » dit Eadwine.

Spika haussa les épaules.

— Nous serons visibles plus longtemps, oui, » admit-il. « Mais la ceinture de débris va aussi nous camoufler. Si je fais bien mon travail, nous pourrons approcher du point principal tout en passant une pour masse de débris.

— À partir de maintenant, j’aurais besoin d’avoir un visuel.

— Pourquoi ? » demanda Eadwine.

— Je dispose du commandement opérationnel, frère-sergent. Je veux être au courant de toutes les informations possibles, internes comme externes, à mesure que le raid progresse. Si le capitaine identifie une menace, je ne veux pas l’apprendre après coup.

— Vous le verrez par vous-même, » dit Eadwine. « Le strategium vous fournira…

— Navré, » coupa Gaunt, « Mais vous partez du principe que je serai sur la passerelle durant l’assaut.

— Évidemment, » dit Spika, « Pour superviser l’opération. Je vous ai fait préparer une place. Quelle alternative ?

— Je vais mener la frappe Bêta.

— Vous… vous y allez ? » s’étonna Spika.

Eadwine émit un son qui ressemblait à un rire.

— J’ai toujours procédé ainsi, » dit Gaunt. « Je n’envoie pas mes hommes faire quelque chose si je ne suis pas prêt à le faire moi-même.

— Pas étonnant que Veegum vous apprécie, » dit le space marine. « J’ai une place pour vous, à mes côtés, avec la frappe Alpha.

— Je vous en remercie. Mais vous savez ce que vous avez à faire, et moi aussi. Le major Kolea et le major Baskevyl dirigeront le régiment avec vous sur Alpha.

— Et la frappe Gamma ? » demanda Eadwine.

— Elle sera sous le commandement du major Petrushkevskaya et du capitaine Daur. » Gaunt pivota sur son siège et pointa le doigt vers le soldat tanith qui l’attendait à côté de l’accès principal.

« Voici mon aide de camp, Beltayn. Je veux qu’il soit à ma place, ici, au strategium, et ait accès à votre système radio.

— Mes hérauts peuvent vous communiquer toutes les données possibles, » se défendit Spika.

— Je n’en doute pas, mais je demande à ce que Beltayn soit admis ici. S’il vous relaye un ordre de ma part, considérez qu’il a toute mon autorité.

— Je comprends, » dit Spika.

— Vous devez également demander à vos soldats de se tenir prêts. »

Spika fronça les sourcils.

— D’accord. Pour un abordage ?

— Oui. Mais aussi pour un contre-abordage. Nous allons ouvrir un passage vers la cible. Cela signifie que, si ça se passe mal, l’ennemi aura accès à ce navire. »

Gaunt se leva, imité par les deux autres.

« Allons nous préparer, » dit-il.

Spika fit le signe de l’aquila.

— L’Empereur nous garde, » grommela Eadwine.

Gaunt quitta la passerelle suivi de Beltayn.

— Vous serez posté ici, » dit Gaunt. « Spika n’est pas l’homme le plus accommodant de tout l’Imperium, mais je lui ai fait comprendre qu’il devait coopérer. Vous aurez accès à toutes les informations. Vous relaierez tout. S’il essaye de vous tenir à l’écart, faites-le moi savoir et mettez-moi sur haut-parleur. »

Beltayn opina.

— Les majors Rawne et Kolea m’ont demandé de vous rapporter que les préparatifs avaient commencé, colonel, » dit-il. « Nous nous équipons, et les véhicules d’assaut sont alignés dans les hangars, prêts à être embarqués. Aussi, vous devez approuver et signer ceci. »

Il remit à Gaunt une plaque de données, que ce dernier lut en marchant.

— Eh bien, enfin quelque chose à célébrer, » dit-il en signant l’autorisation de son anneau sigillaire biométrique.

— Le capitaine Daur se demandait… » commença Beltayn.

— Nous prendrons le temps nécessaire.

— Le commissaire Hark voudrait vous parler.

— Je vais le voir. »

Hark les attendait à l’entrée du couloir central.

« Qu’y a-t-il, Viktor ? » demanda Gaunt.

— C’est une honte, » dit Hark. Il conduisit Gaunt dans ses quartiers, où Ludd, Fazekiel et Rawne les attendaient. La pièce était silencieuse, isolée ; d’une propreté méticuleuse et maniaque, exactement ce qu’on pouvait attendre de la part d’un homme comme Viktor Hark.

« J’hésite à employer le mot ‘‘arnaque’’, dit Hark, parce que ça ne rend pas justice à la monstrueuse ampleur de la chose. C’est un plan de fraude ingénieux. Je ne sais pas depuis combien de temps ça dure. Peut-être est-ce antérieur à mon arrivée au sein du régiment. Peut-être depuis la Fondation. »

Gaunt parcourut rapidement les documents que Hark et Fazekiel avaient étalés sur le bureau. Certains étaient déchirés ou très anciens. D’autres, des tirages neufs des archives. Sa mâchoire se crispa.

« Nous l’avons découvert par accident, » dit Hark. « Rendons cela aux auteurs : le plan est si insidieux qu’il est presque invisible.

— De quoi s’agit-il exactement ? » demanda Gaunt tout en continuant à lire les documents.

— Autant qu’on sache, » dit Fazekiel, « La fraude touche principalement trois domaines, mais ils se chevauchent sur bien des points. Tout d’abord, il y a l’attribution de pensions de veuvage à des femmes qui n’existent pas.

— Toutes au nom de soldats décédés, » précisa Hark.

— En d’autres termes, on invente des veuves fictives, les papiers sont remplis rétroactivement, afin que les demandes soient faites au nom de soldats morts, » dit Fazekiel. « Mais il y a aussi des pensions adressées à de véritables hommes et femmes dont le conjoint est mort depuis longtemps. Des femmes qui ont péri sur Tanith ou Verghast. Enfin, il y a de vraies femmes, non mariées, comme Élodie Dutana, dont la signature est volée pour signer les demandes. C’est encore mieux qu’une fausse identité, voyez-vous ?

— Individuellement, les pensions sont maigres, » dit Hark. « Mais mises bout à bout, vu leur quantité, et sur une telle période de temps… »

Il s’interrompit, se frotta l’arête du nez, les yeux fermés.

« Quelqu’un a réussi à se créer un aflux régulier d’argent, » dit-il. « C’est une fraude au Munitorum. Il est tout à fait possible que celui-ci soit déjà au courant, mais l’enquête peut mettre des années ou des décennies à identifier les coupables.

— C’est sûrement sur ça qu’ils comptent, » glissa Rawne.

— Quelqu’un s’enrichit sur les morts du régiment, » dit Hark, « Sur ceux qui sont tombés au combat, et sur les pertes civiles. C’est une profanation. C’est monstrueux. Du détroussage de cadavres. Du viol de sépulture.

— Sait-on qui est derrière tout cela ? » demanda Gaunt. Il était livide de colère.

— Nous ne savons pas encore comment l’argent est récupéré, » dit Fazekiel, « Ni comment il est stocké une fois les paiements effectués. Peut-être est-il blanchi par les comptes du régiment, d’une manière ou d’une autre. Cela demanderait la complicité d’officiers subalternes du Munitorum. Peut-être que ça passe aussi par les jeux illégaux ou le marché noir, sur le rivage.

— Il peut aussi être planqué dans un sac, sous un lit, » dit Rawne.

— Nous avons un seul nom, » dit Hark. « Costin.

— Ce petit fumier, » murmura Gaunt.

— Il est clairement impliqué, » dit Fazekiel. « Mais Hark et moi-même pensons qu’il n’a pas pu monter cela tout seul. Nous le soupçonnons d’avoir des complices. Et l’un d’eux pourrait bien être un gradé.

— Ce serait difficile d’entretenir ce trafic sans un officier complice pour signer le bon ou la demande occasionnelle, » intervint Ludd.

— Il y a des années, j’ai failli exécuter Costin, » dit Gaunt.

— Aexe Cardinal, » opina Rawne.

— Ce sale ivrogne. Cet imbécile, » siffla Gaunt. « Il a fait tuer des camarades. La majeure partie du peloton de Raglon. J’ai eu pitié de lui. Qu’il soit maudit.

— Plusieurs rapports indiquent que Costin semble ne pas manquer de moyens, » renchérit Fazekiel. « En permission, il a toujours de quoi bien boire, bien manger et jouer. Son amasec est meilleur que celui des officiers supérieurs.

— Il n’a pas fait ça tout seul. Avec qui traîne-t-il, en général ?

— Gendler, » dit Hark.

— Meryn, » ajouta Rawne.

— Mais nous n’avons rien sur eux, » dit Fazekiel. « Costin est le seul à être visiblement impliqué et quand bien même, ça reste circonstanciel. Nous ne lui en avons pas parlé. Il n’y a pas eu d’interrogatoire.

— Il n’y en aura pas. Je vais donner l’ordre d’exécution, » dit Gaunt. Ludd n’avait jamais vu tant de colère contenue chez le colonel-commissaire.

— Je ne veux pas qu’on exécute notre seule piste, même pour faire un exemple.

— Et faire un exemple, quelques heures avant l’opération, n’est sans doute pas une bonne idée, » ajouta Fazekiel.

— Il ne s’en tirera pas, cette fois, » dit Gaunt. « Et ses complices non plus.

— Je ne souhaite pas le contraire, » dit Hark. « Mais je crois que nous devrions agir après le raid. Si nous exécutons Costin ou si la vérité éclate, ça risque de détruire le moral du régiment.

— La seule bonne raison de garder ce merdeux en vie, » dit doucement Rawne, « Est de le faire parler. Avec votre permission, je m’en charge. »

Hark et Gaunt échangèrent un regard.

« C’est la meilleure solution, » dit Rawne. « Après tout, tout ça est mon idée, à l’origine. »

Il leva les yeux et ignora l’horreur qu’il lut sur leur visage.

« Détendez-vous, » dit-il. « Je n’ai pas fait le coup. Mais l’idée est de moi. Il y a des années, juste après qu’on a quitté Tanith. Je me souviens m’être saoulé avec Corbec et Larkin, un soir, en plaisantant sur l’idée de faire une fortune avec nos morts. C’est devenu un gag récurrent, comment on pourrait compenser notre existence merdique en tirant profit des morts de Tanith. Avec le temps, c’est devenu une mauvaise blague, de l’humour très noir. Je n’ai jamais pensé que quelqu’un serait assez tordu pour la mettre en pratique. Je ne pensais même pas que quelqu’un m’en croirait capable, c’est dire. »

Gaunt ôta son képi et se passa les doigts dans les cheveux.

— Allez-y, » dit-il à Rawne. « Faites ce qu’il faudra. Je veux savoir avec qui travaille Costin. Voulez-vous qu’on détourne les yeux, ou qu’on vous aide à le coincer ? »

Rawne secoua la tête.

— Je m’en occupe. Je vais lui flanquer la frousse du Trône et lui faire balancer ses complices. Et vous n’aurez même pas à détourner le regard ; je ne vais même pas le toucher. Il me suffira de lui glisser un mot dans l’oreille. Deux mots, en fait.

— Je ne préfère pas savoir lesquels, » dit Fazekiel.

Gaunt ramassa l’un des imprimés.

— La seule raison pour laquelle j’ai épargné Costin sur Aexe Cardinal, c’est parce que Dorden m’en a supplié, » dit-il.

Il tendit le papier à Rawne.

C’était une demande de pension de veuvage au nom de feu l’épouse de Dorden, sur Tanith.

Ils avaient encore six heures devant eux. Les cloches du navire sonnèrent pour marquer la demi-heure. Les deux dernières heures avaient été ponctuées par une série de martèlements réguliers. Les débris de l’immense ceinture de déchets de Salvation’s Reach se faisaient si denses qu’ils rebondissaient sur les boucliers de l’Armaduke.

Le régiment était presque prêt et l’air était comme chargé d’électricité, tant la tension était grande. Gaunt convoqua tous les soldats sur le pont d’excursion principal et ordonna que la suite soit également présente. Il n’y avait pas d’ordre formel, pas de rangs ou de disposition officielle. Le régiment au grand complet vint simplement se poster face à Gaunt. Tous les Fantômes avaient interrompu leurs préparatifs pour venir. Certains n’étaient qu’à moitié équipés, d’autres avaient encore les mains noircies de graisse à fusil. Les femmes et les enfants se pressèrent sur le pont bondé. Gaunt aperçut Tona avec Dalin et la fillette. Curth et Kolding arrivèrent de l’infirmerie avec Dorden. Le vieillard, la peau couleur de cendre, avait insisté pour marcher.

— Vous devriez vous reposer, » lui dit Gaunt.

— Pour quoi faire ? » demanda Dorden.

— Je ne peux pas m’empêcher de penser que… »

Dorden secoua la tête.

— Ana m’a administré un opiacé très puissant, Ibram. J’arrive à sortir du lit et à marcher. Je ne veux pas rater ça. En fait, j’ai l’intention de ne plus rien rater, et ce jusqu’à la fin.

— Je pourrais vous ordonner de retourner vous coucher.

— Et je pourrais désobéir, » répondit Dorden. « Qu’est-ce que vous feriez, dans ce cas ? Vous m’abattriez ? »

Gaunt s’esclaffa. Curth et Kolding se retenaient tous deux de sourire, mais Gaunt devinait que Curth était en même temps rongée par le chagrin.

— Je veux seulement dire… » commença Gaunt.

— Si c’est au revoir, je ne veux pas l’entendre, » coupa Dorden.

Certains des membres d’équipage du navire, dont plusieurs officiers supérieurs de la passerelle, assistaient au rassemblement. Gaunt s’apprêtait à grimper sur une plateforme pour s’adresser à ses troupes lorsque les space marines arrivèrent.

Le silence tomba sur le pont. Les trois silhouettes pénétrèrent dans le hangar et le traversèrent comme des ogres ; la foule s’ouvrit devant eux. Ils avaient revêtu des cuirasses spécialisées qui avaient été transférées à bord durant la jonction : de vieilles armures d’abordage ornementées, précieuses reliques d’une époque incroyablement ancienne. Chacune était décorée aux couleurs du chapitre de son porteur. Elles étaient le chef-d’œuvre de maîtres artificiers, lustrées et rutilantes, renforcées de plaques supplémentaires, gothiques, blasonnées et bruissantes de sceaux de pureté. Chaque guerrier portait un grand bouclier d’abordage en forme de demi-aquila. Holofurnace tenait aussi une longue lance énergétique et Eadwine une épée tronçonneuse. L’énorme main droite de Sar Af restait libre pour son bolter.

Leur casque était muni d’une visière semblable à une herse. Ils prirent position devant Gaunt. Holofurnace tenait sa lance à l’horizontale, à la hauteur de ses cuisses.

Gaunt les salua d’un hochement de tête, puis regarda le gros du régiment. Le psyber-rapace bicéphale remua et battit des ailes sur son perchoir, non loin.

Gaunt fit un rapide discours, seulement quelques mots. Inutile d’en dire plus. Tout le monde était prêt. Depuis Jago, ils attendaient un vrai combat, et l’heure était arrivée.

Lorsqu’il eut fini, il laissa la place à Zweil. L’ayatani bénit l’assemblée et lui rendit éloge. Pour une fois, il fit preuve de retenue et s’écarta à peine du sujet.

À la fin de la bénédiction, Gaunt hocha la tête en direction de Daur et Élodie, et ils s’avancèrent. Gaunt lut la demande d’autorisation, et les serments du mariage furent échangés, avec le régiment entier pour témoin.

— L’Empereur vous garde, » dit Gaunt au couple. Il leva la tête et répéta ces paroles. Le régiment poussa des cris de joie et applaudit l’union.

Gaunt regarda ensuite Wilder.

— Capitaine ? S’il vous plaît ? »

Les musiciens n’étaient pas équipés pour la cérémonie. Ils étaient vêtus d’uniformes de combat, mais ils avaient emporté leurs instruments. Sous la direction de Wilder, ils entonnèrent un cantique martial populaire.

Daur et Élodie quittèrent la foule ensemble, recevant en chemin maintes félicitations. Lorsqu’ils arrivèrent devant le capitaine Zukhova, Élodie lui dit :

— Je suis navrée.

— De quoi ? » demanda cette dernière, sincèrement étonnée.

— Laisse tomber, » coupa Daur.

Gaunt retrouva Sar Af, qui parlait avec Dorden. À côté de l’immense space marine en armure d’abordage, le vieux medicae semblait encore plus chenu que d’ordinaire.

— Il est mourant, » dit Sar Af à Gaunt, comme si la nouvelle venait à peine de tomber.

— Je sais, » répondit Gaunt.

— Mais il n’a pas peur, » ajouta Sar Af.

— Non, » renchérit Dorden.

Le White Scar hocha la tête d’un air entendu. Il regarda Gaunt.

— Et ils ne connaîtront pas la peur, » dit-il.

La fanfare jouait encore lorsque la foule commença à se disperser. Les gardes faisaient leurs au revoir au personnel d’appui et à la suite régimentaire, puis s’empressaient d’aller finir de se préparer. Le capitaine Daur donna à son épouse un dernier baiser. Ezra s’avança au centre de la pièce, leva le bras, et l’aigle vint docilement se percher sur son poignet. Le portant comme l’aurait fait un fauconnier, il sortit du hangar sur les talons des éclaireurs et des space marines.

Près d’une des sorties, au milieu du brouhaha, Rawne attira Costin dans un coin.

— Qu’est-ce que je peux faire pour vous, major ? » demanda ce dernier.

— Ils savent, » dit Rawne.

— Quoi ? »

Rawne donna un coup de menton vers l’autre bout de la pièce, où Gaunt discutait avec Hark et Ludd.

— Ils savent, » répéta-t-il, les yeux mi-clos, un sourire mauvais aux lèvres.

Costin cligna des yeux et se mit à trembler.

— Qu’est-ce que vous voulez dire ? Putain, de quoi vous parlez ? Ils savent quoi ? Qu’est-ce qu’ils savent ? »

Le sourire de Rawne s’élargit.

— Ils savent, » répéta-t-il une dernière fois.

Il se détourna et s’en alla. Un Costin blême, aux yeux écarquillés, le regarda s’éloigner.

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