Mission: Salvation's Reach

Dan Abnett · Chapitre 24 sur 27

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Mission: Salvation's Reach

Vingt-trois - Hors d’atteinte

VINGT-TROIS

 

Hors d’atteinte

 

D’un hochement de tête, le capitaine Spika indiqua la manœuvre à exécuter à ses timoniers. Dans un frisson grinçant, le Highness Ser Armaduke se détacha de la peau mutilée de Salvation’s Reach. Toutes les navettes et tous les vaisseaux de débarquement l’avaient regagné et ses soutes latérales avaient été scellées. Le départ du navire brisa les bulles atmosphériques entourant les ouvertures pratiquées par les Hadès. La décompression ravagea les cavités inférieures, non cartographiées du Reach, les broyant comme des coquilles d’œuf.

Des pans entiers de la vaste structure étaient déjà en flammes après que d’importantes explosions les eurent dévastées, provoquées par des charges soigneusement disposées ou des stocks de munitions que les navettes en partance avaient fait sauter.

Certains des dommages résultaient de l’explosion spontanée des pièges des niveaux inférieurs.

De minuscules brèches dans la peau du Reach luisaient de l’intérieur comme des charbons ardents. Des explosions et des vagues de flammes continueraient de parcourir la base pendant des jours.

Boucliers levés, l’Armaduke s’éloigna de la zone, traçant une ligne d’accélération qui traversait le dense champ de débris pour atteindre le point de Manderville viable le plus proche. Le navire continua d’émettre des railleries et des accusations dans le jargon du Pacte du Sang, et ce jusqu’à ce qu’il accomplisse sa translation.

Deux cent mille kilomètres en arrière, camouflé et caché dans le champ de débris du Reach, le monstrueux vaisseau-démon, noir comme la nuit, regarda l’Armaduke repartir. Il écouta les émissions radio que le navire impérial disséminait dans son sillage.

Ses batteries et ses moteurs reprirent vie et il accéléra, pistant sa proie.

Tout en partant, il murmura son nom, un crépitement sonore qui évoquait une malédiction murmurée.

Tormageddon Monstrum Rex !

— Je ferai tout ce que je peux, » dit Curth. « Son pronostic est bon. Haller l’a ramené à l’infirmerie à temps. »

Élodie hocha la tête.

— Merci, » dit-elle. Les lits de l’infirmerie étaient tous occupés. Il y avait tant de blessés que les locaux réservés aux soins des matelots avaient été réquisitionnés par les Fantômes.

Mais un seul de ces lits intéressait Élodie. Elle s’assit au chevet de Daur et lui prit la main. Il paraissait très pâle dans ses vieux draps grisâtres. Il ne bougea pas.

— Avec un peu de repos et des soins, il se remettra, » dit Curth. Elle était épuisée et se sentait vide, mais resta aux côtés d’Élodie jusqu’à ce que cette dernière soit rassurée.

Curth retourna dans l’office. Le bureau de Dorden était tel qu’il l’avait laissé, ses instruments disposés comme il les voulait. C’était Lesp qui s’en était chargé, comme tous les matins. La familiarité de ce spectacle était presque insupportable.

Elle s’assit sur la chaise qui avait été celle de Dorden après leur embarquement. Sur le bureau, dans un vieux cadre abîmé, une photo délavée montrait un jeune homme et sa jolie épouse. Elle était enceinte. Le nouveau docteur du comté, fraîchement diplômé, rayonnait. Derrière le couple souriant, le soleil inondait un bosquet de nals majestueux.

Curth s’essuya les yeux.

La porte s’ouvrit. Blenner entra. Il la referma derrière lui et regarda Curth.

— Je ne sais pas quoi faire, » dit-elle.

— Alors, nous devrons trouver quelque chose pour vous occuper, » répondit Blenner.

— Le vieux corniaud, » dit-elle. « Pas question de mourir dans son lit n’est-ce pas ? Dans son lit, avec des soins ; à sa place.

— Ce n’était aucunement sa place, en fait. Vous ne pensez pas ? » dit Blenner. Il posa une bouteille de sacra et deux petits verres sur le bureau, ouvrit la bouteille et remplit les verres.

Il lui en donna un et prit le second.

— Je ne suis pas très douée pour ça, » dit-elle.

— Pour boire ? Par le Trône, madame, ça n’était pas vrai, l’autre soir.

— Pour dire adieu.

— Ah. » Il hocha la tête et leva son verre.

« Aux meilleurs d’entre nous, qui partent trop tôt, » dit-il. « Et aux pires, qui s’attardent plus qu’on ne le voudrait. »

— Vous avez l’air triste, » dit Felyx.

Gaunt ne répondit pas. Lentement, soigneusement, il nettoyait et polissait la lame de son épée énergétique.

« Je croyais que nous avions… gagné. Nous avons gagné, n’est-ce pas ? » demanda Felyx.

— La mission a été accomplie, » dit doucement Gaunt. « Apparemment, il y a de fortes chances que nous ayons réussi quelque chose de valable à long terme.

— Alors, pourquoi avez-vous l’air triste ?

— J’ai perdu des hommes. Beaucoup. Ils ont donné leur vie pour devenir des Fantômes. C’est toujours difficile à supporter, pour un commandant, même lors d’une victoire. Et certains d’entre eux… un en particulier m’était très cher. »

Gaunt regarda Felyx. Les quartiers du colonel étaient silencieux. Maddalena était assise dans le vestibule et semblait lire l’exemplaire de Gaunt des Sphères de l’Exaltation. Le colonel la regarda tourner une page.

— Si vous l’appréciez, ce n’est pas pour rien, » dit Felyx.

— Je n’en doute pas, » dit Gaunt.

— Les gardes du corps les plus précieux de la maison Chass reçoivent des modifications corporelles très sophistiquées. Le visage et la voix de Maddalena ont été conçus pour ressembler à ceux de ma mère. La similarité était censée me rassurer et me réconforter. J’imagine qu’elle a également un effet sur vous.

— J’imagine.

— C’est l’épée de Heironymo Sondar ?

— Oui. Voulez-vous que je vous raconte comment elle est entrée en ma possession ? »

Felyx secoua la tête.

— Je vous ai vu l’utiliser, aujourd’hui, » dit-il. « C’est tout ce que j’ai besoin de savoir. »

Rawne vérifia que les fers de Mabbon étaient verrouillés et les attacha à un anneau fixé au sol. Il examina une dernière fois le prisonnier et se dirigea vers la porte de la cellule.

— Beau travail, pheguth, » lança-t-il avant de sortir et de refermer l’écoutille.

À la lumière de la seule lampe qu’on lui autorisait, Mabbon s’assit sur sa chaise et s’autorisa à se détendre.

Pour la première fois depuis très longtemps, il sourit.

En uniforme de parade, l’épée énergétique au côté, Gaunt avança sur le pont d’excursion. Tout était silencieux. Les rangs se mirent au garde-à-vous. La suite régimentaire regardait en silence, immobile. Dehors, l’espace Warp griffait la coque, mais à l’intérieur du navire régnait un silence solennel.

La fanfare, en costume de cérémonie, se prépara à jouer la marche mémorielle de l’Imperium.

Gaunt monta sur l’estrade. Zweil s’y trouvait déjà, prêt à conduire l’office. L’ayatani semblait vieux, usé, triste.

Gaunt avait une liste dans sa poche, mais il n’eut pas besoin de la consulter. Il la connaissait par cœur. Il baissa les yeux sur son régiment et regarda les trois space marines au premier rang, côte à côte et impassibles. Ils avaient remisés leur armure abîmée dans leurs coffres d’équipement et avaient revêtu la cuirasse énergétique qu’ils portaient le jour de leur rencontre. Argent, serpent et balafre.

— Nous sommes réunis pour commémorer la fin de notre entreprise, » dit Gaunt d’une voix forte et claire, ainsi que pour honorer les contributions et les sacrifices consentis. À ma demande, un certain nombre de décorations ont été accordées. Certaines à titre posthume. »

Il ôta son képi et commença à réciter la liste de noms. Les Fantômes baissèrent la tête. Holofurnace brandit sa lance pour saluer les défunts.

Haut au-dessus de leurs têtes, les toisant depuis son perchoir sur les passerelles de fret, le psyber-aigle écoutait.

Il ouvrit les ailes, l’image même d’un aquila.

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