Mission: Salvation's Reach
Vingt - Salvation’s Reach
VINGT
Salvation’s Reach
— Attends, » chuchota Mkoll. « Attends.
— Je l’ai eu, » protesta Larkin en baissant son fusil.
— Ouais, » répondit Mkoll. Il ajusta son pointeur. « Tu as touché la goupille, mais regarde ça. »
Le faisceau de l’éclaireur révéla un épais câble noir, entouré de ruban adhésif, qui courait le long du côté de l’appareil que Larkin venait de toucher.
« Un détonateur secondaire, » dit-il.
— Merde, » chuchota Larkin.
— À quoi est-il relié ? » demanda Gaunt.
Domor louchait sur l’auspex.
— Je détecte une sorte de poche sous le revêtement du sol. À droite. Je pense que c’est un soufflet à pression. On pèse dessus et il envoie de l’air ou un fluide dans le câble. Par le Trône, j’ai failli le rater.
— S’il y a un deuxième détonateur, c’est que la sécurité est renforcée, ici, » dit Gaunt.
— On s’est enfoncé d’environ un kilomètre et demi, » dit Mkoll. « Si la mémoire et les plans de notre ami sont précis, on est tout près. »
Larkin avait rechargé.
— Je peux couper le câble. Mais le détonateur est en partie masqué.
— Fais-le, mais au-dessus du détonateur, » dit Domor. « Même si tu ne le coupes que partiellement, la pression partira en sens inverse. Si tu tires en dessous, la force de l’impact risque de projeter de l’air ou du fluide là où on ne veut pas qu’il aille.
— Merci pour le tuyau, » dit Larkin en visant.
— Ça devrait marcher, » dit Domor.
— “Devrait” ? » fit Zered.
— J’aime laisser un peu de place aux variables, » dit Domor.
— Ah ouais ? Va te faire foutre, » grogna Larkin.
Mkoll fit signe à Gaunt de le rejoindre, un peu à l’écart.
— Larkin commence à fatiguer. Ses mains ne sont plus stables.
— Ça ira, » répondit Gaunt. « Il est instable de naissance. »
Le fusil parla. Il y eut une éclaboussure d’eau et un faible son de verre qui éclate.
— Et… nous sommes encore vivants, » dit Larkin.
— Il a déjà neutralisé dix-huit pièges, » insista Mkoll. « Le stress commence à peser sur lui.
— Nous nous sommes tous entraînés pour ça, » répondit Gaunt.
— Et c’est durant cet entraînement qu’on nous a recommandé de changer de tireur ou de détecteur s’il montre des signes de fatigue.
— Changer ? Qui va le remplacer ? » demanda Gaunt. « Vous avez entendu ce qui est arrivé à Gamma. Pylar et Curo étaient nos deux seuls tireurs d’élite de réserve, et ils ont été mobilisés pour appuyer Daur.
— On a d’autres bons tireurs.
— Personne qui se soit entraîné si dur. Personne d’aussi doué. C’est pour ça qu’on a rejeté tant de monde durant les préparatifs, » dit Gaunt.
Mkoll marqua l’appareil à la craie rouge. Ils se remirent en marche dans le couloir rouillé. Les murs étaient si corrodés qu’ils semblaient dégouliner de fluides verts et blancs. Ils avaient à peine parcouru quarante mètres que Domor repéra une autre charge. Larkin entreprit de l’examiner.
Gaunt signala à la force principale, qui avançait à quelque distance derrière eux, de faire halte et d’attendre.
— Demandez Raess, ou Banda, » dit doucement Mkoll. « Ou ordonnez à Criid et Mktass de nous rejoindre.
— Raess et Banda ont eux aussi effectué une dizaine de tirs, » répondit Gaunt. « Ils ne sont pas plus frais que Lark. On s’est engagés et on est à court d’options. »
Mkoll renifla.
— À vous de voir. Mais je crois que Larkin n’a plus que quatre ou cinq tirs devant lui. »
Mkoll partit aider Larkin à s’aligner sur sa cible. Gaunt retourna vers la force principale.
— D’après le pheguth, on est tout près, » dit Rawne.
— À quel point ?
— Il reconnaît cette corrosion. Selon lui, il nous reste deux ou trois pièces à franchir et on tombera sur l’accès qui mène dans le complexe à proprement parler. »
Gaunt regarda l’etogaur. Mabbon était flanqué de Brostin et Varl, le reste de l’équipe de la compagnie S non loin. Mabbon avait eu le droit de prendre des notes sur une plaque de données. Il montra à Gaunt le plan qu’il avait esquissé.
— Vous voyez ? » dit-il. « Nous sommes très proches. Vous devriez ordonner à vos troupes de se tenir prêtes. »
Gaunt se mâchonna la lèvre.
— À quel point en êtes-vous sûr ?
— À peu près quatre-vingt-dix pour cent. La structure est vaste et ma mémoire n’est pas parfaite. Mais j’ai passé plusieurs années ici, et tout le chemin parcouru me semble familier. C’est conforme à ce que j’attendais. Il n’y a pas eu de surprises.
— Quatre-vingt-dix pour cent ? » répéta Gaunt.
— Oui.
— Si Larkin n’était précis qu’à quatre-vingt-dix pour cent, nous serions déjà tous morts.
— Alors, soyez heureux que ce ne soit pas moi qui tire, » dit Mabbon.
Il y eut une détonation étouffée derrière eux, une autre balle saline. Le monde ne s’effondra pas dans une explosion. Ils avaient accompli un pas de plus et survécu.
Gaunt fit venir la radio.
— Ici la frappe Bêta, ici la frappe Bêta. Je veux un transport prêt à nous suivre. La route est marquée, n’en déviez pas. Attendez mes ordres.
— Compris, » répondit Beltayn. « Je transmets au capitaine Obel. »
Gaunt se tourna vers la longue ligne de Fantômes qui composait sa force d’attaque.
— Préparez-vous. Crève-cœur au canon, » dit-il. « Apparemment, nous sommes bientôt arrivés. »
Les Fantômes fixèrent leur couteau de guerre à leur arme.
Dans la soute de dépôt 7 de l’Armaduke, les soldats patientaient près des Tauros lorsque le message leur parvint. Obel écouta, hocha la tête plusieurs fois, et rendit le cornet à son opérateur radio.
— Déchargez les munitions, » ordonna-t-il. « Ces huit véhicules, là. Chargez-les avec des caisses de transports vides. Un conducteur et un guide par véhicule. Allez ! »
Blenner vint le rejoindre.
— Quels sont les ordres ?
— La frappe Bêta a demandé des transports. Ils vont bientôt mettre la main sur ce qu’on cherche. »
Blenner hocha la tête.
— Je vais mener l’expédition, » dit-il.
Obel fronça les sourcils.
— J’ai attendu toute la journée l’occasion de… » commença-t-il.
— Je sais bien. Mais ce n’est qu’une mission de transport. On entre et on ressort avec le matériel. C’est tout à fait mon genre de boulot. Je vais prendre les musiciens qui savent conduire comme équipage.
— Je… je souhaite protester officiellement, » dit Obel.
— Je vous entends bien, » dit Blenner. » Mais je suis plus gradé que vous. Écoutez, Obel, on risque de recevoir d’une minute à l’autre l’ordre d’envoyer nos réserves de combat actives au pont d’excursion afin d’appuyer la frappe Alpha. Autrement dit, au front, mon garçon. C’est plus votre genre de mission. Laissez-moi emmener la fanfare porter le matériel. C’est une tâche ingrate. Ne perdez pas votre temps à ça. Attendez ici d’avoir une chance de faire ce que vous autres, les vrais héros, savez faire le mieux. »
Obel fit mine de répondre mais s’interrompit.
« Je viens de vous faire un compliment, capitaine, » dit Blenner.
Obel secoua la tête et éclata de rire.
— Bonne chance, commissaire, » dit-il.
— Oh, je n’en aurais pas besoin. »
Blenner rejoignit Wilder. Son cœur battait un peu plus fort qu’il ne l’aurait voulu.
— C’est l’heure de se mettre au travail, capitaine, » dit-il.
Wilder le regarda.
— Vraiment ? Un autre ravitaillement ?
— Non, quelque chose d’un peu plus stimulant. Nous allons appuyer Gaunt. Sélectionnez huit conducteurs et cinq guides.
— Cinq ?
— Les trois autres seront vous, moi et le gamin, là-bas.
— Merde, commissaire ! » siffla Wilder. « Le fils de Gaunt ? Vraiment ?
— Il doit s’occuper avant que sa belle assurance ne dépérisse et ne disparaisse complètement, » dit Blenner en se tournant vers les musiciens. « Debout ! Ayons l’air de savoir ce que nous faisons. Perday ? Vous serez mon chauffeur. »
Felyx se rapprocha.
— Vous voulez que je vienne ?
— Ce n’est qu’un petit trajet. Ça vous plaira. Ça vous occupera, Meritous.
— Je vous accompagne, » dit Maddalena.
— Nous n’avons pas la place, alors c’est non. Désolé, etc. Je vous le ramène en un seul morceau, promis.
— Non, » objecta Maddalena.
— Si ! » s’écria Felyx.
— Vous êtes soumis aux règles de la Garde Impériale, » lui dit Blenner. « C’était la condition sine qua non de votre présence ici. Je le sais. J’ai l’autorité et je l’exerce. Partez. Laissez-le faire quelque chose de ses dix doigts, aujourd’hui ; comme ça, quand tout sera fini, il pourra regarder son père dans les yeux sans rougir. »
Maddalena Darebeloved le dévisagea, les dents serrées.
— Je ne vous aime pas, Vaynom Blenner, » dit-elle.
— Elles disent toutes ça, au début, » répondit-il en lui renvoyant son regard. « Chère demoiselle, si je devais me soucier de tous les gens qui ne m’aiment pas dans cette foutue galaxie, je ne sortirais jamais mon lit. »
Il lui tourna le dos.
« Prêts ? » demanda-t-il.
Criid orienta sa torche vers les ténèbres qui s’étendaient devant elle. Son équipe de nettoyage venait d’entrer dans une immense caverne qui ressemblait à une formation naturelle : le temps et la gravité avaient défiguré ses murs et son plafond, qui s’affaissaient. Du mica et différents alliages luisaient, plissés comme de la roche. Le sol, sous leurs pieds, était composé de dalles rouillées qui formaient une sorte de piste au milieu d’une surface de lithobéton maculée de graisse.
— Attendez, » dit Mklaek. Il tourna la jauge de sa perche. « C’est miné, » dit-il. « Sous les dalles. »
Banda essuya la sueur qui lui perlait au front.
— Super, » dit-elle. « Comment tu veux que j’atteigne le détonateur ?
— On peut soulever les plaques ? » demanda Leyr. « Désamorcer les mines manuellement ?
— Ça me paraît être une très mauvaise idée, » dit Criid.
— On contourne, alors, » dit Leyr. « On quitte le chemin, on passe sur le lithobéton. »
Mklaek secoua la tête.
— Je n’ai rien sur cette zone, » dit-il. « La couche est trop épaisse pour avoir un bon retour. Il peut y avoir des charges à filaments ou des détonateurs à distance que je n’arrive pas à détecter. »
Criid inspira profondément.
— Alors, il faut trouver un autre passage, » dit Chiria en ajustant le poids de son lance-flammes. « On retourne au dernier croisement et on prend l’autre tunnel. »
Banda posa son fusil contre la paroi de la caverne. Elle tenta de calmer la tension qui s’accumulait en elle.
— Écoutez, » dit-elle. « On ne mine pas une zone si on ne peut pas la désamorcer. C’était l’une des règles de bases des compagnies improvisées.
— C’est pas toujours vrai, » coupa Leyr.
Banda haussa les épaules.
— D’accord. Peut-être pas sur un monde à ciel ouvert où la place ne manque pas : la place de contourner, la place de les faire sauter de loin. Mais pas ici. »
Elle regarda Criid.
« Réfléchis, Tona, » dit-elle. « Ils ne mineraient pas la voie principale s’ils n’avaient pas le moyen de les désamorcer plus tard, au besoin. C’est logique. Ils ne peuvent pas les faire sauter de manière sûre. L’explosion se propagerait dans tous les tunnels. »
Criid considéra l’hypothèse.
« En résumé, » continua Banda, « Ces charges peuvent forcément être désamorcées. On doit pouvoir soulever les dalles. »
Mklaek hocha vigoureusement la tête.
— Parce qu’elles n’ont pas de mécanismes à relâchement de pression, » dit-il. « Elles sont déclenchées quand un poids leur est appliqué, et pas l’inverse.
— Vous pouvez le faire ? » demanda Criid.
Mklaek opina de plus belle.
— Ça changera du tir au pigeon, » renchérit Banda.
Criid regarda Chiria.
— Retourne vers l’appui et dis-leur de reculer d’au moins cinquante mètres.
— Si ça pète, ça servira à rien, protesta Chiria.
— Oui, sauf à me rassurer un peu, » coupa Criid. Elle regarda Banda et Mkleak. « À vous de jouer. »
Ils enfilèrent des gants puis se mirent à quatre pattes. Mklaek passa la perche à côté de lui tout en rampant le long de la zone, sans quitter l’auspex des yeux.
— La première, » dit-il en s’arrêtant.
Criid et Leyr les regardaient faire avec inquiétude. Banda tira son couteau et glissa la pointe sous le rebord de la dalle rouillée
« Doucement, » dit Mklaek.
— Sans déconner ? » répondit Banda. « Moi qui comptais y aller à la brutale. »
Mklaek se baissa au point de poser la joue sur le sol. Dès que la plaque serait soulevée, ne serait-ce que d’une largeur de doigt, il réussirait à voir en dessous.
— Vas-y, » dit-il.
Banda commença à faire levier. La dalle était épaisse et très lourde, et la lame du couteau si fine et acérée que la dalle semblait prête à en glisser. Elle la souleva d’environ deux centimètres, et passa très rapidement trois doigts dans l’interstice avant qu’elle ne retombe sur le détonateur.
— Par le Trône incarné, » murmura Leyr à Criid. « J’en peux plus. »
Banda déglutit, affermit sa prise sur la plaque de métal et retira son couteau. Mklaek avait toujours la tête appuyée par terre.
— Prêt ? » demanda-t-elle.
Il hocha la tête.
Elle commença à soulever un peu plus. La dalle était lourde. Elle ne pourrait pas la tenir très longtemps.
— Arrête, » dit soudain Mklaek.
— Quoi ? » La plaque n’était pas dégagée de plus de trois centimètres du côté où elle la tenait.
— Pas plus, » dit Mklaek.
— Ouais, sûr. Je prends la pose sans lâcher, c’est ça ?
— Le dessous est piégé, » dit doucement Mklaek. « Un câble en part pour atteindre la goupille du détonateur. Si tu la lèves plus, ça saute.
— Et c’est maintenant que tu me le dis, » souffla Banda.
Raess but une gorgée d’eau à sa gourde. Il avait la gorge aussi sèche que les plaines de Jago. Une douleur qu’il n’aimait pas lui avait envahi le bras droit.
— Ça va ? » demanda Mktass.
— Ça ira, » dit Raess. Il referma sa gourde, la rangea et se leva. « C’est où ? »
L’équipe de Mktass avait traversé une autre salle, une gigantesque boîte en métal rouillée pleine de machines en métal rouillé. La troisième d’affilée. Selon Preed, l’ensemble faisait partie d’un navire, un bâtiment de transit, qui avait rejoint la masse de Salvation’s Reach des siècles plus tôt. Ça lui rappelait les épaves corrodées, assemblées au hasard, que les orks utilisaient. La moindre surface avait la couleur automnale de la rouille écaillée.
Ils émergeaient d’une passerelle à mi-hauteur de la pièce. La passerelle devenait un pont de métal qui partait de l’ouverture pour rejoindre l’autre côté de la salle. Il était maintenu par des barres de métal qui descendaient du plafond. Le plafond comme le sol disparaissaient presque dans les ténèbres.
Brennan avait balayé la pièce et localisé une source électrique sur le pont, à peu près à mi-chemin. Des fils partaient de sous la première dalle pour plonger sous le centre du tablier. Une charge explosive conséquente était cachée sous les chevrettes centrales, dans un baril à carburant, stabilisée par plusieurs épaisseurs de papier ciré.
Raess chargea une balle. Il avait officiellement perdu le compte du nombre de tirs effectués.
— Montre-moi, » dit-il à Preed.
L’éclaireur sortit sa lunette et positionna le pointeur sur le mécanisme de déclenchement, qui dépassait de l’amas, sous le pont, comme un robinet.
— Tu l’as ? » demanda Preed.
— Oui, » dit Raess en réglant la lunette de son arme.
Mktass attendait derrière eux, avec Sairus. Sairus avait baissé au maximum le brûleur de son lance-flammes. Mktass jeta un rapide regard vers les troupes, qui patientaient à une centaine de mètres de là, encore sur la passerelle. Le sergent belladon, Gorlander, à la tête de la colonne, lui adressa un bref hochement de tête.
Brennan se faufila à côté de l’équipe de tir et balaya une nouvelle fois. Son poids et son mouvement seuls suffirent à faire grincer et remuer le caillebotis.
— Nom de Feth ! » murmura Mktass.
De petits éclats de rouilles tombèrent des écrous qui supportaient les haubans de la structure. La plupart planèrent en tournoyant comme des feuilles mortes. Preed attrapa l’un des plus gros avant qu’il n’atterrisse sur le pont. Il était presque sûr que ça n’aurait pas suffi à déclencher l’explosif, mais rien ne servait de tenter le diable.
« Tire, s’il te plaît, » dit-il.
Raess leva son arme.
— Attends, » dit Brennan. Sa lunette lui avait révélé autre chose. « Il y a une deuxième charge à l’autre bout du pont. Reliée aux mêmes dalles que la première.
— Merde, » chuchota Raess.
— Qu’est-ce qu’on fait ? » demanda Preed.
Brennan prit une profonde inspiration et pesa la question.
— Dégomme le premier détonateur comme prévu, » dit-il enfin. « Recharge tout de suite, et dégomme le deuxième. Entre-temps, prie pour que l’impact du premier tir ne le déclenche pas. »
Raess sortit une deuxième balle saline et la posa sur une plaque de laiton, à côté de son genou.
— Calibre les deux cibles à l’avance, » dit-il à Preed. « On va rentrer les deux séries de paramètres dans nos lunettes, histoire que je puisse tirer, recharger et passer tout de suite au deuxième. »
Preed hocha la tête.
Raess essuya ses paumes moites.
La porte blindée était balafrée et couverte de poussière, mais toujours alimentée en énergie. Mkoll pressa la commande et leva son arme pendant qu’elle s’ouvrait en vrombissant.
Silence.
Il fit un pas en avant, l’arme toujours levée. Bonin et Ezra étaient à côté de lui, et Brostin juste derrière.
Mkoll sentit de la chaleur. De l’air chauffé, qui circulait grâce à une pompe atmosphérique. Des lampes, dans des appliques de grillage, pendaient du plafond d’acier brossé du couloir. Certaines étaient allumées, d’autres hors d’état.
Il franchit la porte. Le couloir était cannelé. Les panneaux des cloisons, de vieilles plaques de métal découpées au chalumeau, avaient été couverts de symboles jaunes qui mirent Mkoll mal à l’aise. Il flaira l’odeur écœurante de déchets organiques, de l’huile et du métal chaud. Il entendait un générateur grommeler, non loin, et les sons plus distants et plus graves d’autres machines, plus importantes, tournant à plein régime. Des pans entiers du sol étaient brûlés, comme si l’on y avait allumé et laissé se consumer des feux. Des débris, des fragments méconnaissables de métal et de caoutchouc étaient entassés dans les coins.
Bonin se glissa jusqu’au premier carrefour. Ezra inspecta les portes les plus proches. L’ouverture battante donnait sur de petites cellules de pierre, pareilles à des geôles sans verrou, des quartiers de repos, d’une simplicité et d’un dépouillement monastiques. Il y en avait des dizaines, et d’autres encore au-dessus, auxquelles on accédait par des échelles improvisées en métal, et encore d’autres plus haut ; une véritable ruche de cellules qui s’étirait vers les ténèbres du plafond.
Ils avancèrent encore. Gaunt les avait suivis, secondé par Rawne, Varl et le pheguth.
Gaunt jeta un regard à Mabbon. L’etogaur hocha la tête tendit le doigt devant lui.
Gaunt rangea son pistolet bolter et dégaina son épée. Il signa approche silencieuse. Les Fantômes mirent leurs fusils en bandoulière et tirèrent leurs crève-cœurs.
Deux silhouettes émergèrent d’une écoutille devant eux. Des soldats en harnais de cuir brun et manteaux jaunes. Des Fils de Sek. Ils s’arrêtèrent pour échanger quelques paroles à voix basse, puis se séparèrent, chacun allant dans une direction opposée. Mkoll en tua un de son couteau, puis tira le corps à l’écart. Ezra logea un carreau de reynbow dans la colonne vertébrale du deuxième.
Gaunt approcha et examina les cadavres tandis que Bonin inspectait l’écoutille dont étaient sortis les deux hommes.
Les Fils étaient massifs et couverts de muscles qu’avait développés un entraînement inhumain. Ils puaient les épices et la poussière. Leurs uniformes ternes étaient issus des surplus de la Garde, rapiécés et teints en jaune. Les ceintures et tout le cuir qu’ils portaient étaient travaillés avec finesse et bien entretenus. Ils portaient des fusils laser de manufacture récente, volés sur le cargo d’un monde-forge parti ravitailler la ligne de front.
Leurs masques étaient insolites, la jugulaire historiée des casques s’élargissait pour couvrir la bouche d’une imitation grandeur nature de main humaine.
Gaunt les observa de plus près. Ces mains de cuir avaient des ongles. Ce n’était donc pas une imitation. Les bottes ouvragées, les ceintures, les bandoulières et les autres accessoires de cuir des Fils étaient faits de la peau tannée et travaillée de leurs victimes et de leurs ennemis.
Gaunt se releva et ils se remirent en route. Les pièces donnaient l’impression d’être des cryptes. La peinture des murs s’écaillait et seule une lampe sur deux fonctionnait. Il y avait un tapis de déchets et des traces de brûlures partout. D’une manière ou d’une autre, Gaunt s’était imaginé quelque chose de plus organisé, qui ressemblerait moins à un taudis tiré d’un bidonville de cité-ruche occupé par des mendiants.
Toutes les surfaces métalliques étaient constellées de pellicules de rouille, de balafres brunes, noires et jaunes. De vieux brasiers en fil métallique se consumaient en oscillant. Des fils électriques pendaient du plafond de métal galvanisé.
Ils traversèrent une sorte de cour intérieure dont le sol était couvert, presque jusqu’au genou, de vieux masques à gaz défraîchis, abandonnés. Leurs lentilles fissurées semblaient suivre leurs mouvements. Puis ils débouchèrent sur un autre groupe de cellules qui grimpait comme une falaise vers les machines fusionnées constituant le plafond. Une écoutille donnait sur un autre vestibule. Il était occupé par une légion de grandes bassines de zinc, d’éviers en verre, de flacons de la même matière et de casseroles en métal. Tous étaient disposés côte à côte par terre, comme pour réceptionner les fuites d’un toit. Tous ces récipients, grands ou petits, étaient remplis, à divers degrés, de sang. L’odeur était immonde. Le plus souvent, le sang était vieux, caillé, couvert d’écume moisie en décomposition. Par endroits, il semblait frais.
Au-delà, encore des cellules monastiques.
Ouvrant la marche, Bonin, Mkoll et Eszrah avaient neutralisé deux autres Fils ainsi qu’une sorte d’officiel vêtu tel un hiérophante. Sous sa toge, le corps pâle, sous-alimenté de la créature, couvert de tatouages, était ceint d’une armature primitive de métal et de fil de fer, un appareil qui semblait conçu soit pour le torturer, soit pour le soutenir. Les articulations de métal avaient irrité et mutilé la chair de son porteur. L’armature rappelait un peu à Gaunt les lycanthroïdes de Géréon.
Gaunt lança un regard interrogateur à Mabbon.
Un armurier, écrivit Mabbon sur sa plaque. Mabbon avait signalé à Gaunt que les armuriers étaient la confrérie de techniciens qui faisaient tourner les manufactures du Reach et servaient jadis le maléfique Héritier, Asphodel. Ils obéissaient à présent, sans doute, à un nouvel Héritier, et l’aidaient à rester le principal fournisseur d’armes de Sek. Leurs prouesses mécaniques valaient celles de l’Adeptus Mechanicus, bien qu’ils aient moins recours aux modifications corporelles augmétiques et davantage aux sciences ésotériques interdites.
Gaunt hocha la tête. Il jeta un regard derrière lui. Les soldats les talonnaient. Mkoll avait veillé à ce que les corps des victimes des Fantômes soient traînés hors de vue et jetés dans une cellule.
Mkoll fit un signe. Lui et les autres éclaireurs s’éparpillèrent.
— C’est dans ces cellules que les armuriers se reposent et méditent, » chuchota Mabbon à Gaunt. « Nous sommes très près de l’un des collèges principaux. Le collège de l’héritage.
— Les manufactures ? » répondit Gaunt.
— Oui, encore que ça s’apparente plus à des laboratoires. »
Mkoll revint.
— Il y a une série de pièces droit devant, » rapporta-t-il. « Un gros complexe. La lumière est mauvaise, bizarre. Des gens comme le type en robe y travaillent. Des serviteurs, aussi, mais pas comme les nôtres. Et plein de matériel. Des tables, des étagères, des alcôves pleines. Des objets, des livres, des cartes, des plaques de données.
— C’est notre objectif, » répondit Gaunt. « Décidez de l’ordre d’attaque. Il faut que ce soit discret.
— On ne pourra pas faire ça en silence.
— Sans trop de bruit, alors, et vite. » Gaunt regarda Mabbon. « Il y a des défenses ? Des choses qu’on risque de ne pas pouvoir surmonter ? »
Mabbon secoua la tête.
— Certaines des créations des armuriers sont si instables qu’elles doivent rester en stase pour éviter toute interaction dangereuse. La principale défense du Reach a toujours été son inaccessibilité. »
Gaunt regarda Mkoll. Le chef éclaireur avait fini de briefer les soldats. Il renvoya à Gaunt un hochement de tête.
Gaunt signa : exécution.
Trois groupes s’avancèrent, rapidement et sans bruit. Mkoll en menait un, Rawne le deuxième et Bonin le troisième. Ils s’élancèrent le long d’un couloir dallé aux parois vertigineuses couleur de boue, puis sous le vitrail brisé d’un dôme qui surmontait une grande pièce circulaire rivalisant avec bien des temples impériaux. Le sol était couvert de brûlures et de débris noircis. Cette partie du Reach avait été consciencieusement bâtie. Les compartiments et les salles avaient été taillés et revêtus de pierre, le sol pavé ou recouvert de fer. Sur les murs s’étalaient des fresques étranges : des illustrations à peine reconnaissables et curieusement inquiétantes. L’ensemble évoquait tantôt des paysages extraterrestres, tantôt des cérémonies macabres. Gaunt eut l’impression d’envahir une cathédrale, une cathédrale qui avait l’odeur d’une bibliothèque, d’un atelier mécanique et de latrines, le tout enfoui sous terre, profondément, et illuminé par l’éclat rougeoyant de la lave.
Le collège de l’héritage était composé de trois longs et hauts vestibules mis bout à bout, flanqués de part et d’autre de chapelles latérales et d’annexes. Son sol était de cuivre martelé, et ses murs décorés d’ivoire rehaussé de fils d’argent et de mécanismes bio-organiques. D’étranges objets étaient disposés dans des alcôves ou sur des commodes, des étagères croulant sous les grimoires et les plaques de données. Certaines étaient fermées par des chaînes ou par des soudures. Un vaste meuble de bois, dans un mur, contenait des milliers de parchemins numérotés à la main. Des appareils plus massifs, certains à moitié assemblés, reposaient dans des voûtes latérales et des ateliers secondaires, masqués par des écrans de verre sans tain et des couvertures de soie. Le sol de cuivre était couvert de débris et de pièces détachées, comme celui d’un garage.
Les Fantômes se précipitèrent dans la zone, arrivant de trois côtés. Un armurier, le cou douloureusement tendu par un carcan de fils de fer et de laiton, leva les yeux du cogitateur qu’il démontait sur un établi et les regarda. Ses doigts avaient été amputés pour laisser la place à des outils. De la graisse de machine lui coulait du coin de la bouche.
— Voï shet jadhoj’k ? » demanda-t-il, étonné par l’arrivée soudaine des inconnus.
Mkoll planta sa dague dans le cœur du misérable.
D’autres armuriers, non loin, levèrent la tête de leur étude ou de leurs délicates opérations et furent tués aussi rapidement et silencieusement. D’autres réussirent à se dresser et firent mine de se fuir ou de crier. Les premiers tirs fusèrent : de rapides décharges fauchèrent les silhouettes en robe. Bonin en abattit un qui, dans sa chute, emporta son établi. Ses délicates créations de fil de fer, de verres et de bronze se brisèrent sur le sol de cuivre. Les acolytes et les serviteurs qui assistaient les armuriers étaient des confections sinistres combinant un squelette mécanique et des greffons de chair humaine, liés par un amalgame d’augmétiques et de peau artificielle. Les Fantômes les abattirent aussi. Ils moururent en poussant des cris grêles, aigus. Certains tentèrent de s’enfuir ou de donner l’alerte. Ils s’égayèrent dans toutes les directions possibles à travers les longues et étranges allées du collège.
La frappe Bêta veilla à ce que pas un ne s’échappe.
Plusieurs Fils de Sek apparurent à l’autre bout du premier hall, attirés par les cris. Varl en tua un, et Cardass en blessa et acheva un autre avant que la vraie fusillade ne commence. Un troisième courut se mettre à couvert et entreprit de riposter. Sa tête se vaporisa en une brume rose.
Larkin avait tiré depuis l’entrée principale. Il n’avait même pas eu le temps d’abandonner son fusil au profit du long-las. Il avait simplement glissé une vraie balle dans la culasse de l’arme vénérable et touché sa cible malgré les obstacles, à quarante-trois mètres.
— Qui a dit que j’étais fatigué ? » murmura-t-il.
Cinq minutes après être entrés, les Fantômes avaient sécurisé le collège.
— Maintenant, ils savent qu’on est là, » dit Mabbon.
— Naturellement, » répondit Gaunt.
— Ne serait-ce qu’à cause de l’interruption des activités et du flux de données, » ajouta Mabbon. « Mais avec le raid principal, je dirais que nous avons une demi-heure avant qu’ils ne se rendent compte qu’ils ont une deuxième crise sur les bras.
— Mettons-nous au travail, » dit Gaunt. « Mkoll, faites venir les transports aussi près que possible. Faites décharger les caisses vides. Deux escouades. Rawne, installez un périmètre. Etogaur, dites-nous ce que nous devons prendre, et comment le manipuler correctement. Le reste, on le brûle, puis on dégage.
— Mais on le brûle avant, hein ? » demanda Brostin.
Gaunt opina.
« C’était juste pour être sûr, » fit Brostin.
Les huit Tauros déboulèrent dans la soute latérale seize et s’enfoncèrent dans la brèche.
Une fois entrés, ils durent ralentir. Ils suivaient la route que Mkoll avait indiquée, s’orientant aux marques de craie que révélaient leurs phares. Les artificiers du navire s’étaient engagés à la suite des troupes et avaient nettoyé certaines zones, mais par endroits, leur marge de manœuvre restait étroite. Là où les pièges avaient été neutralisés, les conducteurs devaient toutefois prendre le plus grand soin à ne pas toucher ni déranger les explosifs.
Blenner se trouvait dans le Tauros de tête. Il sentait la sueur lui couler dans le dos, l’air froid, les gaz d’échappement. C’était dans des moments comme ça, se disait-il, qu’un flacon de pilules en sucre ne suffisait pas. Où était la douce Curth quand on avait besoin d’elle ?
— Du calme, du calme, » lança-t-il à Perday. Ses mains étaient crispées sur le volant, les yeux écarquillés par la concentration et la tension.
À deux véhicules derrière, Felyx s’accrochait à l’arceau de la cabine d’une main et serrait son fusil laser de l’autre. Les caisses vides bringuebalaient à l’arrière du Tauros.
Pour la première fois de sa vie, il faisait vraiment quelque chose. Il était plongé dans une activité qui avait une fonction précise, et sur laquelle l’argent et le pouvoir de sa mère n’avaient aucun contrôle.
Confronté à la réalité des faits, il ne savait trop que penser.
— Mon bras est trop gros, » dit Mklaek.
— Fantastique, » répondit Banda en serrant les dents. Son visage était couvert de gouttes de sueur. Ses bras commençaient à trembler sous l’effort. « Je vais pas tenir encore longtemps, et je peux pas la soulever plus.
— J’arrive pas à envoyer le bras assez loin pour atteindre le fil, » dit Mklaek. Il jeta un regard paniqué à Criid.
Criid se mit à genoux à côté de Banda, retira ses gants et remonta sa manche gauche. Son bras était plus fin que celui de Mklaek. Elle avait de meilleures chances d’y arriver que Leyr ou Chiria.
— Qu’est-ce que je cherche ? » demanda-t-elle en passant doucement sa main sous la lourde dalle de métal.
— Trouve les fils, répondit Mklaek. Sans les tirer. Doucement. » Ses mains étaient serrées l’une contre l’autre, comme s’il priait. « Très lentement, » l’implora-t-il encore.
— Je vais très lentement, » répondit Criid en enfonçant un peu plus le bras.
— Pas trop lentement non plus, » grogna Banda. » J’en peux plus.
— Bordel de Feth, » dit Leyr à Chiria.
— Je ne vois rien, » répondit cette dernière.
— Je les ai. J’ai les fils ! » dit Criid. Envoyer le bras sous la dalle et voir ce qu’elle faisait en même temps était impossible. Elle tâtonnait à l’aveuglette.
— D’accord, » dit Mklaek en hochant la tête. « Suis-les jusqu’à la dalle. Très doucement. Attention de ne pas tirer dessus.
— D’accord, » fit Criid. La concentration lui faisait se mâchonner la lèvre.
— Ne les suis pas vers la goupille, » précisa Mklaek. « Remonte vers la dalle.
— D’accord, merde, je sais ce que ça veut dire, “vers la dalle” ! » protesta Criid.
— Et l’un de vous sait ce que ça veut dire, “vite” ? » hoqueta Banda.
— J’ai le fil, » coupa Criid. « Là où il touche la dalle.
— Il est soudé ?
— Non. Enroulé autour d’une sorte de vis.
— D’accord. Bien. Alors, sans le tirer, défais le fil et détache-le. »
Criid grimaça en fixant le pont, le bras toujours dans l’ouverture.
— Plus facile à dire qu’à faire. J’arrive pas à choper l’extrémité.
— Quand on en aura fini, » murmura Banda, « Je vous bute tous.
— Si on s’y prend mal, » glissa Mklaek, « Ça sera inutile.
— Je l’ai, » dit Criid. « J’ai démêlé le nœud. Attendez. Attendez… »
Elle les regarda.
« Ça y est, » dit-elle.
— Il y a d’autres fils ? » demanda Mklaek.
— Pardon ? » s’écria Banda.
Criid tâtonna prudemment sous la dalle.
« Non, » dit-elle enfin. « Non, il n’y a… attendez. Non. Pas d’autres fils.
— Alors, on soulève, » dit Mklaek.
Criid retira le bras. Elle et Mklaek passèrent les doigts sous la dalle, à côté de ceux de Banda.
« À trois, dit Criid.
— Trois, » répondit Banda.
Ils soulevèrent la dalle.
Une mine antichar d’un gris terne, enfouie sous le pont, apparut. Un fil pendait de l’amorce à pression située sur la dalle.
Ils reposèrent la dalle à côté de la fosse.
— Je vais la neutraliser, » dit Mklaek en sortant une paire de pinces et en s’agenouillant à côté de la mine.
— Je ferai pas ça tous les jours, » souffla Criid.
Raess tira. Le tir était parfait. La charge saline fit sauter la goupille du piège situé sous le tablier.
Mais le recul fit vibrer la passerelle.
Preed aligna rapidement le pointeur sur la deuxième goupille. Raess glissa la deuxième balle qu’il avait sortie et rechargea.
Il réinitialisa sa lunette et la braqua sur le point que désignait Preed. Son doigt se recroquevilla sur la détente, prêt à serrer.
De petits flocons de rouille tombèrent, délogés par la vibration du recul. Mktass en attrapa un avant qu’il ne touche le sol.
Un deuxième, à peine plus gros qu’un pétale de rose, tomba sur la première dalle du pont.
— Oh, m… » commença Mktan.
Le mécanisme à pression se déclencha. La deuxième charge, de l’autre côté du pont, explosa.
La force de la détonation réduisit aussitôt en particules de rouille toute la longueur du pont et fit sauter la première charge. L’explosion combinée s’étendit comme une supernova.
Mktass, Preed, Sairus, Brennan et Raess furent atomisés. La pression fissura les murs de la pièce et expédia une onde de choc titanesque dans le tunnel d’accès, qui liquéfia le sergent Gorlander et les soldats qui attendaient dans le passage, derrière lui.
La boule de feu se précipita dans le tunnel une milliseconde après et incinéra les restes broyés des Fantômes.
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