Mission: Salvation's Reach

Dan Abnett · Chapitre 23 sur 27

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Mission: Salvation's Reach

Vingt-deux - Départs

VINGT-DEUX

Départs

 

— Ban ! Ban ! » cria Haller en ouvrant le feu sans retenue. Il ne pouvait même pas rejoindre Daur. Apparemment, son ami avait été grièvement blessé. Il ne bougeait plus.

Haller savait aussi qu’il n’avait aucune chance de repousser un assaut des Fils de Sek, seul avec son pistolet.

L’ennemi chargea. Le faisceau aveuglant d’une arme à plasma fit alors exploser leur officier. Des tirs de laser crépitèrent aussi, fauchant plusieurs autres adversaires. Tous provenaient de derrière Haller. Il se baissa. Les lasers et le plasma filèrent par-dessus sa tête, criblèrent les Fils, les repoussèrent dans le tunnel.

Hark apparut, son pistolet à plasma à la main. Le reste du détachement de la frappe Gamma était sur ses talons.

— L’Empereur vous maudisse, Haller, » dit-il en regardant avec détresse les corps par terre. Vous avez voulu commencer sans nous, pas vrai ?

— C’est eux qui ont commencé, » répondit Haller.

— Toubib ! » cria Hark. Dorden arriva. Il poussa un triste grognement en découvrant la scène, et s’agenouilla aussitôt pour examiner Daur et Merrt. Vahgner et Belloc étaient au-delà de tout soin.

— On a entendu des bruits de lutte devant nous, » dit Haller à Hark. « Le capitaine Daur était presque sûr que la frappe Bêta avait entamé le combat. Apparemment, ils sont en plein dedans.

— Nous allons les appuyer, » dit Hark avant de se tourner vers Dorden. « Combien de temps, docteur ?

— Continuez. J’ai de quoi m’occuper.

— Pas question que je vous laisse.

— Vraiment ? Je préférerais que vous n’ameniez pas deux hommes en état critique au combat. Laissez-moi m’occuper d’eux. Si vous pouvez vous passer de Haller, nous les ramènerons dès que leur état sera stable. »

Hark regarda Haller.

— Ça vous va ? »

Haller hocha la tête.

« Emmenez-les en sécurité, » dit Hark avant de se pencher vers Haller pour chuchoter : « Tous les trois, c’est compris ? »

Il recula d’un pas.

« Bravo, » reprit-il. « Vous nous avez ouvert le chemin. Frappe Gamma ? Préparez vos armes. Et montrez un peu d’entrain : nous marchons droit vers l’ennemi. »

Il y eut le tumulte métallique des fusils qu’on armait.

« En avant ! » ordonna Hark. Les soldats se mirent en route à la file. Hark lança un dernier regard à Haller. « Finissez ce que vous avez à faire et revenez. On se retrouve de l’autre côté.

— Bonne chance, commissaire.

— L’Empereur nous garde. »

Haller regarda le détachement de Hark disparaître dans le couloir et revint auprès de Dorden.

— On peut les déplacer ?

— Comment va votre épaule, Haller ? » répondit Dorden.

— J’ai reçu un laser. Ce n’est rien. On peut les déplacer ?

— Pas encore. Bientôt, peut-être.

— Vous pouvez les soigner ? »

Dorden regarda Haller. Dans la lumière vacillante du lance-flammes de Belloc, ses yeux restaient insondables. Il était épuisé. Il ne pouvait plus faire semblant.

— Je ne sais pas, Haller. Je ne peux même pas me soigner. La blessure de Merrt est très grave. Son cœur est atteint. Daur est… qui je cherche à tromper ? Daur aussi est dans un état critique. Il leur faudrait une infirmerie. Une infirmerie et un meilleur docteur.

— Vous êtes le meilleur toubib qu’on… »

Dorden secoua la tête.

— Allons, Haller. J’arrive à peine à marcher. Mes mains sont maladroites et faibles. Je suis si fatigué et farci d’analgésiques que j’ai oublié les gestes basiques. Le sentimentalisme et l’affection ridicules d’hommes comme Gaunt et Hark m’ont permis de continuer à servir bien au-delà de mon utilité. Je ne devrais pas être là, Haller. Hark aurait dû détacher l’un des médecins de l’équipage. Il s’est contenté d’exaucer le dernier souhait d’un vieux crétin mourant.

— C’est faux.

— Vous pouvez me croire, Haller. J’ai insisté pour venir parce que je voulais faire quelque chose, une dernière fois. Je suis un vieillard et j’aurais dû être assez intelligent pour…

— Conneries. Vous savez ce que vous faites. Pendant que vous vous apitoyez sur vous-mêmes, vos mains ne cessent de travailler. Vous savez ce que vous faites. Dites-moi ce que je dois faire. Compression ou autre. On les rafistole et on s’en va. Tout de suite. »

— On va pas les retenir très longtemps ! » cria Mkoll sans cesser de tirer depuis l’entrée du collège.

— Je le vois bien, » répondit Gaunt. Il glissa un autre chargeur dans son pistolet bolter.

Rawne apparut à côté d’eux, au coin du mur, et ouvrit le feu. Des lasers filèrent en sifflant non loin d’eux et ouvrirent des plaies chromées dans le métal rouillé.

— De mieux en mieux, » murmura-t-il.

— Si l’on parvient à freiner leur assaut, ne serait-ce que quelques minutes, on peut se désengager, » dit Gaunt.

— Vous avez vu combien ils sont, dehors ? » répliqua Rawne. On dirait que toute la putain de base est venue nous chercher !

— Rawne a raison, » glissa Mkoll. « Si on dégage, certains devront rester pour couvrir les autres.

— Non, » dit Gaunt.

— C’est notre dernier recours, » dit Mkoll.

— Les Rois du Suicide, » dit Rawne.

— Non. Non à tous les deux, » contra Gaunt.

— Alors la mission va foirer, » grogna Rawne.

Les Fils de Sek se jetèrent sur le collège avec une fureur renouvelée. Ils s’étaient munis de roquettes et de pièces d’artillerie plus lourdes. Gaunt essaya d’évaluer leurs effectifs à travers la fumée. La bataille allait finir, et rapidement.

— Rappelez-vous Tanith ! » tonna une voix à travers le hall qui s’étendait de l’autre côté de la porte du collège. Sous le regard éberlué de Gaunt, une volée concentrée de tirs de petits calibres frappa le dispositif des Fils par la droite. Malgré leurs effectifs supérieurs, ces derniers furent déstabilisés par cette contre-attaque inattendue. La moitié de leurs lignes se retrouvaient exposées.

— C’est la frappe Gamma ! » cria Varl.

— Daur ? » s’étonna Gaunt.

— Je ne le vois pas, » dit Domor. « Mais je vois le commissaire Hark. Ils arrivent par les conduits d’aération, là-bas.

— Feu à volonté ! » hurla Gaunt. « Profitez-en ! Frappez fort tant qu’ils sont sous le choc !

— Pigé, colonel, » dit Rawne.

Gaunt quitta l’entrée. Il regarda Blenner et Wilder.

— Les derniers Tauros sont chargés, » dit Wilder. « On a pris tout ce qu’on pouvait porter.

— En route. Retour au vaisseau. Nous vous suivons à pied. »

Wilder hocha la tête. Blenner et lui firent demi-tour.

« Contactez l’Armaduke, » ajouta Gaunt à l’intention de Blenner. Le repli commence.

— Compris. »

Dalin traversa en courant le champ de débris pour rejoindre le couvert derrière lequel Kolea et Fazekiel s’abritaient.

— Prêts pour la poussée suivante, » dit Kolea en tendant le doigt. « On passe par ces ouvertures, dans le hangar, puis…

— Non, major, » coupa Dalin en lui remettant un feuillet de papier. « Rerval vient de recevoir ça. On a reçu l’ordre de se désengager et de se replier. »

Kolea lut rapidement le message et le remit à Fazekiel.

— Authentifié, » dit la commissaire.

— D’accord, » fit Kolea. « Contactez tous les chefs de section et de compagnie. Nos ordres consistent à nous désengager et à nous replier. Méthodiquement, comme à l’entraînement. Repliez-vous par unités complètes, avec tirs de couvertures. Pas de risques inutiles. Personne ne fonce vers les transports. Mettez à profit les dernières charges et grenades. Si vous pouvez, faites sauter les couloirs derrière vous. »

Dalin et Fazekiel opinèrent.

« Faites circuler l’ordre sans attendre, » conclut Kolea.

Baskevyl tira deux fois sur les sectateurs retranchés en face de sa position.

— On a reçu le message, Bask, » cria Kolosim. « On se replie !

— Parce qu’on n’a pas le choix ou parce qu’on a fini ?

— Espérons que c’est la deuxième solution ! »

— C’est l’heure de partir, » dit Gendler.

Meryn envoya la tête en arrière et expira profondément.

— T’es sûr ? » demanda Costin.

Gendler l’ignora.

— T’es sûr ? renchérit Meryn.

— Ça vient de tomber, » dit Gendler. « On se tire de ce merdier.

— Ça me va, » souffla Meryn. Au cours de la dernière demi-heure, les forces ennemies avaient un peu diminué. La situation n’était plus aussi infernale qu’après le débarquement, mais les Fantômes étaient encore dans de sales draps. Un torrent de feu régulier roulait sur leurs positions ; Kolea avait ordonné à sa compagnie de prendre une cale de stockage particulièrement inaccessible.

Meryn flairait la menthe écrasée et le lait gâté. Il n’avait aucune intention de prendre cette cale. La compagnie E était assise sur son cul, à l’abri, depuis dix minutes, prétextant attendre d’être ravitaillée pour lancer l’assaut.

« C’est parti, alors, » dit Meryn. « Compagnie E, on dégage ! Vite ! On fonce aux transports. Bougez-vous le cul !

— Les ordres parlent de retraite méthodique et de tirs de couverture, » dit Gendler. Il regarda Meryn et tous deux gloussèrent de rire.

Costin se força à les imiter.

— Ferme ta gueule, » ordonna Meryn.

Ils commencèrent à se replier, trébuchant parmi les débris moisis et les piles de déchets, en direction du hangar et du site de débarquement.

Merrt arrivait à marcher, très lentement, avec l’aide de Dorden et en s’appuyant sur son fusil. L’hémorragie blêmissait sa peau. Chaque pas lui demandait un effort colossal. Daur était encore inconscient ; Haller devait le porter. Tous les dix mètres, il était obligé de poser son ami pour reposer ses bras.

— Nous devrions peut-être attendre que l’escouade de Hark revienne sur ses pas et nous aide, » dit Dorden.

— Et s’ils ne reviennent pas ? » rétorqua Haller, les dents serrées. « Vous avez entendu les bruits de bataille. On se croirait sur le mur ouest, à Vervun.

— C’est vrai, c’est vrai, » dit Dorden. Il marchait derrière Haller, afin que ce dernier ne puisse pas voir à quel point il était épuisé, comme il titubait. Déjà éreinté, l’effort de soutenir Merrt sapait ses ultimes réserves d’énergie.

Merrt était lui aussi à bout de forces. Il s’effondra contre la paroi du tunnel et lâcha son fusil. Dorden essaya de l’aider à glisser jusqu’au sol sans se faire mal. Du sang coulait de sa lèvre augmétique.

— Gn… gn… gn… j’y arriverai pas, » chuchota Merrt.

— Si, » dit Dorden. « Vous le pouvez, Rhen. »

Merrt secoua la tête.

— Relevez-le, doc ! » les pressa Haller.

— Il doit se reposer, » répondit Dorden. « Et moi aussi, » ajouta-t-il à voix basse.

Haller jura et reposa Daur. Il s’assit et se frotta les bras.

— Vous croyez qu’on est encore loin ? » demanda-t-il. Ils avaient déjà dépassé une demi-douzaine des pièges que Merrt et Haller avaient désarmés et marqués à la craie rouge.

— Plus tellement, » dit Dorden. Le médecin s’injecta quelque chose dans la cuisse sans que personne ne le voie, une énorme et désespérée dose d’anesthésiques.

— Trop loin, » chuchota Merrt, adossé au mur, les yeux fermés. « Dites-moi la gn… gn… gn… vérité, doc. Je suis foutu, hein ? Je saigne à l’intérieur. Mon cœur… j’ai l’impression qu’il est gn… gn… gn… déchiré.

— Ça ira, » dit Dorden. Il ne réussit pas à éviter le regard de Haller. Ce dernier comprit que Dorden mentait. Le vieux médecin n’avait plus la force de donner le change.

— Laissez-moi là, » dit Merrt. « Vous irez gn… gn… gn… beaucoup plus vite sans moi.

— Pas question, » répondit Haller.

— En effet, » renchérit Dorden. Il regarda Merrt. Son sang suintait à travers les bandages de sa poitrine. Lentement, douloureusement, Dorden se leva et rejoignit Haller.

« Continuez, » dit-il à voix basse.

— Non, doc.

— Si. Je vous suis avec Merrt dès que j’ai retrouvé mon souffle. S’il vous plaît, Haller. Ramenez Daur au vaisseau.

— Je ne laisse personne derrière, » insista Haller en fronçant les sourcils.

— Haller, Ban est votre ami. Vous êtes proches. Vous le connaissez depuis des années, depuis avant les Fantômes. Sa jeune épouse l’attend. C’est une gentille fille. Elle a besoin que vous lui rameniez Daur. Une bonne opération à bord du navire le sauvera. Vous comprenez, Haller ?

— Je vais vous porter, » dit Haller, les larmes aux yeux.

— Nous tous ? » sourit Dorden. « Daur ne peut pas marcher. Merrt non plus. Et je ne peux pas porter Merrt. J’arrive à peine à me lever. Continuez. Faites ça pour moi, Haller. Prenez Ban et ramenez-le.

— Et vous ?

— Je vous suis, avec Merrt. Dès que nous nous serons un peu remis, un peu reposés. D’accord ? »

Il y eut un bruit dans le tunnel, derrière eux. Quelque chose se déplaçait en dérangeant les décombres.

— C’est le commissaire Hark ! Il revient ! » cria Haller en se relevant.

Merrt ouvrit les yeux.

— C’est pas Hark. » Il tendit la main vers le fusil qui était tombé par terre, à côté de lui. Sa main tremblait. Il mit un certain temps à l’attraper.

— Haller, » dit Dorden. « Vous devez partir tout de suite. »

— Les transports sont tous partis ! » cria Domor à Gaunt.

Ce dernier hocha la tête.

— Préparez-vous à les suivre ! » répondit-il. Il regarda Mkoll et Rawne. « Nous allons envoyer tout ce qu’on a sur cette ligne, là. Donnez à Hark l’occasion de faire entrer ses hommes dans le collège afin qu’on puisse tous sortir.

— Ça va être serré, » murmura Rawne. « On ne peut pas les laisser là, plutôt ? J’en suis venu à détester ce commissaire.

— Vous mentez, » répondit Gaunt.

Rawne haussa les épaules.

— C’est vrai. Je le détestais dès le début.

— Merde, d’où viennent ces tirs ? » demanda Bonin.

Ils se retournèrent. Une deuxième fusillade frappait les Fils de Sek, venue d’un angle totalement différent, se mêlant aux efforts des troupes de Gaunt et du détachement de Hark telle une interférence.

— C’est Criid ! » cria Varl. Il poussa un hurlement de joie.

— Ben merde, » fit Rawne. » L’Empereur existe bel et bien, alors. »

L’unité de Criid, plus petite que celle de Hark mais bien armée, émergeait des tunnels et des bouches d’aération de l’autre côté de l’esplanade. Le lance-flammes de Chiria délogeait les Fils de leurs positions, et les tireurs de première ligne de Hark les abattaient aussitôt. En moins de cinq minutes de feu nourri, les trois pointes impériales avaient repoussé les forces de l’Archi-ennemi vers une ligne lointaine.

— Ils ne resteront pas là longtemps, » dit Mkoll. « Ils vont appeler des renforts et…

— Ça suffira, » dit Gaunt. « En route. Signalez à Criid et Hark de rapatrier leurs forces ici. »

L’équipe de Criid fut la première à gagner le hall dévasté du collège. Les soldats étaient salis par leur périple et nombre d’entre eux accusaient des blessures légères.

— Qu’est-ce qui vous est arrivé ? » demanda Gaunt.

— Une mine antichar. On a perdu quelques hommes. C’était moche. Mais il y a un bon côté. L’explosion nous a dégagé le chemin. Elle a révélé ces vieux conduits de ventilation qui nous ont amenés ici. On n’a eu qu’à suivre les bruits de votre dernier carré.

— Comme d’habitude, vous êtes arrivée à point nommé, Criid, » sourit Gaunt. « En route. Domor, montrez-leur le chemin. Au pas de charge, Fantômes, allez ! »

Hark et ses troupes avaient atteint les entrées du collège.

— Qu’est-ce que cet endroit ? » demanda le commissaire en regardant autour de lui.

— Vous lirez le rapport plus tard, » répondit Gaunt. « Faites sortir vos hommes par là. Suivez Criid. Aussi vite que possible, Viktor. »

Les Fantômes se repliaient rapidement. Les éclaireurs tenaient les ouvertures principales, tirant méthodiquement pour décourager les Fils de tenter un nouvel assaut. Des équipes d’armes démontaient leurs pièces pour les emporter. Au signal de Gaunt, Domor amorça les charges explosives que les membres de la frappe Bêta avaient apportées.

— Brûlez le reste, » dit Gaunt à Brostin.

Ce dernier sourit.

— Vous êtes trop bon, colonel, » dit-il.

Brostin commença par braquer son lance-flammes sur les annexes. Les flammes jaillirent, embrasant les halls du collège. La peinture s’écailla comme de la peau sèche ou des feuilles mortes. Le mobilier prenait feu, crépitait, se fissurait, éclatait. Gaunt regarda les flammes quelques instants, se réjouissant de la chaleur. Le feu purifiait. Il marquait une fin, un baptême, un retour à la guerre. Plus que tout, il semblait signaler une victoire qui, il l’espérait, aurait un réel impact.

Les Fantômes avaient payé le prix fort pour la remporter. Un prix qu’il n’avait pas encore évalué.

Il se retourna et vit que Mabbon Etogaur contemplait lui aussi l’incendie.

— On a fait ce qu’on pouvait, » dit-il. « Espérons que ça suffira. »

Mabbon opina.

— Logiquement, le capitaine Spika diffuse le message enregistré depuis une demi-heure. Il continuera pendant que nous quitterons le système. La transmission a été réalisée selon les codes et le langage que vous nous avez fourni. Lorsque ce maudit anarque viendra examiner les ruines que nous laissons, lorsqu’il repassera les enregistrements de l’attaque, il croira que c’est le Pacte du Sang qui attaqué sa base, et que ses trésors ont été confisqués pour l’empêcher de gagner en influence.

— Vous avez allumé une mèche, » dit Mabbon. « Le Gaur. L’anarque. Aucun des deux n’acceptera les accusations qui découleront de ce raid.

— Si nous avons déclenché ne serait-ce qu’un début de guerre intestine entre les Seigneurs Sanguiniens, je crois que tout cela en valait la peine. »

Gaunt regarda Mabbon.

« Il est temps de partir. »

Mabbon sembla étonné.

— Vraiment ? » demanda-t-il.

— Évidemment.

— Je croyais… » commença Mabbon.

— Quoi ?

— Je présumais que vous alliez me laisser ici. Me laisser brûler. Je pensais ne plus avoir d’utilité pour vous.

— C’est à moi de décider ce qui mettra fin à votre devoir, » dit Gaunt.

Mabbon hocha la tête.

« Major Rawne ! » cria Gaunt. « Demandez aux Rois du Suicide d’escorter le prisonnier au vaisseau. Mkoll ! Préparez-vous à vous replier. Il est temps de partir. Brostin ! Je crois que ça suffira. »

— Qu’est-ce que vous faites ? » s’écria Ludd. « On se replie vers les navettes. L’ordre a été donné ! »

Les space marines se retournèrent pour le regarder. Leur antique armure était couverte de fissures et de balafres, ainsi que d’un sang qui n’était pas le leur. Holofurnace avait perdu son bouclier. Sar Af criblait de bolts un nouveau hangar pendant que ses frères récupéraient les munitions du dernier serviteur d’arme tombé.

— Voici la cible suivante, » dit Eadwine. « L’assaut continue. Retournez à votre navire.

— Le major Kolea m’a envoyé vous chercher personnellement, » dit Ludd. « Le commandant de l’opération a donné l’ordre de se replier.

— On ne reçoit pas d’ordres de la Garde Impériale, » rétorqua Sar Af.

— J’avais remarqué, » grogna Ludd. « Et nous, on est censés sauter dès que vous nous le demandez.

— C’est l’un des principes fondateurs de l’Imperium, » répondit Sar Af.

— L’ordre est de se replier, » reprit Ludd. « Veuillez le suivre. »

Ils lui tournèrent le dos.

— Comment ? C’est tout ? Vous allez continuer ? On est censés vous attendre, c’est ça ?

— Laissez-nous, » dit Eadwine sans se retourner. « Nous étions préparés à cette éventualité. Nos commandants le savaient lorsqu’ils ont autorisé notre implication. La Garde peut partir quand elle le désire. Nous allons continuer jusqu’à ce que la base soit anéantie.

— Vraiment ? Et après ? » demanda Ludd.

— Si nous sommes encore en vie à ce moment, nous resterons dans le champ de débris jusqu’à ce qu’un navire capte notre signal.

— Ça peut prendre des années, » dit Ludd.

— Nous sommes plus patients que vous.

— Partez, » ajouta Sar Af.

— Pas question, » dit Ludd. « Je suis un officier du Commissariat et je suis responsable de la discipline. On ne veut pas anéantir cet endroit. C’est le but de la mission. Nous voulons laisser des traces. Des indices. Nous voulons que l’ennemi sache. Si vous continuez, vous allez tout défaire et miner nos efforts. Vous allez à l’encontre des ordres et de l’autorité de l’Imperium. Vous violerez votre devoir sacré et…

— Silence, » le coupa Holofurnace. Il regarda ses frères. Le sang de ses ennemis tombait goutte par goutte des dorures abîmées de son casque.

« Le gamin marque un point, » dit-il. « Sa logique est solide. Continuer serait contre-productif. »

Les deux autres opinèrent. Tous trois firent demi-tour et revinrent sur leurs pas, leurs grosses bottes écrasant les débris.

Côte à côte, ils se mirent en direction des lointaines soutes d’entrée.

Sar Af se retourna et regarda Ludd.

— Venez, dépêchez-vous, » dit-il.

Les navettes défilaient aussi rapidement que possible, mais le problème d’espace qui avait nui au déploiement initial demeurait. Elles ne pouvaient se poser que par poignées, et la plupart devaient en outre se débarrasser de leur cargaison pour reprendre leurs passagers : elles étaient en train d’exécuter un nouveau ravitaillement lorsque les ordres avaient changé.

Baskevyl et Kolea supervisaient le départ et s’efforçaient de faire entrer autant de soldats que possible dans chaque Arvus et Falco disponible.

Kolea aperçut Dalin.

— Où est Meryn ? » demanda-t-il. « Où est le reste de la compagnie E ?

— Ils arrivent, » répondit Dalin.

— Apparemment, Meryn s’est désengagé trop vite, » dit Baskevyl en étudiant la carte tactique sur le poste radio de Reval. « Il a laissé des unités ennemies lui coller au train. Ils vont sortir du dépôt sous le feu. Dans le genre extraction, j’ai déjà vu plus propre.

— Meryn n’est pas le soldat le plus propre qui soit, » dit Kolea.

Il regarda la carte.

« Si on force ces accès, sa bande pourra sortir sans avoir à passer par la brèche.

— Ça se tient. Allons-y.

— Continuez de superviser l’extraction, Bask, » dit Kolea. « Je m’en charge. »

Kolea emmena une escouade au bord du hangar où le Caestus avait fini par s’arrêter. Les derniers groupes des compagnies F et H effectuaient un repli régulier et discipliné à travers l’énorme plaie ouverte dans les portes du hangar.

L’escouade de Kolea entendait des coups de feu venus d’au-delà des portes, le gémissement des lasers et les impacts des fléchettes. La compagnie de Meryn était bel et bien dans de sales draps.

— Venez ! » les appela Kolea. « Par ici ! »

Il conduisit son escouade vers l’écoutille secondaire située dans le coin le plus éloigné de la vaste porte circulaire du hangar. Il lui fallut quelques instants pour localiser la commande d’ouverture et pour en avoir raison à l’aide d’une torche à plasma.

Kolea ouvrit l’écoutille.

« Meryn. Meryn ! Fixez-vous sur mon signal et venez ici ! » lança-t-il par radio. « On vous a ménagé une sortie. Vite !

— Bien reçu, Kolea. Beau travail. »

Les troupes de Meryn apparurent soudain, traversant en courant la largeur encombrée du hangar en direction de l’écoutille. Certains se retournaient et tiraient au jugé au milieu de leur course. Le feu adverse les poursuivait.

L’escouade de Kolea lâcha des tirs de couverture puis se replia lorsque les hommes de Meryn atteignirent l’entrée.

— Passez, allez ! » cria Meryn. Ses hommes s’élancèrent à travers l’écoutille par deux ou trois. Des tirs ennemis ricochèrent contre la porte. Meryn resta dehors pour superviser le repli de ses soldats. Il se tourna vers Kolea et lui cria, à travers l’ouverture :

« Amenez-les au point de débarquement. Je fais sortir les derniers ! »

Kolea hocha la tête et repartit.

« Allez ! » rugit Meryn à l’intention des retardataires. « C’est pas le moment de traîner ! »

Il tira quelques lasers. Des Fils de Sek étaient apparus, au loin, et il sentait à nouveau cette odeur de menthe et de lait.

Gendler le rejoignit enfin, débraillé, rouge et à bout de souffle.

— On est les derniers, » haleta-t-il.

Meryn les regarda. La dernière poignée de ses hommes. Eklan. Mkgain. Fozol. Rozzi. Costin.

Meryn s’essuya la bouche sur sa manche.

— Non, Didi. Tu sais quoi ? Je crois qu’on est tous là, en fait. »

Ils franchirent l’écoutille.

— Capitaine ! » cria Eklan, le plus proche, courant de toutes ses forces pour atteindre la porte.

— Qu’est-ce que vous foutez ! » hurla Costin. « Bordel, où vous allez ?

— Vous avez raison, » dit Gendler à Meryn. « Je crois bien que tous ceux qui sont censés partir l’ont fait. »

Meryn et Gendler refermèrent la porte et la verrouillèrent au moyen d’une barre.

Les derniers membres de la compagnie E l’atteignirent et commencèrent à la marteler à coups de poing.

— Qu’est-ce que c’est ces conneries ? » beugla Costin. « Merde, qu’est-ce que vous foutez ? Ouvrez la porte. Ouvrez-la ! Ouvrez la porte, fumiers ! »

Du côté de Meryn, les coups sur l’écoutille n’émettaient qu’un bruit sourd.

Costin recula en titubant. Il avait tellement peur qu’il vomit. Eklan et les autres succombèrent à une panique aveugle, incrédule.

« Salauds. Ordures ! » hurla Costin vers la porte, les poings serrés sur les flancs.

Il se retourna lentement. Les loxatl les avaient rattrapés. Il entendit leurs bruissements inhumains. Il flaira leur odeur de menthe et de lait, et vomit de plus belle. Rozzi poussa un cri terrifié. Eklan ouvrit le feu sur les monstres extraterrestres.

Les reptiles se rapprochaient de toutes parts, vociférant, glissant sur le pont. Leurs ergots étaient dressés.

Ils n’auraient aucun besoin de gaspiller des munitions sur ces proies.

Costin poussa un hurlement qu’il ne termina jamais.

Les Fils de Sek se rapprochaient. Merrt les entendait arriver dans le tunnel.

— Gn… gn… gn… mettez-vous derrière moi, doc, » murmura-t-il.

Dorden mit un long moment à répondre.

— Ne soyez pas idiot, Rhen, » dit-il d’une voix aussi mince que l’atmosphère supérieure. « Levez-vous. Vous pouvez marcher. Partez après Haller. Laissez-moi.

— Je sais quand vous mentez, docteur, » dit Merrt. Soyez honnête. « Ma gn… gn… gn… blessure. C’est le genre dont on se remet pas, hein ? »

Dorden le regarda. Il secoua la tête.

— Non, » avoua-t-il.

— Alors, autant que je gn… gn… gn… reste ici avec vous, non ? » Il leva une main ensanglantée pour faire pivoter la tête de Dorden et le regarda dans les yeux.

« Ça ira. Je sais que ça se voit pas, mais je souris, là, » dit Merrt.

Les premiers Fils étaient apparus. Le faisceau de leurs lampes oscillait au rythme de leur progression. Il y en avait des dizaines.

Merrt sortit la balle saline de son vieux fusil et la remplaça par une munition ordinaire. Il repoussa Dorden contre le mur, derrière lui, et se redressa, braquant son arme sur les soldats ennemis.

— Vous n’avez qu’une seule balle, Rhen, » murmura Dorden.

— Je gn… gn… gn… sais, » répondit Merrt. Du sang coulait de sa lèvre métallique. « Et j’ai utilisé mes dernières gn… gn… gn… injections, en plus. Je tire plus droit.

— Assurez-vous qu’elle comptera, » dit Dorden. Il serrait un chapelet que Zweil lui avait donné.

Merrt visa. Les Fils levèrent leurs armes.

— Eh ! » cria Merrt. « Eh, les connards ! Vous savez quoi ? J’étais un gn… gn… gn… fameux tireur, avant. J’avais ma putain de dragonne. Mais c’est fini. Maintenant, quand je vise quelque chose, je rate à chaque fois ! Vous pigez ? Je ne suis pas un gn… gn… gn… très bon tireur ! »

Merrt tira. La balle fila à travers l’escouade de Fils sans en toucher un seul. Elle ne toucha pas non plus l’amorce de l’énorme baril d’explosifs situé vingt mètres derrière eux. Elle la rata d’une largeur de doigt mais frappa le baril juste au-dessus de la marque de craie rouge que Haller avait tracée après l’avoir désamorcé.

La balle perça sa coque métallique.

Il y eut une étincelle.

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