No right to Love You: 3 - Kennedy ( edition française) (French Edition)

Chapitre 9

 

 

Kennedy

— C’est dans la boîte. Tu as été parfaite, ma belle, lâche le réalisateur après des heures à me faire rejouer la même scène.

Je pousse un soupir de soulagement. Je vais enfin pouvoir rentrer à la maison, me faire couler un bon bain, avant de dîner tranquillement avec Aaron devant un film ou une série.

Tourner un clip est l’un des aspects que je déteste le plus dans mon métier, tout comme passer des heures à répéter mon jeu de scène. À chaque concert, je dois donner un show digne de ce nom. D’où ma surcharge de travail par rapport à mes frères et Blue. Eux, ils ont juste à se contenter de gratter les cordes ou de frapper sur des tomes. On ne leur dira rien s’ils se déplacent de manière anarchique sur les planches de bois. Enfin je parle pour les deux guitaristes. Kenan, lui, peut se contenter de rester assis. Tant qu’il donne le tempo, on ne lui en demande pas plus.

Bon, d’accord, c’est notre parolier, il a donc un travail supplémentaire par rapport aux guitaristes. Mais, ça ne compte pas. Car à côté de moi, c’est de la gnognotte.

Mauvaise foi, bonjour.

Sans mes frères et Blue, le groupe n’existerait pas.

Cette journée m’a juste épuisée. Bien que j’y sois habituée, souvent je regrette d’être une artiste mondialement connue. Parfois, j’aimerais revenir à nos débuts, lorsque nous étions un petit groupe à peine connu dans les bars où nous nous éclations. Cette époque, remplie d’insouciance, me manque. L’ancien Ronan aussi.

D’ailleurs en parlant de lui, je l’ai revu il y a une semaine lors de la signature de nos nouveaux contrats dans le bureau de Rob. Sa copine était présente dans le couloir, quand je suis passée devant elle, elle m’a regardée comme si j’étais une moins que rien. Mais elle n’a rien dit. Je n’ai rien dit non plus.

À mon avis, Ronan a dû lui demander de se tenir tranquille pour ne pas créer de la tension dans son futur groupe. Pour une fois qu’il agit à bon escient. Enfin si tel est le cas. Une chose dont je suis sûre, c’est que si elle m’avait contrariée, je ne me serais pas gênée pour lui rentrer dans le lard.

Bref.

Même si j’ai pu mettre mon véto afin qu’elle ne bosse pas avec nous, je dois me faire à l’idée qu’ils sont ensemble. C’est quand même douloureux. J’ai cru que toutes ces années m’auraient permis de faire le deuil de notre histoire. Je dois admettre que ce n’est pas le cas. Je l’aime toujours autant et l’aimerai toujours, quand bien même il ne sera plus jamais à moi.

C’est, donc, le cœur en berne et la poitrine serrée que je regagne la loge qui m’a été attribuée. Toutefois, mon spleen est très vite chassé après que j’aie ouvert la porte.

— Surprise ! s’écrient mes deux meilleures amies en chœur.

Mes lèvres s’étirent spontanément.

— Mais… qu’est-ce que vous faites là ? Comment avez-vous pu entrer ?

Aly arbore un air malicieux et me désigne un badge accroché autour de son cou.

— Ça sert d’être photographe pro… et aussi d’avoir une jolie gueule.

Je souris de plus belle.

J’aime la voir ainsi, loin de tout ce qui a failli les détruire, mon frère et elle. Si seulement…

— Ne l’écoute pas, elle raconte n’importe quoi, intervient Lou, en s’accrochant à mon bras, m’empêchant de retomber dans ma déprime. L’agent devant le bâtiment nous a simplement reconnues.

— Je vois… Et sinon, vous faites quoi ici ? demandé-je en récupérant mon bras.

Une fois libre, je me dirige vers la coiffeuse. Mon objectif ? Retrouver un visage à peu près humain. J’apprécie de me maquiller, mais certainement pas à outrance comme c’est le cas aujourd’hui.

Pendant que je frotte un coton imbibé de démaquillant sur ma peau, je jette un coup d’œil à travers le miroir sur mes amies. Elles se sont toutes les deux installées sur le canapé et pianotent sur leur téléphone. À leurs sourires niais, je me doute qu’il s’agit de mes jumeaux. Ces deux-là sont connectés au point d’envoyer un message à leur femme en même temps. C’est dingue !

— Quand vous aurez fini de faire mumuse avec vos écrans, vous pourrez peut-être m’expliquer votre présence, les taquiné-je.

— Oups… désolée, c’est Kane.

— Oups… désolée, c’est Kenan.

Super synchro, les filles ! Bravo !

J’ignorais que vivre avec mes frangins permettait de développer ce genre de don.

— Sinon… euh… pour te répondre… c’est barbec'-party ce soir à la maison, on est donc venu voir si tu étais des nôtres. D’ailleurs, les doubles attendent ta réponse pour savoir s’ils doivent prévoir plus de viandes, m’apprend Lou.

Ce n’était pas trop le programme que j’avais prévu pour la soirée, mais après tout, pourquoi pas ?

— Y’aura qui ? demandé-je tout de même pour m’assurer de ne pas me retrouver au milieu de certains indésirables.

Et quand je parle d’indésirables, je vise essentiellement Ronan et sa copine.

— Normalement, juste nous cinq, répond Alyena.

— Comment ça « normalement » ?

— Ben, tu sais, tes frangins peuvent toujours inviter des potes à la dernière seconde. Il suffit qu’ils croisent l’un d’eux et… voilà quoi !

Me voilà à hésiter. Qui me dit qu’ils ne croiseront pas Ronan ? Peut-être même sont-ils ensemble. Kenan m’a appris avant-hier qu’ils n’allaient pas tarder à s’attaquer à l’écriture de nouveaux morceaux, sans me préciser la date exacte.

— Rooooh, c’est quoi cette tête ? demande Lou. Ne me dis pas que tu hésites.

— Tu as peur de tomber sur Ronan ? me questionne à son tour Aly.

Cette dernière est comme ma sœur. Nous nous connaissons depuis notre plus tendre enfance, pour le coup sa perspicacité ne m’étonne pas plus que ça. Elle sait que j’ai toujours eu des sentiments pour lui. Elle ignore juste ce qu’il s’est passé entre nous, il y a trois ans. Elle était enfin heureuse, après tout ce qu’elle et mon frère ont vécu, je n’allais pas lui plomber le moral.

— Tu es toujours amoureuse de lui ? enchaîne-t-elle devant mon absence de réponse.

Je lui réponds d’un simple hochement de tête. Puis, tout en affichant une petite moue, je hausse les épaules.

— Oh, ma chérie ! s’exclame-t-elle en se précipitant vers moi pour me serrer dans ses bras.

J’accepte volontiers son étreinte. Lou vient s’ajouter à ce câlin collectif et nous restons ainsi plusieurs minutes jusqu’à ce que je décide d’y mettre un terme. Il est temps que je quitte ces vêtements de scène pour remettre les miens.

— Tu devrais vraiment venir à la maison. Tes frères te changeront les idées. D’ailleurs, je suis certaine qu’ils sont en train de ressentir ta tristesse… Votre lien m’a toujours dépassée, lâche Lou en levant les yeux.

Personne ne peut comprendre ce qui unit les triplés O’Connor. Déjà que j’ai moi-même du mal à cerner ce qui lie mes frangins…

— Bon, d’accord. De toute façon, je n’ai pas trop le choix. Je suppose qu’aucune de vous deux n’acceptera que je rentre chez moi afin de prendre un bain et de dîner tranquillement en compagnie d’Aaron ?

— Tout à fait. En revanche, tu peux lui dire de venir dîner à la maison.

— OK. Je passe le chercher et on vous retrouve d’ici une heure.

— Génial ! s’exclament mes amies en chœur.

 

Ronan

Je gribouille une nouvelle note sur mon carnet de partition. Kenan et moi avons passé la journée à travailler sur une des chansons qu’il souhaite présenter au groupe, puis à la production. Lauren est restée avec nous durant tout ce temps. Depuis l’autre jour, elle ne me lâche plus dès que je sors. Son manque de confiance en moi me fout la haine, mais, quelque part, je l’ai sûrement cherché. Surtout que niveau sexe, j’en suis toujours au même point. Enfin, il y a eu quelques améliorations, seulement je suis loin des performances que je possédais auparavant. Le pire, c’est que pour lui faire prendre son pied, je me retrouve obligé de visualiser tout ce que je voudrais faire à cette petite brune qui me hante en permanence.

— Bon, mec, je crois qu’on va en rester là pour aujourd’hui. Les filles ne vont pas tarder à revenir et on doit aller faire un tour au supermarché avant leur retour. D’ailleurs, ça vous branche de dîner avec nous ? demande Kenan.

— Ce soir, c’est barbecue. Tu ne peux pas refuser, ajoute son double.

Je jette un coup d’œil sur Lauren. Perso, l’idée me tente bien, mais si elle décline cette invitation, je la suivrai. C’est déjà bien assez tendu entre nous, je n’ai aucune envie d’envenimer la situation.

N’empêche que je suis un beau salaud. Ce serait tellement plus simple de lui rendre sa liberté, de lui avouer que je suis dingue d’une autre.

— Votre sœur sera présente ? s’enquiert-elle.

Son mépris ne m’échappe pas. Je croise les doigts pour que les jumeaux ne le perçoivent pas. Faute de quoi, je crains qu’il la vire d’ici manu militari.

Kenan jette un œil à son téléphone.

— Aucune idée, répond-il.

— Mais franchement, même si elle est là, je ne vois pas le problème, ajoute Kane, sur un ton plutôt sec qui me prouve qu’il a déjà endossé son costard de grand frère surprotecteur.

— Tu ne vois pas le problème ? rebondit aussitôt Lauren, énervée.

D’un simple regard, je lui intime de se taire. Elle ne connaît pas les triplés comme je les connais. Si elle va trop loin, ils vont ne faire qu’une bouchée d’elle.

— Tu ne vois pas le problème ? répète-t-elle de plus en plus hargneuse. Par la faute de cette garce…

— Ça suffit, Lauren ! tonné-je.

— Quoi ? fait-elle en tournant son visage dans ma direction.

— Évite d’insulter Kennie devant ses frangins. Je ne crois pas que tu as envie qu’ils te tombent dessus.

— Je vois. Madame la princesse a ses gardes du corps.

D’un simple regard, je teste la patience de mes potes. Kenan ne laisse rien paraître, contrairement à son double. Normal, c’est le plus calme des deux, mais le connaissant, je sais que ses nerfs sont tout autant mis à rude épreuve.

— Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée de dîner avec vous. Peut-être une autre fois, m’excusé-je avant que tout dégénère, en jetant un regard déçu à ma nana.

Parce que, ouais, finalement, j’aurais bien aimé passer un peu plus de temps avec eux. Seulement, je refuse de déclencher la troisième guerre mondiale.

Un lourd silence s’abat entre nous.

— Ouais, je vois, lâche Kenan, déçu. Dommage.

— Moi, ce que je trouve surtout dommage c’est qu’une fille interdise à notre pote de passer du temps avec nous, crache Kane, amer, en fixant durement Lauren. Dis-moi, tu vas aussi l’empêcher de bouffer avec nous quand on sera en tournée ?

Puis il se tourne vers moi et ajoute :

— Ça va la laisse ? Elle ne t’étrangle pas trop ?

Kenan ricane. Pas moi. Mon ego vient de se prendre un sacré coup. C’était quoi, cette foutue question ?

— Je ne le tiens pas en laisse ! s’offusque Lauren.

— Ah ouais ? Vraiment ?

— Je veux juste passer du temps avec lui, se défend-elle.

Face à sa mauvaise foi, je déglutis de travers et m’étrangle à moitié. Ma toux attire tous les regards sur ma personne. Kenan m’interroge d’un sourcil arqué, quant à son double, il sourit de manière machiavélique. Il va se faire un plaisir de moucher Lauren, j’en suis persuadé.

Je devrais intervenir, prendre sa défense avant qu’il ne soit trop tard. Seulement pour le moment, je ne peux pas. J’ai juste besoin d’eau pour chasser cette irritation.

— Tu veux mon avis ? T’es juste en train de le fliquer. Viens pas chialer quand il te demandera de dégager. Nous, les gars, on déteste les nanas trop collantes. Et toi, t’es la reine dans ce domaine, profère-t-il pendant que j’avale plusieurs gorgées pour soulager ma gorge.

— Si votre sœur…

— Quoi, notre sœur, encore ?! l’interrompt-il sèchement en la jaugeant de toute sa hauteur.

— Arrête, Lauren ! Arrête de tout foutre sur le…

L’ouverture de la porte du studio me surprend et m’empêche d’achever ma phrase. Aly, suivie de Lou, déboule dans la pièce et se jette au cou de son fiancé.

— Tu m’as manqué, lui déclare-t-elle.

Kane l’embrasse, puis lève les yeux vers moi.

— J’en connais un qui n’entendra jamais ce genre de mots.

— Qu’est-ce qui se passe ici ? demande Lou, lovée dans les bras de Kenan.

Il lui chuchote quelque chose à l’oreille et, aussitôt, elle porte son regard sur Lauren. L’air qu’elle affiche me prouve qu’elle ne porte pas trop ma copine dans son cœur. Du moins, c’est ainsi que j’interprète sa légère grimace.

— Bon, du coup, vous avez eu le temps d’aller chercher la viande ? Ronan, tu dînes avec nous ? demande Lou.

À nouveau, je regarde ma copine, avec l’espoir qu’elle me donne son accord.

— Comme tu veux, me répond cette dernière.

Je me déplace jusqu’à elle pour la remercier d’un baiser aérien. Elle profite de ce que je sois proche d’elle pour enrouler ses bras autour de ma nuque et attirer mon oreille tout près de sa bouche, afin que je sois le seul à entendre ce qu’elle tient à me dire.

— Cependant, je t’avertis que si Kennedy est présente, je risque de ne pas me montrer tendre avec elle. Et rien à battre que ses frangins soient présents. Je veux qu’elle comprenne qu’elle n’a plus jamais intérêt à te harceler.

Ne joue pas dans cette cour-là, Lauren, je pourrais montrer les crocs si tu vas trop loin avec elle.

— Tiens-toi juste tranquille. Je n’ai pas envie d’avoir d’embrouilles avec mes meilleurs potes, répliqué-je, malgré ce qui a traversé mon crâne.

— Ronan ? m’appelle Aly.

Je me tourne vers elle.

— Ouep ?

— Lou et moi partons faire un saut au supermarché. On a besoin d’un mec et c’est sur toi que notre choix s’est arrêté. Donc, tu viens avec nous.

— Et seul, ajoute sa belle-sœur en fixant durement Lauren pour la dissuader de nous accompagner.

— D’accord.

— Mais… proteste ma nana. Tu ne vas… tu ne vas quand même pas me laisser seule avec eux.

— Pourquoi ? Tu as peur qu’on te bouffe ? la raille Kenan.

— Tu vas simplement nous aider à préparer la salade… À moins que tu aies peur de te salir les mains, ajoute son double, plein de mépris.

Est-ce une bonne chose de la laisser seule avec eux, enfin surtout avec lui ? J’ai la trouille qu’il ne lui fasse définitivement passer l’envie d’insulter sa jumelle. J’espère juste qu’elle n’ira pas lui sortir les salades que j’ai balancées, sinon c’est ma mort assurée à mon retour.

Bordel, qu’ai-je fait ?

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