No right to Love You: 3 - Kennedy ( edition française) (French Edition)
Chapitre 30
Ronan
Assis au milieu d’un canapé qui chlingue le fric à plein nez, je ronge mon frein pour ne pas aller en coller une ou deux à ce fameux Shawn Black. Depuis que nous l’avons rencontré hier, il s’éclate à draguer ma femme sous mes yeux. J’ai eu beau marquer mon territoire en embrassant Kennedy aussi souvent que permis, rien n’arrête cette tête de gland.
— Elle ne fait rien de mal, me chuchote Kenan alors que l’autre crevure effleure le bras de ma sirène.
Je me tourne vers mon pote qui s’est ligué contre moi et le flingue du regard. J’aimerais bien l’y voir, lui, à ma place.
— Et si c’était Lou ? grogné-je.
Il tique et se renfrogne dans le siège qui nous accueille.
— Ne va pas me faire croire que tu apprécierais, ajouté-je.
Son haussement d’épaules me convainc que je viens de toucher ma cible.
— Il fait juste ça pour le show. Tu sais créer la complicité sur scène.
— Depuis quand baiser la nana d’un autre fait partie du spectacle ?! m’insurgé-je un peu trop fort si j’en crois le silence qui vient de s’abattre sur la pièce.
Alors que je sens leurs regards à tous fixés sur moi, je jauge les membres de ce groupe les uns après les autres. Leur batteur ainsi que leur bassiste fixent ce type aussi blond que moi. Ouais, aucune différence entre nous, à part que je suis plus grand que lui.
Nananère. Bienvenue à la cour de récré !
Moi, digne d’un gamin à qui on essaierait de piquer son plus beau jouet ? Probablement. Enfin, j’en sais que dalle. Personne n’a tenté de le faire quand j’étais à l’école ni même dans les foyers, tout simplement parce que je n’avais rien, hormis la gratte de ma mère. La seule chose que j’ai pu conserver de ma vie passée auprès de mes parents. Le premier qui aurait posé les doigts dessus aurait pris une dérouillée.
Puis Kennedy n’est pas un jouet, c’est MA FEMME !!!
Pendant que je continue ma ronde visuelle, j’entends un martèlement de talons sur le parquet. Aucun doute, Kennedy se dirige vers moi. Je porte mon attention sur elle. À ses traits crispés, je sens qu’un sale quart d’heure m’attend. J’ai interrompu son travail, elle ne doit pas trop apprécier.
— Tous aux abris, se gausse Kane.
— Va te faire foutre ! grogné-je entre mes dents serrées.
Face à quoi, il se bidonne de plus belle.
À lui aussi, j’aimerais bien voir sa réaction.
— Tu m’expliques ? me demande sa frangine en se plantant devant moi.
Je remonte lentement mon regard sur ses longues jambes, dévore littéralement chacune de ses formes affriolantes, avant de soutenir son regard.
— T’expliquer quoi ? Que je déteste qu’un mec te tourne autour ? Tu crois qu’on n’a pas assez affaire avec l’autre trouduc ?
— Shawn et moi, nous bossons. Il n’y a rien de mal là-dedans.
— Et il a besoin de te caresser pour ça. C’est limite si vous ne baisez pas sous mes yeux.
— T’es sérieux ?
— Ouais. Très.
Sidérée, elle entrouvre la bouche et écarquille les yeux.
— La jalousie ne te va vraiment pas, me souffle Kenan.
— Va falloir que tu m’expliques comment tu as pu supporter tous les mecs avec lesquels elle est sortie au lycée et à l’université sans leur démonter la face, enchaîne son double.
Regard meurtrier sur mes deux meilleurs amis.
Qu’ils la ferment, je ne leur ai pas demandé de la ramener !
— Ta mémoire est fiable ou dois-je te rappeler avec qui j’ai pris mon pied cette nuit ? me lance Kennie.
Putain de baffe !
Je renâcle et me lève pour la toiser de toute ma hauteur.
— Ne t’amuse pas à ça, Kennie. Je déteste quand tu me prends pour un con.
— Et moi, je déteste quand tu ne me fais pas confiance.
— Confiance ? Bien sûr que…
Lorsque je comprends qu’elle a raison sur toute la ligne, que c’est mon manque de confiance, mais aussi ma trouille de l’abandon, qui me titille un peu trop fort, je secoue la tête. Irrité par mon comportement, je me dirige vers la porte du studio. Je dois me barrer avant qu’on s’engueule comme des idiots. Être loin d’elle pour reprendre sainement mes esprits.
— Toujours la fuite, hein, Byrne ? Dès que tu te sens en danger, tu préfères partir que de l’affronter.
Bordel, ce qu’elle m’énerve !
Je me retourne avec véhémence et fonce sur elle.
— T’as la mémoire courte, O’Connor, je t’ai assuré mille fois que je ne fuirai plus. Mais, tu vois, vaut mieux que je me casse avant de défoncer le crâne de ce type. Son attitude me fout les crocs. On se retrouve à l’hôtel.
Puis je me tourne vers Black et assène :
— Quant à toi si j’apprends que tu la touches, t’es mort.
Leur bassiste se déplace jusqu’à lui, pose négligemment son bras sur ses épaules.
— Il sera sage comme une image, tu as ma parole. Faut pas lui en vouloir, il est un peu perturbé en ce moment. La femme sur laquelle il craque ne lui a pas donné de nouvelles depuis notre retour de tournée. Du coup, il vérifie juste que son charme fonctionne bien.
— Ta gueule, Miller ! Je ne craque absolument pas pour Belinda.
Ledit Miller lève les yeux au ciel.
— J’vais te croire.
— Ouais, ben qu’il teste sur qui il veut, mais qu’il ne s’approche plus de ma femme ! C’est tout ce que je demande, grogné-je.
Et sans plus perdre de temps, je quitte ce studio.
Une fois dans la rue, je retrouve Steven et lui demande de me ramener à l’hôtel. J’aurais très bien pu marcher, seulement il en aurait décidé autrement. La menace plane trop sur ma tête pour qu’il me laisse seul. S’il savait comme je m’en fous. Après tout, on y passe tous un jour. Alors, que ce soit entre les mains d’un psychopathe ou de vieillesse, ça ne change pas grand-chose. Faut pas croire non plus que je rêve de crever, juste que ce n’est pas ça qui me fiche les boules.
Pendant qu’il conduit, je me remémore la scène que je viens de quitter et les mots de Kennedy me bousculent. Ma colère se retourne contre moi quand je comprends qu’elle avait raison sur toute la ligne. Le pire, c’est que je lui ai menti droit dans les yeux en lui disant que je ne fuyais pas. Si ce n’est pas de la fuite, comment nommer ce que je suis en train de faire ? J’aurais pu rester là-bas à ronger mon frein. N’intervenir que si Black dépassait largement les limites. Et dire que je le considérais comme l’un des meilleurs artistes de notre génération. Pas au point de lui vouer un culte, mais pas loin.
Bref. Oublions ce qui vient de se passer.
— J’y retourne. Même s’il semble plus en avoir après toi qu’après Kennedy et qu’elle est en sécurité dans le studio, je préfère ne pas la laisser seule au cas où il changerait ses plans, m’informe Steven alors qu’il se gare devant l’hôtel.
— Ouais, protège-la. Je suis un grand garçon, je sais me démerder.
— En cas de problèmes, mes gars sont à ta disposition.
— D’accord.
Que puis-je répondre de plus ?
D’un coup d’œil par la vitre, j’avise la foule devant l’entrée. Bien trop dense à mon goût. Je vais devoir la traverser en passant incognito, car je n’ai aucune envie de me tailler une bavette avec qui que ce soit. Me réfugier dans notre suite, à Kennedy et moi, prendre ma gratte, composer, c’est tout ce que je souhaite.
J’enfonce ma casquette sur mon crâne, je chausse mes lunettes de soleil sur mon nez et quitte l’habitacle. Regard fixe au sol, je traverse cette masse qui, je dois le dire, est plutôt compacte.
Une fois à l’abri, je tombe nez à nez avec l’un de nos gars de la sécurité. Son nom ? Je ne me souviens plus trop. Je n’ai jamais fait ami-ami avec lui.
— Bonjour, Ronan. Tu aurais dû nous appeler pour qu’on t’ouvre la voie.
— C’est bon, je m’en suis sorti sans encombre.
Il me lorgne d’une drôle de manière. Quelque chose m’interpelle, mais je n’arrive pas à mettre la main dessus. Est-ce sa façon de me reluquer ? Ou bien… Ouais, non, vraiment, je ne vois pas.
— Où est Kennedy ?
En quoi ça le regarde ?
— Steven a dû te le dire, non ?
Il se frappe le front du plat de la main.
— Oh, oui, bien sûr. C’est vrai. Où ai-je la tête ?
Un blanc s’installe entre nous alors que je cherche à fond ce qui cloche chez cet agent.
— J’ai vu Malone et Blue sortir. Plusieurs de mes collègues les accompagnent. Du coup, tu es le seul dont je dois assurer la sécurité. Pas de chance pour moi, tu viens contrecarrer mes plans.
Je l’interroge d’un haussement de sourcils.
— Puisque j’étais seul (seul ? C’est louche ça), j’allais me désaltérer au bar. Je sais que ça ne se fait pas trop, mais tu pourrais peut-être me tenir compagnie ? Comme ça, je fais d’une pierre deux coups. J’assure mon rôle tout en joignant l’agréable.
— Pourquoi pas ?
Après tout, ça pourrait m’aider à chasser ce sentiment néfaste qui coule toujours dans mes veines et peut-être aussi à comprendre pourquoi je suis autant sur mes gardes vis-à-vis de lui.
— Super !
Un instant plus tard, nous nous installons autour d’une table.
— Tout va bien entre Kennedy et toi ? me questionne-t-il alors que nous attendons que quelqu’un vienne prendre nos commandes.
Ma ride du lion se creuse. Depuis quand sommes-nous potes pour qu’il s’enquiert de ma vie privée. Sans compter que je trouve qu’il ramène un peu trop souvent Kennedy sur le tapis. C’est la seconde fois en moins de cinq minutes. Est-ce lui son harceleur ? Est-ce lui qui veut ma peau ?
Sourcils toujours aussi froncés, je le mate sans discrétion. Blond, yeux bleus, un physique plutôt bien taillé. Ouais, Kennedy aurait pu désirer passer un agréable moment avec lui.
— Ce qu’il y a entre elle et moi ne te regarde pas… C’est quoi ton nom ?
— Justin. Je m’appelle Justin. Mais t’as raison, ça dépasse clairement mes fonctions. N’empêche que celui qui souhaite te buter juste pour l’avoir est un sacré dégénéré.
Alerte maximale !
Steven n’a jamais parlé de la menace sur ma tête à ses subordonnés. Seul le lieutenant Willis en a été informé.
— Tu ne trouves pas que le serveur est un peu long ? me questionne-t-il alors que mon raisonnement doit sans aucun doute s’afficher sur ma tronche.
— Pas grave. De toute façon, je n’ai plus très soif.
Je repousse ma chaise et m’apprête à me lever quand il pose sa main sur mon avant-bras.
— Je serais toi, je resterais assis, fait-il en désignant d’un regard la table.
Je me penche légèrement afin de savoir ce qu’il y planque. Quand je découvre son flingue sur ses genoux, je déglutis difficilement. OK. Je sais me défendre, mais face à une arme, ça risque d’être compliqué.
— Vu que vous n’en avez rien à foutre de mes messages, on va avoir une petite discussion entre hommes. Je vais chercher nos verres. T’amuse pas à bouger sinon je bute tous ceux qui sont ici.
Dire que je flippe est un euphémisme. Pas pour moi, car je rappelle que je n’ai pas peur de mourir, mais pour tous ceux qui se trouvent dans cette pièce. Il y a même des gamins, putain !
Malgré la frousse qui me tord le bide, j’attrape mon téléphone dès qu’il a le dos tourné. Je jette un œil sur lui pour être certain qu’il ne m’observe pas et compose le premier numéro qui me tombe sous les doigts. Malone.
Malone
Ronan, les doubles et Kennedy sont tous partis chez Shawn Black. Ces deux derniers doivent répéter le morceau qu’ils chanteront dans quelques jours devant des millions de téléspectateurs. Un bon coup de pub pour le groupe, vu la notoriété dans ce pays des Gasthly Ride.
Je profite de ces quelques heures de liberté pour me balader, sans me prendre la tête, en compagnie de Blue. Quand il me l’a proposé, j’ai accepté. Même si notre amitié n’existe plus vraiment, même si je voudrais ne plus avoir aucun contact avec lui pour éviter de reproduire ce dérapage de l’autre jour, je dois admettre que sa présence me soulage de tout ce qui pèse sur mes épaules.
— Encore dans tes pensées ?
Je me fige, muscles tendus. À aucun moment, je n’avais prévu que Blue interrompt le fil de mes pensées alors que justement il fait partie intégrante de celles-ci.
— Malone ?
Un peu hagard, je me tourne vers lui. Nos regards se percutent. Leur contact crée un instant de flottement entre nous. Pourquoi me déstabilise-t-il encore ? Pourquoi…
Mon téléphone sonne et rompt ce moment qui n’aurait jamais dû exister entre lui et moi. Je décroche aussitôt.
— Ne raccroche pas ! m’ordonne la voix de R.
Je sens une légère panique dans son timbre. Quelque chose ne tourne pas rond.
— Ça va ? m’inquiété-je.
Seul le brouhaha de fond me répond. Je fronce les sourcils, ce qui interpelle Blue qui se rapproche de moi. Alors que son épaule frôle la mienne, un courant électrique me vrille les reins.
— Qu’est-ce qui se passe ? murmure mon binôme de sortie.
Je secoue la tête.
— Merci Justin. J’ai vraiment soif, entends-je Ronan.
Justin ? C’est qui celui-là ?
— Bon, discutons un peu tous les deux, entonne le fameux Justin.
La conversation part alors sur Kennedy.
— Tu vois, cette nuit-là, en couchant avec moi, elle a scellé nos destins.
Putain de bordel de merde ! Ce gars est… Ce gars est le mec qu’on recherche. Et il va s’en prendre à mon pote. Je ressens le danger qu’il encourt tout au fond de mes tripes.
— Ron…
Blue plaque sa main sur ma bouche avant que je puisse exprimer tout haut mes pensées. L’instant suivant, d’un mouvement de la tête, il ordonne à nos gardes du corps de s’approcher, tout en leur intimant le silence d’un index sur ses lèvres.
— C’est Justin, lâche l’un d’entre eux à demi-voix.
Ouais, ça je l’avais bien capté, merci. Mais c’est qui ?
Un autre fait signe qu’il va passer un coup de fil, sûrement aux deux agents qui sont restés surveiller l’étage.
Des hurlements s’élèvent. Je n’ose pas imaginer ce qui se passe. Une chose est sûre, c’est qu’il y a du monde autour d’eux.
— La sécurité vient de contacter nos agents sur place. Il semblerait qu’il y ait une prise d’otages au bar.
Merde, merde et triple merde !
Je raccroche. Pas besoin d’en entendre plus. Je sais où il se trouve.
— J’ai appelé notre chef. Il prévient immédiatement le lieutenant Willis.
Pourvu que son équipe et lui arrivent à temps. Je ne peux pas perdre un de mes poulains, encore moins l’un de mes meilleurs amis.
Tremblant, je recule jusqu’à la devanture d’une vitrine, contre laquelle je m’adosse. Rongé par la peur, je me laisse glisser jusqu’à ce que je touche le sol.
— Vous savez qui est Justin ? demande Blue, bien moins affecté que moi.
— Un de nos anciens agents. Steven l’a viré en même temps que les quatre qui étaient revenus à l’hôtel le soir où la rose a été découverte sur le lit de Kennedy. Il bossait avec nous depuis deux ans et demi, lui explique un des gars.
Putain ! Le loup a toujours été dans la bergerie et je ne l’ai pas remarqué. Quel genre de manager fais-je ? Comment réagirait mon frère s’il avait vent de tout ça ? A-t-il déjà été confronté à une telle situation ?
Je me lève, rage contre moi-même. Comme ai-je pu être aussi dupe et aveugle ?
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