No right to Love You: 3 - Kennedy ( edition française) (French Edition)

Chapitre 13

 

Ronan

Assis sur un banc dans mon parc préféré, face à cette rivière qui me rappelle d’innombrables souvenirs, je me laisse emporter par la musique qui s’écoule de mes doigts pour se plaquer sur ma gratte. Chaque accord se mêle à ma peine, mais aussi à mes espoirs. Je suis seul et libre. Divisé entre ses deux parties de moi qui, chacune à leur manière, me supplient d’aller me faire pardonner. Mais auprès de qui ?

Mon cœur me hurle d’arrêter de jouer, de prendre pour une fois mes responsabilités, d’avouer à Kennedy que je n’ai jamais cessé de l’aimer, de me battre avec ses frères pour qu’ils acceptent notre relation. Ma raison me pousse à me jeter à genoux devant Lauren pour qu’elle accepte de poursuivre ce qu’il y a entre nous depuis de longues années. De la convaincre que j’ai besoin des bases que nous avons fondées pour continuer à avancer dans la vie. Moi, l’orphelin, je me sens tout autant égaré que le jour où l’on m’a annoncé que je ne reverrai plus jamais mes parents.

Les notes s’enchaînent à une allure vertigineuse. Mes tympans s’imprègnent de cette mélodie sortie du fond de mes entrailles. Un appel à l’aide à celui qui saura l’entendre et surtout à celui qui saura me guider sur ce nouveau chemin que j’ai emprunté. Un chemin qui me paraît si sombre, semé d’embûches même.

— Pas mal, entends-je dans mon dos.

Pas mal ? Moi qui me pensais plutôt bon, je suis surpris de ce commentaire. De ma paume droite, je plaque les cordes. La résonance cesse aussitôt. Je me retourne alors vers l’intrus qui ne doit pas avoir vraiment l’oreille musicale pour me juger aussi mal. Loin de moi l’idée de me vanter, mais je sais ce que je vaux !

En découvrant Blue, dans une tenue de jogging, muni d’un air railleur, je saisis que ce n’était qu’une blague.

— Juste pas mal ? relevé-je alors.

— Un peu mieux que ça, on va dire, continue-t-il de me chambrer.

Je lève les yeux au ciel avant de les porter sur la rivière devant moi. Cette fameuse rivière qui a valu la fin de mon couple.

— T’étais passé où ? Les gars s’inquiètent pour toi. Ça fait trois jours que Malone tente de te joindre, sans succès. Comment tu te sens ? Elle t’a vraiment largué ?

Bien que nous soyons amenés à bosser ensemble, je ne connais pas vraiment ce mec. Ce ne sont pas les rares fois où nous nous sommes croisés qui nous ont permis de devenir de super potes. Alors, j’hésite à me confier à lui.

— Je suis désolé, mec, j’ai tendance à être un moulin à paroles. Je suppose que tu le découvriras bien assez vite quand on sera en tournée. Du coup, t’es pas obligé de répondre. Retiens juste que Malone cherche à te joindre et que ça l’inquiète de ne pas savoir où tu te trouves. Il paraît que tu lui as déjà plus ou moins fait le même coup quand tu as quitté le groupe.

Pas faux ! J’ai mis plusieurs heures à le contacter. J’avais d’abord besoin de noyer sous plusieurs verres ce à quoi je venais d’assister et ces émotions que je ne parvenais pas à endiguer.

La femme que je croyais être la mienne sous un autre. Cette déchirure dans ma poitrine (encore plus vive aujourd’hui alors que je l’ai revue avec lui).

Quand j’ai prévenu notre manager que je quittais le groupe, il m’a passé le savon de ma vie. Faut dire aussi que nous avions un concert à donner dans la ville qui a vu le groupe grandir et qu’il a été obligé d’annuler à la dernière minute, faute de guitariste remplaçant. C’était le dernier de la tournée si ma mémoire ne me fait pas défaut.

D’ailleurs, je ne comprends pas pourquoi le groupe n’a toujours pas de musiciens qui puissent prendre la relève des officiels en cas de pépins.

— Je vais l’appeler.

Mais pour ça, je vais devoir rallumer mon téléphone que j’ai éteint dès que j’ai quitté mon… l’appartement de Lauren. J’avais besoin de me retrouver face à moi-même, de faire le point, même si le résultat n’a fait que me partager un peu plus comme je l’ai déjà précisé.

— T’es sûr que tout va bien ? demande Blue, visiblement soucieux pour moi.

J’aurais peut-être dû mettre un peu plus d’entrain dans ma réponse pour qu’il ne cerne pas mon spleen.

— T’en fais pas pour moi, je m’en remettrai.

— Donc, elle t’a bien largué.

Devant son affirmation, je ne peux que confirmer. À quoi cela servirait-il de mentir ? D’ailleurs, ne me suis-je pas promis d’être, dorénavant, honnête en toute circonstance ? J’ai bien compris que les mensonges, qu’ils soient par omission, pour se protéger ou pour tout autres raisons sont tous aussi inutiles les uns que les autres. La vérité est essentielle, peu importe la personne qui nous fait face.

— T’as besoin de quelque chose ? Un endroit pour crécher, peut-être ? Non, parce que, excuse-moi du peu, mais en te regardant, je me demande si tu ne dors pas sur ce banc. Non seulement tu as une sale gueule, mais en plus tu chlingues un peu.

Sympa, même si je salue sa perspicacité.

— Un peu normal, je pionce dans ma bagnole et je n’ai pas encore osé me laver dans la rivière, lâché-je avec cynisme.

Alors qu’il se marre, je porte à nouveau mon regard sur cette étendue d’eau qui sillonne à travers le parc. Un sourire béat s’accroche à mes lèvres quand je revois cette scène qui a causé ma rupture avec Lauren. Comme chaque fois que mes pensées s’envolent vers Kennie, mon cœur s’emballe. Pourquoi l’ai-je quittée ? Aujourd’hui, je n’arrive plus vraiment à trouver une raison à mon départ précipité. Lauren ? Non, je ne l’aimais pas au point de perdre mon seul amour. Mes meilleurs potes ? J’aurais pu me battre pour leur faire entendre raison. Je suis presque certain qu’ils auraient fini par accepter mes sentiments pour leur frangine. Ma peur de l’abandon, de perdre encore un être cher à mes yeux tout comme j’ai perdu mes parents ? C’est peut-être l’unique raison encore valable.

— Bouge. J’habite à deux minutes d’ici, tu vas pioncer chez moi en attendant de te retourner.

En ai-je envie ? Aucune idée, alors je hausse les épaules, manière de dire que ce n’est pas la peine qu’il s’embête pour moi. Après tout, ce n’est pas la première fois que je n’ai plus de foyer.

— Tu crois qu’il n’y a que les O’Connor qui ont pu se taper une baraque de rêve ? Si tu avais gardé ta place au sein du groupe, tu saurais que je croule aussi sous le fric, parce que c’est toi qui aurais dû amasser tous ces euros.

Pourquoi cette précision ? Que cherche-t-il exactement en me l’apportant ? Aucune idée, mais est-ce vraiment important ?

— Je me doute que j’ai laissé passer ma chance de vivre dans l’opulence, répliqué-je, malgré tout.

— T’inquiète. Tu vas vite te rattraper. En attendant, je t’invite à poser tes sacs chez moi. Je n’ai pas de villa, mais un superbe loft, énonce-t-il comme si cette info révélait une importance capitale pour que je prenne ma décision.

Nouveau haussement d’épaules de ma part.

— Putain, ne me demande pas de me mettre à genoux devant toi. Ce n’est pas que je n’aime pas ça, mais en général, je m’agenouille face à un mec, c’est qu’ils attendent certaines choses de ma part. Et certainement pas que je les supplie pour venir chez moi, si tu vois ce que je veux dire.

Cette fois, c’est moi qui me marre devant ses allusions on ne peut plus claires.

— OK, OK, j’abdique, fais-je en levant les paumes dans sa direction.

— Super ! En plus, on va pouvoir bosser un max tous les deux. Comme ça, tu seras prêt lors de la tournée.

Il aurait pu commencer par là. Cet argument est imparable. Dans un mois, je devrais connaître tous les morceaux que nous jouerons sur le bout des doigts. Et même si j’ai composé certaines musiques, ce n’est pas le cas de toutes. Alors, ouais, je vais devoir m’y mettre à fond et quoi de mieux que de répéter avec mon pair ?

 

Voilà comment dix minutes plus tard, je me retrouve devant la porte de son loft. Il ne m’avait donc pas menti en me disant qu’il habitait tout près. Dire que ça m’arrange est un euphémisme. Je pourrai rejoindre mon banc aussi souvent que l’envie m’en prendra. C’est-à-dire dès que mon palpitant voudra se rapprocher de sa muse.

Muse ?

Ouais. Comment décrire Kennie autrement alors que je réalise à l’instant qu’elle est celle qui inspire toutes les musiques que je compose ? Il suffit que je la visualise, que je revoie ses sourires, que je ressente à nouveau son souffle contre ma peau pour que notes et accords se forment au bout de mes doigts.

— Je t’avertis, c’est un sacré foutoir, me prévient Blue, tout en m’invitant à entrer.

Un sourire moqueur étire mes commissures labiales quand je réalise sa franchise. Des fringues sont éparpillées un peu partout. Diverses revues s’étalent sur la table basse et le canapé, ça me rappelle Kennie qui avait cette fâcheuse tendance à laisser traîner ses affaires. Souvent je ramassais derrière elle. Son mec en fait-il de même ? Je ne suis pas maniaque, loin de là, mais j’aime quand même l’ordre un minimum.

— Tu veux une bière ? Un café ? Que je te montre ta chambre ? Ou la salle de bains, peut-être ? demande Blue, avec un débit hallucinant.

Sa salve de questions m’empêche de m’attarder dans mes souvenirs. Je ne vais pas m’en plaindre. Chaque fois que j’y plonge, mon cœur se fend un peu plus.

— Paraît que je chlingue, donc une douche serait la bienvenue,

Il échappe un petit ricanement.

— Parfait. Alors, suis-moi.

La salle de bains est immense. Une douche italienne m’attend. Sans perdre de temps, je me déshabille, me faufile derrière les portes en plexiglas et règle la température de l’eau. Un soupir de bien-être franchit mes lèvres alors que je me prélasse sous les jets salvateurs. Toutefois, je préfère ne pas y rester trop longtemps, histoire que ma mémoire ne me joue pas encore un sale tour en m’envoyant un nouveau souvenir. Genre le corps de ma muse et le mien enlacé dans une douche à nous aimer comme nous le faisions si bien.

Stop ! hurlé-je dans ma tête alors que justement je commence à nous visualiser et que ma queue se réveille.

Pour chasser la chaleur qui s’empare de mes reins, je me frotte avec énergie, puis me rince rapidement.

Une fois séché, je rejoins la chambre que Blue m’a désignée comme étant la mienne un peu plus tôt. Je récupère mon téléphone, m’installe sur le lit et compose le numéro de Malone. Il décroche à la deuxième tonalité.

— Oh, un revenant ! Putain, non, mais sérieux, ça t’aurait arraché la gueule de répondre à mes appels ? m’enguirlande-t-il.

— Je suis désolé. Lauren m’a largué, j’avais besoin de me retrouver face à moi-même.

— Merde ! Bon, écoute, j’ai rencard avec la production, je n’ai donc pas trop le temps de discuter, mais si tu veux, on peut se voir au QG dans deux heures.

— Non, ça va aller. Blue m’a trouvé et m’a invité chez lui. Je pense qu’on va bosser un peu.

— Ça, c’est une bonne nouvelle. Justement, je cherchais à te joindre pour ça. J’avais besoin de savoir comment tu comptais t’organiser pour te mettre à niveau. Du coup, je n’ai plus besoin d’angoisser. Je dois filer… Ah… euh… attends. Une dernière chose, j’aimerais planifier une réunion avec tout le groupe. T’es dispo dans trois jours ?

Une réunion ? Avec tout le groupe ? Ça veut dire avec Kennie ? Suis-je prêt à l’affronter si tôt après ma connerie chez son frère ? Comment réagira-t-elle en me voyant ?

Si Malone angoissait que l’un de ses poulains ne soit pas prêt pour la tournée, à présent, c’est moi qui stresse.

Seulement, quelle excuse puis-je inventer ? Plus de mensonges, tel est mon nouveau credo, je ne dois pas l’oublier. Alors, comme je n’ai rien de prévu, à moins d’un miracle dans les dix secondes qui suivent, je me retrouve contraint d’accepter.

— Génial ! Je préviens les autres. On se voit donc jeudi. Ciao.

Je n’ai pas le temps de répondre qu’il a déjà raccroché.

Trois jours.

Trois petits jours.

Voilà mon temps imparti pour me préparer à affronter les O’Connor. Car je sais très bien que Kenan et Kane attendent des explications. Quant à Kennie…

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