No right to Love You: 3 - Kennedy ( edition française) (French Edition)
Chapitre 26
Ronan
C’est un nid de vipères qui nous attend à notre retour à l’hôtel, toutes prêtes à dégainer leur micro pour nous interroger Kennedy et moi sur notre vie privée. En quoi ça les regarde, bordel ?!
— Vous allez passer par l’entrée du personnel, nous informe Steven. Gardez bien votre casquette et baissez la tête. On ne sait jamais, certains pourraient avoir l’idée de vous attendre là-bas.
Pendant qu’il contourne le bâtiment, il reprend sa communication avec le chef de l’équipe de sécurité, d’après ce que je comprends. À moins que ce soit avec Malone.
— Ne bougez pas ! nous ordonne-t-il alors qu’il gare la bagnole devant ladite entrée. Je vais vous ouvrir.
Kennedy presse un peu plus ma main. Main qu’elle n’a pas lâchée durant tout le trajet de retour.
— Je ne sais pas ce qui leur prend, mais on n’a rien fait de mal, la rassuré-je.
Je pose un tendre baiser sur son front.
— Oui, tu as raison. Mes frères ne sont pas les seuls à avoir droit d’être en couple.
Couple… Ce mot m’enveloppe d’une douce chaleur et les battements de mon palpitant deviennent un peu plus rapide.
Ma portière s’ouvre. Steven m’enjoint de sortir d’un signe de la tête. Pas besoin qu’il me le répète deux fois.
Dès que je pose un pied sur le bitume, je constate que toute l’équipe de sécurité s’est agglutinée ici. Je n’arrive pas à saisir à quoi tout ça rime. Pourquoi une telle protection pour un simple baiser qui a fuité ?
Kennedy quitte tout juste l’habitacle quand Malone déboule vers nous. Son visage rouge de colère m’amène à penser que nous allons passer un sale quart d’heure.
— Putain de bordel de merde ! Vous n’écoutez jamais ce qu’on vous dit ? Je vous avais demandé de vous montrer prudents, vocifère-t-il en nous flinguant tour à tour du regard.
Face à sa colère, j’ai l’impression de me retrouver au foyer quand les animateurs nous engueulaient pour des broutilles. Du moins, c’est ainsi qu’on considérait nos conneries mes potes et moi. J’ai presque envie d’éclater de rire, comme je le faisais à l’époque. Sauf que je ne crois pas que mon pote aimerait que je me foute de sa tronche.
— Mais merde, Malone ! On n’a rien fait de mal ! s’emporte ma sirène qui ne doit pas plus comprendre que moi l’énervement de notre manager.
— Ouais, elle a raison. Explique-toi ! Pourquoi ses frangins auraient droit d’embrasser leur femme et pas moi ?
Ma question semble l’avoir douché. Il nous observe tour à tour, glisse une main dans ses cheveux roux. Je le connais depuis des années et je peux donc clairement dire qu’il nous cache quelque chose.
— Je vous l’avais demandé, vous auriez dû m’écouter. Maintenant, rentrez avant que certains remarquent votre présence ici.
Kennedy et moi hochons la tête comme un seul homme. Ce n’est pas parce que j’abdique là, pour le moment, que je ne vais pas chercher à creuser pour en apprendre davantage. Je dois à tout prix découvrir ce qui le ronge.
Alors que je raccompagne ma belle dans sa chambre, ma cervelle monte tout un tas de scénarios, plus improbables les uns que les autres, qui justifieraient le comportement de mon pote. Kane et Kenan ? Possible. Si le problème vient d’eux, je me ferai un plaisir de m’en charger. Cette fois, je ne reculerai pas devant eux. D’ailleurs, je l’ai déjà fait lors de notre arrivée dans cette ville.
À moins que… Sans savoir d’où cela sort, les paroles de Norah au sujet de Lauren me reviennent à l’esprit. Et si la source du problème, c’était elle ? Qui me dit qu’elle n’a pas été inventée n’importe quoi sur mon compte comme elle l’a fait avec son ex ?
— T’as l’air bien songeur, m’informe Kennedy alors que nous sortons de l’ascenseur.
J’attrape son menton et je pose un tendre baiser sur ses lèvres.
Au moment où je me redresse, elle se tend.
— Qu’est-ce qu’ils fichent ici ? Ils n’ont pas intérêt à m’emmerder, grogne-t-elle en fixant un point dans mon dos.
J’opère une volte-face et découvre les doubles dans une position identique. Adossés au mur, leurs bras repliés sur leur poitrine, tous les deux nous jaugent d’un regard mauvais.
Bienvenue en enfer, mon pote ! se marre une voix dans ma tête.
Je me redresse de toute ma hauteur, carre les épaules et glisse mon bras par-dessus celle de Kennedy, dans une sorte de défi envers eux.
Qu’ils viennent en découdre, je les attends de pied ferme.
— Depuis quand ça dure, vous deux ? gronde Kane, en grand frère surprotecteur, tout en se détachant du mur pour nous faire face.
— Dois-je te rappeler…
— C’est à moi de les affronter, coupé-je Kennedy en chuchotant près de son oreille, puis je me tourne vers Kane et ajoute : depuis dix ans. J’ai craqué sur ta sœur le jour où vous m’avez accepté dans le groupe et je suis tombé amoureux d’elle. Je te l’ai déjà dit, ce que j’éprouve pour elle, c’est la même chose que ce que tu ressens pour Aly. Mais à cause du code d’honneur que vous m’avez imposé, notre histoire ressemble à des montagnes russes. Sans ça, j’aurais sûrement été le premier de nous trois à avoir eu la corde au cou. Aujourd’hui, j’ai moi aussi envie d’avoir mon happy end que ça vous plaise ou non !
Un lourd silence s’abat entre nous. Je fixe les jumeaux tour à tour. Kane garde un masque impassible tandis que Kenan se retient de rire. Je le vois à la contraction de son visage.
— Ça te fait marrer ? interrogé-je ce dernier.
Kane se tourne vers son double et les deux explosent de rire.
OK, ils m’ont largué.
— Putain, vieux, on se demandait quand tu allais porter tes burnes avec notre sœur, se marre Kane. Bienvenue dans la famille !
Euh…
Je tombe des nues. Que s’est-il passé pour qu’il change du tout au tout ? Est-ce lié à sa bipolarité ? Bien possible.
— Par contre, je vais me répéter, mais tu lui fais du mal ou elle pleure par ta faute et je te jure que t’es un homme mort.
Je me disais bien aussi…
Kenan confirme d’un signe de tête, puis vient m’offrir une accolade virile. Son frangin l’imite l’instant suivant.
— Wouah ! Je ne sais pas ce qui leur a traversé la tête, mais je n’aurais jamais imaginé qu’ils acceptent si facilement, lâche Kennedy alors que ses frères regagnent leurs chambres.
— Ouep. Moi non plus.
En tout cas, c’est un excellent point. Du coup, question existentielle : si la lueur d’inquiétude que j’ai aperçue dans les yeux de Malone n’est pas liée aux doubles, alors quoi ?
— Je finis de te raccompagner jusqu’à ta chambre et je te retrouve plus tard. J’ai un truc à voir avec Malone.
Elle m’interroge du regard, mais je ne réponds pas. Pour le moment, il est inutile que je la stresse pour de simples suppositions.
****
— Bon, vas-y, balance ! Ça fait cinq minutes que je suis là et que tu tournes autour du pot en évitant de me répondre ! grondé-je.
Dès que j’ai laissé Kennedy, je suis allé retrouver Malone dans sa chambre. J’ai beau lui demander de me rendre des comptes sur ce qui semble l’inquiéter, il me mène en bateau et évite de répondre à une question pourtant toute simple.
— Merde, Malone, c’est quoi le problème ? Pourquoi tu nous empêches de nous montrer ? Je l’aime, elle m’aime et ses frangins valident.
Il souffle, glisse ses mains dans ses cheveux.
— Bon, OK, je vais te le dire, mais ne dis rien à personne.
J’acquiesce d’un signe du menton et l’invite à poursuivre d’un signe de la main. Sauf que cet imbécile a décidé de jouer avec mes nerfs.
— Bon, tu vas le cracher ce putain de morceau ! râlé-je en le mitraillant du regard.
— D’accord, d’accord, calme-toi. Mais je t’avertis, ce que je vais te dire risque de ne pas te plaire.
Putain, s’il continue sur sa lancée, je vais me le faire !
— Tu veux vraiment que je te plaque contre ce mur (je désigne ledit mur du menton) pour te tirer les vers du nez !
— Non, c’est bon, me tempère-t-il en levant les mains devant moi en signe d’apaisement. Le label a reçu des lettres de menaces destinées à Kennie. J’ai…
Je n’écoute plus. Ne réfléchis pas. Quelqu’un menace ma femme et ça me suffit pour dérailler. Le pire, c’est que je connais la seule personne capable de s’en prendre à elle.
Je vais me la faire ! Lauren n’a aucun droit de toucher à celle que j’aime. Ouais, j’ai été le pire des connards avec elle, mais ça ne justifie pas qu’elle se venge sur la mauvaise personne. Si elle veut se venger de quelqu’un, c’est contre moi qu’elle doit se retourner. Je suis le seul coupable. Le seul à blâmer. Kennie a déjà beaucoup trop souffert de mes erreurs.
Mes poings se serrent si fort que mes ongles s’enfoncent dans ma paume. Je peux me faire saigner, je m’en fous. Je suis bien trop furax pour ressentir la moindre douleur.
La voix de Malone parvient à mes oreilles alors que je fonce vers la porte. Seulement je n’arrive plus à cerner ses mots. À peine la porte franchie, j’attrape mon téléphone et compose le numéro de mon ex. Je me carre de l’heure qu’il est en Irlande. Je veux juste qu’elle décroche et peu m’importe si je dois l’appeler cinquante fois avant qu’elle le fasse.
— Ronie ? s’étonne-t-elle au moment où elle prend l’appel. Je ne pensais pas que tu m’appellerais. Surtout en découvrant que tu m’as si vite remplacée.
— Ne t’approche pas d’elle et cesse de la menacer ! gueulé-je.
— Sérieusement ? Tu m’appelles en pleine nuit pour me passer un savon ? Je rêve. Non, je dois cauchemarder, en fait En plus, je comprends que dalle à ce que tu me balances.
— Fous-toi bien de ma tronche ! Je sais que tu as balancé des lettres de menace au label.
— Je ne sais pas qui t’a raconté ça, mais tu délires complètement.
— Ouais et tu vas aussi me faire croire que tu n’es jamais allée voir le patron de ton ex pour l’accuser de harcèlement sexuel ?
Un silence s’abat entre nous. Je vérifie qu’elle ne m’a pas raccroché au nez, avant que j’entende un lourd soupir.
— C’est Norah qui t’a parlé de tout ça, hein ? Contrairement à toi, je ne suis pas une menteuse (prends-toi ça dans les dents !), alors je vais te dire la vérité. C’est vrai que je m’en suis pris à lui, mais je n’avais que vingt ans. Et quoi qu’on en dise, il l’avait bien mérité. Je ne vais pas rentrer dans les détails, ça ne te regarde pas. Quant à Kennedy, même si je la déteste pour tout ce qu’elle m’a pris, je n’irai pas jusqu’à m’en prendre à elle. De toute façon, je n’ai pas le temps de m’amuser à menacer qui que ce soit. J’ai été engagé dans le film pour lequel j’avais passé un casting.
Elle ne ment pas, je l’entends dans sa voix. Puis elle a raison, au contraire de moi, elle n’a jamais fabulé.
— Je suis content pour toi, dis-je, fair-play.
— Merci. Et… moi, je suis… je suis heureuse que tu aies pu la retrouver. J’ai vite compris que tu l’aimais, même si j’ai voulu croire que je te suffirais.
Bien que ça la blesse de me l’avouer, je sais que c’est sincère de sa part.
— T’es une fille bien, Lauren. Je suis certain que tu trouveras un mec qui saura t’aimer comme tu le mérites.
— Merci.
Sur ce, nous raccrochons.
— Si tu m’avais écouté jusqu’au bout, tu n’aurais pas accusé ton ex pour rien.
Surpris par la voix de Malone, je lève les yeux de mon téléphone. Je l’observe, penaud, avant que mes synapses se connectent entre elles. Il a dû me suivre et écouter toute ma conversation.
— Qui, alors ?
Il hausse les épaules.
— Ça fait deux ans que la police le cherche.
— Le ? Un mec, donc ?
Nouveau haussement d’épaules.
— Il y a des chances.
Je commence à faire les cent pas. Je ne comprends pas. Tout ce que je saisis, c’est que ma femme est en danger.
— Comment pouvez-vous le savoir ? demandé-je en me tournant vers lui.
— Le contenu des lettres. Il lui rappelle qu’elle est à lui.
À lui ? Putain de bordel de merde ! Où puis-je trouver cette ordure que je lui prouve que Kennie ne lui appartient pas, mais qu’elle est mienne depuis toujours ? De rage, je contracte les mâchoires. Mon poing partirait bien dans le mur, mais si je le fais sous les yeux de notre manager, il va me buter.
— Il s’était calmé pendant un moment, mais depuis notre arrivée dans ce pays, leur nombre a considérablement augmenté. Kennie en reçoit quasiment une par jour, poursuit-il.
— Putain, putain, putain ! gueulé-je, en tirant sur mes cheveux.
— Il lui a rappelé qu’elle lui appartenait et qu’aucun autre homme n’était en droit de la toucher. Il devient de plus en plus virulent dans ses messages. C’est pour cette raison que je ne voulais pas que votre relation s’ébruite. On ne sait pas jusqu’où il est capable d’aller.
Je comprends.
Non, en vrai, je ne comprends pas.
— Tu peux me répéter depuis quand ça dure ?!
— Deux ans.
Bon sang ! Deux ans ! C’est bien ce que j’avais cru comprendre.
— Et personne n’a été foutu de mettre la main sur lui ?
— Non. Mais je veux que tu saches qu’avant on s’inquiétait beaucoup moins. Comme je te l’ai dit, il s’est calmé un moment.
Je déglutis difficilement.
— Elle n’est pas au courant, n’est-ce pas ?
Il secoue la tête de droite à gauche, visiblement navré. Pourquoi est-il navré, d’ailleurs ? Aucune idée, mais je m’en fous. Ce n’est pas le problème actuel.
— Ses frères ?
— Pas des dernières. Tu les connais, ils foutraient en l’air la tournée pour la protéger.
Et ils n’auraient pas tort. C’est, d’ailleurs, ce que j’ai bien envie de faire. Mais je suis sûr que ce roux devant moi ne serait pas du même avis.
— Quels sont les dispositifs pour assurer sa sécurité ?
— Nous les avons renforcés. Steven ne va pas la lâcher d’une semelle.
Mouais. Va pas falloir abuser non plus. Je n’oublie pas qu’ils ont couché ensemble, donc, hors de question qu’il la suive jusque dans sa chambre.
— Annule toutes les réservations des suites pour elle. À partir de maintenant, je veux qu’elle dorme avec moi.
Il affiche un air contrit qui me déplaît au plus haut point.
Qu’est-ce qui va me tomber encore sur le coin du nez ?
— J’ai autre chose à t’avouer concernant cette affaire.
Bras croisés sur mon torse, je l’invite à poursuivre d’un simple signe de tête.
— Il est au courant pour le bébé qu’elle a perdu. Il sait que tu en es le père.
Je blêmis. Comment peut-il être aussi bien informé ? Qui est ce type, bordel ?!
— Un gars du staff ?
— Non, je ne pense pas, mais dans l’éventualité, il vaut mieux que tu oublies ton idée de dormir avec elle.
— Est-ce que tu cernes ce que tu me demandes ? C’est limite si je ne dois pas rompre avec elle. Et ça, je peux te dire que c’est clairement impensable !
Il s’approche de moi et pose une main fraternelle sur mon épaule.
— Je ne t’en demande pas autant, juste d’être très prudent. Pas de baiser en public. Pas de gestes tendres ni rien qui pourrait vous trahir. Soyez professionnels pour le moment.
Je lâche un rire amer.
— Juste professionnel ? Si ce n’est pas rompre pour toi, c’est quoi alors ?
— Je n’ai pas dit que vous ne pouviez pas vous retrouver… genre dans ma suite. Qui se doutera que je ne vous ai pas convoqués tous les deux et pensera que vous êtes en train de copuler ? N’oublie pas que vous êtes mes amis avant tout. Alors, ouais, je vous couvre.
Soulagé de ne pas avoir à la fuir à nouveau, je souris et le remercie chaleureusement en le prenant dans mes bras.
— En revanche, R, fais en sorte que rien ne puisse interrompre cette tournée. Il y a trop à perdre.
J’acquiesce d’un signe de tête.
— Je vais le faire, mais, toi, tu aurais dû parler de ces lettres à Kennedy bien avant. Je vais être obligé de le lui dire, sinon elle ne comprendra pas pourquoi je garde mes distances avec elle alors que ses frères acceptent enfin notre couple.
— Je sais, admet-il en cillant, mais je ne pensais pas avoir affaire à un tel dégénéré. Puis je me répète, il n’y avait quasiment plus de lettres. Tu peux la faire venir dans ma chambre, si tu veux. J’ai… J’ai un truc à faire avant qu’on parte pour l’émission télé.
Ses joues rougissent comme s’il était troublé par son aveu. Je ne cherche pas à comprendre. J’ai d’autres chats à fouetter.
— Je…, j’y vais, m’informe-t-il en me tendant le badge de sa suite.
Je ricane alors qu’il s’éloigne à grands pas.
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