No right to Love You: 3 - Kennedy ( edition française) (French Edition)

Chapitre 8

 

 

Ronan

Comment vais-je annoncer à Lauren que son rêve s’arrête ici et maintenant ? C’est la question que je me pose alors que je conduis en direction de notre appartement. Avec Kennedy, rien ne s’est passé comme prévu. Si j’avais repoussé ma jalousie, peut-être que j’aurais pu lui faire entendre raison. Mais, non, tel un gros con, il a fallu que je lui crache tous les ressentiments qui me vrillent les tripes. Je suis certain que si je ne m’étais pas engagé sur ce chemin-là, elle m’aurait écouté.

M’a-t-elle cru sincère quand je me suis excusé ?

J’aurais sûrement dû insister. Toutefois, je ne suis pas convaincu que ça aurait changé la donne, elle semblait si déterminée.

Arrivé dans le parking souterrain, je me gare à l’emplacement qui m’est réservé. La bagnole de Lauren n’est pas à sa place. Elle m’offre donc, sans le savoir, quelques minutes ou peut-être quelques heures de répit.

Je sors de ma voiture et me dirige vers l’ascenseur, les mains au fond des poches. Celui-ci me permet de gagner très vite mon étage. Une fois devant la porte de mon appart, j’enfonce ma clé dans la serrure. Même si ma copine est absente, je me demande si je fais bien de rentrer. Peut-être aurais-je dû aller rejoindre mes potes, éventuellement trouver une solution avec eux… Ou avec Norah. Ouais, voilà, j’aurais dû en parler avec cette dernière au lieu de venir directement ici. Lauren et elle sont amies de longue date. Qui me dit que notre claviériste acceptera de signer le contrat quand elle découvrira que Lauren ne fera pas partie de cette nouvelle aventure ?

Tu te poses trop de questions, R. T’oublies juste la principale : maintenant que tu as discuté avec Kennie, que veux-tu faire ?

Si seulement je savais… Sans Lauren, j’ai parfaitement conscience que je n’aurai aucun garde-fou face à ma pire tentation. Comment résister alors ? J’ai bien vu à quel point c’était difficile de ne pas ramper devant Kennie pour qu’elle me pardonne et qu’on recommence à zéro. J’ai dû me faire violence pour garder ma ligne de conduite et ne pas me jeter à ses pieds. Ou pire sur ses lèvres.

L’important, c’est que j’ai réussi, non ?

Ouep, mais ça risque de se corser dans les jours et les semaines à venir. Comment ferai-je lorsque nous partirons en tournée, que nous partagerons notre quotidien ? Aucune idée. Mieux, je préfère ne pas y songer. De toute manière, je suppose que j’ai le temps de voir venir. Norah et moi devrons être au point avant que les OC3 sillonnent les routes. Puis si j’ai bien capté la demande de notre producteur, Kenan et moi allons devoir écrire un nouvel album. Du coup, je tablerais sur du trois à six mois avant que le groupe ne remonte sur scène. À moins qu’une tournée soit déjà prévue et que nous n’en ayons pas été encore informés, Norah et moi.

Ça me laisse clairement le temps de renforcer mon mental pour ne pas craquer.

La cathédrale Saint-Patrick sonne les douze coups de midi.

J’envoie un message à Lauren pour savoir si elle déjeune avec moi. Dès que j’obtiendrai confirmation, je me mettrai aux fourneaux. Je ne suis pas un grand cuisinier, mais je me débrouille suffisamment pour lui préparer son plat préféré. À moins que je commande japonais, elle en raffole.

Je suis en train de me changer quand mon téléphone sonne. Une seule jambe dans mon survêt, je m’empresse d’aller le récupérer, en sautant à cloche-pied. Au fond de moi, je crois que je balise qu’elle me rejette. Dans un sens, elle aurait toutes les raisons du monde de m’en vouloir. J’ai découché, ce qui ne m’est jamais arrivé depuis que nous vivons vraiment ensemble. Le pire, c’est que je continue à lui mentir sur toute la ligne.

Faut que j’arrête mes conneries et que je me montre sincère avec elle.

Voilà ce que je me dis alors que je lis sa confirmation sur mon écran.

Je repose mon téléphone sur le lit et finis de m’habiller.

J’hésite un instant entre confectionner le déjeuner et commander, avant d’arrêter mon choix sur le japonais.

Ma commande passée, je retourne dans le salon. Je programme une playlist sur mon smartphone et j’allume l’enceinte.

N’en fais-je pas trop ? Lauren, ne va-t-elle pas trouver mes agissements un peu trop louches ? Pourquoi ? Y a-t-il un article de loi qui empêche un mec de vouloir faire plaisir à sa nana en lui offrant son repas préféré et en ayant lancé les chansons qu’elle adore ? Je ne crois pas.

Pourtant quelque chose au fond de moi remue et me fait me sentir coupable.

Exaspéré par mon propre comportement, je me laisse lourdement tomber dans le canapé.

Les minutes s’égrènent trop lentement à mon goût. J’ai l’impression d’attendre son retour depuis une éternité. Je relis une nouvelle fois son message dans lequel elle m’assure qu’elle rentre et qu’elle sera là d’ici une demi-heure. Le message a été envoyé il y a vingt-quatre minutes, je dois donc me montrer encore patient.

Le livreur est le premier à sonner à ma porte.

Ma commande en main, je dresse la table, en ajoutant un chandelier.

Là, c’est clair qu’elle va sentir l’anguille sous roche.

Pas faux !

Je récupère le bougeoir et le repose à sa place.

C’est à ce moment-là que j’entends la clé dans la serrure. Comme pris en flagrant délit, je me fige devant notre bibliothèque. Je frotte rapidement mon visage pour me reprendre dare-dare, ce n’est pas le moment de me faire cramer.

— Salut, me lance-t-elle sur un ton qui me laisse percevoir qu’elle m’en veut de ne pas être rentré cette nuit.

Un sourire on ne peut plus charmeur sur mon visage, je pivote dans sa direction. Comme d’habitude, elle aura du mal à résister à ma gueule d’ange. Et au cas où ce ne serait pas suffisant, j’ai toute une panoplie d’expressions pour la faire craquer.

En attendant, je la découvre les bras croisés et un sourcil arqué.

— T’étais où ?

Je ne m’attendais pas du tout à cette question. Je lui ai déjà dit que j’avais dormi chez mon ami.

— Tu n’as pas lu mes messages ?

— Oh que si ! Seulement, vois-tu, j’ai croisé Malone tout à l’heure et quand je lui ai demandé si tu étais déjà rentré, il a eu l’air plus qu’étonné. Bien sûr comme, c’est ton pote, il a fini par te couvrir. Sauf que maintenant j’ai du mal à croire que tu étais chez lui. Donc, où as-tu passé la nuit ?

Merde, merde et merde !

J’aurais dû appeler notre manager dès mon réveil pour lui expliquer la situation. Bon, d’accord, il aurait certainement essayé de me faire changer d’avis concernant Kennedy, mais au moins il n’aurait pas été étonné face à Lauren.

— OK. Je t’ai menti. J’ai dormi chez les parents de ma sœur.

— Avec qui ?

Quoi ?

— Seul. Qu’est-ce que tu crois ?

— Vraiment ? C’est drôle, parce que j’ai du mal à te croire. Déjà, tu me mens en me disant que tu dors chez Malone, avant de me dire que, finalement, tu étais chez les parents de Leana. Et voilà que maintenant, tu m’offres mon repas préféré, tout en passant les morceaux que j’adore. Tu ne crois pas que je suis en droit de me poser des questions ?

Je hausse les épaules.

— J’avais juste envie de me faire pardonner de ne pas avoir dormi ici. Ça ne signifie pas que j’étais avec une autre ou peu importe ce que tu imagines.

— Dis-moi que tu ne l’as pas vue ?

Je fronce les sourcils. De qui parle-t-elle ?

— Oh, ne fais pas cette tête. Tu sais très bien de qui je parle.

Je secoue la caboche de droite à gauche.

— Ton ex ?

— Mon ex ? Il me semble que je t’ai déjà dit qu’avant toi, je n’ai eu aucune copine. T’es sûre que tu vas bien ?

Elle part dans un grand éclat de rire qui me tire des frissons peu ragoûtants.

— Tu vas me prendre encore longtemps pour une conne ?! Si tu n’avais pas dormi à l’extérieur cette nuit, j’aurais pu continuer à faire semblant d’être aveugle. Cependant, ce n’est pas le cas. Kennedy O’Connor est ton ex, n’est-ce pas ? C’est pour ça que tu te comportes bizarrement depuis qu’on a été convoqué dans le bureau de Rob ?

Bien malgré moi, je détourne la tête.

Erreur fatale !

— Ouais, j’ai raison, ajoute-t-elle. Tu as passé la nuit entre ses cuisses, c’est ça ?

Une part de moi aurait sûrement adoré que ce soit le cas.

— Non… J’ai vraiment passé la nuit chez Leana. Mais ce serait te mentir si je continuais à te dire que je ne l’ai pas vue. Je dev…

— Dégage ! m’ordonne-t-elle au bord de l’hystérie, avant même que je puisse lui fournir la moindre explication.

Je franchis la distance qui nous sépare et plaque mes paumes sur ses joues. Elle attrape mes bras pour les virer. Pas de chance pour elle, je n’ai pas envie de la lâcher. Pas tant que je ne lui aurais pas dit pour quelles raisons j’ai rendu une petite visite à Kennedy. Alors, je l’oblige à accrocher mon regard.

— Si je suis allée la voir, c’est pour toi.

Décontenancée, elle fouille dans mes iris, cherchant sûrement à déceler le piège que je lui tends. Mais elle ne trouvera rien, puisque c’est la vérité.

— Hier soir, Malone et ses frères m’ont appris qu’elle avait passé un accord avec Rob pour qu’il renonce à t’intégrer aux OC3.

Cette nouvelle la frappe aussi fort que si elle s’était pris une claque, je le vois à ses yeux qui se voilent.

— Salope ! vocifère-t-elle en se dégageant de ma prise.

Ce mot me fout sur les nerfs. Je déteste qu’on insulte Kennie. Toutefois, je me retiens bien d’ouvrir ma gueule. Le faire empirerait la situation à coup sûr et ce n’est pas ce dont j’ai envie là tout de suite.

Lauren se dirige droit vers la fenêtre devant laquelle elle m’impose son dos.

Un lourd silence plombe l’atmosphère. J’aimerais tellement le rompre. Mais que dire ? Que faire ?

— Pourquoi ? Pourquoi ? finit-elle par me demander en se tournant pour plonger un regard désespéré dans le mien. C’est à cause de toi, hein ? Elle espère pouvoir te récupérer en m’éloignant de toi ?

Plusieurs secondes s’écoulent durant lesquelles je réfléchis aux réponses adéquates. Vu ce que m’a dit Kennie, je ne crois pas qu’elle ait envie de nous redonner une seconde chance, d’autant plus qu’elle est toujours avec son mec. Non, elle m’a juste dit qu’elle ne pourrait pas travailler avec nous deux. Mais pourquoi ?

— Je ne pense pas qu’elle ait envie de me récupérer.

— Et toi ? Est-ce que toi, tu aimerais ressortir avec elle ?

— Je t’ai déjà expliqué, nous ne sommes pas sortis ensemble. Et même si c’était le cas, ça fait presque quatre ans que je suis avec toi. Tu crois que j’ai envie de perdre ce qu’on a construit ?

À nouveau, je m’enfonce piteusement dans mes mensonges. La seule chose qui est vraie, c’est que je refuse de voir voler en éclats ce que j’ai fondé depuis trois ans. Et non quatre.

Elle me sourit tristement, hoche la tête, puis se réfugie dans mes bras.

L’orage est passé.

— Qu’est-ce que je vais devenir ? finit-elle par demander.

— On va trouver une solution, je te le promets, dis-je en relevant son menton pour déposer un doux baiser sur ses lèvres.

OceanofPDF.com