No right to Love You: 3 - Kennedy ( edition française) (French Edition)

Chapitre 31

 

 

Kennedy

Ce duo avec Shawn Black est une chance inespérée. J’ai toujours admiré cet auteur-compositeur-interprète depuis que son groupe et lui ont percé en Europe. Malgré tout, là, tout de suite, je n’ai plus la tête à chanter. J’ai beau me répéter que je travaille, que je m’attarderai sur la nouvelle fuite de Ronan plus tard (car, oui, pour moi, c’en est une), rien n’y fait.

— Raaaah ! pesté-je alors que je viens de me planter sur les paroles de Burn It Down de Linkin Park que je connais pourtant par cœur.

— T’inquiète, ma belle, on a trois jours pour être performants, me rassure aussitôt Shawn.

Je lui lance un semblant de sourire pour le remercier de sa compréhension. À moitié soulagée, je pars récupérer une bouteille d’eau avant de m’asseoir entre mes jumeaux. Kenan pose sa main sur ma cuisse tandis que Kane me donne des petits coups de genoux. Mon regard alterne entre les deux. Leur sourire confiant m’aide à chasser une partie de mes idées noires.

— Il avait juste besoin de s’aérer la tête. Il t’a trop dans la peau pour s’éloigner de toi encore une fois, dit le plus jeune de nous trois.

— Puis, maintenant qu’il nous a affrontés, il n’a plus aucune raison de se barrer, ajoute son quasi-sosie.

Je hausse les épaules.

— Fais-nous confiance, lâchent-ils en chœur.

— D’ailleurs je lui ai promis un coup au derche s’il ne se tenait pas à carreau avec toi. Tu crois vraiment qu’il va prendre un tel risque ? demande Kane.

— Surtout que je t’aiderai volontiers, réplique Kenan.

Devant leur ping-pong verbal, j’abdique en levant les paumes face à eux. Je les adore tous les deux, mais quand ils commencent comme ça, ils ont vite tendance à me prendre la tête.

— J’ai compris, mais ça ne m’empêchera pas de flipper chaque fois qu’il se cassera en colère. Je crois qu’une partie de moi aura toujours la trouille qu’il m’abandonne encore.

Kenan attrape mes mains.

— Il est juste jaloux et ne sait pas comment gérer.

Kenan ou la voix de la raison. Comment puis-je lui donner tort alors qu’il est dans le vrai ? Ronan n’a jamais été capable de gérer ses émotions, personne ne lui a appris à y faire face. L’amour de ses parents lui a été arraché quand il n’était qu’un jeune enfant et il a grandi sans aucune once d’attention. Alors, lorsqu’il doit faire face à des sentiments qui le déstabilisent, il se renferme.

Mais les fois précédentes, il a pris la poudre d’escampette.

Argh !

— Je ne connais pas trop votre histoire, intervient le bassiste des Gasthly Ride, mais ton mec me fait penser un peu à moi. Prendre la fuite dès qu’on se sent menacé, c’est typique d’un type qui a peur de l’abandon. Problème avec ses parents, non ?

Je lève les yeux vers lui.

— Il est orphelin.

— Ouep, je vois. Et je suppose que vous êtes une sorte de frères pour lui, fait-il en s’adressant à mes jumeaux.

Les deux confirment d’un signe de tête, avant que Jayden se tourne vers Shawn. Sans qu’aucun de nous ne comprenne, ils échangent un regard complice.

— Si tu es l’amour de sa vie, il se battra contre lui-même. Quand on aime à ce point, on soulève des montagnes, quitte à envoyer bouler la seule personne qu’on considère comme notre famille.

— Et je peux vous assurer qu’il sait de quoi il parle, intervient le batteur en sortant de derrière ses fûts pour venir poser un bras sur ses épaules.

— Merci, dis-je simplement.

La porte s’ouvre à la volée avant même que j’aie eu le temps de les remercier d’essayer de me remonter le moral. Un gamin de douze ou treize ans, tout au plus, entre dans la pièce avec précipitation.

— Combien de fois t’ai-je dit de ne pas venir ici quand je bosse ? gronde Shawn.

— Ouais, mais, ‘pa, c’est important. Y’a un type en costard cravate qui m’a demandé d’aller chercher Ke… Kenan ou l’autre… j’sais plus son nom. Il a dit que c’était urgent.

Un type en costard ? Steven ? Qu’est-ce qui se passe ?

Mes frangins se scrutent. Une communication silencieuse se joue entre eux avant que Kenan se lève.

— Amène-moi à lui, ordonne Kenan.

Le gosse acquiesce et demande à mon jumeau de le suivre.

— C’est bizarre, marmonne Kane.

— Oui. Steven devait nous attendre dans la voiture.

— Ils ont peut-être trouvé l’autre dégénéré.

Un profond soulagement emplit ma poitrine. Si c’est bel et bien le cas, Ronan et moi allons être enfin libres de nous aimer. Plus aucune chaîne ne nous empêchera de le faire. J’imagine déjà le goût de cette liberté. Nous nous embrasserons à chaque fin de concert, nous promènerons main dans la main et tant de choses encore.

Sa demande en mariage me revient en tête et un sourire béat s’accroche sur mes lèvres.

— Dès que je le retrouve, je lui dis « oui », pensé-je tout haut.

— À quoi ?

— Euh…

Je n’ai pas le temps de trouver les mots que la porte s’ouvre à nouveau. Au visage déconfit de Kenan, je sais que quelque chose le tracasse. Steven, derrière lui, ne semble pas se porter mieux. Au regard navré qu’il me lance, je saisis que ça concerne Ronan. Un vent de panique souffle sur mon âme.

— Où est-il ? Que lui est-il arrivé ? m’affolé-je en bondissant sur mes pieds.

— Pour le moment, je peux juste te répondre qu’il est à l’hôtel, mais il…

La sonnerie d’un téléphone interrompt Steven.

— Wouah ! Qui a mis l’une de nos chansons en sonnerie ?

La question de Shawn me fait prendre conscience qu’il s’agit de la mienne. Je me précipite vers mon sac à main et en sors mon smartphone. En découvrant le surnom de Ronan que j’ai intégré dans mon répertoire, je pousse un soupir de soulagement. Il va bien, sinon il ne m’appellerait pas, non ?

— Oui ?

— Écoute, Kennedy, j’ai pas mal réfléchi et il vaut mieux qu’on en reste là tous les deux.

Mon monde se met à tourner et mes jambes à tanguer. C’est impossible. Où est l’entourloupe ?

— Tu ne peux pas dire ça ! Tu ne peux pas vouloir rompre ! m’exclamé-je, horrifiée de le perdre à nouveau.

— C’était une erreur. J’ai cru que tu étais la femme de ma vie, mais je me suis rendu compte que Lauren était vraiment celle dont j’avais besoin.

Il ment. Je suis certaine qu’il ment ou alors c’est un cauchemar. Oui, voilà, je vais me réveiller. Rien de tout ce que je vis en ce moment n’est logique. Il ne peut pas taper une crise de jalousie et m’annoncer qu’il aime plus son ex que moi une demi-heure plus tard. Non, c’est impossible.

En pleine panique, j’appelle à l’aide mes jumeaux en silence. Je capte un échange de regard entre eux et Steven. Mes frères se précipitent vers moi et, tandis que Kenan m’arrache le téléphone, Kane me prend dans ses bras et m’aide à m’asseoir sur le canapé.

— C’est Kenan. Je suis au courant de ce qui se passe à l’hôtel. Je vais mettre sur haut-parleur et tu vas juste répondre à mes questions par oui ou par non. Est-ce qu’il peut m’entendre ?

Il ? Qui est ce type ? Est-il entre les mains de ce sociopathe ?

OH.MON.DIEU !

Effrayée que ce soit le cas, je plaque mes mains devant ma bouche. Kane raffermit son étreinte.

— Non.

— Tu veux vraiment larguer ma sœur ?

— Non.

— Est-ce que tu l’aimes ?

— Plus que ma propre vie.

Mon cœur reprend vie face à sa déclaration.

— Mec, écoute bien, le lieutenant Willis a été informé de la situation, lui et les flics vont bientôt arriver. Alors, t’as intérêt de rester vivant, parce que sinon elle ne te le pardonnera jamais.

— Oui… Putain ! Ne touche pas à ça !

J’entends un bruit que j’ai du mal à interpréter.

— N’essaie même pas de me le reprendre, sinon le gosse y passe.

Un gosse ? Oh, merde, merde, merde !

Alors que tous mes membres se mettent à trembler face à cette scène d’horreur, Kane tente de me rassurer en caressant mes cheveux.

— Salut, mon ange. Tu te souviens de moi ?

Je regarde tour à tour Steven et mes frères qui m’enjoignent de répondre d’un mouvement du chef.

— Non, avoué-je, la voix étranglée.

Et c’est la stricte vérité. J’ai beau me creuser les méninges, je ne parviens pas à déterminer mon interlocuteur.

— Ça m’attriste, tu sais. Mais peu importe, on aura toute la vie pour apprendre à se connaître.

Kane se crispe à mes côtés. Ses doigts s’enfoncent dans ma chair. Il se retient difficilement de ne pas intervenir, je le sens.

— Qu’est-ce que vous voulez ? laisse échapper Kenan.

— Visiblement, je suis sur haut-parleur. Moi qui espérais ne parler qu’à ma femme. Pas grave. Au moins, mes futurs beaux-frères ne s’étonneront pas de la disparition de leur sœur, puisque dès que Kennedy sera là, nous partirons pour une destination que je suis le seul à connaître.

— Vous pouvez toujours rêver, je ne vous suivrai pas ! Je ne sais même pas qui vous êtes !

Un ricanement qui me colle des frissons de dégoût résonne dans la pièce.

— Tu crois que je vais te laisser le choix ? Dois-je encore te rappeler que tu es à moi ? Il y a une dizaine de personnes ici. Je pourrais commencer par buter cette femme. Elle m’énerve.

Oh, non, non, non !

Une vague de nausées me retourne l’estomac.

— Et ensuite ce gamin que ce guitariste de mes deux protège au détriment de sa propre vie.

— D’accord, d’accord, abdiqué-je, malgré moi. Ne leur faites pas de mal, je vous en supplie. Dites-moi ce que je dois faire pour que vous les laissiez tranquilles.

— Tu as une demi-heure pour me rejoindre. À la fin du compte à rebours, j’en éliminerai un toutes les cinq minutes jusqu’à ce que tu sois ici… Je me demande si je vais commencer par le guitariste ou le garder pour la fin.

— Nooooon ! hurlé-je.

Bordel, je n’ai pas le choix !

Après le dégoût, c’est la fureur qui envahit chacune de mes cellules. S’il touche un seul cheveu de Ronan, je pique l’arme de Steven et tue cette crevure de mes propres mains.

— Très bien, j’arrive !

La communication se coupe.

— Hors de question que tu te foutes en danger ! tonne Kane.

— Il a raison. Laisse les flics s’en charger.

— Vous pensez vraiment que je vais rester sans réagir alors qu’il y a des vies en danger ?! Vous imaginez un seul instant que je vais prendre le risque de perdre l’homme que j’aime depuis toujours ?! Faites ce que vous voulez, mais moi, j’y vais.

Je porte un regard déterminé sur Steven qui acquiesce d’un simple signe de tête. Mes jumeaux se retrouvent contraints et forcés de changer leur fusil d’épaules. Ils n’ont pas le choix, de toute façon. Ils savent à quel point je peux être butée.

Une quinzaine de minutes plus tard, nous arrivons à l’hôtel. Des dizaines de bagnoles de police siègent devant l’entrée. Deux flics se dirigent droit vers nous alors que Steven coupe tout juste le contact. Sans perdre de temps, nous quittons l’habitacle.

— Le lieutenant Willis vous attend à l’intérieur, mademoiselle O’Connor. Il nous a chargés de vous équiper. Suivez-nous.

J’accepte d’un signe de tête, puis ils me conduisent vers un fourgon dans lequel l’un d’eux m’ordonne de monter.

— Nous allons vous placer un dispositif. Une oreillette vous permettra de nous entendre et ceci, fait l’un des deux hommes en me montrant le boîtier noir qu’il tient dans la main, est un micro par le biais duquel nous pourrons suivre votre conversation.

Le matériel n’est pas si différent de celui dont je dispose sur scène.

Après qu’ils me l’ont installé, je me dirige vers l’entrée de l’établissement. Alors que je marche, j’aperçois des fans trembler quand d’autres me lancent des messages de soutien.

— Tout va bien se passer.

J’ignore qui je tente de rassurer. Eux ? Moi ? Les deux peut-être ?

Une fois les portes franchies, je retrouve mes frères, mais aussi Malone et Blue. Tous les quatre viennent me serrer dans leurs bras, tour à tour. Heureusement qu’Aly et Lou avaient prévu de visiter la ville aujourd’hui, même si je crains qu’elles ne débarquent dès qu’elles auront été informées de ce qui se déroule ici. Et je suis persuadée que ce sera bientôt le cas.

— Mademoiselle O’Connor ? m’interroge un homme que je n’ai jamais vu.

À son allure austère, je devine qu’il s’agit du lieutenant Willis.

— Oui.

— Écoutez-moi bien. Voilà ce que vous allez faire. Vous allez entrer dans cette salle et négocier avec lui la libération des otages. Moins il y aura de personnes présentes et moins notre intervention sera risquée. Une fois, les otages libérés, nous passerons à l’action… Faites attention à vous. Mon fils me tuerait s’il vous arrivait quoi que ce soit.

Sa touche d’humour fait mouche et je souris, malgré ce que je m’apprête à faire.

Puis Kenan et Kane viennent à nouveau m’enlacer.

— T’as pas intérêt à mourir, p’tite sœur, dit Kenan en tremblant pour moi.

— On t’aime trop, ajoute Kane.

— Je vous aime aussi.

C’est déterminée, mais les jambes flageolantes que je me dirige vers le bar.

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