No right to Love You: 3 - Kennedy ( edition française) (French Edition)

Chapitre 32

 

 

Ronan

— … je connais tout d’elle jusqu’au moindre de ses petits secrets.

C’est au moins la cinquantième fois que l’autre schnock me casse les oreilles avec ces débilités. Ce n’est pas parce qu’il est au courant pour la fausse-couche de ma sirène qu’il la connaît sur le bout des doigts. Sait-il sa couleur favorite ? Son plat préféré ?

Ça me fait bien rire.

Toutefois, je reste aussi stoïque que possible. Je n’ouvre pas non plus ma gueule pour le rembarrer. J’aimerais. Vraiment. Sauf qu’il y a beaucoup trop de vies en jeu pour que j’intervienne. Des hommes. Des femmes. Des gamins. Des bébés même.

Quand j’ai entendu la sécurité de son flingue sauter, sous ses gestes agités, je me suis fait la promesse qu’aucun môme ne ressortirait d’ici orphelin. Du coup, je ronge mon frein au lieu de l’envoyer bouler bien comme il faut. Pourtant, ça me démange de lui balancer que Kennedy est ma femme. Que nous nous aimons depuis dix ans et qu’il ne pourra jamais se mettre entre nous.

— Elle ne sait pas encore que je suis l’homme de sa vie, mais elle le comprendra très vite.

Des idées aussi glauques les unes que les autres me traversent l’esprit. J’ai peur de trop bien discerner la manière qu’il souhaite employer pour qu’elle en prenne conscience. S’il n’avait pas ce flingue entre les doigts, je me jetterais sur lui juste pour qu’il ne la touche jamais. Mais un coup de feu est bien trop vite parti.

— T’en penses quoi, le guitariste ?

J’enfonce mes mains dans mes poches et le jauge d’un regard glacial.

— Ça te fait chier, hein ? D’imaginer que cette petite salope n’est pas pour toi.

S’il y a bien un truc que j’exècre par-dessus tout, c’est qu’on insulte ma femme.

Cette fois, je n’y tiens plus. J’étudie déjà tout un tas de scénarios pour qu’il tombe sans sommation. Je sors les poings de mes poches, les serre, prêt à lui filer plusieurs torgnoles pour qu’il perde de sa suffisance et qu’il cesse de croire que MA FEMME sera sienne !

L’ouverture de la porte m’empêche de me jeter sur lui, in extremis. Toute l’assemblée, y compris lui, retient son souffle. Je devrais saisir ce moment pour lui retirer son flingue. Seulement une petite main sur mon avant-bras m’empêche de bouger. Je baisse les yeux vers le gamin que je protège depuis le début de cette putain de prise d’otages. Une lueur d’espoir traverse son regard. Peut-être croit-il que les flics sont sur le point de nous libérer ? Moi, je sais que ce n’est pas le cas. Celle qui s’apprête à franchir la porte n’est autre que Kennedy. Sans même la voir, je le ressens jusqu’au plus profond de mes entrailles.

Putain ! Pourquoi est-elle venue ? Si ce dégénéré a le malheur de poser ses pattes sur elle, je lui fais la peau jusqu’à ce qu’il crève.

— Kennedy, mon ange… Je suis heureux que tu m’aies écouté.

Mon cœur loupe un battement. Je ferme les yeux un instant, tout en la maudissant de m’aimer au point de risquer sa propre vie. Car, si elle est là, c’est seulement pour moi, j’en suis convaincu.

Quand je rouvre les paupières, nos regards se percutent. Elle a peur. Alors, même à distance, je tente de lui transmettre ma force et mon courage. C’est elle qui va devoir désamorcer cette situation. Nous le savons tous les deux, même si ça me déplaît au plus haut point.

Notre conversation silencieuse est interrompue par l’autre fils de pute qui l’attire contre lui et lui vole un baiser. J’ai la nausée. Encore plus quand il se redresse, la caresse avec le canon de son flingue et que les yeux de Kennedy se brouillent de larmes. Elle me supplie en silence de l’aider. Mais comment ? C’est sa vie maintenant qui est en danger. Et je ne veux pas risquer de la perdre à nouveau. Je me sens pieds et poings liés. Tellement minable,

— Je t’aime, articulé-je sans émettre le moindre son, pour lui transmettre le courage qui lui fait défaut à cet instant.

Elle hoche imperceptiblement la tête, se redresse. Ma sirène est prête à entrer en action.

— Tu devrais laisser ces gens sortir, dit-elle à Justin, d’une voix sensuelle. C’est entre toi et moi.

Il plonge dans une profonde réflexion, tout en continuant à la caresser.

— Tu as raison, admet-il entre ses dents.

Il se tourne vers le reste de l’assemblée et leur ordonne de déguerpir.

— Sauf toi, fait-il en me désignant de son arme.

Des petits doigts s’enroulent autour de mon avant-bras. Je baisse les yeux et j’aperçois l’enfant qui est resté près de moi depuis le début. Des larmes inondent son regard aussi vert que le mien. D’un léger mouvement de la tête, je lui dessine la porte. De la sienne, il refuse.

— S’il te plaît, insisté-je dans un murmure.

Après une nouvelle hésitation, il consent enfin à m’obéir. Il me jette un dernier regard par-dessus son épaule et disparaît.

— Pourquoi ? panique Kennedy. Dis-moi juste pourquoi… S’il te plaît… Il n’y est pour rien.

Je reviens dans leur discussion qui semble avoir continué sans moi.

Seul son rire gras lui répond.

Pendant que les clients retrouvent leur liberté, l’autre siphonné du bocal se déplace jusqu’à moi et pointe son arme sur ma tempe. Mes yeux plongés dans ceux de Kennedy, je tente de faire bonne figure, même si je n’en mène pas large.

— Non. Non… je t’en supplie… Ne lui fais pas de mal.

Son flingue bouge contre ma peau. Putain, c’est ma fin !

— Pourquoi devrais-je t’obéir alors que tu me prends pour un con, mon ange ? Tu crois que je n’ai pas remarqué le dispositif qu’on t’a collé. Tu t’imagines que je ne sais pas que tu essaies de sauver son cul ? Alors, ouais, je n’avais aucune envie de buter des innocents, mais lui, c’est ma monnaie d’échange pour être certain que tu me suives jusqu’au bout. Donc, tu vas faire ce que je te dis. D’abord, débarrasse-toi de ce que les flics t’ont collé. Ensuite, tu viendras me rejoindre. J’ai bien envie de prouver à cette tête de gland que tu m’appartiens.

— Touche-la et tu le regretteras ! tonné-je.

— T’es sûr d’avoir ton mot à dire ? À ta place, je ne ferais pas mon malin, me crache-t-il dessus.

— Laisse-le tranquille. C’est bon, j’ai compris, je suis toute à toi, lâche Kennedy d’une voix blanche.

Les mains tremblantes, elle retire tout l’attirail que lui ont placé les flics.

— Pose-moi tout ça au sol… Immédiatement ! gueule-t-il alors qu’elle me lance un regard hésitant.

Elle obéit. Quel autre choix a-t-elle, de toute façon ?

Le canon s’éloigne de ma tempe tandis qu’il le dirige vers le dispositif. C’est le moment ou jamais. Si je dois crever aujourd’hui, alors ainsi soit-il. Mais cette raclure ne touchera plus un seul cheveu de ma femme.

Au moment où il tire un premier coup de feu, ne prêtant plus aucune attention à ma personne, je me jette sur lui, tel un chien enragé. Un second coup part tandis que nous chutons. Je prie pour qu’aucune balle n’ait atteint Kennedy. Cependant, je n’ai pas le temps de vérifier si elle a été blessée. Parce que si ce n’est pas le cas, je ne peux pas prendre le risque qu’il se relève.

Je lui assène un coup de tête dans sa putain de tronche. Son pif pisse le sang. Je ne m’arrête pas pour autant. Bien trop conscient de ses gestes envers celle que j’aime, des mots qu’il a lâchés à son encontre, je me défoule sur sa gueule sans relâche. Je pense avoir le dessus, mais il est surentraîné et finit par retourner la situation. C’est à son tour d’avoir l’avantage. Une pluie de coups s’abat sur ma gueule. Un liquide poisseux dégouline devant mes yeux et ma vue se brouille. Mon arcade doit certainement saigner.

— Ne bouge plus ou je te tue, salopard ! hurle Kennedy.

Sous cet ordre cinglant, la crevure se redresse et tourne la tête. Moi aussi, je fais pivoter la mienne. À travers ma vision floue, j’entraperçois Kennedy à quelques pas de nous, tremblante de rage ou de peur, l’arme entre ses mains.

— Baisse cette arme mon ange. Tu pourrais te blesser.

Elle secoue la tête.

— D’accord. D’accord, abdique-t-il en se relevant.

Paumes tendues dans sa direction, il essaie de l’apaiser.

La porte s’ouvre.

Je m’assieds.

— Plus un geste ! gueule un flic (enfin je crois que c’en est un).

Tout s’enchaîne alors et se déroule à une vitesse foudroyante. Des uniformes se jettent sur celui qui a bien failli m’arracher l’amour de ma vie. Kennedy se précipite vers moi, attrape mon visage en coupe entre ses mains et, malgré le sang dont je suis recouvert, fond sur ma bouche.

— Ne me fais plus jamais un coup pareil ! m’engueule-t-elle.

Comme si c’était ma faute !

Je lève les yeux au ciel.

— Si tu ne m’avais pas encore fui, rien de tout ça ne serait arrivé, se radoucit-elle.

— Je ne te fuyais pas, je te l’ai dit. J’avais juste besoin de me calmer un peu.

— Putain, tu nous as foutu une de ses trouilles, déclare Malone qui vient de débarquer.

Je remarque alors qu’il n’est pas le seul à nous entourer. Mes frangins de cœur, Blue et Steven sont là également. Je n’ai pas le temps de leur sourire que des secouristes les font dégager afin de s’occuper de moi.

— Je ne me souviens plus de lui… Enfin, si, vaguement, mais le jour où j’ai couché avec lui, j’étais complètement cuite, entends-je ma sirène avouer à je ne sais qui pendant que ceux qui s’affairent autour de moi me prodiguent les premiers soins. C’est le premier mec qui m’a touchée après la perte de mon bébé. Je ne sais plus ce que je lui ai raconté, mais je ne lui ai jamais promis l’éternité. Ça, j’en suis persuadée. Mon âme et mon cœur n’ont toujours appartenu qu’à un seul homme.

Et le mien bondit face à cette déclaration.

****

Mes blessures n’ont pas été trop graves. Quelques ecchymoses et l’arcade droite ouverte qui a nécessité quelques points de suture. Ouais, je m’en suis bien sorti. Toutefois, j’ai dû garder le repos dans la chambre d’hôtel pendant que Kennedy allait répéter pour son duo avec Shawn. Ses frangins sont restés tout le temps avec moi tandis que Steven veillait sur elle. Jusque dans le studio des Gasthly Ride.

Kenan, Kane et moi avons mis à profit ce temps pour écrire une nouvelle chanson. Celle-ci ne sera jamais diffusée sur les ondes radio. Sister est une déclaration à celle que nous aimons tous les trois et qui a été un pilier pour nous. Même si, avouons-le, j’ai mis très très longtemps pour vraiment réaliser la place que je voulais lui accorder dans ma vie, trop effrayé de perdre la famille que je me suis créée.

Aujourd’hui, à quelques heures du passage de Shawn et de Kennedy sur le plateau télé, les doubles et moi sommes regroupés chez Black, qui, finalement, tant qu’il ne s’approche pas trop près de ma nana, s’avère super cool.

Ma gratte entre mes mains, je laisse mes doigts courir sur les cordes pendant que Kane marque la rythmique sur sa basse et Kenan donne le tempo. La voix de Kane s’élève sur le premier couplet de notre chanson. Belle et mélodieuse.

Après le premier refrain, c’est à mon tour de chanter. J’y mets toute mon âme pour lui répondre combien je suis accro à sa sœur, mais…

— Oh putain de bordel de merde ! Stop ! Tu vas me crever les tympans, mec, m’interrompt Black.

Tous les instruments ainsi que ma voix se stoppent.

— Franchement, avec une gratte, t’es super doué, mais alors quand tu chantes, c’est une horreur. T’as les paroles ? Je vais prendre ta place. Ce sera mieux pour tout le monde, je pense.

Je jette un regard à mes potes qui confirment d’une simple grimace.

Une heure plus tard, la porte du studio s’ouvre. Steven entre le premier, suivi de ma muse. Shawn nous fixe tour à tour. Maintenant ? Nous acquiesçons tous les trois d’un simple signe de tête et la musique emplit à nouveau la pièce.

Mes yeux ne quittent pas un seul instant Kennedy. Ses prunelles se voilent sous l’émotion. Elle porte ses mains à sa bouche et une larme roule sur sa joue. Elle est si belle.

À la fin du morceau, elle se rapproche de nous.

— Toi, je te déteste (elle désigne Kenan). Tu m’as fait chialer.

— Moi ? s’offusque-t-il faussement en pointant son pouce sur son torse. Tu sais, je ne suis pas le seul à avoir posé les mots. Kane m’a aidé pour la partie qui nous concerne et ton mec s’est débrouillé comme un grand pour la sienne.

— Ouais, ben, je m’en fous, je te déteste quand même.

Je ris face à sa mauvaise foi.

— En attendant, ne rêvez pas pour que je la chante.

— Ce n’était pas notre but, répliqué-je.

Elle se tourne alors vers moi.

— Quant à toi, t’as intérêt de m’épouser.

Je pose ma gratte sur son stand et me déplace jusqu’à elle.

— Dois-je te rappeler que j’attendais toujours ta réponse ? lui demandé-je en glissant une mèche derrière son oreille.

Elle mordille sa lèvre.

— Alors, je suppose que si j’ai intérêt à le faire, c’est que tu t’es enfin décidé ?

Elle hoche la tête.

— Oui… Oui, je veux être ta femme.

Alors que je me penche sur elle, on siffle dans notre dos. Je n’ai pas le temps de l’embrasser que ses frères se jettent sur moi pour me féliciter.

Un sourire béat en travers des lèvres, je leur rends leur accolade.

— Puis-je profiter de la future madame Byrne, maintenant ?

Tous éclatent de rire devant mon impatience à coller mes lèvres à celle que j’aime depuis pas loin de dix ans. Je suis heureux, encore plus quand enfin je pose ma bouche sur la sienne.

J’ai enfin trouvé mon véritable foyer. Il est là, auprès de mes meilleurs amis et avec leur sœur.

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