No right to Love You: 3 - Kennedy ( edition française) (French Edition)

Chapitre 15

 

Ronan

Concentre-toi.

Concentre-toi.

Concentre-toi.

Depuis un quart d’heure, je rabâche cet ordre mental, mais j’en suis incapable. Qu’on m’explique comment faire pour me focaliser sur le discours de Malone alors que je me retrouve coincé entre l’accoudoir du canapé et Kennie, sa cuisse à moitié dénudée contre la mienne. Je ne suis pas fait de marbre et forcément mon corps réagit à cette proximité.

Elle a un mec, souviens-toi.

Ouais, je me le rappelle très bien. Seulement, ma queue se fout de tout ça. Elle rêve juste de se glisser entre ses plis, de se nicher dans cette place qui était la sienne avant que je ne fasse le con.

Pourquoi faut-il qu’elle porte cette jupe si courte qui me fait fantasmer et, surtout, pourquoi personne d’autre n’a voulu s’installer à mes côtés ? J’irai presque jusqu’à croire qu’il s’agit d’un coup monté.

De qui ?

Ses frères ? Vu comme ils me reluquent, je ne crois pas.

Malone ? Blue ? Norah ?

Bref, admettons que ce soit juste le hasard. Je suis bien assez dans la panade, je ne vais pas tergiverser en plus sur le pourquoi du comment.

Alors que je bouge légèrement pour me mettre plus à l’aise, mon genou se blottit un peu plus contre elle. Kennedy se tend aussitôt. Ressent-elle aussi cette tension qui m’anime ?

Pour en avoir le cœur net, je porte mon attention sur son visage. Imperturbable. Si je ne me fiais qu’à ça, je pourrais penser qu’elle n’éprouve absolument rien face à notre contact prolongé. Mais il y a cette légère rougeur sur ses joues qui la trahit.

Fier de mon petit effet, je décide d’en jouer. Au moins, nous serons deux à ne pas écouter ce que nous annonce Malone. C’est sûrement important, je devrais être un peu plus concentré sur son discours, mais je m’en fous. Fallait pas me coller à la femme de mes rêves.

Je jette un regard sur ses frangins, afin d’être certain de ne plus être leur cible. Et c’est le cas. Ils écoutent attentivement ce que balance Malone, tout en le suivant des yeux tandis qu’il se déplace de droite à gauche de la pièce. Au moment où son corps imposant fait barrage entre les doubles et moi, je glisse avec discrétion ma main entre ma cuisse et celle de Kennie. De mon pouce, je décris une ligne sur sa peau dénudée. Elle se tend, s’agite de plus belle. Ses joues s’empourprent un peu plus. Je l’imagine inonder son sous-vêtement à mon contact.

Putain, faut que j’arrête, faute de quoi je risque de me jeter sur elle, malgré la présence des autres.

Pas ma faute, elle exerce une force d’attraction sur moi impitoyable.

Troublée (enfin, je crois), elle se décale. Du moins autant que la présence de Blue à sa droite le lui permet, et croise les jambes, passant la gauche sur sa sœur. Réalise-t-elle que son geste est plein de sensualité ? Qu’elle m’offre carrément ses fesses dans cette position ?

Bordel, elle va me tuer !

— Kennie, t’es pas d’accord avec ce que je dis ? À moins que tu aies le feu au cul ? demande Malone en la dévisageant.

Se rend-il compte que sa seconde question revêt un double sens ? Et que, quelque part, il tape en plein dans le mille ? Du moins, c’est ce que j’ai envie de croire. Que j’ai allumé un incendie au creux de son intimité ? Un feu si ardent qu’elle rêve que je l’éteigne… comme avant.

Devant l’embarras de Kennie, qui se planque derrière une de ses longues mèches, je pince les lèvres pour ne pas éclater de rire.

— Quant à toi, R, tu ferais mieux de remballer ta testostérone au lieu de la diffuser dans toute la pièce !

C’est quoi, ces conneries ?

Je porte mon attention sur les jumeaux. Ils me scrutent tous les deux, scannent et étudient chacune de mes réactions. S’ils portent leur regard sur mon entrejambe, je suis mort. Ma trique ne leur échappera pas.

— Je ne vois pas de quoi tu parles.

— Vraiment ? Tu peux répéter les consignes que je viens de balancer ?

Mon silence parle pour moi.

Merde !

Grillé, Byrne.

Malone rit sous cape. Ce qui n’est absolument pas le cas des jumeaux.

— Vous deux, pas un mot ! Vous m’avez promis, intervient Kennedy.

Je tourne la tête vers elle et la découvre en train de fixer ses frères.

— Je n’ai rien dit, se défendent-ils en chœur.

Tous deux arborent la même posture, légèrement penchés en avant, les coudes sur les genoux et les paumes levées dans la direction de leur sœur.

— Bon, comme j’ai d’autres choses à faire aujourd’hui que de rabâcher toute la journée pour un duo récalcitrant, Kennie, tu vas t’asseoir à la place de Kenan.

Arriverai-je à mieux me concentrer quand elle sera en face de moi ? Rien n’est moins sûr. J’aurai alors une vue dégagée sur ses magnifiques jambes galbées. Sans compter qu’elle pourrait m’offrir une tout autre vision qui m’enflammerait, à coup sûr, encore plus que je ne le suis déjà.

Putain de jupe !

Pourquoi s’est-elle habillée comme ça, aussi ? Pour m’allumer ? Sait-elle qu’elle pourrait enfiler un sac que je la trouverais toute autant bandante ? Même si, avouons-le, je la préfère nue, et tant qu’on y est sous moi.

Fait exprès, sans aucun doute, Malone se place entre nous deux et reprend son discours. Un peu plus concentré, je note ce qu’il attend du groupe, ainsi que le déroulement de notre tournée. Par moments, je capte les regards qu’il dirige sur Blue et les petits sourires en coin qu’il lui lance, tout en tentant de nous les cacher. Y’aurait-il un truc entre eux ? Ou bien la présence de Kennedy m’envoie-t-elle au pays des licornes ? C’est peut-être ça, j’ai peut-être des paillettes plein les yeux qui me font spéculer sur un couple improbable. Aux dernières nouvelles, notre manager est hétéro, je ne crois pas qu’il ait viré sa cuti.

Bref. Concentrons-nous à nouveau.

Malone allume un écran sur lequel il affiche notre future feuille de route. Notre tournée débutera à Los Angeles, notre point de départ à travers les États-Unis, puis nous bourlinguerons dans toute l’Europe, avant de donner un dernier concert ici même, à Dublin. Une cinquantaine de dates en tout et pour tout. Presque une année complète sur les routes.

Norah ne semble pas être ravie, tout ça l’angoisse, probablement. Moi, ça me convient. De toute façon, je n’ai plus de foyer. Alors ici ou là-bas n’a aucune importance à mes yeux. Par contre Puis, ça signifie plus de temps avec mes frères de cœur. J’aimerais tant que notre relation redevienne comme avant, même si ça risque d’être chaud.

Puis, il y aura elle. Sans son mec, je suppose. Depuis que j’ai quitté le groupe, je ne l’ai jamais recroisé dans les coulisses. Pourtant les OC3 et les Flying Woman ont partagé plusieurs dates. À mon avis, il ne l’accompagne pas, sûrement trop pris par son boulot. D’après ce que j’ai plus ou moins compris quand j’allumais le barbec’, ce type est un pro de la finance.

Son absence sera un avantage indéniable pour ma part. Pendant que lui attendra sagement sa belle, la queue entre les jambes, comme un bon petit toutou, moi je ferai en sorte de lui prouver que je sais toujours aussi bien me servir de la mienne.

Dit comme ça, on pourrait croire que je désire juste la baiser. Loin de moi, cette idée, je veux tellement plus d’elle. Tout, en vérité. Comme durant ces trois mois que j’ai foutus en l’air en flippant comme un con.

Ces trois derniers jours, j’ai pas mal cogité. Disons que Blue m’y a un peu aidé. J’ai fini par admettre que je n’avais qu’un souhait : récupérer la seule femme qui me fait vibrer. Qu’en vérité, elle est le havre de paix dont j’ai besoin pour affronter la vie et cautériser toutes mes plaies liées au passé. J’aurais dû le comprendre plus tôt, avant de la traiter comme une moins que rien, j’en ai parfaitement conscience. Mais ne dit-on pas que l’erreur est humaine ? Et humain, je le suis.

À nouveau perdu dans mes pensées, je ne réalise pas tout de suite que la réunion est terminée. Ce n’est que lorsque Kenan me donne un léger coup dans l’épaule que je reviens à moi. Une bière apparaît dans mon champ de vision. Je l’attrape et, tout en portant le goulot à ma bouche, je cherche Kennie du regard. Norah lui parle, mais, de ma place, je n’entends pas grand-chose. Les gars font beaucoup trop de boucan. Toutefois, j’arrive à cerner le prénom de mon ex sur les lèvres de la claviériste. Intrigué, je me lève et me rapproche d’elles.

Kennie capte mon déplacement. Ses yeux s’attardent un instant sur ma plastique, pour mon plus grand bonheur, avant qu’elle grimace et tourne son attention sur Norah.

— Bon, faut que j’y aille si je veux être prête pour cette tournée. Bon Dieu, c’est dingue comme je stresse.

— Tout va bien se passer, essaie de la rassurer Kennie.

Norah hausse les épaules.

— J’espère… Bon, toi, en attendant, promets-moi de te méfier d’elle.

Elle ? Lauren ? Pourquoi devrait-elle s’en méfier ?

 Lauren a peut-être des grives contre elle, mais de là à s’en prendre à Kennedy… Non, j’ai dû mal à le concevoir.

— Un problème ? demandé-je alors que Norah s’éclipse déjà.

— Non. Aucun, répond Kennie, en me lançant un doux sourire qui envoie valdinguer mon cœur au tapis.

Son regard harponne le mien et tout disparaît autour de nous. Nous sommes seuls au monde, à nouveau barricadés dans cet espace-temps qui a si souvent été le nôtre. Le temps s’écoule sans que je ne sache si ce sont des secondes, des minutes ou des heures qui défilent. Mais je m’en fous, parce qu’elle est là, juste pour moi. Elle ne me hurle pas dessus, elle ne me fuit pas. Bien que, dans ce dernier domaine, ce soit plutôt moi le pro. Mais à cet instant précis, je n’ai aucune envie de prendre mes jambes à mon cou. Bien au contraire, j’aimerais franchir cette courte distance qui nous sépare encore. Goûter à nouveau à ses lèvres, le pire de mes péchés.

— Est-ce qu’on pourrait parler, Ronan ?

Une simple question et le charme se rompt. Je me tends instantanément.

Pourquoi désire-t-elle me parler ?

Je flippe. Toutefois, j’accepte.

— On devrait aller dans un coin un peu plus tranquille, lui suggéré-je alors que la cacophonie est toujours aussi assourdissante dans mon dos.

Nouveau sourire de sa part et elle se lève.

— Viens. Je connais assez cette maison pour savoir où personne ne nous dérangera.

Je la suis, sans rien dire, tandis qu’elle nous guide à travers un long couloir. Mes yeux s’attardent sur ses fesses. Qui vient de monter le thermostat ? J’ai chaud. Je bande. Et surtout, je dois lutter de toutes mes forces pour ne pas la plaquer contre le mur et me perdre en elle.

— C’est la chambre de Malone. Mes frères n’oseront pas entrer ici.

La chambre de Malone ? Comment le sait-elle ? Ont-ils couché ensemble ?

— Une fois, on avait une réunion et j’étais super malade (elle tire une légère grimace), il m’a proposé de m’allonger sur son lit, le temps que je reprenne un peu de couleur, m’explique-t-elle devant ma mine déconfite.

Donc, il ne l’a pas touché. Tant mieux. Ça m’évitera de refaire le portrait de mon pote.

J’entre à sa suite et referme la porte contre laquelle je m’adosse. Les mains dans les poches, je l’observe se déplacer d’un bout à l’autre de la pièce. Elle veut me parler, mais elle ne semble pas très à l’aise face à cette idée. J’adore la regarder, seulement je suis encore plus curieux. Donc, j’aimerais bien savoir pourquoi nous sommes enfermés ici.

N’empêche qu’il vaudrait mieux que j’en sorte très vite. Elle et un lit, c’est une tentation beaucoup trop grande.

— De quoi voulais-tu qu’on parle ? demandé-je avant de commettre l’irréparable.

Elle me fait face et triture ses ongles.

— Pourquoi nous as-tu quittés ?

Je fronce les sourcils, peu certain de bien discerner sa demande.

— Quand ? Chez ton frère ?

Elle secoue sa chevelure, arrache avec les dents les cuticules de son pouce. Je ne l’ai jamais vue aussi mal à l’aise devant moi.

— Explique. J’ai besoin de précision pour pouvoir te répondre.

— Le groupe… Pourquoi as-tu abandonné le groupe ?

Des images d’elle sous son mec me reviennent en mémoire. Exit la chaleur, bonjour le froid polaire. La colère me terrasse. Je n’ai plus aucune envie de me rapprocher d’elle. Comment a-t-elle osé me renvoyer vers ce moment qui me fait toujours aussi mal quand j’y pense ? Sans lui, elle aurait déjà été ma femme.

— Tu te fous de ma gueule ? T’as pas une petite idée ? craché-je.

— T’es venue dans ma loge, n’est-ce pas ?

Putain ! En plus, elle le savait !

— Ouais, j’y suis entré et ce que j’ai vu m’a méchamment vacciné. Mais tu veux savoir le pire, c’est que je suis à nouveau tombé dans le panneau un an plus tard. Et, putain, t’es toujours avec lui !

Hors de moi, je fourrage dans mes cheveux.

— J’ai bien fait de te virer de ma vie, ajouté-je, amer. Je n’aurais pas supporté de te trouver une fois de plus avec lui. Et dire que j’étais prêt à me battre avec tes frères ce jour-là et leur avouer, enfin, que j’étais dingue de toi.

Elle se décompose littéralement. Je m’en fous, elle peut bien chialer, ses larmes ne m’atteindront pas. Je me suis à nouveau blindé dès qu’elle a posé sa question. Me voilà redevenu un être insensible, démuni de tout sentiment envers elle. Celui-là même capable de fuir devant elle, de la rayer de sa vie, sans un regard en arrière.

— Aaron…

— Tais-toi ! J’en ai rien à foutre de ce mec et encore moins de ce qu’il branle avec toi ! là coupé-je, sèchement.

Sans plus attendre, je me précipite hors de la pièce. Elle m’appelle, me supplie de m’arrêter, mais je n’écoute pas. Je fuis. Encore une fois. Loin d’elle. Loin des blessures qu’elle peut causer à mon organe le plus vital. Loin de tous ces sentiments que je n’aurais jamais dû éprouver à son égard.

J’aurais dû écouter ses frangins, garder mes distances, ne jamais m’approcher de cette sirène dont le chant est bien trop entêtant.

Et même si tout à l’heure, j’étais prêt à tout pour la récupérer, à présent, après cette piqûre de rappel, je sais que je n’en ferai rien. Je ne suis pas assez fort pour tenter le diable alors que je sais pertinemment que son mec est toujours dans les parages. Ce serait comme sauter d’un avion sans parachute. Une mission suicide.

 

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