No right to Love You: 3 - Kennedy ( edition française) (French Edition)

Chapitre 1

 

De nos jours

Ronan

Enfin !

Je ne suis pas mécontent que la séance de shooting se termine. Parmi tous les aspects de mon taf, c’est vraiment celui que je déteste le plus. Je suis musicien, pas modèle. Gratter des cordes, sortir des accords, composer, enflammer le public par mes mélodies, je sais faire. Tenir la pose est bien plus difficile. Encore plus quand Mady, notre leader, se prend pour une starlette et tape un scandale, parce que rien ne lui convient.

Parfois, souvent même, elle me gonfle.

Mais que puis-je y faire ? La remettre à sa place au risque de me la foutre à dos ? Pas moyen. Le groupe est déjà bien assez tendu comme ça depuis qu’elle a pris la grosse tête. Si j’y ramène mon grain de sel, on va vers l’explosion pure et dure. Perdre ma nouvelle famille, peu importe l’ambiance qui y règne, ne va pas dans mon sens. Moi, l’orphelin, j’ai besoin de cette appartenance à un groupe. Alors, je ferme ma gueule pour ne pas envenimer les choses. Mais, d’après ce que je vois et ce que j’entends, tout le monde n’est pas capable de contenir ses nerfs aussi bien que moi.

Norah, notre claviériste, lui passe un savon monumental pendant que Malone gesticule dans tous les sens, en communiquant via son oreillette Bluetooth avec je ne sais qui. La production, peut-être ?

— Elle fait vraiment chier ! À cause d’elle, les Flying Woman vont finir par disparaître de la scène, grogne Lauren, notre bassiste et, accessoirement, ma nana.

J’enroule mon bras autour d’elle et l’attire contre moi. Avec délicatesse, je replace une de ses mèches châtains derrière son oreille et pose un tendre baiser sur son front.

— Espérons alors qu’elle pige ce que lui dit Norah.

Comme chaque fois qu’elle affiche cette moue adorable, je fonds littéralement. Voilà près de quatre ans que nous sommes ensemble. Je l’ai rencontrée après avoir quitté les OC3 et, entre nous, ça a plutôt bien matché. Si au départ, je me suis mis avec elle pour oublier certaines choses et essayer de remonter la pente, j’ai fini par m’attacher et j’ai arrêté mes conneries. Du moins, en grande partie. Parce qu’en vérité, il m’est arrivé quelques fois d’être un peu trop faible. Pas avec n’importe qui, non plus. Les coups d’un soir, ça m’est passé depuis longtemps. Il n’y a qu’une seule femme qui parvient à me mettre à genoux et devant laquelle je suis incapable de résister. La seule qui m’est complètement interdite. Kennedy O’Connor.

— À quoi tu penses ? demande Lauren alors que je suis plongé dans mes souvenirs.

Souvenirs qui me collent à la peau, malgré toutes les années qui se sont écoulées. Qui me malmènent. Me déchirent. Me font mal… Et, surtout, face auxquels mon cœur bat toujours avec autant d’intensité.

— À rien d’important, mens-je.

Lauren me sonde, cherche à déceler ce que je lui tais. Au fond d’elle, elle est sûrement consciente que je n’ai pas été correct avec elle, mais…

— Je t’aime, me déclare-t-elle.

En guise de réponse, je pose mes lèvres sur les siennes. Ces trois petits mots, je ne les ai prononcés qu’une seule fois, mais à une autre.

Comme d’habitude, elle ne s’offusque pas de mon silence. Elle devrait pourtant. Seulement elle pense depuis toujours que je suis incapable de lui retourner sa déclaration en raison de mon passé. Non pas celui que j’ai vécu auprès de la plus belle femme de l’univers, mais mon enfance et mon adolescence durant lesquelles j’ai été ballotté de famille d’accueil en famille d’accueil. Et c’est largement suffisant pour qu’elle pense que j’ai du mal à exprimer mes sentiments.

— Oh, les Flying Woman ! Ramenez vos miches ici ! nous interpelle Malone.

— Quoi, encore ?! s’époumone Mady, prête à taper du pied comme une gamine mal élevée.

— Je t’ai dit de te ramener, pas de l’ouvrir, la contre aussi sec notre manager.

Mes doigts enroulés à ceux de Lauren, je me dirige vers le point de ralliement. À savoir, un peu en retrait du reste du staff présent ici. Norah est la première à nous rejoindre, suivie de notre leader.

Bras croisés sur sa poitrine, cette dernière se tient légèrement à l’écart. Hautaine, elle attend avec impatience que Malone annonce la suite des événements. Son exaspération n’échappe pas à ceux qui la fixent comme c’est mon cas, là, tout de suite.

— Changement de programme, les amis. Je sais que je vous ai promis un après-midi tranquille, mais le producteur veut nous voir… Pas la peine de taper du pied, Mady. T’es pas la seule que ça emmerde. Crois-moi, j’avais moi aussi prévu des trucs. Donc, pour une fois, tu vas te montrer toute mignonne et faire ce qu’on te demande sans rouspéter.

J’aime mon pote.

Malone et moi sommes amis depuis près de dix ans. Je l’ai rencontré en même temps que les membres de mon ancien groupe. Les triplés O’Connor. Kenan, Kane et… Kennedy.

Je me remémore cette rencontre qui a changé ma vie alors que je venais tout juste de débarquer dans ce nouveau lycée. Et quand je parle de changer ma vie, je ne parle pas que d’elle. Non, je veux dire par là que si je n’avais pas percuté Aly, je n’aurais jamais intégré les OC3, ni cette famille géniale dont les parents m’ont accueilli comme un membre à part entière, me permettant de venir me réfugier chez eux dès que j’en ressentais le besoin. Sans, je ne serais pas non plus devenu pro.

Ouais, ça a été THE rencontre, celle qui change toute une vie. Qui te permet de passer d’un statut dont personne ne voudrait à celui dont tout le monde rêve.

À l’époque, Malone gérait déjà le groupe. Dès que je les ai rejoints, il s’est acharné pour nous dégoter de plus en plus de scènes ouvertes. Par la suite, il s’est montré présent, même quand j’ai dû renoncer à ma place au sein de ce groupe. Chose qui n’a pas été faite avec gaieté de cœur. Bien au contraire. Mais quelle autre option pouvait s’offrir à moi ? Aucune. J’étais trop blessé.

Stop ! Laisse le passé au passé.

Ouais, c’est le mieux. Faute de quoi je risque de dériver encore.

Alors pour ne pas m’enliser dans ces tourments qui n’ont plus lieu d’être depuis un bail, je me raccroche à ceux qui m’entourent en ce moment même. Mon biceps sert de cachette à Lauren. Je crois qu’elle se marre face à ce qui se déroule entre notre manager et Mady.

— Bon, allons-y ! Plus vite, nous nous serons débarrassés de cette tâche et plus vite, vous pourrez profiter de votre aprèm… J’en connais deux, je sais déjà comment ils comptent l’occuper, ajoute-t-il, en nous fixant Lauren et moi.

Pour lui, nous ne sommes peut-être pas le couple le plus hot qu’il gère, cette palme revenant à Kane et Aly, mais nous restons de chauds lapins. Clairement, c’est ma faute. Chaque fois que je m’enfonce dans mes souvenirs de cette brune qui m’a ensorcelé dix ans plus tôt, j’ai besoin de baiser pour la chasser de ma mémoire. Et comme je suis en couple et que je vis avec elle depuis ma dernière erreur, ben j’en profite. L’inverse serait plutôt con, avouons-le.

Putain, mais pourquoi je pense à tout ça, moi ?

OK, je l’admets, Kennedy est souvent dans mon crâne, mes deux meilleurs potes y occupent aussi une place conséquente, mais là, c’est beaucoup trop en si peu de temps.

Tiens, je devrais appeler Kenan ou Kane pour savoir s’ils sont à Dublin actuellement.

Idée débile. Ils sont ici, sinon Malone ne serait pas avec nous. Du coup, je reprends : je devrais les appeler pour les inviter à prendre un verre avec moi. Passer du temps avec eux me ferait un bien fou.

En effet, j’imagine bien à quel point. Les voir, c’est la voir elle et te rappeler toutes ces nuits magiques que tu as passées entre ses bras. Ces moments où tu as carrément zappé Lauren, prétextant que tes potes avaient besoin de toi, que tu ne pouvais pas faire autrement que de passer quasiment toutes tes nuits avec eux.

Comme si j’avais pu l’oublier, saleté de conscience. Je sais très bien que j’ai vécu les trois plus beaux mois de ma vie quand Kane s’est retrouvé à l’hôpital. Mais, encore une fois, c’est du passé. Revoir ses frères ne me fera pas revenir vers elle. J’en ai fini avec cette période. Toutefois, je rêve de passer du temps avec eux, ce sont mes frangins aussi et ils me manquent, au même titre que ma sœur de cœur. Je n’ai pas vu mon petit soleil depuis de trop nombreuses semaines, soit une éternité pour nous deux. Ni elle ni moi ne supportons mes absences prolongées. Du haut de ses quinze ans, je suis sûr qu’elle va me le faire regretter.

N’empêche que j’ai eu du bol de pouvoir la retrouver, dans la mesure où elle a très vite été adoptée. Ouais, je confirme, un sacré coup de poker. Je me souviens encore de ce jour-là comme si c’était hier. Je traînais au centre commercial avec des potes du foyer, comme souvent lorsque je n’étais pas avec les triplés et Aly. Une petite tornade s’est jetée dans mes jambes sans que je la voie débouler. Quand je l’ai reconnue, j’ai souri comme jamais et l’ai soulevée dans mes bras. Celle que j’ai tout de suite supposée être sa mère adoptive est venue excuser le comportement de sa fille. J’avais donc raison. Quand la femme guindée a tenté de récupérer ma frangine, Leana s’est mise à pleurer. Elle ne voulait pas quitter son frère.

Plus tard, après que nous nous sommes croisés encore une fois par hasard, face aux caprices de mon petit rayon de soleil, elle m’a invité à prendre un café chez elle. Nous avons longuement discuté jusqu’à ce que je sois obligé de partir afin de respecter le couvre-feu du foyer. Dès lors, elle m’a proposé de passer aussi souvent que j’en ressentais le besoin.

Leana est donc une constante inconditionnelle dans ma vie, même si elle ne pourra jamais combler l’absence de mes parents. Eux ont laissé un trou béant sous ma cage thoracique, que j’essaie de réduire le plus possible en m’accrochant à un max de personnes. Je ne le fais pas vraiment exprès, la solitude m’effraie.

— T’as l’intention de m’écrabouiller les doigts ? me surprend ma copine.

Sous l’incompréhension, je la dévisage, avant de porter mes yeux sur nos mains enlacées. D’ailleurs, je croyais qu’elle se tenait à mon bras. Ouais, bon, je devais être un peu trop à l’ouest quand elle a changé de position.

Je souffle pour me reprendre.

— Désolé, m’excusé-je en relâchant légèrement la pression.

— T’as pas l’air dans ton assiette, aujourd’hui. Tu veux en parler ?

J’apprécie beaucoup cette femme qui est présente pour moi, sans jamais se montrer envahissante. J’aurais aimé pouvoir lui offrir plus, malheureusement, ce ne sera jamais le cas. Parfois, je me dégoûte de la garder près de moi. Elle serait tellement plus heureuse auprès d’un homme qui l’aime sincèrement.

— Ça va, t’inquiète. Je crois que Mady me gonfle un peu beaucoup. Tu sais, je ne suis pas du genre à garder pour moi ce que je pense…

Devant son haussement de sourcils sceptique, je n’achève pas ma phrase. Elle n’est pas dupe. Ajouter autre chose ne ferait que m’enfoncer dans ce mensonge qu’elle a déjà cerné.

— Je suis juste vénère après Mady. C’est tout ce que tu as besoin de savoir.

Pour clore cette discussion, je scelle nos lèvres dans un tendre baiser.

OceanofPDF.com