No right to Love You: 3 - Kennedy ( edition française) (French Edition)

Chapitre 7

 

 

Kennedy

J’ai cessé de respirer à l’instant où je l’ai reconnu de dos alors que je rentrais de mon footing. Que fait-il ici ? Pourquoi n’est-il pas resté auprès de sa copine ? Je pensais avoir un peu de temps avant de le revoir, mieux me préparer à cette confrontation. Je hais mes frères. Je suis certaine qu’ils ont dû lui parler de mon arrangement avec Rob. Sinon pourquoi Ronan se serait-il déplacé jusqu’ici ? Pour mes beaux yeux ? Je n’y crois pas une seule seconde.

Tandis que River continue de lui aboyer dessus, Ronan paraît égaré quelque part dans des souvenirs. Un air rêveur s’est peint sur ses traits dès l’instant où ses yeux se sont posés sur mon chien.

Les babines légèrement retroussées, mon magnifique berger australien le met en garde de ne pas s’approcher de moi. D’habitude, il n’est pas du genre à aboyer sur les gens, au contraire, il préfère se planquer. Il me surprend. Peut-être sent-il que cet inconnu a déjà blessé sa maîtresse. Ne dit-on pas que les animaux sont pourvus d’un sixième sens ?

Alors, avant que River décide de lui sauter à la gorge, j’attrape son collier et lui ordonne de ne pas bouger.

— River ! insisté-je alors que celui-ci tire un peu trop fort.

Comme si ma voix était un détonateur, Ronan lève les yeux vers moi.

— River, hein ?

Je confirme d’un simple signe de tête, avant d’être propulsée de force dans mes souvenirs. Lui aussi s’en souvient, je le vois à travers son sourire en coin.

 

Quand j’ai appris que mes frangins ne pourraient pas être sur mon dos aujourd’hui (merci, papa, de leur avoir imposé de t’aider), j’ai demandé à Ronan de me rejoindre au parc Saint Anne. Je me suis faite toute belle. J’ai mis une jolie robe printanière. D’habitude, j’affectionne mon look grunge, mais là, j’ai voulu faire un effort pour lui plaire. Du moins, si je veux être honnête avec moi-même, c’est Aly, ma meilleure amie, qui m’a conseillé de mettre cette tenue. Selon elle, il va me bouffer dans la main tant je suis jolie. Je crois qu’elle dit vrai. Mes frères ont tiqué au moment où ils m’ont aperçue alors que j’allais sortir. Pas de chance pour eux, papa ne leur a pas laissé le temps de réagir et de me poser une tonne de questions auxquelles j’aurais eu du mal à répondre. Ils n’ont pas besoin de savoir que je compte bien profiter de passer cet après-midi avec celui qu’ils considèrent comme leur meilleur ami depuis maintenant six mois.

Du moins s’il vient.

Je jette un coup d’œil sur mon portable. Il a déjà dix minutes de retard. Peut-être qu’il m’a posé un lapin ? Peut-être qu’il a trouvé une fille bien plus jolie que moi, une de celles avec qui il se vante d’avoir pris son pied. Je sais que je ne devrais pas écouter quand il discute avec mes jumeaux, seulement, c’est plus fort que moi. Je crois que je suis amoureuse de lui.

Un écureuil trop chou retient mon attention et m’empêche de me perdre dans la douleur de mes pensées.

Des frissons recouvrent ma peau. Je sais qu’il est arrivé avant même de le voir. Un sourire se placarde sur mes lèvres. Toutefois, je ne me retourne pas. De toute façon, j’en suis incapable. Mon cœur bat beaucoup trop vite.

Me voilà devenue complètement nerveuse.

J’entends ses pas qui se rapprochent. Je devrais me retourner, mais je n’y arrive pas. À la place, j’essuie mes mains devenues moites plusieurs fois sur ma robe.

— Salut, fait-il, une fois à ma hauteur.

Plutôt que de lui répondre, je porte mon index sur mes lèvres et lui désigne l’écureuil un peu plus loin. Ses beaux yeux verts s’attardent sur ma bouche, avant qu’il ne les porte sur le petit animal. La seconde suivante, il s’accroupit, attrape une brindille et la coince entre ses dents, tout en observant le rongeur.

— Tu lui as donné un nom ? demande-t-il en braquant ses pupilles sur moi.

Décontenancée par l’intensité de son regard, je ne parviens qu’à ouvrir la bouche.

— Je… euh… Quoi ?

Il me lance un sourire en coin qui me rend toute chose. Jamais je n’ai ressenti une telle sensation. Quand mes frères sont là, j’arrive à contenir mes émotions. C’est étrange. D’habitude, il ne me reluque jamais avec autant de force. Mais là, on dirait qu’il a envie de me brûler juste en posant ses yeux sur moi. Et, franchement, c’est loin d’être désagréable.

— Un nom… pour l’écureuil.

— Pourquoi je donnerais un nom à l’écureuil ? On ne le reverra sûrement jamais.

— Pourquoi pas ? demande-t-il en haussant les épaules. Que penses-tu de River ?

— River ?

Plus nunuche, tu meurs. Je suis mal barrée si mon but était de faire bonne impression.

— Ouep. C’est une évidence. Nous sommes juste devant une rivière. Alors, c’est tout vu, non ?

Je pouffe.

— Ben quoi ? Tu n’aimes pas ce nom ?

— Si j’adore, mais t’es grave siphonné de donner un nom à un écureuil.

Sans que je m’y attende, il se déplace jusqu’à moi. Mon souffle se raréfie alors qu’il se retrouve bien trop près de mon corps. Ses yeux, à présent, plongés dans les miens, il enroule une de mes mèches rebelles autour de son index. Et, dans un geste plein de douceur, il la ramène derrière mon oreille.

— Il y a tellement de choses que tu ignores sur moi et que j’aimerais que tu découvres.

Ses yeux s’attardent sur mes lèvres. Il se penche légèrement.

Embrasse-moi !

Embrasse-moi !

Je le supplie presque mentalement de le faire.

Toutefois, il se redresse et recule de plusieurs pas, m’imposant une distance qui m’énerve. Pourquoi ne m’a-t-il pas écouté ? Ne suis-je pas assez jolie pour lui ?

— Alors, on l’appelle River ?

— Je… J’adore River, avoué-je, encore sous le choc de ce non-baiser.

 

Par la suite, River est devenu un nom de code entre nous chaque fois que l’on voulait se retrouver juste lui et moi, sans que mes frères soupçonnent quoi que ce soit. Nous nous contentions de flirter sans jamais dépasser certaines limites jusqu’au jour de mes dix-huit ans où je lui ai volé un baiser. Avant j’avais bien trop peur d’un rejet pour tenter ma chance. Puis il y a eu…

Stop !

Le passé doit rester au passé. Peu importe ce que j’éprouve encore pour lui, notre histoire est morte et enterrée depuis trois ans. Rien ne pourra me faire revenir vers lui. Encore moins maintenant que j’ai découvert l’existence de sa copine. Copine qui appartenait déjà au décor quand je croyais, naïvement, que nous aurions, à notre tour, notre happy end, au même titre que mes jumeaux.

Au moment où je fais mon retour dans cette réalité qui ne laisse aucune place aux rêves, je réalise que River m’a échappé. Moi qui le croyais fidèle, je constate avec amertume que ce n’est pas le cas. En traître, il s’est laissé amadouer par l’ennemi qui le caresse.

Si même mon chien me trahit, où va le monde ?

— River ! grogné-je, acide, pour le rappeler à mes pieds.

Ronan m’interroge du regard.

Que croit-il ? Que je vais l’autoriser à toucher à ce qui m’appartient ?

— Et toi, fous le camp !

Face à ma voix sèche, il baisse la tête et masse sa nuque. Quand il relève ses iris dans ma direction, j’y entraperçois un soupçon de culpabilité.

Grand bien lui fasse !

Pour le coup, je suis mauvaise, j’en ai conscience, mais la partie de moi qui ne se réparera jamais aimerait qu’il souffre autant que moi après son départ.

— Écoute… Je ne suis pas là pour moi, d’accord ? J’ai vraiment besoin qu’on discute tous les deux.

— Il y a trois ans, j’ai cru comprendre que tu préférais le silence aux mots face à moi. Si tu veux mon avis, ne te fatigue pas, c’est inutile. Va plutôt retrouver ta nana, je suis sûre qu’elle t’attend !

Mes dernières syllabes montent dans les octaves. Le fait qu’il ait décidé d’avoir une conversation avec moi m’énerve. Sa présence m’énerve… En fait, tout en lui me fait perdre mon calme. Si je reste là, nous allons nous disputer. Je suis bien trop tendue pour que ce soit autrement.

Alors, avant d’exploser, je relâche River et essaie de contourner Ronan.

Essayer est vraiment le bon terme, vu que monsieur l’enfoiré m’attrape par le poignet, à peine suis-je à sa hauteur. Une violente décharge d’électricité statique remonte instantanément le long de mon bras. Je me dégage aussitôt et plante un regard noir dans le sien pour bien lui faire passer l’envie de recommencer à me toucher.

— C’est au sujet de Lauren…

De mieux en mieux !

— Lauren ? feinté-je de ne pas me souvenir de qui il s’agit.

— Ma copine.

— Oh ! La fille dont tu as oublié de me parler pendant notre liaison ? Et elle, elle savait que j’existais ?

Devant mon ton acerbe, il tique.

— C’est de l’histoire ancienne, tente-t-il, vainement, de se défendre.

— De l’histoire ancienne ? glapis-je, excédée. Va-t’en Byrne. Vraiment, fous le camp avant que je m’énerve méchamment !

Sur ce, je me précipite vers l’intérieur de la maison. Je n’ai qu’un seul souhait : me barricader derrière la porte et oublier cette rencontre qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Comment a-t-il pu croire qu’il était encore en droit de me rendre visite ?

Je m’apprête à claquer la porte, sauf qu’un obstacle m’en empêche. Un obstacle de taille de surcroît.

— Tu as vraiment envie que ce soit Aaron qui te dise de dégager ? demandé-je en croisant les bras sous ma brassière.

Erreur grossière de ma part. Bien malgré moi, je viens de remonter mes seins.

— Et cesse de reluquer ma poitrine. Tu as perdu ce droit, il y a longtemps !

Pris en faute, le guitariste relève le menton. Je suis désormais obligée de tendre le cou pour que nos yeux s’alignent.

— L’ai-je au moins eu un jour ? Je veux dire sans que tu me partages avec un autre.

Ma main atterrit sur sa joue dans un clac retentissant. Comment a-t-il pu me poser une telle question ? Ce n’est pas moi qui suis partie sans un mot. Et encore moins moi qui ai joué sur deux tableaux en même temps.

— C’est quoi ton problème, Kennedy ? Tu n’apprécies pas la vérité ? Pourtant je suis tombé sur ton mec tout à l’heure. Donc, ne va pas me faire croire que je suis le seul à avoir déconné dans notre histoire.

J’étouffe un rire amer, tout en secouant la tête.

— Mon mec, hein ?

Il hoche la tête.

— Ouep, ton mec. Le gars qui avait déjà tout foutu en l’air entre nous. Comment ai-je pu être aussi con et croire que tu me choisirais alors que tu me l’avais déjà faite à l’envers une première fois ? Ce qu’il y a eu entre nous ne signifiait rien pour toi. Finalement, j’ai fait le bon choix. Lauren est bien mieux que toi.

Il vient de planter une lame chauffée à blanc dans mon cœur. Pourquoi venir me blesser à nouveau ? Ne l’a-t-il pas déjà assez fait trois ans plus tôt ?

Les larmes au bord des yeux, j’appelle Aaron pour qu’il dégage cet intrus de chez nous.

Alerté par ma voix tremblante, mon meilleur ami accourt. Il s’arrête au bas des marches et juge rapidement la scène. Lorsqu’il comprend que je suis sur le point de m’écrouler, il se rend jusqu’à moi pour m’offrir ses bras dans lesquels je me réfugie aussitôt.

— T’aurais jamais dû venir ici. Elle n’a pas besoin de toi, tu lui as bien assez fait de mal comme ça. J’aurais même dû te dégager avant qu’elle revienne.

— Je voulais juste discuter avec elle, se défend Ronan, en soutenant le regard lourd de reproches de mon confident.

S’il savait qu’il n’y a plus rien entre nous depuis le jour où il a quitté le groupe… Je me demande bien ce qu’il en penserait. Reverrait-il son opinion sur moi ? En même temps, son avis m’importe peu. Je ne veux plus avoir à le côtoyer en dehors du cadre du travail.

Alors qu’il doit ressentir que je me perds dans mes tourments, Aaron pose un doux baiser sur ma tempe. La lueur de fureur dans le regard du blond ne m’échappe pas.

N’importe quoi ! Je dois prendre mes rêves pour la réalité. Pour quelles raisons serait-il furax alors qu’il vit le grand amour avec sa Lauren ?

— Visiblement, votre discussion a mal tourné. Alors, prends tes cliques et tes claques, mec, et sors de chez nous.

Durant quelques secondes, Ronan joue avec les muscles de sa mâchoire avant d’acquiescer.

Je le suis des yeux tandis qu’il se dirige vers la porte. Au moment où sa main se pose sur la poignée, il se fige, jette un coup d’œil dans ma direction. Plusieurs émotions passent dans ses iris sans que je puisse toutes les déceler. Cependant, celles que je discerne le mieux sont les regrets.

— Je suis sincèrement désolé, Kennedy. Je n’aurais jamais dû disparaître comme je l’ai fait. Mais, s’il te plaît, ne punis pas Lauren pour mes fautes.

Alors, voilà, la véritable raison de sa présence. Même si nous ne signerons les contrats que dans quelques jours, il connaît déjà l’accord que j’ai conclu avec Rob. Pour le coup, je ne remercie ni mes jumeaux ni Malone. L’un des trois lui a forcément parlé.

— Je ne reviendrai pas sur ma décision, Ronan. Je ne pourrai pas travailler avec vous deux.

— Alors, dis à Rob que tu ne veux pas de moi.

— Mes frères ne l’accepteront jamais.

— Il y a peu de choses que tes frères acceptent venant de ma part, marmonne-t-il, en affichant un air triste.

Puis il s’éclipse et, moi, je m’écroule dans les bras d’Aaron.

— Ça va aller, me réconforte-t-il en caressant mon dos.

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