Opération Génésias
[7] : Ah ? Français ? Mon ami parle bien votre langue. Eh ! Luigi ! V
— Lorsque l’employé aura posé à l’arrière de son véhicule ses premiers sacs ou panières, je profiterai du temps qu’il retournera à la boutique pour inciser un pain et glisser dans la mie le tube d’aspirine contenant le petit message que tu as rédigé avant de partir.
— Tu risques de te faire repérer, voyons !
— Pas si tu détournes l’attention. Tu n’auras qu’à te lever et, en français qui ne parle pas la langue, demander laborieusement à une table de consommateurs un renseignement, comme un touriste un peu égaré. Je suis sûr que tu auras vite autour de toi un groupe de gens serviables pour t’orienter… Tu n’auras qu’à demander la direction de Vasanello, par exemple !
— J’espère que ça marchera…
Fermant les yeux, Sylvain se remémora avec émotions les termes dont il avait usé pour écrire la brève missive qu’ils tentaient de faire parvenir aux otages d’Orvieto… « S’il vous plaît, qui que vous soyez en train de lire ces quelques mots, restez discret. Faites savoir à vos amis que nous vous avons repérés et que nous allons tout tenter pour vous sortir de là ! Ce sera peut-être un peu long, mais gardez espoir ! Et dites à Chloé Novaks et au professeur Griveau que nous pensons à eux, ils sauront qui je suis… » Il aurait tant aimé s’épancher sur des feuilles et des feuilles pour transmettre à sa bien-aimée tout ce qu’il avait sur le cœur. Et dire qu’il lui avait fallu se contenter de ces trois petites lignes sur un pauvre morceau de papier plié en quatre et soigneusement roulé…
— Ah, ah ! le prévint Roger alors qu’ils attaquaient chacun une deuxième bière. On dirait que ça bouge… Un gars tout enfariné avec une toque blanche vient d’ouvrir les portes arrière du Partner ! Maintenant, il rentre dans le magasin… Ça va être à toi de jouer, car il ressort avec une panière emplie de baguettes.
Le jeune homme s’efforça d’adopter l’allure naturelle de quelqu’un qui se trouve obligé de demander de l’aide, et il s’approcha de trois villageois qui sirotaient un café en discutant avec force gestes :
— Euh… excusez-moi, Messieurs ! Scusi… Je… cherca, je direzzione Vasa… Vasellano…
— Ah ! s’exclama l’un des buveurs. Francese ? Il mio amico parla
bene la tua lingua. Ehi ! Luigi ! Vieni qui, per favore [7]…