Opération Génésias
Chapitre 19
— Les chambres… reprit la jeune femme. Et celle-ci était la mienne durant tout mon séjour forcé, ajouta-t-elle en ouvrant l’une des portes.
— C’est vraiment fou ! s’écria Sylvain en découvrant les lieux.
Lui, qui avait tellement craint que sa chérie fût détenue dans une geôle infâme, un cachot ou pire, se retrouvait dans une grande pièce blanche avec moquette, aux murs droits décorés avec goût de tableaux et de miroirs, avec un lit deux places apparemment confortable, un bureau, une bibliothèque, une télévision… Chloé leur fit découvrir la pièce adjacente pour leur montrer la salle de bain impeccablement agencée qu’auraient enviée nombre d’hôtels !
— Chaque chambre possède la sienne !
— Mais c’est presque le grand luxe ! s’étonna le jeune homme. Il n’y manque que les baies vitrées donnant sur la mer ou la montagne !
— Ce qui n’est malheureusement pas vraiment possible dans un sous-sol… ironisa Roger.
— Il y a même un dispositif de climatisation et de circulation d’air relié à la surface !
— Et combien de chambres de ce type y a-t-il ?
— Quarante…
— Quarante ? Ils avaient donc pour but d’enlever jusqu’à seize chercheurs supplémentaires ? C’est vraiment inconcevable…
Chloé se colla contre son amant, fit face à Roger, aux agents français et aux militaires, puis elle affirma :
— Moi, je vous laisserais bien volontiers continuer seuls la visite de ces lieux, vous savez ! À condition de garder mon Sylvain dans cette chambre…
— Cosa dice [19] ? s’inquiéta le plus haut gradé.
— Niente ! répondit Mario. Lei sta cherzando [20]…
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Après cette boutade, la visite se fit plus sérieuse. Le professeur Griveau, qui n’avait pas dit un mot, se manifesta alors en prétendant :
— Vous allez voir maintenant les niveaux où l’on attendait de nous des recherches qui ne sont faites nulle part ailleurs au monde. Mais ce qui est extraordinaire, c’est que je n’aurais jamais rêvé, aussi bien à l’Université que dans les instituts les plus sophistiqués, de laboratoires aussi bien équipés ! Si je suis fort heureux de retrouver la liberté, je regrette un peu de ne pas retrouver, dans un futur proche, des centres d’études aussi parfaits et aussi bien dotés des appareils les plus en pointe, certains n’étant encore que des prototypes… Le rêve de tout scientifique !
En effet, un escalier s’ouvrait au milieu du tunnel desservant les chambres, et il conduisait à un troisième niveau. On y débouchait sur une grande salle en forme de dôme occupée par de nombreuses tables encombrées de livres et de feuillets, et chacune munie d’un ordinateur :
— Notre poste de ressources d’archives et de travail, continua Marcel en désignant d’un large mouvement de la main les parois tapissées de rayonnages croulant sous les ouvrages et les revues. Toute une source d’informations écrites, sans compter ce qui est numérisé. Jamais je n’ai eu accès à une telle mine de données, dont des thèses confidentielles ou non publiées sans doute obtenues de façon frauduleuse.
— Oui, confirma Chloé. Pour des recherches scientifiques légales, ce site serait un véritable paradis ! Et vous n’avez pas tout vu : à droite comme à gauche de cette pièce, se trouvent une quarantaine de cellules insonorisées où nous pouvions travailler au calme, avec un matériel qui ferait baver d’envie les plus grands pontes de la discipline… Et, quelles que soient nos exigences techniques en ce domaine, elles étaient exaucées en quelques jours ! Ce sont des machines qui doivent coûter des dizaines ou ces centaines de milliers d’euros, voire beaucoup plus… Je me demande qui peut bien payer tout ça ?
— Nous aussi ! assura Sylvain. Nous aussi…
Au hasard, ils visitèrent quelques-uns de ces locaux dédiés aux expériences, mais tous ces appareillages neufs, aussi impressionnants fussent-ils, ne signifiaient pas grand-chose à des yeux autres que ceux des scientifiques, de Marcel Griveau et Chloé Novaks ! Ce fut cette dernière qui détailla sommairement les fonctions de tous ces instruments de précision :
— Je ne vais pas entrer dans les arguments techniques de ces accessoires, mais seulement évoquer leurs principales fonctions. Ici, un générateur d’ultrasons ciblés pour traitement des échantillons dans des applications biologiques et chimiques, y compris la micronisation des particules, l’ADN, la chromatine, la lyse cellulaire, la dissolution, etcétéra… Et qui peut traiter une centaine d’échantillons en même temps ! Ici, une plateforme automatisée permettant par une technologie magnétique inédite de purifier ADN et A.R.N en offrant une isolation automatisée haut débit d’acides nucléiques ultra pure. Là, un bio analyseur qui…
— Stop, stop, stop ! l’interrompit Joseph. Tout cela est du chinois, pour nous ! Et Mario n’arrive pas à traduire tous ces termes barbares à nos militaires italiens… Mais nous avons compris qu’il s’agit là du nec plus ultra de votre spécialité. C’est bien ça ?
— C’est ça… confirma Chloé, légèrement contrariée que l’on eût coupé court à ses explications sur un domaine qui la passionnait.
Le petit groupe passa ensuite aux différents autres espaces apparemment semblables à celui qu’il venait de visiter, mais avec des équipements voués sans doute à d’autres usages et manipulations.
Le professeur Griveau prit le relais en se dirigeant tout au fond du couloir voûté qui desservait ces cabinets de recherche souterrains. Un espace considérable avait été creusé, partagé en deux par une double travée de tables sur lesquelles trônait toute une batterie d’appareils tous plus mystérieux les uns que les autres, avec des cadrans, des aiguilles, des écrans, des jauges graduées. Marcel Griveau essaya de faire comprendre l’intérêt de cet aménagement sophistiqué :
— Ces engins, pour la plupart, servent au séquençage. Génotypage, expression de gènes, analyse de méthylation, détection des bases, détection de protéines, compteurs numériques de molécules cibles, imagerie cellulaire, et j’en passe…