Robert Burns. Vol. 1, La Vie
Et je jure solennellement
Que, tant qu’il me restera une couronne,
Elle est bienvenue à la partager[209].
[Note 209: Voir la note de Scott Douglas dans son édition de
la vie de Burns de Lockhart, p. 55.]
On peut imaginer la scène: Les deux coupables attendaient à la porte de l’église jusqu’à la fin de la première prière; le sacristain les faisait alors entrer et les conduisait à l’escabeau où ils recevaient leur réprimande et demeuraient pendant tout le sermon, exposés à tous les regards[210]. Ils étaient reconduits dehors avant la prière de la fin. On voit la femme, essayant, la tête baissée, de cacher sa confusion, et, à côté d’elle, le front haut, et avec un air de défi, ce jeune paysan dont les yeux noirs devaient laisser paraître d’étranges menaces de colère et de dédain.
[Note 210: Ch. Rogers. Scotland Social and Domestic, p.
352.]
Des châtiments de ce genre n’étaient pas faits pour dompter une âme altière et fougueuse comme celle-là. Burns sortit de cette réprimande exaspéré contre ceux qu’il appela, à partir de ce moment, des hypocrites, avec je ne sais quel air de fanfaronnade et de bravoure, affectant de se glorifier plutôt que de se repentir de ce qu’il avait fait et proclamant qu’il recommencerait dès qu’il en aurait l’occasion. C’est ce qu’il déclarait à son ami John Rankine, en lui racontant dans une épître comment les choses s’étaient passées. C’est la première de sa charmante série d’épîtres, et la première pièce importante composée à Mossgiel. Il reproche d’abord à son correspondant de griser abominablement les saints et de leur faire dire ensuite les mille et une horreurs. Ce vieux coquin de Rankine, qui était coutumier de ces tours, avait en effet, quelque temps auparavant, offert à un édifiant personnage un verre de toddy, c’est un mélange de whiskey et d’eau chaude. Mais il avait eu soin de faire verser du whiskey dans l’eau de la bouilloire, en sorte que plus le dévot pensait rallonger son verre, plus il le corsait et qu’il fut ivre de fond en comble, au parfait ébaudissement de Rankine[211]. Comme la vérité est dans le whiskey autant que dans le vin, il est probable que le malfaisant fermier faisait parler ses victimes.
[Note 211: Scott Douglas, vol. I, p. 71.]
Vous avez tant de contes et de tours,
Et, dans vos méchantes brindes et ribotes,
Vous faites des diables avec les saints,
Et vous les soulez jusqu’en haut;
Et alors leurs défauts, leurs pailles et leurs manquements,
On aperçoit tout.
Par pitié épargnez l’Hypocrisie!
Cette sainte robe, oh! ne la déchirez pas!
Épargnez-la, au nom de ceux qui la portent souvent,
Les gens en noir;
Mais votre maudit esprit, quand il en approche,
La leur arrache du dos.
Pensez, méchant pécheur, au mal que vous faites:
C’est la «robe bleue», la livrée et le vêtement
Des saints; ôtez-leur cela, vous ne leur laissez rien