Romance viennoise

David Vogel · Chapitre 20 sur 20

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Romance viennoise

Épilogue

É 1 PILOGUE

 

Le sommeil agité de Marie-Anne fut interrompu par le bruit d’une porte qui s’ouvrait dans le couloir. Elle tendit la main et alluma la petite lampe posée sur la table de nuit. Une clarté rose se répandit dans la chambre spacieuse, mais pas suffisamment pour chasser les ombres embusquées dans les coins. La montre indiquait cinq heures moins le quart.

À moitié étendue dans le double lit, elle resta un moment accoudée, immobile. Dans le silence épais, elle perçut les pas étouffés de Michaël Rost dans la pièce mitoyenne, puis le bruit de l’eau dans la salle de bains. Trop impatiente, elle finit par se lever, enfila sa robe de chambre et ouvrit la porte qui communiquait avec la chambre voisine.

« Tu es encore allé là-bas ? demanda-t-elle sur le pas de la porte.

– Tu ne dors pas ?

– Je n’arrivais pas à m’endormir… je n’arrivais pas…

– Je n’ai pas réussi, dit Rost d’un ton détaché, tout en mettant son pyjama de soie grise.

– Tout ?….

– Tout.

– Je t’ai demandé de ne pas y aller. Tu n’as fait que perdre ces derniers temps, et perdre beaucoup.

– Ça m’est égal. J’en suis dégoûté.

– Et moi ? »

Grand et élancé, il était debout devant elle et essayait d’allumer sa cigarette avec son briquet.

« Tu as envie d’écouter des paroles sincères ?

– Je ne pouvais pas dormir, dit-elle comme en aparté. De mauvaises pensées toute la nuit, tu vois…

– Je veux tout recommencer depuis le début. Je ne peux pas rester longtemps dans cette situation.

– Alors ?

– Tu es une femme mûre, ajouta Rost. J’ai perdu tout mon argent. Tout.

– Tu crois que j’ai besoin de ton argent ? »

Sa voix tremblait. Elle s’approcha et lui entoura le cou de ses bras. Sa robe de chambre glissa le long de son dos et tomba au sol. Elle resta dans sa chemise de nuit bleue dont le décolleté et les manches courtes étaient garnis de dentelle. Elle renversa la tête en arrière et sa chevelure rousse retomba sur ses épaules.

« Tout est donc fini ? »

Il la conduisit jusqu’à un fauteuil tapissé.

« Assieds-toi et parlons calmement. »

Marie-Anne répéta : « Tout est donc fini, Michaël ?

– Que croyais-tu ? Que nous allions conclure notre vie commune par un acte de mariage ? Que nous aurions des enfants par ennui ou par habitude, que nous chercherions tous les jours une nouvelle aventure ? Avant d’en arriver là, il faut que tu connaisses au moins cinquante hommes. Tu n’as que vingt ans.

– Je croyais que… Tu n’as pas vingt ans mais… pourquoi parler de mariage ? Je ne veux pas t’épouser ! Quelle idée saugrenue !

– Voilà qui est bien. J’ai toujours pensé que tu étais une femme sage et peu sentimentale. »

Marie releva la tête avec la fierté d’une fille de riches comblée, et après un silence elle dit :

« Comme ça, tu pourras reprendre tes affaires louches ?

– Louches ? Une pincée de morale en guise de viatique ?…. Au fait, tu peux rester dans l’appartement si tu le souhaites.

– Non, merci. »

Elle se leva, se dirigea vers la chambre à coucher, changea d’avis et s’arrêta dans son élan. Faisant demi-tour, elle s’approcha de Rost et lui assena une gifle retentissante. « Salaud ! »

Michaël la repoussa de la main, elle tomba en arrière sur le tapis. « Va te coucher, Marie ! Je n’aime pas les drames ! »

Étendue par terre, nue jusqu’au-dessus du nombril, Marie pleurait en silence. Dehors, sous les fenêtres, une voiture ronronna et passa. Le silence revint. On n’entendait plus que ses sanglots entrecoupés.

Au bout d’un moment, elle se traîna sur le tapis, s’approcha de Rost qui fumait, assis, et entoura ses genoux de ses bras. Elle leva vers lui son visage baigné de larmes et lui dit : « Pardonne-moi, mon amour… tu sais combien… »

Rost la souleva, la prit dans ses bras, la porta jusqu’à la chambre à coucher et la déposa sur le lit.

Puis il se dirigea vers la salle de bains.

 

1. Ce titre ne figure pas dans le manuscrit original. Nous l’ajoutons par souci de clarté.

(Note de l’Éditeur)

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