Anarchy in the U.S.E.

John King · Chapitre 25 sur 27

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Anarchy in the U.S.E.

Chapitre 23

23

 

La plus jeune cops du Contrôleur saignait abondamment, et savait que ses secondes étaient comptées. Elle s’appelait Marie Defossé, et en avait assez de se faire appeler Baby. Cela faisait deux ans qu’elle n’avait pas revu sa famille, et elle savait qu’elle ne les reverrait plus jamais. Elle était en train de mourir, mais elle ne regrettait pas ce qu’elle avait fait. Marie était fière d’appartenir à la Résistance Française, et d’avoir su préserver si longtemps sa couverture. Elle était heureuse que Terks soit mort : le désir de voir un ennemi du peuple rendre l’âme se doublait en l’occurrence d’une haine personnelle vouée à cet homme qui avait abusé d’elle à trois reprises au cours du mois écoulé. Elle aurait voulu penser à sa mère, à son père, à sa sœur et à son frère, à la maison où elle avait grandi, dans le village de La Gaude, mais au lieu de ça, elle revoyait Terks, la dominant de toute sa taille, affichant un sourire mauvais.

Il l’avait obligée à s’agenouiller pour le dispenser, en lui collant un zap sur la tempe. Après avoir éjaculé, il l’avait contrainte à boire son sperme, puis à se lever afin qu’il la serre dans ses bras, au point de lui couper le souffle. Ses lèvres frottaient contre l’oreille de Marie, et il prenait un plaisir flagrant à lui expliquer que c’était là la Nouvelle Démocratie en action. Il évoquait les dauphins de Splash ! qui gigotaient au rythme d’un morceau de Bob Harley. Suffocation lente. Un chien de Ouaf !, une tige électrifiée dans l’anus le poussant à remuer en cadence sur du Robbie Wilhelm. Les sous-humains n’ont pas le choix – toi oui, Baby Blue. Elle avait opté pour la fellation, plutôt que pour une fracture crânienne. Soit, dans un cas comme dans l’autre, il s’agissait de lui défoncer sa petite gueule à coup de trique, mais c’était également un parfait exemple de liberté de choix. Une valeur primordiale. C’était à chaque fois les mêmes mots qu’il utilisait, les mêmes phrases, jusqu’à ce que le visage de Marie bleuisse : il relâchait alors son étreinte et la laissait tomber au sol.

La troisième fois, elle lui avait recraché son sperme au visage. Il n’avait rien dit, l’air plus amusé que furieux, avait posé ses deux mains sur le cou de Marie et avait serré. En s’apercevant qu’il avait mis de côté le zappeur, elle lui avait enfoncé le genou dans l’entrejambe. Terks s’était penché en avant, saisi d’une douleur intense, mais n’avait pas lâché prise pour autant. Ils s’étaient tous les deux écroulés, et Marie, à tâtons, avait tenté de retrouver l’arme de Terks qui pesait de tout son poids sur elle. Jamais elle n’oublierait ce qu’elle avait éprouvé en se faisant ainsi étrangler. Il était deux fois plus grand qu’elle, une vraie montagne de muscles, et la douleur qui lui brûlait la gorge était aussi intense que celle qui irradiait ses côtes. Elle avait alors pensé à sa famille en se préparant à la mort. Elle avait perdu connaissance, mais avait survécu : Terks savait qu’il n’aurait pu dissimuler son meurtre, et le Cool n’aurait pas apprécié la plaisanterie. Depuis, il ne l’avait plus touchée, mais lui avait juré qu’il s’occuperait bientôt de son cas.

Marie avait envisagé d’avertir Horace Starski, et s’était ravisée après que sa première tentative d’aborder le sujet de façon détournée se fut soldée par un échec. Une plainte plus explicite aurait été perçue comme une remise en question de l’État, et l’enquête du Cool aurait représenté un danger non seulement pour sa vie, mais également pour celle de ses proches. S’ils avaient découvert qu’elle était une espionne, elle aurait été transférée à Prinz-Albrecht-Strasse pour être interrogée, et le QG Câlins de Berlin était connu pour l’ultime degré de cruauté dont il était le théâtre quotidien. À l’approche de leur départ pour Londres, elle avait décidé d’attendre leur retour à Bruxelles pour s’occuper de Terks, certaine qu’il la laisserait en paix tant qu’il serait en territoire quasi étranger. La mission de Marie, à long terme, était de gravir les échelons jusqu’à accéder au Président, à Berlin, et entre-temps, fournir autant d’informations que possible à la Résistance. En dépit des conséquences, la première étant la compromission définitive de sa couverture, jamais elle n’aurait pu se résoudre à empêcher l’assassinat du Contrôleur, car cela aurait impliqué de tuer l’un des siens.

Avant que Terks prenne l’habitude de l’agresser, elle redoutait de susciter des soupçons. La façon dont les bulleux traitaient les animaux la révoltait, et elle avait à plusieurs reprises exprimé son dégoût en présence d’Horace Starski. Alors qu’elle était adolescente, ses tuteurs avaient eu le plus grand mal à tenter de la convaincre que les sous-humains n’éprouvaient aucune émotion, qu’ils étaient fondamentalement stupides et devaient être méprisés, et puis que de toute façon ils étaient la propriété de l’USE et n’existaient que pour satisfaire ses besoins : la génération de profit, le plaisir gustatif, le divertissement, la gestion de la colère, la création d’emplois subalternes pour les inférieurs. Jeune recrue, elle avait tenté de toutes ses forces d’y croire, mais en avait été incapable. Marie ne serait jamais Crate. Elle s’était alors concentrée sur la surveillance, la planification et le combat.

Son affectation auprès du Contrôleur Horace aurait pu être un véritable tremplin. Avec le temps, elle aurait pu accéder au statut de Cops Numéro 1, accumuler les années d’expérience, et peut-être finir par rejoindre l’équipe chargée de la surveillance du Président. Personne n’avait jamais vu ce personnage, mais ce qui la poussait à endurer tant d’abjections était la conviction qu’un jour elle le tuerait, et qu’elle mettrait ainsi un terme à l’USE Starski était un Contrôleur de haut rang, avec tout ce que cela impliquait, pourtant au quotidien c’était quelqu’un de charismatique et de presque aimable. Elle devait constamment se rappeler qu’il était l’un des principaux gestionnaires de cette dictature, un individu qui avait ordonné la torture et l’assassinat d’autres êtres humains, qui exploitait des animaux sans la moindre once d’humanité, un voleur et un menteur. Mourante, gisant au beau milieu du penthouse du Contrôleur, elle se dit qu’il était sûrement au fait de ce que Bob Terks lui avait fait subir, et qu’il avait sciemment décidé de laisser faire.

Marie était étendue sur l’un des canapés, et bien qu’elle eût en horreur cette peau et tout ce qu’elle représentait, elle ne pouvait plus bouger. Elle avait la sensation que ses artères avaient explosé et qu’elle se noyait dans son propre sang. Elle en avait plein la bouche. Elle avait mis la Fireball en mode médium, mais il s’agissait d’une arme particulièrement puissante, et des tessons de verre avaient tranché profondément dans sa chair. La fumée était épaisse, les flammes se propageaient. Elle était parvenue à relever sa Paume afin de pouvoir se zapper dans la tête lorsqu’elle commencerait à suffoquer. Il faudrait un certain temps au Cool pour réagir, mais ils ne tarderaient pas à arriver. L’USE serait considérablement ébranlé par cet attentat, et c’était là un motif de joie.

Ronsberger hurlait. À présent conscient, il était rongé par les flammes. C’était ignoble, mais lui aussi était un dégénéré, avec ses prostituées esclaves, ces zooclubs, et tous ses autres loisirs et habitudes. Marie ferma les paupières et eut l’impression de s’enfoncer dans un cercueil, la fourrure du canapé devint à ses yeux du velours écarlate, elle aurait tant voulu être le dernier moineau survivant, et pouvoir s’enfuir d’un battement d’ailes. Mais elle devait rester consciente en attendant l’ascenseur, et elle repensait à sa famille, évoquait dans sa mémoire leur image.

Elle était déterminée à profiter autant que possible de ses tout derniers instants, se concentrant sur ses meilleurs souvenirs, se revoyant enfant, sans le moindre souci au monde, et en même temps, elle restait professionnelle, l’esprit affûté, prête à se donner la mort d’un instant à l’autre plutôt que de périr dans les flammes de sa Fireball. Jamais elle ne les aurait laissés la prendre vivante, la transférer au Cool, puis au Hardcore, puis à Prinz-Albrecht-Strasse. Elle aurait aimé aller à Berlin, mais pas comme ça. L’incendie faisait rage. Elle était prête. La mort serait une libération.

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