Anthologie féminine
Georges de Peyrebrune
Le style pittoresque de Mme de Peyrebrune mérite une place dans la fin du XIXe siècle.
… … … … … … … … … … … .
Une mer calme, moirée, platement étendue, jusqu’à l’horizon lointain
marqué d’une ligne droite, sous le ciel qui la touche, uni comme
elle, est un spectacle morne et qui endort.
Et ce calme revêt cependant une grandeur troublante, quand le regard
peut embrasser une immense coulée, un vaste lambeau de mer, immobile
et bleu ainsi qu’un ciel tombé, et cela dans le grand silence des
nues, comme, par exemple, du haut d’une falaise très haute, à pic sur
cette immensité.
Là seulement on peut ressentir, autant qu’il est donné à nos sens de
la percevoir, la sensation de l’infini.
On conçoit la notion de l’âme errante dans l’espace. Un besoin de
planer vous emporte. Un désir inconscient vous fait tendre les bras,
comme si l’on ouvrait des ailes pour prendre un essor calme dans
cette solitude infinie où règne l’éternelle paix.
A ces hauteurs, et dans ce silence lumineux des espaces, la
pensée s’affine, en même temps qu’elle devient la dominante de
vos sensations. On ne vit plus que par la puissance de l’idée
contemplative; le corps allégé se tait. Et un bonheur inexprimable
enveloppe l’être conquis à ce prélude de dématérialisation.
… … … … … … … … … … … .
Le cri d’une mouette, la chute d’un peu de cette terre rouge qui
zèbre de laque les rocs crayeux de la falaise, le bourdonnement
d’une mouche, un coup de vent qui vous frôle et vous jette, en
passant, des mots mystérieux, en voilà assez pour composer une
symphonie qui complète l’idéale volupté, dont tout l’être frémit et
vibre.
Cependant, pour fleurir les herbes, des grappes de coccinelles
s’y suspendent en boutons: leurs rouges élytres, s’écartant pour
l’envolée, semblent l’éclosion subite d’une fleurette sanglante.
Et, comme des papillons blancs, les voiles des pêcheurs rasent le
flot lointain.
Baignés dans cet azur et dans ces cercles de lumières diffuses, les
yeux, où toute vie est montée, se pâment dans des délices de clartés.
Ils se pâment, et la rosée qui féconde l’âme coule de leur prunelle
extasiée.
THÉOSOPHIE
Mme TOLA-DORIAN
Née princesse Metcherscky, mariée à l’ancien député de la Loire, fils de l’ancien ministre des travaux publics et frère de M. Ménard Dorian, député de l’Hérault, Mme Tola-Dorian, tout en conservant l’âme slave, écrit mieux que plus d’une vraie Française; elle a su s’approprier le style de l’avenir. Après plusieurs traductions, elle a édité, comme œuvre personnelle, des Poèmes lyriques, et a fondé une revue théosophique, la Revue d’aujourd’hui. Entre autres écrivains féminins théosophiques, citons sommairement la duchesse de Pomar, la comtesse d’Adhémar, Mme Blanasky, etc.