Anthologie féminine

Louise d' Alq · Chapitre 61 sur 107

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Anthologie féminine

Le Moyen de Plaire

(_Essai de morale._)

 

M. de Moncrif a écrit sur l’art et les moyens de plaire; une de ses

phrases vaut tout son livre, et c’est celle-ci: «Le moyen le plus sûr

de plaire est l’oubli constant et presque total de soi-même pour ne

s’occuper que des autres.»

 

Les moyens de réussir dans le monde se composent donc d’une

bienveillance, d’une indulgence qui dénotent la bonté de l’âme,

et d’une attention scrupuleuse à remplir tous les devoirs de la

société. Une jeune femme à laquelle on trouve vraiment de l’esprit

et de l’instruction sans qu’elle ait cherché à le faire remarquer,

de l’agrément dans ses manières sans affectation, du goût dans sa

parure sans coquetterie, de la gaîté sans étourderie, du calme sans

indolence, des talents sans prétentions, me paroît un être vraiment

enchanteur, un modèle auquel on doit essayer de ressembler.

 

Une jeune femme bien pénétrée de tous ces principes en paraissant

dans le monde est presque sûre du succès le plus complet. Qu’elle y

joigne surtout un grand respect pour la vieillesse, une attention

recherchée pour les femmes âgées, dont le cœur est presque

généralement ulcéré d’avoir vu passer si rapidement les brillantes

années de la jeunesse, et dont le suffrage est entraînant lorsqu’il

est favorable à celles qui les remplacent sur le théâtre du monde.

Que les attentions nécessaires pour plaire ne s’adressent jamais aux

jeunes gens; qu’une femme ait soin d’éloigner de ses pas la foule de

ces dangereux adorateurs; ils l’en admireront davantage, et j’ose

assurer la jeune personne qui suivra religieusement ces conseils que

son triomphe sera complet, sera durable, et qu’elle réunira l’estime

générale au bonheur de plaire.

[Illustration]

 

Vous êtes un peu folle, et c’est vraiment dommage!

Ne me croyez pas en courroux:

De mon état ici je parle le langage,

Quand, au fond de mon cœur, un souvenir bien doux

M’accuse que j’étois cent fois pire à votre âge;

D’un peu d’étourderie enfin je vous absous.

Je crois que la gaîté peut être vive et sage,

Qu’on n’en médit souvent que lorsqu’on est jaloux

Et qu’on n’a plus le charmant avantage

De figurer parmi les fous.

 

[48] Mémoires, III, p. 163-164.

 

[49] C’est la mère de l’aimable auteur du roman plein d’esprit et

d’intérêt intitulé la Chapelle d’Ayton.

 

[50] Cette devise est très remarquable, en ce qu’elle fut

prophétique. Si cet homme infortuné avait été obscur, ou s’il avait

pu se cacher dans le temps de la Terreur, il vivrait encore.

Cette devise rappelle celle de Fouquet, qui eut le même genre de

singularité. Fouquet avait dans ses armes un écureuil: il prit pour

devise cet écureuil, qu’il plaça entre huit lézards et un serpent,

animaux qui se trouvaient dans les armes de Colbert et de Le Tellier,

ses ennemis. L’âme de cette devise était: _Je ne sais où ils

m’entraînent._ En effet, il fut entraîné où il n’avait pas prévu

qu’on pût le conduire.