Anthologie féminine
Le Moyen de Plaire
(_Essai de morale._)
M. de Moncrif a écrit sur l’art et les moyens de plaire; une de ses
phrases vaut tout son livre, et c’est celle-ci: «Le moyen le plus sûr
de plaire est l’oubli constant et presque total de soi-même pour ne
s’occuper que des autres.»
Les moyens de réussir dans le monde se composent donc d’une
bienveillance, d’une indulgence qui dénotent la bonté de l’âme,
et d’une attention scrupuleuse à remplir tous les devoirs de la
société. Une jeune femme à laquelle on trouve vraiment de l’esprit
et de l’instruction sans qu’elle ait cherché à le faire remarquer,
de l’agrément dans ses manières sans affectation, du goût dans sa
parure sans coquetterie, de la gaîté sans étourderie, du calme sans
indolence, des talents sans prétentions, me paroît un être vraiment
enchanteur, un modèle auquel on doit essayer de ressembler.
Une jeune femme bien pénétrée de tous ces principes en paraissant
dans le monde est presque sûre du succès le plus complet. Qu’elle y
joigne surtout un grand respect pour la vieillesse, une attention
recherchée pour les femmes âgées, dont le cœur est presque
généralement ulcéré d’avoir vu passer si rapidement les brillantes
années de la jeunesse, et dont le suffrage est entraînant lorsqu’il
est favorable à celles qui les remplacent sur le théâtre du monde.
Que les attentions nécessaires pour plaire ne s’adressent jamais aux
jeunes gens; qu’une femme ait soin d’éloigner de ses pas la foule de
ces dangereux adorateurs; ils l’en admireront davantage, et j’ose
assurer la jeune personne qui suivra religieusement ces conseils que
son triomphe sera complet, sera durable, et qu’elle réunira l’estime
générale au bonheur de plaire.
[Illustration]
Vous êtes un peu folle, et c’est vraiment dommage!
Ne me croyez pas en courroux:
De mon état ici je parle le langage,
Quand, au fond de mon cœur, un souvenir bien doux
M’accuse que j’étois cent fois pire à votre âge;
D’un peu d’étourderie enfin je vous absous.
Je crois que la gaîté peut être vive et sage,
Qu’on n’en médit souvent que lorsqu’on est jaloux
Et qu’on n’a plus le charmant avantage
De figurer parmi les fous.
[48] Mémoires, III, p. 163-164.
[49] C’est la mère de l’aimable auteur du roman plein d’esprit et
d’intérêt intitulé la Chapelle d’Ayton.
[50] Cette devise est très remarquable, en ce qu’elle fut
prophétique. Si cet homme infortuné avait été obscur, ou s’il avait
pu se cacher dans le temps de la Terreur, il vivrait encore.
Cette devise rappelle celle de Fouquet, qui eut le même genre de
singularité. Fouquet avait dans ses armes un écureuil: il prit pour
devise cet écureuil, qu’il plaça entre huit lézards et un serpent,
animaux qui se trouvaient dans les armes de Colbert et de Le Tellier,
ses ennemis. L’âme de cette devise était: _Je ne sais où ils
m’entraînent._ En effet, il fut entraîné où il n’avait pas prévu
qu’on pût le conduire.