Anthologie féminine

Louise d' Alq · Chapitre 10 sur 107

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Anthologie féminine

Virelay Xii

Se pris et los estoit à departir

Et à donner, selon mon jugement,

J’en sçay aucuns qui bien petitement

Y devroient à mon avis partir.

 

Et, non obstant qu’ilz cuident bien avoir

Assez beauté, gentillece et proece,

Et que chascun cuide un prince valoir,

A leurs beaulx faix appert leur grant noblece.

 

Mais puis qu’on voit, qui qu’il soit, consentir

A villains faits et parler laidement,

Pas nobles n’est; ains deust on rudement

D’entre les bons si faitte gens sortir

Se pris et los estoit à departir.

 

Ne en leurs dis, il n’a nul mot de voir

Grans vanteurs, sonts n’il n’est si grant maistrece

Qu’ilz n’osent bien dire que leur vouloir

En ont tout fait, hé Dieux! quel gentillece.

 

Comme il siet mal à noble homme à mentir

Et mesdire de femme et vrayement!

Telle gent sont drois villains purement,

Et devroit-on leur renom amortir

Se pris et los estoit à departir.

 

JEUX A VENDRE[16]

 

Je vous vens la rose de may?

Oncques en ma vie n’aimay

Autant dame ne damoiselle

Que je fais vous, gente femelle,

Si me retenez a amy,

Car tout avez le cœur de mi.

 

Je vous vens l’oiselet en gage?

Si vous estes faulx, c’est dommage,

Car vous estes et bel et doulx,

Si n’ayez telle tache en vous,

Et digne serez d’être aimé

Bel et bon et bien renommé.

 

[16] Ces jeux, que l’on trouve au nombre de cent soixante dans

les œuvres de Christine de Pisan, lui étaient demandés. Comme

aujourd’hui, on faisait en société des jeux d’esprit, on posait des

questions. Ceux-ci ont évidemment donné naissance à celui bien connu

des enfants: Je vous vends mon corbillon.