Anthologie féminine
Virelay Xii
Se pris et los estoit à departir
Et à donner, selon mon jugement,
J’en sçay aucuns qui bien petitement
Y devroient à mon avis partir.
Et, non obstant qu’ilz cuident bien avoir
Assez beauté, gentillece et proece,
Et que chascun cuide un prince valoir,
A leurs beaulx faix appert leur grant noblece.
Mais puis qu’on voit, qui qu’il soit, consentir
A villains faits et parler laidement,
Pas nobles n’est; ains deust on rudement
D’entre les bons si faitte gens sortir
Se pris et los estoit à departir.
Ne en leurs dis, il n’a nul mot de voir
Grans vanteurs, sonts n’il n’est si grant maistrece
Qu’ilz n’osent bien dire que leur vouloir
En ont tout fait, hé Dieux! quel gentillece.
Comme il siet mal à noble homme à mentir
Et mesdire de femme et vrayement!
Telle gent sont drois villains purement,
Et devroit-on leur renom amortir
Se pris et los estoit à departir.
JEUX A VENDRE[16]
Je vous vens la rose de may?
Oncques en ma vie n’aimay
Autant dame ne damoiselle
Que je fais vous, gente femelle,
Si me retenez a amy,
Car tout avez le cœur de mi.
Je vous vens l’oiselet en gage?
Si vous estes faulx, c’est dommage,
Car vous estes et bel et doulx,
Si n’ayez telle tache en vous,
Et digne serez d’être aimé
Bel et bon et bien renommé.
[16] Ces jeux, que l’on trouve au nombre de cent soixante dans
les œuvres de Christine de Pisan, lui étaient demandés. Comme
aujourd’hui, on faisait en société des jeux d’esprit, on posait des
questions. Ceux-ci ont évidemment donné naissance à celui bien connu
des enfants: Je vous vends mon corbillon.