Ce rival trop séduisant

Gaines · Chapitre 12 sur 20

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Ce rival trop séduisant

Chapitre 12

 

Le portable de Travis sonna à 3 heures du matin. Il roula sur le dos, dans un état de demi-sommeil, et attrapa son téléphone.

— Megan ?

En arrière-fond, il entendit les bruits d’une dispute, et il comprit tout de suite.

— Barbara est rentrée ? demanda-t-il.

— Oui, et Theo est là aussi.

Megan semblait épuisée. Il supposait qu’elle n’avait pas fermé l’œil depuis leur récente conversation.

— Ils sont arrivés en même temps, précisa-t-elle.

— Où étaient-ils ?

Travis se redressa dans le lit à une place où il avait dormi pendant toute son enfance et son adolescence, et repoussa les couvertures.

— Theo était à un concert rock, il n’a pas entendu le téléphone à cause de la musique.

En d’autres termes, le divorce était pour lui synonyme de liberté et il revivait son adolescence, songea-t-il. Il se leva et s’approcha de la fenêtre.

— Et Barbara ? demanda-t-il.

Derrière Megan, la dispute s’intensifiait.

— Un instant, Travis.

Elle avait dû recouvrir le combiné avec sa main, car sa voix lui parvenait maintenant étouffée, mais pas assez toutefois pour qu’il ne puisse l’entendre.

— Taisez-vous, tous les deux, ou vous allez réveiller les enfants !

Travis suspecta que le silence qui s’ensuivit relevait davantage de la surprise que de l’obéissance. Mais il pouvait se tromper : il n’avait jamais vraiment vu Megan en colère.

— Attends, lui dit-elle en reprenant la communication, je vais dans la cuisine.

Une fois hors de portée des Hoskins, elle reprit :

— Barbara, elle, est sortie en laissant les enfants seuls.

Travis grimaça. Ce n’était pas bon pour sa cliente, ça. Pas bon du tout.

— Elle avait prévu de dîner en ville avec un ami, mais tard dans la soirée, car elle ne voulait pas partir avant que les enfants ne soient couchés, précisa Megan. La baby-sitter était prévue pour 21 heures, mais juste au moment où elle était censée arriver, elle a appelé pour dire qu’elle aurait dix minutes de retard.

— Je crois deviner ce qui s’est ensuite passé, marmonna Travis.

— Les enfants étaient endormis, alors Barbara s’est dit qu’ils pouvaient rester seuls sans problème jusqu’à ce que la baby-sitter arrive.

Sa voix s’était faite plus basse, plus intime. Elle avait dû rapprocher le combiné de sa bouche. Une bouche dont le dessin s’imposa soudain à l’esprit de Travis, comme si Megan se tenait juste devant lui…

— Mais il se trouve que la baby-sitter n’est finalement pas venue, conclut Megan. Sa voiture est tombée en panne. Elle a laissé un message sur le portable de Barbara qui, comme nous le savons, avait oublié son téléphone à la maison.

Megan s’interrompit avant de préciser :

— Barbara est toute bouleversée.

— Elle peut l’être ! s’exclama Travis. Elle a été tout à fait irresponsable.

Bien qu’il fût discret, le bâillement de Megan ne lui échappa pas.

— Travis, Theo va demander la garde provisoire des enfants dès lundi matin.

*

* *

Il était rare que Megan soit nerveuse lors d’une audience. En général, elle mettait un point d’honneur à être prête au-delà de ce que l’on attendait d’elle, et c’était ce qui lui donnait toute confiance en ses moyens.

Ce jour-là pourtant, ce n’était pas le cas. Pour la première fois, Theo allait voir de quoi elle était capable, tout comme Travis. Or, contrairement à la plupart des avocats qu’elle avait affrontés jusque-là, ce dernier était un peu trop imprévisible à son goût…

Lorsqu’elle vit son père s’installer dans la salle, son anxiété redoubla.

En dépit de la faute grave de Barbara, le samedi précédent, Megan était dans ses petits souliers en demandant la garde des enfants pour son client ; d’habitude, et même si la cour revendiquait un traitement égal des deux parents, c’étaient plutôt les mères qui obtenaient gain de cause.

Elle vérifia ses notes pour la vingtième fois. Elle avait tout ce dont elle avait besoin.

Travis était assis du côté de l’allée, parfait dans son costume noir, sa chemise blanche et sa cravate couleur bronze à fines rayures noires et blanches. Il était appuyé contre le dossier de sa chaise, et paraissait aussi décontracté que la première fois qu’elle l’avait vu, c’est-à-dire comme s’il s’apprêtait à lever la main pour commander une bière.

A droite de Megan, Theo ne cessait de tripoter son BlackBerry.

— Vous croyez qu’on a des chances de gagner ? lui demanda-t-il d’une voix tendue.

C’était la question que posaient traditionnellement les clients, juste avant l’audience, assaillis par une anxiété de dernière minute.

Elle ne répondait jamais de façon négative, et elle n’était pas prête à commencer.

— Oui, nous allons l’emporter, affirma-t-elle.

La juge Sylvia Teague fit son entrée, et Megan, à l’instar des autres personnes présentes dans la salle, se leva. Tout comme Barbara, la juge était mère de deux enfants et s’intéressait avant tout à sa carrière. Elle était aussi divorcée, ce qui était un détail non négligeable. Megan ne savait pas si elle en voudrait à sa cliente pour avoir trahi la cause des femmes, ou si elle éprouverait de la sympathie pour une battante qui s’efforçait d’être sur tous les fronts.

Comme c’était Theo qui avait réclamé la garde provisoire des enfants, c’était à Megan d’intervenir la première.

— Racontez à la cour les appels que vous avez reçus samedi de votre fils, demanda-t-elle à Theo.

Elle avait recommandé à ce dernier d’exposer simplement les faits et de ne pas traiter sa femme de tous les noms, comme il l’avait fait l’autre soir. Elle fut heureuse et rassurée qu’il tienne compte de ce conseil.

Après quoi, elle présenta le cas brièvement et clairement. Barbara Hoskins, en sortant rejoindre son ami avant que la baby-sitter ne soit arrivée, avait démontré qu’elle était incapable de s’occuper de ses enfants. Et que, dans ces conditions, ils seraient mieux avec leur père.

Ce fut ensuite au tour de Travis d’intervenir.

Il se leva, toujours aussi calme et décontracté.

— Madame la juge, commença-il.

Un frisson parcourut Megan…

— Je voudrais poser quelques questions à M. Hoskins, dit-il.

Le contre-interrogatoire auquel se livra Travis ne révéla rien de ce qu’ils ne savaient déjà : Theo avait été injoignable, parce qu’il assistait à un concert de rock, il avait eu connaissance des messages de son fils en quittant le concert et regagné la maison en taxi parce qu’il avait bu, ou comme Megan le corrigea dans son objection, parce que son taux d’alcool était supérieur au seuil légal autorisé pour conduire.

Ensuite, Theo fut contraint d’admettre que la semaine précédente, alors que Barbara était en voyage d’affaires, il n’avait pas pu s’occuper des enfants, parce que lui aussi était en déplacement professionnel. Sa femme avait par conséquent été contrainte d’écourter son voyage, parce qu’elle ne voulait pas que les enfants passent plus d’une nuit avec une baby-sitter. Travis souligna donc par là qu’elle était une mère modèle.

Etait-ce dû au manque de sommeil ou au fait que l’audience pour la demande de garde avait été accordée sans délai ? Toujours est-il que Megan commençait sérieusement à s’inquiéter pour l’affaire. Pourquoi les Hoskins n’avaient-ils pas essayé de faire fonctionner leur mariage, au nom de leurs enfants ?

Elle observait attentivement Travis tandis qu’il interrogeait Theo. Il avait l’air tout aussi épuisé qu’elle, mais les effets de la fatigue lui prêtaient un air plutôt farouche.

Quand il s’adressa à la juge, elle comprit qu’il avait effectué les mêmes recherches qu’elle sur sa personne. Sylvia Teague hocha inconsciemment la tête quand il décrivit les difficultés d’une mère élevant seule ses enfants, et comme il était angoissant pour elle de les laisser à la garde d’un père alcoolique…

Là, Megan bondit.

— Objection ! s’écria-t-elle. Il n’a jamais été établi que Theo Hoskins était alcoolique, à part par sa femme qui réclame la garde des enfants. Mon client nie formellement toute dépendance à l’alcool.

— Objection accordée, répondit la juge. Monsieur Jamieson, veuillez vous en tenir aux faits, s’il vous plaît.

Curieusement, Megan crut entendre comme de l’indulgence dans la voix de la juge Teague qui, apparemment, n’était pas insensible au charme de Travis.

Ce dernier adressa un sourire contrit à la juge, mais ses excuses faussement embarrassées ne trompèrent pas Megan. Cet homme était dangereux.

Elle s’efforça de se concentrer sur ses propos, et émit encore deux objections. Après la seconde, il lui lança un coup d’œil qui lui procura un sentiment de triomphe bien plus délectable que ne l’avaient fait beaucoup des batailles qu’elle avait remportées.

La juge Teague se retira pour considérer l’argumentation de deux parties. Elle rendrait son verdict rapidement ; la nature urgente de la situation requérait une décision immédiate.

Megan ignorait quel serait ce verdict. Quand elle se tourna vers son père, il haussa les épaules ; dans le doute, il s’abstenait.

Theo et elle quittèrent la salle d’audience et firent les cent pas dans le hall. Ils ne virent trace ni de Travis ni de Barbara.

Une heure plus tard, on les rappela, et Megan se demanda si une décision si rapide était bon signe ou non.

La juge Teague commença par complimenter les deux avocats pour la clarté de leurs argumentations. Pétrifiée d’angoisse, ce qui ne lui arrivait jamais, Megan parvint à peine à sourire. La juge énuméra ensuite ce qu’elle considérait comme les points les plus importants.

— C’était une décision difficile à prendre, conclut-elle. Mais tout bien pesé, je donne raison à M. Theo Hoskins et lui confie la garde des enfants.

Megan sentit toute la tension la quitter d’un seul coup. Elle avait gagné !

Theo lui serra chaleureusement la main, radieux.

— Vous avez été formidable, Megan ! Vraiment formidable. Cela signifie tellement pour moi… Si vous saviez… Merci. Merci beaucoup !

Sa voix tremblait d’émotion.

— Je suis très heureuse pour vous, lui répondit Megan en s’efforçant d’ignorer les larmes de Barbara.

— J’aimerais que vous m’accompagniez quand j’irai chercher les enfants, ce soir.

Megan frissonna malgré elle. Elle n’aimait pas beaucoup ce genre de situation, mais elle ne pouvait refuser.

— Bien sûr.

— Il faut que je prépare leur arrivée. Tout s’est passé si vite.

Theo vérifia rapidement les messages de son BlackBerry avant d’ajouter :

— Je serai prêt à 17 heures.

— Parfait.

Megan ferma son attaché-case avant d’ajouter :

— Theo ?

— Oui ?

— Accordez-moi une faveur et faites disparaître toutes vos bouteilles d’alcool avant que les enfants n’arrivent.

Il rougit violemment et acquiesça d’un rapide mouvement de tête. *

* *

Travis était présent aux côtés de Barbara, lorsque Theo, accompagné de Megan, alla chercher ses enfants. Le transfert se passa en douceur, si on ne s’attardait pas sur la blancheur de Marcus et la confusion de Chelsea.

Quand la Volvo de Theo s’éloigna avec les enfants attachés à l’arrière et que Barbara rentra chez elle en faisant claquer la porte derrière elle, Megan se sentit vidée.

— Tu as conscience que nous allons sous peu revivre la même épreuve ? lui dit Travis. Barbara a l’intention de faire appel.

— J’imagine. Je ne sais même pas si la juge Teague a pris la bonne décision. Qu’est-ce qui est préférable pour les enfants ? Un père qui a tendance à abuser de l’alcool ou une mère adultère ?

Megan se dirigea alors vers sa BMW, garée près de la Chevrolet de Travis.

— C’est sinistre, marmonna-t-il.

Il posa sa main sur son bras et ajouta :

— Tu as fait du beau travail pour ton client, ce matin, à l’audience.

— Merci, toi aussi.

— Mais c’est toi qui as gagné.

— Le match était serré. Même mon père l’a dit.

Travis demeura immobile quelques secondes, le doigt sur la télécommande. Puis il appuya sur le bouton « Déverrouillage » et les témoins lumineux de sa voiture clignotèrent. Il n’ouvrit pas sa portière pour autant.

— Quand est-ce que ton père t’a dit ça ? demanda-t-il.

— Nous nous sommes parlé après l’audience. Il a été impressionné par ta prestation.

Son père l’avait complimentée pour sa victoire, mais il lui avait aussi fait remarquer qu’elle avait bien failli perdre en raison des talents de Travis.

Ce dernier fixa un point au loin.

— Et est-ce que cette victoire augmente tes chances de décrocher la direction de Merritt, Merritt & Finch ?

— Tu plaisantes ? s’exclama Megan d’un ton amer. Peu après m’avoir félicitée, mon père m’a dit que cela ne changeait rien à ses positions concernant le poste. Je ne figure toujours pas sur la liste des candidats retenus.

— Et cela ne t’a pas blessée ?

Les yeux de Travis avaient viré au noir opaque, et il semblait préoccupé.

— Non, répondit-elle, mais je ne m’attendais pas à de tels propos…

Elle fit une pause et ajouta :

— Tu sais, j’ai réfléchi à ce que tu m’as dit. A ton besoin de quitter PPA.

Le visage de Travis se ferma encore plus.

Elle fixa ses clés de voiture et hésita un peu avant de lever les yeux vers lui.

— Est-ce que tu veux venir à la fête de Noël du cabinet, demain ?

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