Ce rival trop séduisant
Chapitre 16
Le mercredi matin, Megan arriva au cabinet la tête haute, mais l’esprit brouillé. Elle s’était littéralement offerte à Travis et il l’avait tout simplement repoussée ! Dieu merci, elle n’avait pas été folle au point de tomber amoureuse de lui !
Elle se ressaisit en voyant que Trisha l’observait depuis quelques secondes.
— Trisha, trouvez-moi une photocopie du contrat de mariage des Hoskins, lui ordonna-t-elle.
Trisha sourcilla devant son ton autoritaire, mais obéit sans un mot.
Le travail, songea Megan. Il n’y avait que le travail qui pourrait occuper son esprit. Et elle devait à tout prix battre à plates coutures Travis dans l’affaire Hoskins. Le contrat de mariage était une arme de choix.
Elle entra dans son bureau où, Dieu merci, Travis n’avait jamais pénétré, de sorte qu’aucun souvenir de lui n’y flottait, ce qui n’était plus le cas chez elle, ni dans une des salles de réunion du cabinet. Elle sortit son ordinateur portable de sa housse et le posa sur sa table de travail. Comme elle le branchait, elle aperçut un livre qui détonnait parmi les ouvrages de droit empilés dans un coin.
C’était le roman noir que Travis lui avait prêté, Silence dans la tombe. Il lui avait assuré qu’elle en tirerait un grand plaisir de lecture. Machinalement, elle s’empara du livre et l’ouvrit au hasard.
Un homme était en train de se faire matraquer par une femme pleine de rage ! Megan sourit. Son intérêt fut piqué et elle lut quelques pages. Quand son téléphone sonna, elle referma vivement le roman, se sentant coupable.
— Un homme veut vous voir, lui dit la réceptionniste. Il vous apporte des fleurs.
Travis ! Il venait pour s’excuser. Il s’était sûrement rendu compte qu’il avait commis une erreur en partant. Allons, elle n’aurait peut-être pas à le matraquer, après tout.
— Faites-le entrer, dit-elle.
Elle était en train d’arranger ses cheveux, lorsque la porte de son bureau s’ouvrit… sur Nick Stanton, un énorme bouquet de roses à la main.
— Nick…
Elle parvint à masquer sa déconvenue et, un sourire affable aux lèvres, elle contourna son bureau et s’approcha de lui.
— Je t’ai appelée plusieurs fois, sans parvenir à te joindre. Alors j’ai pensé que tu avais besoin que je te convainque de façon plus personnelle d’accepter une invitation à dîner.
— Oh, je suis désolée, mais c’est la folie au cabinet, en ce moment, éluda-t-elle.
Il jeta un regard sur le roman qui trônait sur son bureau, et elle s’empara vivement des fleurs pour détourner son attention.
— Elles sont très belles, Nick, merci !
— Assez belles pour me valoir un rendez-vous ?
Il lui sourit, et ses yeux bleus scintillèrent de façon charmante.
— J’ai passé une excellente soirée, la dernière fois, ajouta-t-il.
— Moi aussi, répondit-elle en allant poser le bouquet sur une petite table basse, dans un coin.
C’était en partie vrai, du moins jusqu’à ce que Travis fasse son apparition et éclipse Nick, ainsi que tous les autres hommes présents à la réception, d’ailleurs.
Mais Nick était gentil, poli, intelligent, et il avait un certain sens de l’humour qui ne lui déplaisait pas. Peut-être allait-elle accepter son invitation. Elle se tourna vers lui et le surprit en train de loucher sur ses jambes, que mettaient en valeur sa jupe au-dessus du genou et ses escarpins à hauts talons. Quand leurs regards se croisèrent, le sourire de Nick s’élargit.
C’était précisément ce dont elle avait besoin, se dit-elle, à savoir qu’on lui rappelle que Travis Jamieson n’était pas le seul homme qui existait sur Terre.
— Je serais ravie de dîner avec toi.
— Parfait !
Il prit ses mains dans les siennes.
— Quel jour ?
Qu’il était agréable qu’un homme aussi peu compliqué que Nick s’intéresse à elle ! Elle était absolument certaine qu’il n’allait pas lui demander d’abandonner sa carrière pour élever ses enfants.
— Samedi, cela te convient-il ? A moins d’un empêchement de dernière minute en raison d’une affaire délicate dont je m’occupe en ce moment, ajouta-t-elle aussitôt, plus tout aussi sûre d’avoir réellement envie de ce dîner en tête à tête avec Nick. Mon travail empiète beaucoup sur ma vie personnelle, tu sais ?
— Aucune importance. Je m’adapterai à ton emploi du temps.
Ce n’est pas Travis qui lui dirait une chose pareille, songea-t-elle avec un petit pincement au cœur.
*
* *
Travis appuya sur le bouton de l’ascenseur pour monter à l’étage où travaillait Megan. Il se pouvait qu’il gâche tout, mais il se devait d’être honnête. Et plus rien ne l’arrêterait.
Il devait soulager sa conscience.
— Travis Jamieson, pour Megan Merritt, annonça-t-il à la réceptionniste du troisième étage.
— Est-ce que vous avez rendez-vous ?
— Non, je…
Il entendit quelque part le rire d’une femme. Oh, un rire discret, mais c’était le rire de Megan, il l’avait tout de suite reconnu. Cela venait du bureau d’angle aux parois en verre.
Alors, il se figea. Megan se tenait tout près — bien trop près — d’un homme qui lui souriait. Un homme qui était en train de lui tenir les mains ! Stanton ! Ah, elle n’avait pas perdu de temps !
Travis arracha le téléphone à la réceptionniste et raccrocha, sans prendre garde à ses protestations.
— Je vais m’annoncer moi-même, dit-il d’un ton où sourdait la colère.
D’un pas décidé, il se dirigea vers le bureau de Megan et ouvrit grand la porte.
Megan sursauta et s’écarta de Nick.
— Désolée, Megan, s’empressa de dire Anna, la réceptionniste, qui entra sur les talons de Travis. Je n’ai pas pu le retenir.
— Bonjour, Travis, dit Nick d’un ton aimable.
— Stanton. Qu’est-ce que tu fais ici ? répliqua-t-il en fronçant les sourcils à la vue du bouquet de roses.
— Et toi ?
— Travis est venu au sujet du divorce dont nous nous occupons tous les deux, intervint Megan.
Travis acquiesça vaguement ; à cet instant précis, il n’avait que faire de l’affaire Hoskins.
Nick les regarda l’un après l’autre, sceptique. Megan aurait aimé lui dire qu’ils se verraient comme convenu samedi soir, mais si Travis était venu pour s’excuser et lui dire qu’il avait reconsidéré la situation entre eux, elle ne voulait pas prendre le risque de tout compromettre…
— Nick, dit-elle, il faut que je me mette au travail. Je t’appellerai.
Nick ne goûta pas vraiment de se faire congédier, mais comme c’était un gentleman, il lui serra la main et quitta son bureau, en compagnie de la réceptionniste.
Après leur départ, un lourd silence s’abattit dans la pièce.
Travis était dans une colère noire, nota-t-elle. Les mâchoires serrées, il la contemplait d’un regard flamboyant. Il était purement et simplement jaloux.
Quant à elle, elle était toujours en colère contre lui. Cependant, en dépit de leur petite scène de la veille, il se trouvait dans son bureau. Alors, au fond, peut-être pouvaient-ils trouver un compromis…
Respirant profondément, elle lui saisit le bras.
— Travis, il ne s’est rien passé avec Nick. Je te le jure.
Elle se serra contre lui et entendit son cœur battre à toute vitesse. Elle sourit, rassurée.
— Je suis si heureuse que tu sois venu.
A ces mots, il s’écarta d’elle comme si elle venait de lui donner un coup de poing.
— Megan, je suis désolé. Je n’avais pas le droit de te faire cette scène devant Stanton. Je n’ai aucun droit sur toi. Tu vois qui tu veux.
Tous les espoirs de Megan s’envolèrent, et elle recula jusqu’à s’appuyer contre son bureau, les jambes tremblantes.
— Dis-moi ce que tu as sur le cœur, Travis. Je me suis abandonnée à toi, hier soir, et je me sens idiote de l’avoir fait. Est-ce que je viens de nouveau de me couvrir de ridicule ?
Il la regarda comme s’il allait lui faire du mal et qu’il ne pouvait pas faire autrement.
— Megan, ce poste que tu veux, la direction de Merritt, Merritt & Finch… je le veux aussi.
Avait-elle bien compris ? Il renonçait à ses idéaux de famille idéale et il voulait la soutenir dans sa carrière ? Elle scruta son visage avec une attention soutenue, confuse.
— Tu veux dire que… toi aussi, tu veux que je l’obtienne ? articula-t-elle lentement.
Travis serra les mâchoires, et son visage s’assombrit.
— Non, je ne veux pas que toi, tu l’obtiennes… Megan. Avant de te rencontrer, j’avais envoyé mon CV à ton père…
Et il passa aux aveux, lui apprenant des choses qu’elle n’aurait jamais soupçonnées. Sur le dessein qu’il nourrissait de diriger le cabinet de son père. Sur la façon dont il avait harcelé Barbara pour qu’elle le prenne comme avocat dès qu’il avait appris qu’elle représenterait la partie adverse. Sur l’entretien avec son père à son domicile, la veille.
— Ton père a accepté de prendre ma candidature en considération, lui avoua-t-il enfin.
— Pour… pour le remplacer ? Ici ? A la tête de Merritt, Merritt & Finch ? bredouilla-t-elle, tout en s’agrippant à son bureau. C’est moi contre toi ?
— Nous ne sommes pas les seuls candidats retenus. Je te rappelle que…
— Pendant tout ce temps, c’était mon père que tu visais, le coupa-t-elle.
— Si j’avais su que…
Mais elle ne l’écoutait plus ; les pièces du puzzle se mettaient doucement en place dans son esprit.
Un flot de mots et d’images l’assaillit soudain. Travis au Jury, la détaillant avec intérêt, sauf qu’il était concentré sur son père. Le match de basket, où il avait deviné son ambition. Ses questions sur ses objectifs professionnels et sa vie personnelle. Sa façon de gagner sa sympathie en lui racontant l’histoire de sa propre famille et son souhait de regagner la confiance de sa ville natale. Sa demande d’être présenté à son père, son besoin que Jonah le considère comme un véritable partenaire. Ses baisers. Son refus de lui faire l’amour…
Une immense sensation de vide l’envahit.
Elle vacilla.
Travis s’avança pour la retenir. Echapper à son étreinte devint alors son objectif premier, et par la seule force de sa volonté, elle se ressaisit et le repoussa. Elle marcha lentement vers la porte de son bureau, qu’elle ouvrit avant de la lui désigner.
— Dehors !
Travis ne fit pas un geste.
— J’aurais dû te raconter tout cela plus tôt, je sais, dit-il alors. Mais je ne pensais pas que tout deviendrait si… compliqué entre nous. Je suis désolé.
Non, elle ne devait pas l’écouter. Elle devait rester imperméable à ses excuses. Pendant tout ce temps il l’avait trompée. Qu’il parte et qu’il ne lui adresse plus jamais la parole !
Il poussa un juron.
— Arrête de me regarder comme si j’avais noyé ton chat, Megan ! Jusqu’à hier, ton père n’envisageait même pas de retenir ma candidature. Pas même la tienne, d’ailleurs. Il se fichait pas mal de nos désirs.
— Tu savais que tu voulais ce poste et tu ne m’as rien dit, dit-elle d’un air obstiné.
— Je te le dis maintenant et j’ajoute que je suis désolé.
— Désolé au point de retirer ta candidature ?
Il ne répondit pas tout de suite, et elle lut dans ses yeux une succession d’émotions qu’elle fut incapable de déchiffrer.
— Ecoute, Megan, je tiens enfin l’occasion de rendre mes parents et ma ville fiers de moi. Tu me l’as toi-même avoué, tu figures en dernière position sur la liste de ton père. A quoi cela sert-il que tu me forces à me retirer, si c’est pour avoir un patron comme Grayson ?
— C’est pour cela que tu m’as dit toutes ces horreurs sur Robert… Et moi qui te croyais jaloux.
— J’étais jaloux. Et aussi inquiet pour toi. Et ce que je t’ai dit sur Grayson est vrai.
Elle prit une grande inspiration et ferma les yeux quelques secondes.
— Je t’ai dit de sortir, Travis, reprit-elle d’un ton dur. Qu’est-ce que tu fais encore ici ?
— Je ne sais pas…
Se dirigeant vers la porte, il s’arrêta à sa hauteur.
— Bonne chance pour le poste, Megan.
*
* *
Travis fut impressionné par la capacité de Megan à assurer ses rendez-vous comme si rien ne s’était passé entre eux. A deux reprises la semaine suivante, ils se retrouvèrent autour d’une table de réunion avec les Hoskins. Megan se montra polie et extrêmement professionnelle, lui serrant la main sans laisser transparaître la moindre émotion. L’expression de son visage, qu’il pouvait si facilement déchiffrer jusque-là, était désormais impénétrable. Quant à lui, il n’arrivait pas à détacher les yeux de la jeune femme, à faire abstraction de sa voix mélodieuse, à ignorer son parfum qui flottait dans la pièce…
Ces deux rendez-vous furent un supplice.
Le jeudi soir, il resta tard au bureau, à relire le contrat de mariage des Hoskins, peut-être pour la centième fois…
Bon sang, cette femme le rendait fou !
Pour tout arranger, le dossier Hoskins stagnait, et s’il voulait impressionner Jonah, qui souhaitait désigner son candidat avant Noël, ses chances s’amenuisaient de jour en jour.
Il avait toutefois décroché un deuxième entretien avec Jonah durant lequel il lui avait fait part de ses projets pour le cabinet. Ce dernier lui avait posé le genre de questions où il excellait, et il avait longuement réfléchi avant de répondre. Jonah l’avait parfois interrompu pour émettre des objections, mais il avait aussi souvent approuvé en hochant la tête. Travis était familier de ce petit hochement de tête : Megan avait la même manie.
Bon sang, ne pouvait-il donc pas la faire sortir de ses pensées ? Apparemment, non…
Il revoyait le plus souvent leur dernier rendez-vous, chez elle ; l’humiliation, le choc et le sentiment d’avoir été trahie qu’il avait lus sur son visage.
Comment avait-il pensé recouvrer son intégrité en trahissant la confiance d’une femme telle que Megan ?
Il avait tout gâché.
Il se remit à feuilleter le contrat de mariage des Hoskins, preuve éclatante du manque de confiance d’un couple dans son propre avenir. Combien de fois n’avait-il pas fait la leçon à Megan sur l’importance de travailler une relation ?
Furieux contre lui-même et le monde entier, il jeta le contrat à la poubelle.
S’il voulait pouvoir de nouveau se regarder dans la glace, il ne lui restait qu’une chose à faire : aider Megan à décrocher le poste qu’elle désirait plus que tout.
*
* *
A 7 heures, le matin suivant, il l’appela sur sa ligne privée au bureau, sachant qu’elle s’y trouvait déjà. Il masqua son numéro pour éviter qu’elle laisse sonner le téléphone sans répondre.
— Megan Merritt à l’appareil, dit-elle en décrochant. Allô ?
Elle semblait endormie, comme si elle venait juste d’arriver et n’avait pas eu le temps d’avaler un premier café. Ces fameux express qu’elle buvait pour impressionner son père.
Travis sentit de la sueur couler sur son front.
Il l’imagina assise à son bureau, son café à la main, calant une mèche de cheveux couleur de miel derrière l’oreille, réprimant peut-être un bâillement… Il aurait tant aimé être à ses côtés.
— Allô ? répéta-t-elle.
— C’est moi, dit-il d’une voix rauque. Comme je suis heureux t’entendre le son de ta voix.
Un silence suivit.
— Excusez-moi, qui est à l’appareil ?
L’espace d’une seconde, il pensa qu’elle ne l’avait pas reconnu et en éprouva une violente douleur. Puis il entendit la colère derrière la froideur du ton.
— Très bien, dit-il. Tu me fais marcher. Pas étonnant que tu me manques.
Megan ne répondit pas. Chaque mot que Travis prononçait lui perçait le cœur.
Il lui avait fallu des jours pour digérer sa trahison. Un souvenir lui revenait toujours à l’improviste pour renouveler son sentiment d’humiliation, une chose qu’elle avait dite ou faite, et qui avait dû le faire bien rire.
Elle était en outre honteuse que, en dépit de ces souvenirs-là, il continue à lui manquer… Oui, sa compagnie lui manquait, sa conversation, ses baisers… Mais elle n’était pas stupide au point de s’exposer à de nouvelles souffrances. Elle regarda par la fenêtre ; quelques semaines auparavant, il l’attendait dans la rue…
— Je n’ai rien à te dire, Travis, laissa-t-elle tomber.
— C’est dommage, car moi, j’ai beaucoup de choses à te dire. Il faut que l’on se voie. Ne serait-ce que pour nos clients.
— Tu aurais dû penser à eux avant d’offrir tes services à Barbara. Ou avant de m’embrasser, et de m’épier et de faire comme si je te plaisais !
Sa voix avait monté dans les aigus. Elle devait vite se reprendre, si elle ne voulait pas éclater en sanglots.
— Tu me plais, Megan. Tu comptes beaucoup pour moi.
— Les gens qui comptent les uns pour les autres, comme tu dis si bien, ne se trahissent pas, ne se poignardent pas dans le dos ! Et maintenant, par ta faute, nous sommes bloqués dans les négociations. Je te préviens que si Theo se rétracte et qu’il ne donne pas les contrats promis au cabinet…
Elle s’interrompit. N’avait-elle donc pas encore compris que lui livrer des informations d’ordre si personnel, c’était fournir des munitions à l’ennemi ?
Mais Travis était-il vraiment un ennemi ? Bien sûr, il n’avait pas hésité un seul instant quand elle lui avait proposé de le présenter à son père ; cela servait son projet. Mais il n’avait pas non plus hésité à prendre sa défense contre son père, provoquant la colère de ce dernier…
Non, elle ne voulait pas penser à ça. Néanmoins…
— Je peux venir te voir sur-le-champ, si tu le veux, et nous pourrons parler, lui proposa Travis.
Elle regarda sa montre.
— Dis-moi maintenant ce que tu as à me dire, répondit-elle. Tu as deux minutes.
— J’ai besoin de plus.
— Tu penses qu’il te faudra plus de temps, cette fois, pour me trahir ?
Elle l’entendit pousser un soupir exaspéré.
— Il nous faut du temps pour surmonter cette… antipathie afin qu’elle ne déteigne pas sur l’affaire Hoskins, répondit-il. Je te propose que nous dînions ensemble demain soir.
A la pensée de dîner avec elle, Travis sentit son cœur battre un peu plus fort, et se mit à imaginer la scène : quand ils seraient assis l’un en face de l’autre, dans un restaurant respectable et convivial, il lui exposerait son plan pour l’aider. S’il le lui livrait au téléphone, elle ne le croirait jamais.
— Je ne peux pas, répondit-elle. J’ai un rendez-vous.
Il eut l’impression que l’on venait de lui assener un coup de poing qui lui aurait coupé la respiration.
— Avec qui ? siffla-t-il entre ses dents.
— Avec Nick, bien sûr. Je l’ai vu plusieurs fois la semaine dernière. Je lui fais confiance, à lui.
Travis s’approcha de la fenêtre. Il contempla la rue et compta jusqu’à dix tout en observant le postier sur son vélo. Parfait, elle sortait avec Stanton. Elle était aussi sortie avec Robert Grayson, et il ne signifiait rien pour elle. Bien sûr, Grayson n’était pas un aussi bon parti que Stanton, qui était sans doute le rêve incarné de toute avocate. Mais elle n’avait pas le droit de…
Incapable de se retenir, il lança :
— Tu couches avec lui ?
Elle laissa échapper un petit rire qui lui fit plus de mal qu’il ne l’aurait cru.
— Cela ne te regarde pas.
— Très bien… Est-ce que tu le considères comme ton petit ami ?
Il s’attendait à ce qu’elle lui répète que ce n’était pas ses affaires, mais ce fut d’une voix très calme qu’elle lui répondit :
— Il en prend le chemin.
Cette réponse l’anéantit.
Une femme avec qui il n’avait même pas couché, qu’il n’avait même jamais vue nue…
Il était pitoyable.
— Travis ?
— Oui ?
Que pouvait-elle encore lui dire de pire ?
— Tes deux minutes sont écoulées, déclara-t-elle.
Décidément, elle pouvait toujours frapper plus fort.
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