Ce rival trop séduisant

Gaines · Chapitre 9 sur 20

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Ce rival trop séduisant

Chapitre 9

 

Après avoir raccompagné son père jusqu’à l’ascenseur, Megan revint vers la salle de conférences, le cœur lourd. En dépit du compliment qu’il lui avait fait sur son intelligence, elle n’était pas convaincue qu’il lui donnerait sa chance.

Malgré le fait que Travis avait pris sa défense. Mais pourquoi diable avait-il fait ça ?

Elle s’arrêta sur le seuil. Travis était assis sur un coin de table, le regard fixe, et il avait l’air aussi abattu qu’elle. Cela n’avait aucun sens.

— Merci de m’avoir défendue devant mon père, dit-elle, gênée.

Il releva les yeux.

— Oh ! je t’en prie.

Elle s’avança vers la table et referma son classeur.

— Mon père n’aime pas qu’on lui dise qu’il a tort.

— Cela ne veut pas dire que tu dois accepter qu’il te sous-estime.

— Je n’ai pas besoin de tes conseils, Travis.

— Décidément, ton besoin inné de me remettre à ma place l’emporte sur ta gratitude envers moi. Tu as de la chance que cela me plaise.

Il s’étira et elle vit ses muscles rouler sous sa chemise ; elle ne put s’empêcher de laisser son regard se promener sur son torse. Leur rendez-vous de travail s’était déroulé sans qu’elle pense trop à la soirée de la veille, mais à la façon dont son cœur cognait à présent, elle comprit qu’elle avait atteint ses limites.

— Tu aimes que l’on te remette à ta place ? lança-t-elle d’un ton léger. J’en déduis que ta vie manque singulièrement de piquant. Je suis surprise.

— Parce que tu penses que je sors tous les soirs ?

— Pour tout dire, je ne pense pas vraiment à toi.

— Menteuse !

Il se redressa.

— Tu sais ce dont on a besoin, tous les deux ?

Elle sentit tout son corps vibrer.

Pas ça !

— Prendre des vacances l’un de l’autre ? suggéra-t-elle.

— Non. Un dîner décontracté. Cette journée a vraiment été difficile.

— Personnellement, j’ai besoin d’aller au lit, lui dit-elle.

Et elle comprit, trop tard, qu’elle venait de commettre une erreur…

— Si tu insistes, répondit-il avec un grand sourire. Mais j’aimerais d’abord dîner pour avoir de la résistance.

— Au lit seule, parvint-elle alors à préciser, le cœur battant, essayant de chasser de son esprit le flot d’images érotiques qui venait de s’y inscrire.

Mais rien n’y fit ; devant ses yeux défilaient des peaux brûlantes, des corps emmêlés, des bouches affamées… Et les yeux noirs de Travis.

— Si tu rentres chez toi maintenant, tu ne vas pas dormir, lui fit remarquer ce dernier. Tu vas ressasser toute la nuit.

— C’est possible, reconnut-elle d’un air évasif.

C’était même certain, mais elle ne voulait pour rien au monde le lui avouer.

— Je connais un lieu très relaxant, où l’on sert une cuisine faite maison, reprit Travis. Très sympa.

La proposition semblait bien alléchante…

— Au fond, tu as raison, finit-elle par reconnaître. J’imagine que j’ai besoin de manger quelque chose. D’accord pour ton petit restaurant sympa.

— Prenons ma voiture, proposa-t-il. Inutile que nous luttions chacun de notre côté contre les embouteillages.

Elle hésita. Quand elle allait dîner avec un homme, elle préférait prendre sa voiture. Mais ce n’était pas un rendez-vous amoureux, seulement un dîner d’affaires. Enfin, normalement…

Elle haussa les épaules.

— Entendu. Mais c’est uniquement parce que je suis tellement fatiguée que j’ai peur de m’endormir au volant.

Un sourire éclatant éclaira le visage de Travis.

— Etre le dernier recours, j’adore ça !

— Et je suis certaine que tu es coutumier du fait, dit-elle d’un air moqueur.

Il se mit à rire, et elle sentit toute la tension disparaître en elle. C’était presque magique ; quelque chose dans le rire de Travis avait le pouvoir d’atténuer toutes ses angoisses liées au travail.

— Où va-t-on ? demanda-t-elle, alors qu’ils quittaient le parking souterrain.

— Chez moi.

Elle posa aussitôt la main sur la poignée.

— Pas question ! Arrête-toi. Je descends.

— Il est plus facile de se détendre à la maison qu’au restaurant. Nous n’allons pas loin, j’habite à Virginia Highlands.

— Travis, ce n’est pas une bonne idée.

— C’est ma meilleure idée de la journée !

Il mit son clignotant et tourna à gauche.

— Disons que ce sera un repas à la bonne franquette, ajouta-t-il. Avec ce qu’il y a.

— J’imagine que tu en as l’habitude, marmonna-t-elle en regardant par la vitre.

Virginia Highlands, avec son mélange d’adorables cottages et de maisons plus luxueuses, tout comme ses boutiques à un étage, était l’un de ses quartiers préférés.

La rue de Travis était en cours de rénovation et sur le point de s’embourgeoiser. Certaines maisons avaient été restaurées conformément à l’original, comme le prônaient les agents immobiliers. Le cottage à deux étages de Travis constituait un entre-deux.

— Tout n’est pas terminé, mais on peut déjà se faire une idée de ce à quoi cela ressemblera, lui précisa-t-il en ouvrant la porte.

Il alluma la lumière du couloir qui illumina un parquet lustré, recouvert de tapis colorés et modernes. Megan le suivit dans le salon, où tout un pan de mur abritait des étagères de livres, du sol au plafond. Sur un autre pan, au-dessus de la cheminée, était accrochée une peinture. Elle reconnut la toile de Dawn Rodriguez, un artiste local.

— Cette pièce est très cosy, dit-elle.

— Tu pensais qu’une personne travaillant pour PPA vivait dans un meublé sordide et enfumé ?

Il s’approcha de la cheminée et alluma le petit bois qui se trouvait dans le foyer.

— Je me demande pourquoi tu cherches une femme d’intérieur alors que tu sembles avoir des talents en la matière, lui fit-elle remarquer.

— Je m’occupe juste des travaux réservés aux hommes.

Il l’aida à quitter son manteau et le plia avant de le déposer sur le dos d’une chaise.

— Le reste de l’appartement n’est pas aussi accueillant, la prévint-il. Les travaux me prennent plus de temps que prévu.

— Pourquoi ne pas te reconvertir dans la décoration d’intérieur, au lieu de gagner ta vie comme avocat ? demanda-t-elle d’un air distrait, en regardant les livres dans sa bibliothèque.

Elle constata que ses choix étaient plus éclectiques que les siens. Romans classiques, modernes, littérature étrangère, quelques essais et biographies d’hommes politiques.

— Ah, tiens ! Tu devrais lire ceci, dit-il en lui tendant un livre.

C’était Silence dans la tombe, le roman dont il lui avait parlé.

— C’est vraiment bien, lui assura-t-il. Lis-le, tu me diras ce que tu en penses.

— Je n’ai pas vraiment le temps de lire.

Elle fourra néanmoins poliment le roman dans son sac à main et continua son inspection.

Dans un angle, il y avait un arbre de Noël, un vrai avec des décorations un peu désordonnées : un bonhomme de neige ici, un ange là, quelques étoiles.

— En revanche, les décorations de Noël, ce n’est pas ton fort, ironisa-t-elle.

— Eh ! Ce sont mes efforts surhumains en la matière que tu es en train de dénigrer ! s’écria-t-il en portant une main à sa poitrine. Après toutes les émissions de Martha Stewart sur le bien-vivre chez soi que j’ai regardées !

— Je parie que c’est ton type de femme !

Il la débarrassa de la veste qu’elle tenait à la main et put admirer son chemisier en soie couleur lilas sur sa jupe étroite. Dessous, il devinait son corps, un corps superbe…

— Non, je ne dirais pas ça, marmonna-t-il, essayant de se concentrer sur autre chose que le corps de Megan.

— Pourtant, je suis sûre que c’est une excellente femme d’intérieur.

— Ce n’est pas une idée fixe, chez moi, tu sais ?

— Ah bon ?

Il fit glisser ses yeux vers ses lèvres.

— Non, je peux t’assurer que j’en ai au moins deux…, dit-il d’une voix traînante.

— Allons faire la cuisine ! proposa vivement Megan.

Cette pièce-là n’avait pas été rénovée depuis un demi-siècle, mis à part le four et le lave-vaisselle dernier cri, qui semblait venir directement de la NASA. Travis sortit des steaks du réfrigérateur.

— Tu veux être chef ou aide-cuisinier ? lui demanda-t-il.

Il décrocha alors d’une patère un tablier de cuisine en calicot et le lui tendit avec un sourire. Elle l’attacha autour de la taille, puis se mit à rire.

— Ne t’emballe pas, le prévint-elle. Je ne sais pas cuisiner.

— Cela signifie donc que c’est moi le chef.

— S’il s’agit de faire cuire un steak, ça va encore. Ce n’est pas bien sorcier.

— En voilà des idées préconçues ! s’exclama-t-il. Tout le monde se croit capable de faire cuire un steak ; or, sa cuisson est très délicate. Tu seras chargée de hacher les herbes aromatiques et les légumes.

— J’ai l’impression que c’est une punition. Ou une tâche que l’on confie à un enfant. Je ne vois pas pourquoi ce serait moins important que ce que toi, tu vas faire.

— Arrête de me reprocher mon côté dominateur, Meg. Cessons de rivaliser pendant quelques heures, tu veux bien ?

Il mit alors le nez dans le réfrigérateur d’où il sortit du basilic, de l’ail et…

— Des anchois ?

Elle contempla les minuscules poissons collés l’un à l’autre dans l’huile épaisse et coagulée, et grimaça.

— Plutôt une salade de crudités, décréta Travis.

— Ça ne s’achète pas tout prêt au supermarché ? lança-t-elle, moqueuse.

Il leva un doigt vers elle, en signe d’avertissement, et se mit au travail.

Il cuisinait comme il faisait toute autre chose, avec maîtrise et décontraction.

— Mais tu n’as pas besoin d’une femme pour te faire à manger, ne put-elle s’empêcher de lui lancer.

— Crois-moi, dès que j’en aurai piégé une et qu’elle m’aura épousé, je me vautrerai dans le canapé pour regarder la télé pendant qu’elle fera tout le travail.

— C’est bien ce que je pensais, soupira-t-elle avec tristesse.

— Cesse de parler et concentre-toi sur les haricots ! lui ordonna-t-il d’un ton pince-sans-rire. Et qu’il ne reste pas une seule queue !

— Oui, chef !

Et elle se remit au travail, un sourire aux lèvres.

Une fois le repas prêt, ils prirent place autour de la table, dans le coin salle à manger. Travis alluma une bougie, dans un chandelier en cuivre, puis il déboucha une bouteille de cabernet-sauvignon et remplit leurs deux verres.

— A Martha Stewart, dit-il en levant le sien.

Megan goûta son steak et ferma les yeux pour en savourer le goût.

— Délicieux, reconnut-elle. Je devrais cuisiner plus souvent.

— Trouve-toi un macho de mari, abandonne ton travail, et tu pourras cuisiner aussi souvent que tu le voudras. Tu verras, tu deviendras vite un véritable cordon-bleu.

Elle sourit et continua à manger, savourant avec autant de plaisir les pommes de terre fondantes et les haricots verts cuits à point.

— Est-ce que tu resteras à Merritt, Merritt & Finch, si ton père ne te donne pas le poste ? lui demanda soudain Travis.

— Bien sûr ! Je ne quitterai jamais le cabinet.

Elle avala une gorgée de vin et ajouta :

— Ne parlons pas travail, tu veux bien ?

Il déplaça le chandelier, de sorte à mieux la voir.

— Entendu. Alors de quoi veux-tu que l’on parle ?

Pour sa part, il n’avait pas envie de parler, juste de manger et de profiter de la compagnie de Megan. L’avoir en face de lui, chez lui, à sa table, lui suffisait amplement. Qui aurait pensé que cuisiner et manger un simple steak pouvait être aussi… excitant ?

— Je sais pourquoi tu as pris ma défense, tout à l’heure, au cabinet, lui dit-elle.

— Non, tu n’en sais rien du tout.

— Tu as des problèmes avec ton propre père, poursuivit-elle sans tenir compte de sa remarque. L’autre jour, il avait l’air d’attendre quelque chose de toi que tu n’étais pas en mesure de lui donner.

— Je crois que tu serais une femme impossible à vivre.

A la pensée de vivre avec Megan, il ressentit comme un léger vertige. Il avait déjà trop bu, pensa-t-il.

Elle lui sourit.

— C’est la force de mon discernement qui te déconcerte ? demanda-t-elle.

— Qui m’effraie, oui, corrigea-t-il. Rappelle-moi de ne jamais t’affronter dans une affaire de divorce.

Elle se mit à rire.

— Tu connais mes problèmes avec mon père, lui dit-elle. Sois beau joueur, et parle-moi de tes ennuis avec le tien.

— Si c’est là ton approche de la logique, j’ai une chance de te battre.

— J’en doute, répliqua-t-elle avec un petit sourire en coin. Allez, raconte-moi… Ton père… Je déteste que tu aies pitié de moi.

— Je ne ressens pas de pitié pour toi, Megan.

Et puis, brusquement, il se demanda ce qu’il éprouvait réellement pour elle. A la lumière de la bougie, avec le feu qui crépitait derrière eux, il ressentait à cet instant une grande attirance… Mais il admirait surtout son intelligence, son sens de la repartie, son sérieux et sa volonté.

Elle avait sans doute raison de ne pas vouloir se marier ni d’avoir des enfants, cela aurait été gâcher un si remarquable cerveau. Cette constatation le rendit soudain triste.

Ce fut alors qu’elle lui effleura le poignet, le ramenant au moment présent.

— Dis-moi ce qui te contrarie, Travis

Avait-elle déjà eu ce geste envers lui ? L’avait-elle déjà touché la première ? Il supposait que non, sans parvenir à se concentrer pour répondre correctement, car la flamme qui avait balayé son corps au contact de sa main l’avait réellement pris par surprise. Tout comme elle avait déclenché en lui un désir violent qu’il n’avait jamais éprouvé auparavant.

— Mon père et ma mère se sont fâchés avec des amis, dit-il très vite comme pour oublier la réaction de son corps. A cause de moi.

Elle se mit à caresser son poignet du bout des doigts, pour l’encourager à parler.

— Tu as brisé le cœur de leur fille ? demanda-t-elle d’une voix douce.

Il fallait absolument qu’elle enlève sa main de son poignet, sinon il ne répondrait de rien quant à la suite de la soirée…

— Elle ne savait même pas faire la tarte aux pommes, laissa-t-il tomber. Je l’ai tout de suite éliminée.

— C’est dur d’être vieux jeu parfois, murmura-t-elle.

Elle ne savait pas à quel point elle avait raison ! Elle aurait sûrement été horrifiée de savoir qu’à cet instant précis il ne pensait qu’à une seule chose : balayer d’un revers de main tout ce qui se trouvait sur la table pour la faire basculer dessus…

— Mes parents habitent à Jackson Creek depuis toujours, reprit-il dans un effort surhumain. C’est une de ces petites villes dotées d’un fort esprit communautaire. Je n’aurais pas pu aller à l’université, si toute la ville ne s’était pas mobilisée pour me soutenir financièrement.

Megan se cala contre le dossier de sa chaise, et il regretta ses doigts sur son poignet.

— Que veux-tu dire ?

Il piqua quelques haricots verts et les mangea avec lenteur.

— Comme tu as pu le constater l’autre jour, mes parents n’ont jamais eu beaucoup de moyens. Ils ne pouvaient pas payer mes études de droit, même avec un prêt étudiant. Lorsque mon dossier a été accepté à l’université, toute la ville a apporté sa contribution. Il y a eu des collectes de fonds, des donations, des vide-greniers.

— Incroyable…

— Oui, c’était un formidable cadeau. Je leur ai dit que je les rembourserai un jour, mais bien sûr, ils m’ont assuré qu’il n’en était pas question. Ma réussite leur suffirait. Aussi, quelques années plus tard, ai-je à mon tour fondé une bourse, de sorte que, chaque année, un jeune puisse en profiter et poursuivre ses études.

— C’est très chic de ta part. Est-ce que la ville a aussi financé les études de tes frères et sœur ?

— Non. Juste après le lycée, Clay s’est lancé dans les affaires, dans le bâtiment, et il a créé une entreprise prospère. Il a ensuite repris des études à temps partiel. Brent a décroché une bourse dans l’Etat de Géorgie et, aujourd’hui, il détient une société de consulting. Nous finançons tous les trois les études de Gina, à Duke.

Travis observa un instant les ombres dansantes de la bougie sur le visage de Megan. Si elle avait deviné qu’il nourrissait le troublant sentiment qu’elle lui appartenait, elle se serait enfuie sur-le-champ, épouvantée.

— Et alors, quel est le problème ? demanda-t-elle, l’arrachant à ses pensées qui s’égaraient sur des chemins dangereux.

— Tout le monde à Jackson Creek pensait que je deviendrais un ténor du barreau. Et mes parents avaient foi en mes capacités.

— Tu as de la chance. J’aimerais tellement que mon père croie en moi…

— C’est à double tranchant, tu sais ? Si tu ne vis pas conformément aux attentes des gens, ils pensent que tu agis contre eux.

— Je vois. Les gens de Jackson Creek n’apprécient pas que tu travailles pour PPA, c’est ça ?

— Oui. C’était censé être un poste temporaire.

— Et pourtant, tu y travailles depuis dix ans ?

— Oui.

— Le service dont tu t’occupes est au-dessus de tout soupçon, pourtant.

— C’est l’argument que j’ai toujours utilisé pour me défendre, mais cela ne suffit plus. L’un des supermarchés de Jackson Creek est tenu par Doug et Mary Laing, de grands amis de mes parents. Il y a trois mois, un homme a fait une mauvaise chute en glissant dans leur magasin, et il s’est blessé à la hanche. Il les a poursuivis en justice pour obtenir quelques milliers de dollars.

— Et c’est PPA qui a défendu le plaignant, en déduisit Megan.

— Bien vu. J’ignorai tout de l’affaire jusqu’à ce que mon père me mette au courant. Les Laing ne leur parlent plus. Ou presque.

— Oh…!

— Doug et Mary Laing ont, eux aussi, participé au financement de mes études. Ce sont des gens honnêtes et travailleurs. Mais l’avocat de PPA qui s’est occupé de l’affaire a tout fait pour salir leur réputation, et il a trouvé que Doug avait déserté pendant la guerre du Vietnam. Maintenant, toute la ville est au courant, et les Laing se sentent humiliés.

— Si je comprends bien, les gens qui se sont mis en quatre pour financer tes études universitaires ont aujourd’hui l’impression que leur générosité est piétinée, résuma Megan avec la finesse dont elle faisait preuve devant la cour.

— Oui. Ils pensent que j’ai perdu mon intégrité.

Elle plissa le front et but une gorgée de vin.

— Ce n’est pas parce qu’ils le disent que c’est vrai, fit-elle remarquer.

Il apprécia qu’elle ne jure pas que c’était faux. Sa retenue lui convenait.

— Mes parents m’ont éduqué dans l’idée que la famille passait toujours en premier, que je devais respecter les clients et conserver mon intégrité, dit-il. J’ai adhéré à ces principes non pas par lavage de cerveau, mais parce que j’ai pu constater que cela fonctionnait. Mes parents, après presque quarante ans de vie commune, sont toujours profondément heureux. Ce sont les personnes les plus intègres que je connaisse. Ce qui a pu soulever des désaccords entre eux, c’étaient des problèmes d’argent. Je souhaitais avoir la même vie qu’eux, les tracas financiers en moins. Une place dans une bonne société et…

— Une famille heureuse à la maison, compléta-t-elle.

— Oui, c’était mon rêve. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir acquis mon aisance financière en prenant un mauvais chemin, et je suis toujours très loin du foyer idéal que je m’imaginais.

La flamme de la bougie vacilla quand il soupira, puis se stabilisa.

— J’en avais vaguement conscience, mais avant ce qui est arrivé aux Laing, je n’avais pas l’impression qu’il était urgent de changer quoi que soit dans ma vie. Maintenant, des gens que j’aime souffrent. Mes parents ne peuvent plus se promener la tête haute dans leur ville. Il faut que je redresse la barre sans tarder.

Megan s’essuya les lèvres avec sa serviette, ce qui attira immédiatement son regard sur sa bouche. Il détourna vivement les yeux. La conversation était assez difficile pour lui sans qu’il laisse son esprit vagabonder vers des plaisirs qui lui étaient de toute façon interdits.

— Je t’ai vu avec ton père, avec les enfants Hoskins, et tu me sembles être un homme intègre, lui assura-t-elle.

— Merci.

Il eut presque un haut-le-cœur en prononçant ce mot. Elle n’aurait pas dit la même chose, si elle avait su pourquoi il avait voulu défendre Barbara Hoskins !

— Qu’est ce qui t’a poussé à postuler chez PPA ? demanda-t-elle.

Cela faisait des années que Travis n’avait plus reparlé de cette vieille histoire. Il but une gorgée de vin, et se laissa envahir par la chaleur ronde et moelleuse de l’alcool.

— Pour payer une dette, répondit-il. Kyle Prescott m’a sauvé la vie.

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