Ce rival trop séduisant

Gaines · Chapitre 4 sur 20

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Ce rival trop séduisant

Chapitre 4

 

La conciliation familiale consistait en une ultime tentative destinée à sauver un mariage. Il n’était pas courant que les avocats soient présents à la conciliation, mais quand Theo avait fait part à Megan de son inquiétude concernant les effets néfastes que pourraient avoir sur les enfants les mensonges de sa femme quant à son prétendu alcoolisme, elle s’était proposée de l’accompagner pour dissuader Barbara de commettre d’éventuels excès. Cela sortait du cadre de sa fonction, mais les retombées positives que lui vaudrait le divorce, si elle l’emportait, méritaient bien quelques samedis sacrifiés. De plus, elle pourrait vraisemblablement glaner des informations sur le couple que Travis ne possédait pas.

Jeff Rawling, le médiateur, avait demandé à observer la famille dans une activité de loisirs, et le couple avait choisi une sortie à Centennial Park. Ils feraient une promenade, puis, pendant que Jeff s’entretiendrait avec les parents, les enfants joueraient dans les aires de jeux.

Megan comprit d’emblée que le médiateur n’appréciait pas sa présence, mais il ne pouvait légalement s’y opposer.

Le début de la rencontre fut plutôt tendu, Theo et Barbara essayant de marquer chacun son territoire tout en cherchant la faille dans le territoire de l’autre. Puis, peu à peu, ils oublièrent toute réserve et s’enflammèrent.

Jeff Rawling finit rapidement par ne plus pouvoir placer un mot. Un sourire forcé aux lèvres pour faire bonne figure devant les enfants, Theo et Barbara se lançaient à tour de rôle des remarques acerbes qui leur permettraient, pensaient-ils, de gagner le médiateur à leur cause respective.

— J’admets que je travaille beaucoup, déclara Barbara en réponse à un lourd reproche de Theo.

Ils venaient de contourner Gold Medal Garden et se dirigeaient à présent vers le pavillon nord et la patinoire qui était installée chaque hiver dans le parc. Elle s’interrompit pour répondre à une question de son fils.

— Mais au moins je suis sobre quand je travaille, ajouta-t-elle d’un ton sec.

— Hé ! s’écria Theo en attrapant sa femme par le coude pour la forcer à le regarder.

— Madame Hoskins, une allusion sans preuve à une dépendance alcoolique peut être assimilée à de la diffamation par la cour, la prévint Megan.

Elle avait parlé d’un ton neutre afin que le fils et la fille des Hoskins, qui, selon ses notes, étaient respectivement âgés de dix ans et six ans, ne soient pas déstabilisés par les propos de leur mère. Les deux enfants semblaient se focaliser sur la patinoire qu’ils apercevaient, au loin, mais elle savait qu’ils étaient habitués à dresser l’oreille dès que le ton montait entre leurs parents.

Après un court instant de réflexion, Theo relâcha le bras de Barbara.

— Merci, Megan, murmura-t-il. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans vous. Je l’aurais sans doute étranglée.

Dieu merci, il avait parlé trop vite et trop bas pour que les enfants et le médiateur puissent saisir ses paroles. Il n’aurait plus manqué qu’il soit entendu en train de proférer des menaces de mort contre sa femme !

— Je suis entièrement à votre service, Theo, aussi gardez votre calme, s’il vous plaît.

Le regard que leur lança Barbara laissa supposer qu’elle atteindrait son but par un autre moyen que la diffamation. Mais elle n’y parvint pas. Cinq minutes plus tard, Megan dut émettre un nouvel avertissement. Theo lui sembla si reconnaissant de son aide qu’elle aurait pu décrocher un contrat commercial sur-le-champ, pensa-t-elle alors.

— Bien ! jeta Barbara, irritée. Je ne vois pas pourquoi ton avocate serait là et pas le mien !

— Cette séance n’est normalement pas dévolue aux avocats, intervint Jeff Rawling.

Mais Barbara était déjà en train de s’entretenir avec Travis au téléphone.

Vingt minutes plus tard, ce dernier les rejoignait, traversant la pelouse sans prendre la peine d’emprunter l’allée au pavement de laquelle la ville avait consacré une petite fortune. Il était manifeste qu’il avait interrompu ses activités et avait sauté dans sa voiture sans se changer ; il portait des boots, un jean et une veste épaisse en velours gris.

— Bonjour à tous ! lança-t-il avec un grand sourire.

Puis il passa en revue le petit groupe, se rendant vite compte que l’atmosphère était des plus crispées. Il croisa le regard de Megan avant de jauger son pantalon couleur crème et son manteau rouge, et ne put retenir un petit sourire moqueur, ce qui énerva la jeune femme au plus haut point.

Puis il se tourna vers les enfants et, s’accroupissant pour être à leur hauteur, tendit la main au fils de Theo et Barbara.

— Bonjour, je suis Travis.

— Moi, c’est Marcus, répondit le petit garçon en remontant ses lunettes sur son nez.

Il serra la main de Travis et ajouta :

— Voici ma sœur Chelsea.

La fillette, vêtue d’un bonnet rose, d’une écharpe et de gants de la même couleur, lui tendit une main timide.

Megan se rendit alors compte qu’elle n’avait même pas pris la peine de leur demander leur nom. En voyant Theo poser affectueusement la main sur l’épaule de Marcus, elle eut la sensation qu’il se donnait en spectacle. Pour ne pas être en reste, elle décocha un beau sourire à Chelsea. Mais la fillette la gratifia d’un regard hiératique, aux antipodes du sourire chaleureux dont son frère avait gratifié Travis.

— Travis, expliqua alors Jeff Rawlings, mon idée était d’observer la dynamique de la famille en action.

— Allez-y, je vous en prie, répondit-il. Megan et moi sommes juste ici, au cas où les limites légales seraient dépassées.

Megan se retint de tout commentaire. Que croyait-il ? Qu’elle n’avait pas précisé la raison de sa présence ? Décidément, cet homme ignorait tout des règles professionnelles, même si, elle l’admettait, il était de bonne compagnie à un match de basket…

Son esprit se mit à vagabonder tandis que Jeff informait les Hoskins qu’à la fin de la séance il leur indiquerait comment améliorer la situation en fonction de ce qu’il avait pu observer.

L’autre soir, elle avait failli révéler à Travis ses intentions de reprendre le cabinet après le départ à la retraite de son père. Mais il l’avait deviné, et cela avait suscité un certain malaise entre eux ; un malaise qu’elle ne s’expliquait pas. D’ailleurs, à la fin de la soirée, il n’avait pas tenté de l’embrasser… Heureusement, d’ailleurs !

Elle passa machinalement un doigt sur ses lèvres, et surprit alors le regard songeur de Travis attaché à son mouvement, comme s’il envisageait de l’embrasser…

Non. Elle devait rêver. Il était juste préoccupé par le cas de sa cliente.

Elle se tourna vers le médiateur qui demandait aux Hoskins de faire abstraction de sa présence.

— Imaginez que c’est une simple promenade en famille.

— Theo serait accroché à son BlackBerry pendant que moi, je m’occuperais des enfants, déclara Barbara sur un ton grinçant.

Au grand soulagement de Megan, Theo sut se tenir et sortit une balle de tennis orange fluorescent de sa poche.

— Venez, les enfants, on va jouer à chat avec la balle, proposa-t-il.

Et, sans attendre l’accord de sa femme, il s’élança sur la pelouse, les enfants dans son sillage.

— Comptez-vous les rejoindre, Barbara ? demanda Jeff en jetant un bref regard vers les chaussures de cette dernière.

Megan suivit son regard et vit que Barbara Hoskins portait des escarpins noirs avec des talons de dix centimètres environ. Megan portait, elle aussi, des talons pour travailler, mais jamais elle ne se serait risquée à marcher sur de telles échasses ! Elle avait mal aux pieds rien qu’à regarder ces briseurs de chevilles.

— Bien sûr, répondit Barbara.

Elle plongea alors la main dans son sac fourre-tout et en sortit une paire de baskets.

— Ce qui est bien avec les chaussures, c’est que l’on peut en changer, dit-elle. Contrairement au BlackBerry de Theo, qui n’a pas de bouton pour s’éteindre. Et ça, mademoiselle Merritt, ce n’est pas de la diffamation.

— Non, mais c’est techniquement faux, souligna Megan, implacable.

A quelques mètres de là, Theo remit la balle de tennis à Marcus. C’était lui le chat, et il devait toucher son père et sa sœur avec la balle. Theo et Chelsea s’enfuirent rapidement.

— Il donne l’image d’un père modèle, déclara Barbara à Jeff, mais à la maison, il n’a jamais cinq minutes à consacrer à ses enfants.

Tous regardèrent Theo, dont l’enthousiasme semblait authentique. Il laissa Marcus le toucher avec la balle, même s’il aurait pu facilement l’éviter, puis vint féliciter son fils.

Jeff sourit et hocha la tête.

— Est-ce de cela que dépendra l’attribution de la garde des enfants ? demanda alors Barbara. De savoir lequel de nous deux s’en sort le mieux au jeu du chat ? Parce que, autant vous prévenir, je ne suis pas sportive.

Megan perçut la crainte de Barbara Hoskins dans sa voix, cette même peur qui la tenaillait, elle, lorsqu’elle redoutait d’avoir, sans le vouloir, commis un impair aux yeux de son père.

— Rassurez-vous, le jeu du chat n’est pas déterminant, lui assura Travis.

Elle lui offrit un petit sourire qui se voulait confiant et se tourna vers Jeff Rawling.

— J’aime mes enfants, dit-elle. Je donnerai ma vie pour eux. Comment suis-je censée le prouver ?

A la façon dont elle se concentrait sur ses baskets et ses lacets, il était manifeste qu’elle était sur le point de s’écrouler en larmes. Et Megan, bien que devant travailler contre elle, ne put s’empêcher de la plaindre, ramenée une nouvelle fois à ses propres craintes : comment était-elle censée prouver à son père qu’elle était tout à fait capable de reprendre la direction du cabinet ? Mais elle connaissait la réponse : en faisant gagner Theo Hoskins, qui ne manquerait pas alors de confier ses contrats à Merritt, Merritt & Finch.

— Barbara, je ne suis pas ici pour vous juger, Theo et vous, lui dit Jeff.

Ce qui n’était pas tout à fait exact, dans la mesure où il rendrait un rapport à la cour, un rapport qui aurait son importance dans la décision finale relative à la garde des enfants.

Barbara Hoskins releva brusquement la tête, les yeux secs mais l’air sceptique.

— Pour notre prochaine séance, c’est moi qui choisirai l’endroit où nous irons, décréta-t-elle en se tournant vers Travis.

— Pas de problème, répondit ce dernier.

Megan ouvrit la bouche pour parler, mais se retint ; elle lui ferait part de ses arguments plus tard.

Barbara rejoignit sa famille d’un pas assuré, et Jeff alla s’asseoir à une table afin de prendre des notes. Travis s’appuya sur le rebord de la table, bras croisés, observant les Hoskins.

— Ce serait merveilleux, non, si cette tentative de conciliation pouvait dissuader Barbara et Theo de divorcer, dit-il au bout d’un moment.

Megan, qui avait pris place à l’autre extrémité de la table, en face de Jeff, lui jeta un regard moqueur.

— Je sais que vous avez une vision idéalisée du mariage, Travis, mais vous ne pouvez pas imaginer sérieusement qu’ils se réconcilient.

— J’ai dit que ce serait merveilleux, pas que c’était probable.

— Si les gens venaient nous voir d’abord avant de s’adresser à un avocat, ils pourraient peut-être éviter le divorce, intervint Jeff.

Mais, dans le cas des Hoskins, cela semblait n’être que pure utopie, songea Megan en regardant la petite famille. L’arrivée de Barbara avait visiblement changé la dynamique du groupe ; même de loin, Megan constatait la tension qui avait saisi Theo, voyant bien la distance prudente que Barbara mettait entre eux. Si les allégations de chacun étaient vraies, alors ils devaient souffrir en silence, se gardant bien d’exposer leur vulnérabilité. Megan ne les en blâmait pas. En droit, l’attaque était souvent le meilleur moyen de se défendre. Cependant, quand des enfants étaient impliqués, les règles auraient dû être différentes.

Du jeu du chat, les Hoskins passèrent tout simplement à un lancer de balle, sans doute par concession envers Barbara. Après quelques tours sans grand enthousiasme, Marcus laissa échapper la balle, ce qui lui valut une vive réprimande de la part de son père. L’enfant éclata alors en sanglots, plus en raison de la tension qui régnait entre les parents que de la remarque en elle-même, songea Megan. Barbara jeta un coup d’œil vers Jeff, comme pour lui faire remarquer l’incident, et prit Marcus dans ses bras pour le consoler.

— Jeff, vous voyez ce qui est en train de se passer ? demanda Megan. Barbara utilise son fils pour marquer des points auprès de vous.

La sympathie qu’elle avait ressentie un peu plus tôt pour Barbara Hoskins disparut aussitôt.

Peut-être à cause de la tension qui régnait, Chelsea fondit à son tour en larmes. Theo se précipita pour la prendre dans ses bras. Finalement le jeu reprit, Theo et Barbara rivalisant de complaisance envers les enfants, ce qui parut mettre ces derniers encore plus mal à l’aise.

— Est-ce que je peux aller détendre un peu les choses ? demanda tout à coup Travis.

Jeff haussa les épaules.

— Si vous voulez.

Travis posa sa veste sur la table et courut rejoindre les Hoskins. Il leur dit quelques mots, et quand il commença à zigzaguer sur la pelouse, Megan comprit qu’il avait proposé une sorte de jeu du chat inversé, où c’était lui l’unique cible, la famille Hoskins devant faire équipe pour essayer de le toucher. L’idée était intelligente, songea Megan en voyant Theo envoyer la balle à Barbara qui se trouvait le plus près de Travis.

Quand le jeu prit fin, l’atmosphère était beaucoup plus détendue. Et quand les Hoskins servirent des cookies et du chocolat chaud aux enfants, on aurait pu croire à un banal après-midi au parc en famille.

— Beau travail, reconnut Jeff, lorsque Travis les rejoignit, laissant les Hoskins en famille.

— On voit que vous avez l’habitude de jouer avec les enfants, fit remarquer Megan, s’efforçant de ne pas paraître fâchée qu’il se soit montré plus efficace qu’elle sur ce coup-là.

— C’est grâce à mes neveux, répondit Travis en faisant tomber les brins d’herbe accrochés à son jean. J’adore passer du temps avec eux.

D’où son envie de se marier et de fonder une famille, avec une femme au foyer, se dit Megan. Lorsqu’il lui jeta un regard en coin, elle sut qu’il pensait, lui aussi, à leur récente conversation à ce sujet. Elle baissa vivement les yeux sur les notes qu’avait prises Jeff.

Ce dernier annonça qu’il désirait faire part de ses observations à Barbara et Theo, et leur indiquer aussi des solutions aux problèmes qu’ils auraient envie d’aborder avec lui.

Travis se pencha vers Megan.

— Les chances que cette conversation se déroule tranquillement sont à peu près nulles, vous ne croyez pas ?

Son haleine chaude lui caressa le visage, et elle fut soudain incapable de lui répondre. Elle finit toutefois par hocher la tête en signe d’acquiescement.

Travis se leva et s’approcha des Hoskins, qui s’étaient installés à une table voisine pour goûter.

— Les enfants, vous voulez patiner ? leur demanda-t-il.

Chelsea applaudit des deux mains.

— Super ! s’exclama Marcus.

— On peut les emmener à la patinoire ? demanda Travis.

— Merci. Ce serait génial, ils adorent patiner, répondit Theo.

Les enfants s’élancèrent vers la piste de patinage tandis que Travis enfilait sa veste.

— Megan, vous venez avec nous ? lui proposa-t-il.

— Non, merci. Ma présence est requise ici, répondit-elle.

Elle était ici pour assister Theo en tant qu’avocate, pas pour lui servir de nounou.

— Je vous en prie, intervint alors ce dernier. Vous pouvez y aller aussi. J’apprécierai beaucoup votre aide pour vous occuper des enfants.

Très bien ! Puisque son client voulait qu’elle joue les nounous…

— Entendu, dit-elle, consciente que, une fois encore, ce petit intermède avait suscité un sourire amusé chez Travis.

A la patinoire, Travis loua des patins pour les enfants et lui avant de se tourner vers elle.

— Vous chaussez du combien ?

— Moi ? Merci, mais je ne veux pas patiner. La dernière fois que je suis montée sur des patins à glace, je me suis blessée, et j’en souffre encore, même si l’accident remonte à cinq ans.

Elle n’allait sûrement pas se risquer à étaler devant lui son incompétence en la matière, même si le patinage n’avait rien à voir avec le travail.

— Mauvaise joueuse, lui souffla-t-il.

Il laça les patins de Chelsea, puis vérifia ceux de Marcus.

— Partez devant, les enfants, je vous rattrape, leur dit-il.

Les enfants ne se firent pas prier et s’élancèrent sur la glace. Travis s’assit alors sur un banc et retira une de ses chaussures, dévoilant une chaussette en laine noire épaisse.

— Alors comme ça, vous aviez envie de gâcher mon samedi ? demanda-t-il.

Puis il glissa son pied dans un patin qu’il se mit à lacer.

— Ce n’est pas moi qui vous ai demandé de venir, répliqua-t-elle.

— Et moi, j’ai l’impression que ce n’est pas Theo qui a requis votre présence aujourd’hui. Je pense que vous lui avez proposé vos services, afin d’être la meilleure avocate et d’impressionner votre père.

Elle releva le col de son manteau, et garda les mains sous son menton.

— Theo avait besoin de moi, je suis venue, c’est tout. De plus, cela m’a fourni un bon prétexte pour ne pas vérifier la liste des invités pour la fête de Noël qu’organise le cabinet.

— Vous n’avez rien d’autre à faire que de travailler, le week-end ?

Il la taquinait, c’était évident, mais il n’était pas loin de la vérité…

Megan se mit à observer les enfants qui faisaient les petits fous sur la glace.

— Vous comprenez que, pour atteindre le cœur d’un client, il faut passer par ses enfants, n’est-ce pas ? poursuivit-il.

— Que voulez-vous dire par là ?

— Les gens sont dépourvus de toute objectivité quand il s’agit de leur progéniture. Si vous êtes sympathique avec leurs petits monstres, alors ils pensent que vous êtes une personne sage et avisée.

— C’est pour cela que vous êtes si charmant avec Marcus et Chelsea ? lança-t-elle, outrée.

— C’est possible, répondit-il en se frottant le nez. Et si vous ne voulez pas perdre des points aux yeux de Theo, je vous conseille de louer des patins.

Message reçu ! Megan se précipita vers le guichet et demanda sa pointure. Puis elle retira ses gants bien chauds pour entreprendre le laborieux travail qui consistait à enfiler des patins à glace.

— Vous avez de très jolies chaussettes, lui fit remarquer Travis quand elle retira ses bottines.

Elles étaient à rayures jaune citron, vert amande et orange melon. C’est Sabrina qui les lui avait offertes. Elle ne releva pas le commentaire.

Une fois chaussée, elle remit ses doigts glacés dans ses gants, puis se leva avec mille précautions pour s’habituer aux patins.

— Le dernier sur la piste est un avocat louche ! s’écria Travis avant de s’élancer.

Megan hésita, puis finit par avancer à petits pas, pour rejoindre Travis et les enfants. Elle prit vite la cadence et arriva sans trop d’anicroches au centre de la piste.

Au bout de dix minutes, elle avait retrouvé son assurance et effectuait quelques tours de piste. Travis mit Marcus au défi de faire dix longueurs sans tomber.

— Et six pour toi, Chelsea, avec un de tes magnifiques tourbillons à la fin.

Les enfants poussèrent des cris de joie en s’éloignant.

— Comment se fait-il que vous sachiez si bien vous y prendre avec les enfants ? demanda Megan. Ce n’est pas juste parce que vous avez des neveux, tout de même ?

Travis haussa les épaules.

— Je suis très proche de ma famille, et je vois beaucoup les garçons, ou les petites terreurs, comme nous les surnommons affectueusement, répondit-il. Si je vais faire du camping avec Luke, Davey, qui est plus petit, exige de venir dormir à la maison, en échange. Maman prétend que c’est une punition bien méritée car, quand j’étais enfant, je n’arrêtais pas de courir dans tous les sens et de rendre mes parents fous.

Megan sourit. Il était touchant de l’entendre parler avec tant de tendresse de sa famille. C’était une qualité précieuse chez un homme.

Elle patinait avec plaisir maintenant, et avait trouvé son rythme. Le bruit régulier des lames sur la glace eut bientôt sur elle un effet apaisant.

— Vous êtes douée ! lui fit remarquer Travis. Je devrais vous poursuivre pour m’avoir menti. Moi qui espérais vous masser le dos !

— Raison de plus pour que je reste sur mes pieds.

— Dommage, vraiment.

Cette fois, elle se retint de sourire.

— J’aime patiner, même s’il est vrai que j’ai fait une mauvaise chute, il y a cinq ans, dit-elle. J’avoue qu’avant d’entrer sur la piste j’étais nerveuse, mais maintenant que j’y suis, tout va bien.

— C’est un peu comme le sexe.

Elle faillit en perdre l’équilibre ! Travis la rattrapa par le coude.

— Restez tranquille, ou je vais réellement devoir vous masser.

L’espace d’une seconde, elle fut tentée de prendre appui contre lui. Mais elle se ressaisit à temps.

— Arrêtez, dit-elle en se dégageant. Les enfants vont nous entendre.

— D’accord, m’dame.

Ces deniers n’étaient pas loin et pouvaient en effet les entendre. Tout à coup, Chelsea tomba. Marcus l’aida alors à se relever et tous les deux se mirent à rire.

— Ils ont de la chance d’être deux, dit Megan d’un air songeur. Cela leur permettra de garder foi dans la famille.

— Vous parlez par expérience, n’est-ce pas ?

Megan ralentit, se concentra sur le glissement de son pied droit, puis du gauche.

— J’étais trop jeune pour me rappeler les détails des disputes, dit-elle alors, mais on n’oublie pas la colère, l’amertume. Ce genre de chose s’imprègne en vous pour la vie.

— Pas étonnant que vous soyez cynique quand il s’agit de mariage.

— Il vaut mieux être cynique que se bercer d’illusions. Mais au fait, dites-moi, où comptez-vous la trouver, votre femme d’intérieur ?

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