Ce rival trop séduisant

Gaines · Chapitre 6 sur 20

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Ce rival trop séduisant

Chapitre 6

 

 

Megan regarda Travis d’un air incrédule. Il s’inquiétait à propos de son dîner avec Robert ? Et il voulait qu’elle l’annule ? Mais pourquoi ? De quel droit ?

Il n’était tout de même pas jaloux ? Redoutait-il que Robert l’aide pour l’affaire Hoskins ? A moins que ce dernier ne détienne des informations peu glorieuses sur lui ; il craignait que Robert ne les divulgue, ce qui pouvait lui porter préjudice… Oui, c’était sans doute cela, la raison. Elle avait bien senti qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond entre les deux hommes, comme une espèce de méfiance.

Derrière elle, une voix grave s’éleva soudain, brisant le silence qui s’était installé entre Travis et elle.

— Je comprends mieux, à présent, pourquoi tu étais tellement pressé de m’abandonner aux urgences.

Megan se retourna sur sa chaise pour se retrouver nez à nez avec une version plus âgée de Travis en train de lui sourire.

— Tu n’étais pas aux urgences, papa, lui répondit Travis sur un ton qui se voulait décontracté.

Il se leva et s’empara d’une chaise non occupée à la table voisine pour la présenter à son père, qui se déplaçait à l’aide d’une canne.

— Tes bonnes manières, mon fils, lui souffla ce dernier en faisant un petit signe de tête en direction de Megan.

— Megan, je te présente mon père, Hugh Jamieson, déclara Travis avec réticence. Papa, voici Megan Merritt.

C’était l’occasion rêvée pour Megan de s’éclipser, mais elle était encore sous le choc de la réaction de Travis au sujet de son dîner avec Robert.

Hugh Jamieson serra la main de Megan, et la jeune femme ne put s’empêcher de remarquer que sa poignée de main, à l’instar de celle de son fils, était ferme et chaleureuse. Ses cheveux gris et sa canne n’altéraient nullement sa fière allure, bien au contraire, de sorte que l’on pouvait déduire que Travis resterait toujours bel homme quand il aurait atteint la cinquantaine. Hugh enleva son blouson et s’assit, attirant le regard de quelques femmes de son âge.

Comme Travis, Hugh ne semblait pas se rendre compte de son pouvoir de séduction. Toutefois, après avoir accroché sa canne au dos de sa chaise et relevé les manches de sa chemise, il se mit inconsciemment à tripoter son alliance comme pour bien indiquer qu’il était pris. Qu’est-ce que Travis lui avait dit déjà ? Que sa femme aurait un mari loyal et fidèle ?

Mais que lui prenait-il de repenser à ces paroles ? Décidément la famille Jamieson avait un drôle d’effet sur elle.

— Tu es sorti plus vite que prévu, papa, commença Travis en regardant sa montre. Je ne t’attendais pas si tôt.

— Je m’en doute, répondit Hugh en adressant un sourire sous-entendu à Megan. Le docteur a été appelé pour une urgence, alors on m’a dit de revenir dans une heure.

— Ah ! Bien. Tu veux un sandwich ? Un café ? lui demanda Travis.

— Non, merci. Ta mère m’a préparé quelque chose, dit-il en souriant. Une bouteille Thermos de café et ses fameux sandwichs maison au jambon, bien meilleurs que tout ce qui est proposé ici. Eh bien, Megan, comment avez-vous connu Travis ?

Dans ses yeux noirs, elle vit briller une lueur d’intérêt ainsi qu’un autre sentiment. Du… soulagement ?

— Je travaille avec lui, répondit-elle. Contre lui, en fait. Nous représentons les parties adverses dans une affaire de divorce.

— Tu t’occupes d’un divorce, mon fils ?

Hugh sourcilla. Visiblement il avait, lui aussi, des idées précises sur le mariage et son engagement à long terme.

— C’est un cas spécial, papa, éluda Travis d’un ton léger.

Un cas spécial ? Ce fut au tour de Megan de froncer les sourcils. Elle traitait l’affaire en raison de la position de son client et du parti qu’elle pourrait tirer de ses activités commerciales. Quelles étaient les motivations de Travis, dans la mesure où le divorce n’était pas sa spécialité première ? Les considérables honoraires à la clé ? Ou autre chose de moins recommandable ? Peut-être avait-elle eu tort d’oublier trop vite qu’il travaillait pour l’un des cabinets les plus douteux de la ville.

Hugh s’apprêtait à prendre la parole, quand Travis le devança.

— Tu as bien réfléchi, papa ? Tu es certain que tu ne veux pas passer la nuit en ville, chez moi ?

— Non, je rentre à la maison. Sinon ta mère va s’ennuyer.

— Cela fait déjà quatre heures qu’il a quitté ma mère ! fit remarquer Travis à l’adresse de Megan, en prenant un ton faussement tragique. Autant dire une éternité.

Megan considéra tour à tour le père et le fils, intriguée par ce brusque changement de conversation. Il ne faisait aucun doute que le sujet du travail était un sujet délicat pour lequel ils ne partageaient pas les mêmes opinions.

— Je ne nie pas que je suis tenté, reconnut Hugh. Tiens, s’il y avait eu un match de basket, je serais resté !

— Vous êtes un fan de basket ? lui demanda Megan.

— L’hiver, c’est mon sport préféré. Pour mon anniversaire, Travis m’a offert plusieurs entrées aux matchs de cette saison.

Hugh avala une gorgée d’eau dans le verre de son fils.

— De bonnes places, précisa-t-il alors, même si, bien sûr, elles ne valaient pas celles que tu avais, la semaine dernière, hein, fils ?

Puis, avec un grand sourire, il se tourna vers Megan pour préciser :

— On avait donné des tickets à Travis pour le carré VIP. Mais juste avant le début du match, il m’a laissé tomber pour une jeune femme sexy.

Megan se figea et regarda Travis qui semblait, lui aussi, en mode pause, son sandwich près de la bouche. Il reprit ses esprits le premier et mordit dans son sandwich.

L’esprit de Megan se mit à fonctionner à toute allure. Travis avait préféré aller au match avec elle plutôt qu’avec son père, qu’il semblait pourtant adorer… Il ne voulait pas qu’elle dîne avec Robert… Il était jaloux.

C’était ridicule. Et pourtant, malgré elle, elle ressentait une immense jubilation : la jeune femme sexy dont il avait parlé à son père, c’était elle…

— Comme c’est grossier de sa part de vous avoir laissé tomber pour une femme, dit-elle en se tournant vers Hugh.

Troublée, elle plongea sa cuiller dans le café crème qu’elle avait repoussé tout à l’heure. C’était décidément trop sucré, trop gras.

Hugh se mit à rire.

— Cela m’a donné l’occasion d’inviter un copain, puisque Travis n’avait pas besoin de son billet.

Il adressa un sourire poli à une femme d’une cinquantaine d’années qui s’était retournée en l’entendant rire.

— Vous venez d’une grande famille, Megan ? demanda-t-il.

— Juste mon père et deux sœurs.

Elle lui décrivit brièvement sa vie, avant de conclure :

— Mon père est mon patron, et il n’aime pas que l’on prenne de grandes pauses-déjeuner.

Ce qui était vrai. En dépit de ses beaux discours sur l’importance de mener une vie équilibrée, il était le premier à regarder de travers les membres de son équipe qui prenaient une heure pour déjeuner.

— Vous êtes mariée ? s’enquit encore Hugh. Vous avez des enfants ?

— Ni l’un ni l’autre.

Un large sourire éclaira le visage d’Hugh, et Megan comprit qu’il avait tiré des conclusions hâtives et erronées sur sa présence à la même table que son fils.

— Je ne suis pas pressée de me marier, et les enfants ne sont pas non plus au programme, précisa-t-elle.

— Votre métier compte avant tout. Il n’y a rien de mal à cela, dit-il, faisant visiblement un effort pour croire à ce qu’il disait. Dans la mesure où votre travail vous rend heureuse.

Travis toussota, et Megan vit que ce dialogue entre son père et elle le gênait. Ne voulant malgré tout ne pas lui être désagréable — même s’il l’avait bien un peu mérité —, elle changea de sujet.

— Et vous, Hugh, dans quelle branche travaillez-vous ? demanda-t-elle.

— Je suis réparateur d’appareils ménagers : réfrigérateurs, lave-vaisselle, bref, ce genre de choses. Mais en ce moment, je suis en arrêt maladie, précisa-t-il en tâtant sa hanche.

— Est-ce que votre femme travaille ?

— Comme un forçat ! Elle n’arrête pas une minute, à la maison ! Elle n’a pas travaillé à l’extérieur depuis notre mariage. Elle était bien trop occupée avec moi et les enfants. Travis est l’aîné d’une fratrie de quatre.

Comme si la mention de sa femme lui avait rappelé quelque chose, Hugh sortit son déjeuner de la poche de sa veste.

Peu soucieux du fait qu’il n’était pas censé apporter sa propre nourriture dans un établissement qui en servait, il déplia le papier paraffiné. Mme Jamieson faisait-elle son pain ? s’interrogea Megan. Sans aucun doute. Pas étonnant que Travis ait une idée exagérée des fonctions de la femme !

— Maman a toujours affirmé qu’il était plus important pour nous de grandir avec elle, plutôt que de vivre dans un plus grand luxe, intervint Travis. C’est elle, d’ailleurs, qui a souhaité arrêter de travailler. Papa n’a pas eu à l’enchaîner aux fourneaux.

— Il n’a pas dû être facile d’envoyer les enfants à l’université avec un seul salaire, répliqua Megan.

— Eh bien, commença Hugh, avec Travis…

— Nous y sommes arrivés, le coupa ce dernier.

Avec un soin délibéré, Hugh plaça une serviette en tissu dans le col de sa chemise.

— Travis a toujours su exactement ce qu’il voulait, dit-il.

De l’argent, pensa tout de suite Megan. Et si sa famille avait du mal à joindre les deux bouts, un cabinet comme Prescott Palmer Associates était sans aucun doute tentant.

— Et même si…, voulut ajouter Hugh.

— Papa…

Surprise, Megan jeta un coup d’œil rapide à Travis et vit qu’il serrait les poings, visiblement tendu. Puis il poussa un soupir et desserra les poings.

— J’y travaille, dit-il.

— Bien sûr, fit son père.

Sans que Megan ait saisi l’aparté, Hugh poursuivit :

— Gina, notre petite dernière, vient d’entrer à la faculté. Elle étudie à Duke.

C’était une université relativement chère, et Megan se demanda si la tension qu’elle venait de percevoir entre le père et le fils n’avait pas un rapport avec les études de la jeune sœur. Le silence lourd de sens qui venait de s’installer entre les deux lui rappela soudain le gouffre qu’elle ressentait souvent entre son père et elle.

— Je suis sûr que Gina apprécierait de t’entendre l’appeler « notre petite dernière », marmonna Travis d’un ton taquin.

Hugh enleva le dessus de son sandwich pour tartiner sa tranche de jambon de moutarde et haussa les épaules.

— Sais-tu ce qu’elle a fait, la semaine dernière, quand elle est rentrée ? Elle s’est précipitée dans sa chambre et a claqué la porte.

— Gina a dix-huit ans, presque dix-neuf, expliqua Travis à Megan. Mais mon père et ma mère ont tendance à oublier qu’elle n’est plus une enfant.

— Elle est trop sérieuse avec son petit ami, déclara Hugh. Or, on sait bien que les garçons ne pensent qu’à une chose…

— Comme toi quand tu as rencontré maman ? suggéra Travis en souriant.

— Je me suis conduit en parfait gentleman avec ta mère ! s’indigna Hugh. Mais ce… ce Scott, là, le petit ami de ta sœur…

Il s’arrêta et fronça les soucils.

— Ne t’inquiète pas, papa. Je suis certain que tu as bien élevé ta fille, le rassura Travis. Et puis je pense que tu as toujours ton fusil de chasse, près de la porte d’entrée…

Megan tressaillit et regarda Travis. Il ne semblait pas plaisanter.

— J’ai l’impression qu’hier encore ta mère lui changeait ses couches, maugréa Hugh.

« Vous n’avez pas dû beaucoup l’aider dans ce domaine », se garda de lui dire Megan, qui ne perdait pas une miette de la conversation entre le père et le fils.

— Je pense que ça aussi, Gina apprécierait, ironisa Travis.

— Elle est à fleur de peau, en ce moment, marmonna Hugh en mordant dans son sandwich. Ta mère espérait qu’elle rentrerait pour la fête de Noël de Jackson Creek, ce week-end, mais elle va dans la famille de ce garçon. A propos, ta mère m’a dit qu’on ne te verrait pas pour Thanksgiving.

— Désolé, papa, mais Kyle souffre encore plus que d’habitude de la mort de ses parents, cette année. Je lui ai promis de passer Thanksgiving avec sa sœur et lui.

— Toujours est-il que tu peux essayer de convaincre ta sœur de passer le week-end avec nous. Tu as toujours eu de l’influence sur elle.

— Je vais essayer, lui promit Travis.

— Je pense qu’il y aura pas mal de monde, à la petite fête, poursuivit Hugh, le visage soudain illuminé à l’idée des réjouissances prochaines. Il est même possible que les Laing viennent. Ce serait le moment idéal pour annoncer une bonne nouvelle, tu ne crois pas ?

Alors, pour une raison que Megan ne s’expliqua pas, le visage de Travis se ferma, et un lourd silence s’installa de nouveau.

— Papa, Megan doit partir, déclara soudain Travis en repoussant sa chaise pour se lever.

Puis il désigna la salade à peine entamée.

— Tu as à peine mangé. Tu veux que je demande un doggy bag ? s’enquit-il.

— Non, merci, répondit-elle, agacée.

Elle devait partir, bien sûr, mais ce n’était pas à lui de le lui dire ! Et encore moins à lui de lui faire remarquer qu’elle n’avait presque rien mangé ! Décidément, Travis Jamieson avait quelques lacunes en matière de courtoisie.

— J’ai un rendez-vous, ce soir. Je dois avoir de l’appétit, ajouta-t-elle en le regardant bien en face.

Travis serra les mâchoires.

— N’oublie pas le pari, dit-il d’une voix étrangement calme. Tu m’as promis une invitation à la fête de ton père.

Il pensait encore à sa stupide théorie liée au café ? Elle en avait par-dessus la tête de sa prétention à vouloir l’analyser. Et, de plus, elle n’avait rien promis du tout.

— Moi ? répondit-elle d’un air innocent. Mais je ne parie jamais.

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