Ce rival trop séduisant
Chapitre 14
Ce n’était pas seulement pour faire plaisir à son père que Megan avait accepté d’accompagner Nick Stanton au buffet, buffet qui était, soit dit en passant, le clou de la soirée, mais aussi pour prouver à Travis qu’elle avait du succès auprès des hommes. Nick Stanton était tout à fait l’homme décent que son père lui avait décrit. Il était poli, intelligent, doté d’un bon sens de l’humour et, de toute évidence, attiré par elle. Pourquoi n’aurait-elle pas accepté de passer du temps avec lui ?
— Je suis si heureux que ton père ait suggéré que l’on se rencontre, lui dit-il.
Ils avaient pris place autour d’une des petites tables disposées dans le hall, leur assiette pleine de canapés visiblement succulents.
— Moi aussi, dit Megan en goûtant une roulade de dinde aux canneberges.
— Megan…
Son père venait de lui poser une main sur son épaule tout en adressant un sourire à Nick.
— J’aimerais te parler un instant, précisa-t-il.
— Bien sûr, papa.
— Je vous laisse, proposa Nick en se levant.
— Merci. Que veux-tu boire, ma chérie ? demanda Jonah.
— Je prendrai un chardonnay.
— Je vais vous en chercher un verre, dit Nick en se dirigeant vers le buffet.
— Je t’avais bien dit qu’il était gentil, lui fit remarquer son père en le regardant s’éloigner.
— Et tu avais raison, répondit-elle.
— Toi aussi.
— De quoi est-ce que tu parles ?
— J’ai eu un appel de Theo Hoskins, ce matin.
Megan sentit son cœur bondir dans sa poitrine.
— Est-ce qu’il y a un problème ? s’inquiéta-t-elle.
— Pas du tout.
Son père fit une pause avant d’enchaîner :
— Comme je suis toujours à la tête du secteur commercial, Theo pensait que c’était à moi qu’il devait s’adresser pour ses contrats.
— Oh, papa, c’est merveilleux ! s’exclama Megan.
— Oui. Et c’est grâce à toi, je le reconnais. Tu as très bien manœuvré dans cette affaire.
Elle ne put retenir un petit rire triomphant.
— Tu sais ce que je vais te demander, maintenant, papa, n’est-ce pas ?
— Je sais, répondit-il sèchement, et la réponse est « oui ».
Elle le regarda d’un air surpris, n’en croyant pas ses oreilles.
— C’est vrai ? demanda-t-elle d’une voix tendue. Tu vas prendre en compte ma candidature pour gérer le cabinet ?
Son père hocha la tête.
— Oui, tu figures maintenant sur la liste des candidats sélectionnés. Qui ne cesse de s’allonger, d’ailleurs, marmonna-t-il.
— Oh ! Merci, papa !
Elle se leva pour l’embrasser et fut surprise de constater qu’il la serra, lui aussi, très fort contre lui, comme il le faisait si souvent avec Sabrina. Plus émue qu’elle ne l’aurait cru, elle apprécia cette étreinte à sa juste valeur ; les gestes de tendresse de son père étaient tellement rares.
— J’ai d’autres nouvelles à t’annoncer, ajouta-t-il d’un ton grave en desserrant son étreinte.
Megan se rassit et scruta son visage, soudain inquiète.
— Tout va bien, papa ?
— Je ne suis pas en aussi grande forme que je le voudrais, admit-il, soudain contrarié. J’avais rendez-vous avec mon cardiologue, hier, et il n’est pas satisfait des résultats des derniers examens.
Elle sentit son sang la quitter.
— Que veut-il dire ? Que tu vas avoir une nouvelle crise cardiaque ?
— Pas si je peux l’éviter. Et pour cela, j’ai besoin d’avoir l’esprit libre de tout souci, ce qui signifie quitter la tête de Merritt, Merritt & Finch plus tôt que prévu.
Avec un effort visible, il ajouta :
— Je désignerai mon remplaçant avant Noël.
« C’est-à-dire à peine trois semaines », calcula Megan.
Elle déglutit avec difficulté. Cela lui laissait bien peu de temps pour convaincre son père de ses capacités !
Comme s’il lisait dans ses pensées, il déclara :
— Tu passeras un entretien, comme les autres candidats. Cependant, je préfère te prévenir : tu figures en bas de ma liste, ma chérie.
Cette information la refroidit quelque peu, mais de façon passagère.
— Il y a encore cinq minutes, je ne figurais pas du tout sur ta liste, répliqua-t-elle. Je vais faire en sorte de me hisser tout en haut, tu vas voir.
Même si elle se faisait du souci pour la santé de son père, elle était encore sur un petit nuage quand Nick revint. Ils se mirent à parler de tout et de rien, et Megan, peu à peu, prit plaisir à cette conversation. Nick aussi, d’ailleurs, car il posa bientôt sa main sur la sienne.
Soudain, le portable de Megan sonna. Elle regarda le numéro : c’était un numéro inconnu.
— Désolée, je dois répondre, dit-elle en se levant. C’est peut-être l’un des traiteurs.
— Je t’en prie, lui dit Nick en se levant à son tour.
— Allô ?
— Recule-toi ! Stanton a une vue plongeante sur ton décolleté.
Tournant vivement la tête, elle aperçut Travis. Il était au bar, assis sur un haut tabouret en cuir, et utilisait le téléphone du bar. Si elle avait pu le foudroyer du regard, elle était certaine que tous les juges du pays auraient estimé l’homicide justifié.
Il leva légèrement son verre de bière vers elle, puis dit d’un ton tranquille :
— Si tu voyais ses yeux ! On dirait des soucoupes. A moins que tu ne souhaites qu’il voie tes meilleurs atouts, je te conseille de t’éloigner de lui au plus vite.
Elle s’efforça de demeurer calme.
— Ce ne sont pas mes meilleurs atouts, protesta-t-elle froidement.
Elle jeta alors un coup d’œil à Nick, qui détourna rapidement les yeux de son décolleté.
— Intéressant, murmura alors Travis d’une voix de velours. Tu veux bien m’éclairer sur la nature de tes meilleurs atouts ?
— Mon esprit, bien sûr !
Et elle se demanda aussitôt ce qui lui prenait de poursuivre cette conversation ridicule.
Travis se mit à rire.
— C’est vrai, tu as un esprit très fin, très subtil. Mais pour ce qui est de tes atouts visuels, je suis désolé de te dire que…
Elle raccrocha.
— Je suppose que ce n’était pas un problème avec les traiteurs ? fit remarquer Nick.
— Non, c’était un confrère. Un confrère particulièrement énervant.
Elle s’efforça de sourire et reprit sa place à table.
— Désolée, où en étions-nous ?
Quelques minutes plus tard, elle estima qu’elle pouvait s’excuser pour aller aux toilettes sans éveiller la méfiance de Nick. Elle passerait ainsi devant le bar et réglerait quelques petits détails avec Travis.
— Travis, arrête, lui ordonna-t-elle à voix basse quand elle arriva à sa hauteur. Je ne sais pas ce que tu mijotes, mais tu as intérêt à arrêter ton petit jeu tout de suite. D’abord tu critiques mon père, et maintenant tu t’interposes entre Nick et moi.
— Cela n’a rien à voir avec ton père !
Son expression se fit plus dure et il ajouta :
— Tu ne trouves pas que tu es un peu rapide en besogne ? Notre rupture remonte à lundi, et tu flirtes déjà avec un autre ?
Elle leva les yeux au ciel en soupirant.
— Travis, on était d’accord sur le fait qu’il n’y avait rien entre nous. Je suis libre de sortir avec qui je veux sans que tu m’espionnes.
— Je te désire toujours, Meg…
Megan se sentit prise d’un vertige… Incapable de parler, elle se dirigea tant bien que mal vers les lavabos. Une fois entrée, elle s’adossa au mur, apercevant son reflet dans le miroir : elle avait les joues rouges, les yeux brillants. Elle eut beau s’asperger le visage et les poignets avec de l’eau, rien n’y fit.
Quand elle ressortit des toilettes, Nick était en train de parler à Travis.
Oh ! Seigneur, pas ça…
— Megan, lui dit Nick en souriant. Travis m’a dit qu’il te connaissait.
— Tu connais Travis ? demanda-t-elle dans un sourire forcé.
— Oui, même s’il y a longtemps que nos chemins ne s’étaient pas croisés. Treize ans, je crois, n’est-ce pas, Travis ?
Ce dernier acquiesça d’un signe de tête.
— On était à Yale ensemble, poursuivit Nick. On était tous les deux membres du journal étudiant.
— Je pensais que tu avais étudié à Dayton, dit-elle en se tournant vers Travis.
Il lui adressa un sourire ironique.
— Tu confonds avec Kyle Prescott, répondit-il. Il a été renvoyé de Yale pour tricherie et il a fini à Dayton.
Travis était donc diplômé de Yale ? Il faisait partie, comme elle, de l’Ivy League, ces avocats issus des meilleures universités des Etats-Unis ? Pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Il savait pourtant que l’information l’aurait intéressée.
Aussitôt, elle déduisit qu’il avait voulu qu’elle le sous-estime pour l’affaire Hoskins, et elle se maudit d’avoir supposé que son amitié avec Kyle avait commencé dans l’Ohio. Tout cela, c’était à cause des préjugés qu’elle nourrissait envers Prescott Palmer Associates ; ils l’avaient convaincue que Travis ne pouvait faire partie de l’élite.
— Excuse-nous, Travis, dit alors Nick, mais j’aimerais présenter Megan à mon père et je vois qu’il vient enfin de se libérer d’une conversation animée sur la peine de mort.
Il tendit la main à Megan.
— Tu viens ?
Travis la fixait d’un regard aussi noir qu’impénétrable. Elle comprenait pourquoi il ne lui avait pas parlé de Yale dès le début. Mais ensuite, quand ils s’étaient ouverts l’un à l’autre, pourquoi n’avait-il pas levé le voile sur ses études ?
Les semaines de travail consacrées à l’affaire Hoskins, à la préparation de cette fête de Noël, et à impressionner son père s’abattirent d’un seul coup sur ses épaules. Elle eut alors le sentiment que sa tête allait éclater.
— Megan ? fit Nick.
Elle lui saisit la main.
— J’arrive.
*
* *
L’audience en appel de Barbara Hoskins concernant la garde des enfants avait lieu le lundi matin, de sorte que Megan passa un nouveau week-end à travailler. Sans compter que la colère qu’elle nourrissait contre Travis, pour avoir critiqué sa relation avec son père et omis de mentionner qu’il était diplômé de Yale, l’avait mise à cran.
Le juge Potter semblait, lui aussi, à bout de patience. Lors de l’audience précédant le cas Hoskins, il avait rejeté une plainte contre un magasin de jouets qui avait fait la promotion des « jouets de Noël », au lieu de parler de « jouets de fin d’année », et il fulminait encore contre les gens qui lui faisaient perdre son temps.
Travis ne semblait pas plus joyeux que Megan, mais il parvint à désarmer le juge en plaisantant sur le Père Noël et l’un de ses rennes ivres. Puis il en vint à l’affaire et exposa une plaidoirie convaincante pour que la garde des enfants revienne à Barbara. Il avait pris le parti de ne pas la mettre en avant, de sorte que Megan ne pouvait pas l’interroger sur le fait qu’elle avait laissé les enfants seuls à la maison ; l’incident se trouva donc relégué à un détail.
Megan, de son côté, ne souhaita pas non plus mettre son client en avant, parce qu’il était quasiment certain que Travis soulignerait son prétendu alcoolisme.
Le juge Potter les écouta tous deux attentivement. La dernière fois que Megan avait plaidé devant lui, il lui avait donné raison. Mais elle ne devait pas se réjouir trop tôt.
Le juge Potter essuya comme d’habitude scrupuleusement ses lunettes avant de se retirer. Quand il revint, après un bon moment, il résuma l’affaire avant de conclure. Il avait décidé d’accorder la garde de Marcus à son père et celle de Chelsea à sa mère.
Megan s’agrippa à la table. C’était le pire des verdicts qu’un juge pouvait émettre. Séparer les enfants était invraisemblable, ils avaient tellement besoin l’un de l’autre.
— Votre Honneur, commença-t-elle, il n’est pas possible que…
Le juge l’arrêta d’un regard glacial.
— Mademoiselle Merritt, je viens d’énoncer mon verdict. Je suis certain que vous connaissez la marche à suivre pour faire appel.
Peu désireuse de poursuivre le débat, elle s’abstint de renchérir et rangea le plus calmement possible son dossier dans son attaché-case. Puis elle quitta la salle d’audience et entraîna Theo dans une salle de réunions.
— Il faut que vous renonciez à la garde de Marcus, lui dit-elle.
— Certainement pas ! répliqua Theo. Je suis aussi bouleversé que vous de voir que les enfants sont séparés, mais si quelqu’un doit renoncer à la garde, ce sera Barbara !
— Theo, vous m’avez dit vous-même qu’il était difficile pour vous d’assumer les enfants à plein temps. Si vous laissez Marcus avec sa sœur, cela jouera en votre faveur pour la garde définitive… Vous voulez la garde partagée, n’est-ce pas ? Vous ne voulez pas avoir les enfants en permanence chez vous ?
Elle avait bien conscience qu’elle tenait des propos affreux, mais ils n’en étaient pas moins vrais.
— Je suppose, marmonna Theo d’un air boudeur.
— Dites au juge, lors de la prochaine audience, que c’est avant tout l’intérêt des enfants qui vous tient à cœur. Nous allons tout de suite rédiger votre demande, la présenter à Barbara et à son avocat, et elle sera enregistrée. Vous avez toujours la garde officielle de Marcus, mais vous choisissez de le laisser à sa mère pour ne pas le séparer de sa sœur. Ce geste sera reconnu à sa juste valeur, croyez-moi.
Il passa une main nerveuse sur ses yeux.
— Entendu, murmura-t-il.
Megan appela tout de suite Travis sur son portable.
— Mon client a une proposition à faire, dit-elle en lui expliquant la décision de Theo. Tu peux en aviser ta cliente ? Bon. Très bien.
Elle raccrocha et ferma les yeux, consciente que le problème n’était qu’à moitié résolu et qu’il restait un point à éclaircir avec son client. Il ne tenait qu’à elle de l’éclaicir. Mais en aurait-elle le courage ?
— Tout va bien ? lui demanda Theo.
Elle ouvrit les yeux et croisa son regard. Elle devait lui en parler ; mais, d’un simple coup de téléphone, il pouvait détruire tous ses espoirs professionnels…
— Vous avez besoin d’aide, Theo, déclara-t-elle brusquement. Je veux que vous suiviez un traitement pour soigner votre dépendance à l’alcool.
Elle leva une main pour poursuivre sans qu’il l’interrompe.
— Je ne veux plus vous entendre me répéter que ce n’est pas le cas. Ce que je lis dans vos yeux chaque fois que Barbara évoque la question me prouve qu’il y a bien un problème. Trouvez une solution, au nom de l’amour que vous portez à vos enfants. Sinon la rumeur va se répandre.
Dans un soupir, Theo passa une main sur son visage.
— Vous diriez aux gens que je suis… que j’ai un problème avec l’alcool ? demanda-t-il d’une voix sourde.
— Cela se saura sans mon intervention, Theo.
— Je ne peux pas… faire ce que vous me demandez… tant que le divorce est en cours. C’est trop risqué.
Elle le savait bien, mais c’était à lui de trouver une solution.
Il humecta ses lèvres, comme s’il avait besoin d’un verre.
— Et si je promettais de suivre un traitement, dès que le divorce sera prononcé ? proposa-t-il.
— Cela me convient tout à fait.
Elle perçut soudain un mouvement dans le couloir. Travis… Avait-il entendu toute leur discussion ? Une partie seulement ? Mais le plus important : le problème de Theo avec l’alcool. Impossible à dire ; son expression était impénétrable.
— Je viens de discuter avec Barbara, déclara-t-il en entrant. Elle accepte la proposition.
Megan retint sa respiration, s’attendant presque à ce qu’il lui dise que sa cliente allait demander la garde à plein temps des enfants, maintenant que Theo avait avoué son problème. Mais il s’en alla sans rien ajouter. *
* *
Jonah Merritt avait donné rendez-vous à Travis chez lui pour un entretien en bonne et due forme, le mardi matin.
— Il y a quelques mois, quand vous m’avez envoyé votre candidature, je l’ai mise directement à la poubelle, commença Jonah en le fixant comme s’il était un tueur en série. Et si Megan ne m’avait pas dit que vous représentiez Barbara Hoskins dans son divorce, je n’aurais jamais repensé à vous. Mais j’avoue que l’information a piqué ma curiosité. J’ai pris des renseignements sur vous.
Travis réprima un sourire ; il ne doutait pas que Jonah Merritt possédait le meilleur réseau de contacts d’Atlanta et que tous les renseignements qu’il souhaitait obtenir lui étaient apportés sur un plateau.
— Vous travaillez pour un cabinet délétère, poursuivit Jonah, levant la main, comme Travis faisait mine de protester. Toutefois, je loue votre loyauté à votre ami Prescott, et je reconnais qu’il n’y a jamais eu le moindre soupçon de scandale dans le département dont vous avez la charge. Le problème, c’est que vous allez avoir du mal à passer pour un partenaire crédible dans un cabinet comme Merritt, Merritt & Finch.
Pourquoi lui disait-il ce qu’il ne savait que trop ? La veille au soir encore, l’une des sociétés à qui il avait envoyé sa candidature avait annulé à la dernière minute leur entretien. Après quelques recherches, il avait appris que Grayson était un associé de ce cabinet et qu’il avait mis son veto.
— J’ai conscience que rien ne sera facile, répliqua-t-il en regardant Jonah bien en face.
— Ah, la noblesse des cols bleus !
Il saisit son stylo en or et jeta quelques notes sur son carnet.
— Je vois bien que diriger mon cabinet, ce serait le rêve de toute une vie pour vous. Mais moi, qu’est-ce que j’en tirerai ? ajouta-t-il.
— C’est votre rêve à vous qui s’enrichirait de ma présence, répondit Travis.
Jonah émit une sorte de petit rire sarcastique tandis que Travis poursuivait :
— Vous allez perdre le contrôle d’un cabinet que vous avez créé et que vous dirigez seul. Vous êtes à la merci du repreneur. Si vous avez de la chance, ou si vous êtes avisé, vous choisirez une personne qui ne se reposera pas sur ses lauriers, mais qui fera progresser le cabinet.
— Et cette personne, c’est vous, bien sûr.
Jonah pointa son stylo en or vers Travis. L’espace d’un instant, l’objet brilla de tous ses feux à la faveur d’un rayon de soleil qui filtrait par la fenêtre.
— Si j’ai appris quelque chose, en travaillant pour PPA, c’est gagner des affaires et conserver des clients, reprit Travis. Dans mon département, nous avons une marge de vingt-six pour cent de bénéfices, et notre chiffre d’affaires augmente chaque année.
— Et je suppose que vous pouvez me donner les preuves de ce que vous avancez…
— Naturellement. Vous vous interrogez sur mes capacités à m’imposer auprès des associés de Merrit, Merritt & Finch, et vous avez raison. Je suis désolé de vous avouer que ma stratégie ne sera pas des plus raffinées.
Jonah sourcilla.
— J’ai l’intention d’acheter leur respect, poursuivit Travis. Quand je leur exposerai les dividendes que j’attends de leur part et comment nous allons atteindre nos objectifs, je suis certain qu’ils feront exactement ce que je leur dis, jusqu’à ce qu’ils comprennent que j’avais raison.
Il marqua une brève pause avant de préciser :
— Sachez que j’atteins toujours mes objectifs. Et je pense que vos avocats au sang bleu sont aussi attachés à la puissance du dollar que les miens au sang rouge.
— Sans doute, reconnut Jonah. Mais je ne souhaite pas que Merritt, Merritt & Finch devienne un cabinet à faire de l’argent à tout prix, comme PPA.
— Cela ne figure pas du tout dans mes projets, se défendit Travis. Je respecte l’ordre des avocats J’apporterai du changement à votre cabinet sans que cela remette le moins du monde en jeu son éthique et sa réputation. Et je serai heureux de vous exposer ces projets avant de les mettre en application.
Jonah lui jeta un regard à la fois admiratif et perplexe.
— L’un des partenaires clés dont vous devrez acquérir le respect, c’est ma fille, déclara-t-il.
— Megan est la meilleure avocate que je connaisse, déclara vivement Travis.
Il ne prit pas la peine d’ajouter : « A part vous et moi », ce qui fit sourire Jonah.
— Elle sera assurément surprise, si je décroche ce poste, ajouta-t-il, mais je peux vous garantir que nous partageons un respect mutuel. J’ai d’ailleurs cru comprendre que c’était elle qui m’avait recommandé à vous.
Ce qu’elle n’aurait jamais fait, d’ailleurs, si elle avait connu ses motivations, songea-t-il amèrement.
Jonah l’examina de nouveau avec la plus grande attention, et Travis se demanda s’il devait mentionner l’intérêt de Megan pour le poste.
— Je dois vous avouer que tout cela est très intéressant, dit Jonah. Vous m’avez donné matière à réflexion.
Travis retint un mouvement de joie. Jonah Merritt le prenait au sérieux. Il ne pouvait plus taire la vérité à Megan.
OceanofPDF.com