Ce rival trop séduisant
Chapitre 19
Megan se dit qu’il ne restait plus qu’une journée et qu’elle y survivrait. Il y aurait bien sûr encore quelques rendez-vous, ensuite, mais elle espérait pouvoir y envoyer Mark, son associé, de sorte qu’il n’y aurait plus de tête-à-tête avec Travis.
Posant son portable sur la table de la salle à manger de Travis, elle bâilla… et se rappela juste à temps mettre une main devant sa bouche.
Ils étaient revenus de Gatlingburg à 2 heures du matin, et Travis l’avait reconduite chez elle. Elle avait mis son réveil à 6 heures et était arrivée chez lui à 7 heures pour le trouver déjà au travail.
— On va finir aujourd’hui, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.
C’était la fin de leur travail en commun.
La fin aussi de ce qui avait bien pu exister entre eux…
— Je l’espère, répondit-il en lui présentant une chaise.
La veille, ils s’étaient arrêtés sur tous les points, avaient marchandé, s’étaient disputés. Aujourd’hui, les heures s’écoulèrent dans un calme étrange, ils s’accordaient sur chaque question : le contrat de mariage, la garde des enfants, les actions.
A 18 heures, ils avaient bouclé l’affaire.
— C’est le meilleur accord de divorce que je n’aie jamais vu, déclara Megan en lissant le document tout chaud sorti de l’imprimante.
— Je suis, moi auss, i très fier de nous, renchérit Travis. Theo serait insensé, s’il ne donnait pas une grande partie de ses contrats à Merritt, Merritt & Finch.
Elle le regarda en écarquillant les yeux.
— Eh bien quoi ? C’était l’objectif de ce week-end, tu ne te souviens plus ? Te donner les armes dont tu as besoin pour convaincre ton père.
— Oui. Je sais. Et si Theo nous confie ses contrats, ce sera aussi grâce à toi.
Elle glissa une copie de leur accord dans son attaché-case.
— Je vais passer voir mon père en rentrant chez moi, lui dit-elle. Faire du lobbying de dernière minute.
Il hocha la tête, et l’observa un instant avec attention.
Comme toujours, il la plongeait dans la plus grande confusion : voulait-il, oui ou non, ce poste ? A cet instant, elle n’aurait su le dire.
— Et toi, reprit-elle, est-ce que tu comptes aller le flatter une dernière fois dans le sens du poil ?
— Ce n’est pas la façon dont nous, les hommes forts, nous agissons. La façon virile de traiter l’affaire est d’en rester là, et de prétendre que cela nous est égal d’être choisi ou non.
Il avait l’air sérieux.
— Je sais que cela ne t’est pas égal, Travis.
— Ne fais pas part de tes impressions à ton père, d’accord ?
Elle lui sourit.
— Entendu. Bonne chance, Travis.
— C’est généreux à toi, Meg.
— Ces deux derniers jours, tu t’es largement rattrapé pour ta trahison.
— Est-ce que cela signifie que tu me pardonnes ? demanda-t-il, surpris.
— J’imagine, oui.
— Merci, dit-il, la gorge nouée.
Il l’accompagna jusqu’à sa voiture et lui tint la portière ouverte, puis il attendit qu’elle baisse sa vitre avant de la refermer. Elle ajusta ses rétroviseurs, ce qui n’était pas forcément nécessaire, consciente que cet instant précis était la fin de sa collaboration avec Travis. Sauf s’il était finalement choisi pour être son nouveau patron…
Elle attacha sa ceinture et se tourna vers lui.
Elle se rendit alors compte qu’il avait l’air ailleurs, et qu’elle avait les yeux humides. Battant plusieurs fois des paupières, elle mit le contact.
— Au revoir, Meg.
— Merci de ton aide, lança-t-elle d’un ton léger en tapotant son attaché-case, posé à côté d’elle.
— Et merci à toi pour m’avoir accompagné à Gatlingburg.
Il posa ses mains sur le rebord de la vitre ouverte, comme s’il voulait l’empêcher de partir.
— Ravie de t’avoir aidé. Tu as une famille formidable.
Travis se rendait bien compte qu’ils échangeaient des banalités pour retarder le départ, alors sur une impulsion, il lui dit :
— Tu sais, certaines femmes peuvent combiner leur vie professionnelle et leur vie de famille.
Elle leva les sourcils.
— Enfin, c’est ce que j’ai entendu dire, ajouta-t-il avec un petit sourire.
Megan lui rendit son sourire.
— Je suppose qu’il y a du progrès…, murmura-t-elle.
Elle posa ses mains sur le volant et regarda droit devant elle avant d’ajouter :
— Toutefois, je ne pourrais pas être l’une de ces femmes, Travis. Je ne pourrais pas laisser mes enfants à la maison, avec une nourrice. Les enfants doivent savoir qu’ils sont votre priorité. Ce serait une erreur d’en avoir pour faire plaisir à un mari dont la carrière est aussi accaparante que la mienne.
Elle prit une grande inspiration et poursuivit :
— Aussi, si ta meilleure offre consiste toujours à me faire une ribambelle d’enfants comme garant incontournable de ton amour…
Travis se redressa.
Elle baissa lentement le frein à mains. Elle allait partir. Et il n’allait pas la retenir.
— Est-ce que tu aimes Unchained Melody ? lui demanda-t-il soudain.
— Je déteste cette chanson.
— Moi aussi.
Pourquoi lui posait-il une telle question ? Mais elle n’avait nullement l’intention de le lui demander ; il fallait qu’elle parte, maintenant.
— Bon… Au revoir, Travis.
Inconsciemment, elle tourna la tête vers lui.
Il se pencha vers elle et déposa un léger baiser sur ses lèvres. Un effleurement, comme le tout premier. Presque par hasard. Mais il le dévasta.
Elle aussi, elle était malheureuse, comprit Travis à ses paupières baissées, son air tendu. Si seulement…
Mais c’était insensé. Impossible.
Il dut faire appel à toutes ses forces pour se redresser.
— Au revoir, Megan.
Ce ne fut qu’après son départ qu’il se rendit compte du vide énorme qu’elle venait de laisser dans son cœur. Une douleur insoutenable.
— Oh, non…, marmonna-t-il en se mettant à courir dans l’allée pour essayer de la rattraper.
Mais elle était déjà partie.
Comment avait-il pu être aussi stupide ? Comment avait-il pu croire qu’il aimait Megan de la même manière qu’il avait toujours espéré aimer une femme ? N’avait-il pas compris, grâce à l’exemple de ses parents, que l’amour ne valait que s’il était généreux et qu’il ne s’agissait pas simplement de soi-même et de ses aspirations ? Qu’il devait placer le bonheur de sa compagne au-dessus de tout ?
Il aimait Megan pour son humour et son sérieux, sa prudence et son courage, sa beauté intérieure et sa sensualité.
Il l’aimait tout court.
Et il venait de la laisser partir.
*
* *
Travis présenta le projet d’accord à Barbara Hoskins le lundi matin. Elle fut si enthousiaste qu’elle l’embrassa, en tout bien tout honneur, et il se demanda si Theo embrasserait aussi Megan, tout en s’efforçant de rester calme à cette pensée. Il régla ensuite quelques détails avec son assistante et regagna son bureau pour appeler ses parents.
Ce fut sa mère qui répondit, et il fut obligé d’écouter tous les compliments qu’elle lui fit de Megan pendant dix minutes, avant qu’elle ne lui passe enfin son père.
— Bonjour, mon garçon, dit Hugh.
— Papa, il faut que je te parle.
Et il se hâta d’ajouter, avant que son père ne se lance, lui aussi, dans un monologue dithyrambique sur Megan :
— Ce n’est pas à toi de me défendre auprès de tout Jackson Creek, je ne veux pas que tu te disputes avec tes amis à cause de moi.
— Je me fiche pas mal de ce que ces vieux fous pensent de ton cabinet, rétorqua Hugh. Tout ce que je veux, c’est ton bonheur. C’est là que je m’inquiète. Tu as travaillé très dur, et tu n’as pas ce que tu mérites, c’est tout.
— Il est possible que les choses changent.
— Voilà qui est parlé ! répondit Hugh.
Puis, d’un air innocent, il ajouta :
— Cette Megan nous a beaucoup plu, à ta mère et à moi.
— A moi aussi, elle me plaît beaucoup, papa.
Mais il détourna rapidement la conversation en demandant des nouvelles de Gina. Puis il appela Jonah Merritt.
— Vous étiez bien le dernier candidat que j’aurais pensé susceptible de m’appeler pour me passer de la pommade au dernier moment, lui dit ce dernier.
— Je vous appelle pour retirer ma candidature, monsieur.
A l’autre bout du fil, un grand silence se fit.
— Je ne sais pas à quel jeu vous jouez, Jamieson, mais ne croyez pas me forcer la main par ce petit stratagème.
— Ce n’est pas un jeu, monsieur Merritt. J’ai apprécié que vous reteniez ma candidature, mais je viens de me rendre compte que ce poste ne me donnerait pas ce que je désire le plus au monde.
— Je pensais que vous souhaitiez le respect de vos pairs. Si vous n’estimez pas que Merritt, Merritt & Finch est capable de vous le…
— Bien sûr que si, mais ce qui compte le plus pour moi, c’est…
Il s’interrompit. Les mots qu’il s’apprêtait à prononcer n’étaient pas destinés aux oreilles de Jonah Merritt.
— Avez-vous déjà décidé à qui vous alliez donner le poste ? reprit-il
— Presque.
Jonah Merritt fit une pause et ajouta :
— Je dois avouer que vous m’avez mis l’eau à la bouche avec les possibles changements que vous m’avez fait entrevoir.
Travis retint un juron en se rendant compte qu’il venait de passer si près du but. Mais il avait désormais d’autres objectifs.
— Donnez le poste à Megan, dit-il.
— Je vous demande pardon ?
— C’est la meilleure avocate que je connaisse, et vous ne trouverez personne d’aussi loyal à vous-même et à votre cabinet. Il est possible qu’elle manque un peu d’expérience dans certains domaines, mais nul n’est parfait. D’ailleurs, si c’était le cas, je n’aurais jamais figuré sur votre liste de candidats.
Jonah laissa échapper un petit rire sarcastique, comme Megan le faisait si bien, elle aussi.
— C’est exact, mon garçon.
De la même façon, la partenaire parfaite pour le mariage n’existait pas, songea Travis avec tristesse. Il fallait prendre celle que l’on aimait avec ses qualités et ses défauts, et accepter de revoir ses positions. Il espérait seulement que Megan accepterait ses imperfections. Quelques semaines auparavant, il lui avait dit que la femme qu’il aimerait aurait un mari qui accorderait toujours la priorité à sa famille, et non à sa carrière, et il avait déjà failli trahir cette promesse. Plus jamais il ne recommencerait.
— Monsieur Merritt, vous êtes un homme intelligent. Prouvez-le une nouvelle fois.
A la fin de la conversation, Travis se sentit curieusement vide. Il savait maintenant ce qu’il devait dire à Megan, ce qu’il attendait d’elle. Mais il devait d’abord attendre la décision de Jonah, quelle qu’elle soit. Alors Megan pourrait faire son choix en toute connaissance de cause, comme elle l’avait si bien conseillé à Gina.
*
* *
Theo fut enchanté de l’accord que lui proposa Megan. Les Hoskins acceptèrent donc les termes du divorce, et après quelques légères modifications consenties par Barbara, le divorce fut réglé. Megan profita de la satisfaction de Theo pour lui reparler de ses contrats qu’il comptait transférer chez Merritt, Merritt & Finch. Ce dernier lui assura qu’il leur confierait, outre les cinq pour cent déjà consentis, vingt pour cent de ses parts, de sorte qu’il devenait le premier client du cabinet.
Megan appela son père pour lui annoncer la bonne nouvelle. Mais il lui parut si distrait qu’elle fut incapable d’évaluer les effets de cette bonne nouvelle sur lui.
Peut-être estimait-il qu’avoir obtenu un quart des affaires de Theo était insuffisant. Et si ce n’était pas elle qu’il retenait pour lui succéder, mais Travis ? Ils seraient alors collègues et se croiseraient quotidiennement au cabinet. Et puis, un jour, il trouverait la femme qui voudrait être la mère de ses enfants, et il fonderait une famille. Et, en tant que son associée, elle serait invitée à son mariage, les baptêmes de sa demi-douzaine d’enfants… Son esprit se mit alors à galoper dans un futur rempli d’événements célébrant le bonheur de Travis avec une autre femme…
Elle sentit son estomac se contracter. Jamais elle ne pourrait supporter cela.
N’était-il pas temps d’admettre enfin ce qu’elle refusait de croire depuis quelque temps déjà ? Oui, elle était bel et bien tombée amoureuse d’un homme machiste, surprotecteur, autoritaire… mais aussi sexy, charmant, amusant et qui lui donnait la sensation d’être une femme unique et spéciale.
— Bonjour, ma chérie !
Elle sursauta et sourit à son père, essayant de rassembler ses pensées.
— Bonjour, papa, entre.
Son père referma la porte derrière lui et prit place sur une chaise en face d’elle.
Elle lui jeta un regard perplexe. Qu’il s’agisse d’annoncer une bonne ou mauvaise nouvelle, il se déplaçait en personne.
— Je veux que tu prennes la tête du cabinet, annonça-il sans préambule.
La nouvelle était énoncée sur un ton si dépourvu d’émotion qu’il fallut quelques secondes à Megan pour bien comprendre de quoi il s’agissait.
— Tu me donnes le poste ? demanda-t-elle. A moi ?
Son père se mit à rire.
— Tout à fait ! Tu le mérites et je ne voudrais voir personne d’autre dans mon siège que ma chère fille.
— Papa, je… Waouh !
Elle ne put retenir quelques larmes qu’elle essuya rapidement du revers de la main.
— Merci, papa.
Se levant d’un bond, elle se précipita pour le serrer dans ses bras.
— Je n’arrive pas à croire que j’y suis arrivée.
— Tu avais une rude concurrence, et je peux t’assurer que je ne t’aurais pas donné la poste, si je ne pensais pas que tu étais la meilleure d’entre tous.
— Est-ce que tu l’as dit aux autres ?
— Je les appellerai cet après-midi.
Travis serait tellement déçu, songea-t-elle, l’espace d’un instant.
— Ah, sais-tu que Jamieson m’a appelé hier pour retirer sa candidature et me dire que je serais fou de ne pas te choisir ? ajouta son père d’un air sévère. Ce jeune homme est décidément très doué pour intervenir quand il n’a pas à le faire.
Travis s’était retiré ? Et il avait demandé à son père de lui donner le poste ? Pourquoi avait-il agi ainsi ?
— Il t’a dit pourquoi il se retirait de la course ? demanda-t-elle.
— Il m’a affirmé qu’il y avait quelque chose qu’il désirait plus ardemment, déclara son père d’un ton sceptique. Je l’ai pourtant averti qu’aucun autre cabinet n’avait une aussi bonne réputation que le nôtre.
Un petit sourire éclaira alors le visage de Megan. Non, ce ne pouvait pas être vrai… Et, pourtant, elle savait au fond d’elle que ce que Travis désirait le plus ardemment, c’était elle.
— Megan, tout va bien ? lui demanda son père, les yeux fixés sur elle.
— Papa, peut-être devrais-tu attendre un peu avant d’appeler les autres candidats.
— Pardon ?
— Quelque chose pourrait m’empêcher de prendre la responsabilité de ce poste.
— Mais enfin, Megan, qu’est-ce que cela veut dire ?
Megan réfléchissait à toute vitesse.
— Enfin j’espère que non, mais c’est simplement au cas où…, murmura-t-elle pour elle-même. Je veux dire, que se passera-t-il, si j’ai besoin de faire certains réajustements et que…
Son père tapa la table de son poing.
— Je ne sais pas du tout de quoi tu parles. Megan, peux-tu m’expliquer de quoi il s’agit ?
— Je ne le sais pas moi-même, papa. Mais je le saurai bientôt. Donne-moi juste quelques heures. S’il te plaît.
Elle l’embrassa sur la joue et ajouta :
— Merci, papa, merci beaucoup ! Je te tiens au courant.
Son père leva les yeux au ciel et la quitta, marmonnant quelques paroles inintelligibles.
Elle aurait voulu danser de joie, mais elle devait réfléchir sérieusement pour savoir comment traiter exactement la question, à savoir comment faire en sorte que sa relation avec Travis réussisse. Elle demanda à Trisha de ne lui passer aucune communication.
— M. Jamieson a appelé trois fois pendant que votre père était dans votre bureau, lui annonça cette dernière.
— Je ne peux pas lui parler. Pas encore.
Et, sur ces paroles sibyllines, elle raccrocha.
Elle ne pouvait pas encore voir Travis. Ni même lui parler. Elle savait ce qu’elle voulait, elle savait ce qu’il voulait. Et le gouffre entre eux la terrifiait.
Doucement elle commença à trouver une première ébauche de solution, s’efforçant de s’habituer à l’idée, sans se presser, comme elle l’avait conseillé à Gina.
Plusieurs fois, ce jour-là, elle entendit son assistante répéter :
— Je suis désolée, monsieur Jamieson, mademoiselle Merritt n’est pas disponible.
*
* *
Le lendemain, c’était la veille de Noël. Peu de personnes travaillaient, mais le cabinet était ouvert, et Megan avait encore des choses à régler.
A 10 heures, Travis se matérialisa sur le seuil de son bureau.
— C’est le livreur de café, annonça-t-il en brandissant deux tasses. Café crème pour moi, macchiatto pour toi.
Elle se leva de sa chaise et contourna son bureau.
— Macchiato ? J’ai vu que ça existait, mais je ne sais pas exactement ce que c’est.
— C’est un espresso avec un nuage de mousse de lait qui colore à peine le café.
— Je suis sûre que je vais adorer, dit-elle.
Elle prit la tasse qu’il lui tendait et goûta.
— Parfait, Travis ! Exactement ce dont j’avais envie !
Ses yeux sombres étincelèrent. Elle résista à l’envie de se jeter dans ses bras à l’instant même…
— Merci de t’être retiré de la course, dit-elle. Papa m’a donné le poste.
— Il l’aurait fait de toute façon. Tu es la meilleure.
Il porta un toast avec sa tasse.
— Félicitations, ajouta-t-il.
— J’ai dit à mon père que je voulais d’abord réfléchir.
Il la fixa, étonné.
— Pourquoi ?
— En fait, cela dépend de toi.
Elle but une gorgée de café et posa sa tasse sur le bureau. Il l’imita.
— Je t’écoute, l’encouragea-t-il.
— Je ne suis pas un grand parti pour un homme qui veut s’installer et fonder une famille, j’en suis bien consciente, mais…
— Je t’aime, Megan. Est-ce que tu veux m’épouser ?
Un feu d’artifice explosa dans son cœur et, une nouvelle fois, elle se retint de se jeter à son cou.
— Attends, dit-elle. Je préfère te dire ce qui t’attend.
— Inutile, je te connais.
Ce qui était vrai. Il l’avait toujours vue sous un jour que personne ne soupçonnait chez elle. Il la connaissait peut-être mieux qu’elle ne se connaissait elle-même.
— Je t’ai acheté un cadeau, dit-elle en lui tendant un paquet. Joyeux Noël.
Il le jaugea d’un œil expérimenté.
— C’est un livre. Un roman à énigme ?
— Si l’on peut dire…
Il déchira le papier de Noël. Quand il vit le livre, il s’immobilisa.
— Meg…
Il lut le titre du livre, Trouvez un nom pour votre bébé, ému comme jamais elle n’aurait pu l’imaginer.
— Travis, ce n’est pas la promesse que nous aurons un enfant, mais je vais m’efforcer de reconsidérer mes priorités de vie.
— Je te fais confiance. Mais sache que tu n’as pas besoin de devenir une autre femme. Je t’aime telle que tu es, Megan. Est-ce que tu veux m’épouser ? Est-ce que c’est le bon moment pour te le demander ?
— Pas encore…, dit-elle d’un petit air mystérieux.
Elle lui effleura les lèvres d’un baiser et poursuivit :
— Si diriger ce cabinet signifie qu’entre nous deux, cela ne va pas marcher, alors je préfère renoncer à cette promotion.
— Pas question ! Je veux que tu diriges le cabinet familial ! Je t’aime, Meg, tu veux m’épouser ?
— J’aime ta famille, répondit-elle. Je veux en faire partie.
— Réponds à ma question, bon sang !
— Je t’aime, Travis, et je t’épouserai.
— Tu ne peux pas savoir comme c’est bon de t’entendre dire ça !
La prenant dans ses bras, il l’embrassa avec tendresse, avec passion. D’une main adroite, il défit son chignon pour pouvoir enfouir ses doigts dans sa chevelure soyeuse, qui venait de tomber en cascade sur ses épaules…
Megan savoura ses lèvres, sa bouche, la tendresse de ses caresses, cette promesse implicite qu’entre eux, c’était pour la vie.
Quand ils revinrent sur Terre, elle était toute tremblante.
— Moi aussi, j’ai un cadeau pour toi, dit-il en plongeant la main dans sa poche.
La forme du petit paquet ne laissait pas de doute sur son contenu. Megan arracha le papier et ouvrit un écrin en velours bordeaux. A l’intérieur brillait une topaze entourée de diamants.
— C’est superbe, murmura-t-elle, la voix brisée par l’émotion.
— Je sais, dit-il avec un petit sourire en coin. Et cela va à merveille avec la couleur de tes yeux.
D’un geste à la fois doux et autoritaire, il glissa la bague à son doigt avant de la regarder avec un air possessif.
— Voilà ! Nous y sommes arrivés.
— Encore une petite chose, Travis. Et j’espère que cela ne va pas tout gâcher…
Il la regarda avec inquiétude.
— Je t’écoute…
— Tout contrat de mariage est absolument et définitivement proscrit entre nous.
Il éclata de rire.
— Meg, ma chérie, tu viens de trouver un mari !
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