Ce rival trop séduisant

Gaines · Chapitre 18 sur 20

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Ce rival trop séduisant

Chapitre 18

 

Ne souhaitant plus épiloguer sur leur relation personnelle, Megan et Travis se remirent au travail, mais dans une atmosphère des plus tendues.

Quand le téléphone sonna, Megan tressaillit.

— Bonjour, papa, dit Travis. Comment…

Il s’interrompit et Megan entendit un flot de paroles indistinctes, à l’autre bout du fil. Travis jura, et elle se tourna vers lui, inquiète. Il y avait un problème, et pas des moindres, étant donné le visage de plus en plus sombre qu’il affichait.

Il regarda sa montre.

— Bien sûr que je vais y aller ! Je pars maintenant et je te tiens au courant.

Sur ces mots, il raccrocha.

— C’est Gina, expliqua-t-il. Scott et elle sont partis se marier dans une autre ville.

Megan poussa un petit cri.

— C’est ma faute, poursuivit Travis. Elle m’a appelé le soir de la réception que donnait ton cabinet, et je lui ai promis que je la rappellerais. Je n’y ai plus pensé ensuite. Elle m’avait dit que Scott lui avait demandé de l’épouser.

— Tu ne l’as pas encouragée à accepter, n’est-ce pas ?

— Bien sûr que non, voyons ! Elle n’a que dix-huit ans.

— Alors ce n’est pas ta faute. Arrête de te culpabiliser et dis-moi ce qui s’est passé.

— Gina était censée passer le week-end chez une amie. Mais celle-ci a dit à ses parents que Gina et Scott étaient partis dans le Tennessee, à Gatlingburg.

— Pour un mariage express, compléta Megan.

Quelques villes dans les Smoky Mountains étaient devenues des destinations de mariage, tirant profit des lois laxistes de l’Etat du Tennessee, qui permettaient aux couples d’obtenir une autorisation immédiate de se marier sans délai et sans visite médicale.

Il hocha la tête.

— Oui. Les parents de cette amie ont appelé les miens, qui ont tout de suite tenté de joindre Gina sur son portable. Mais elle n’a pas répondu.

Il sortit son portable et sélectionna le numéro de sa sœur.

— Ça sonne, dit-il.

Puis, quelques secondes plus tard, il fit une grimace agacée.

— C’est son répondeur.

Megan lui tendit son téléphone.

— Essaie avec le mien. Elle ne reconnaîtra pas le numéro.

Mais Gina ne répondit pas non plus.

— Mon père m’a demandé de les rejoindre, dit Travis. Gatlingburg est à deux heures et demie, trois heures de route d’ici. Mes parents vont s’y rendre, eux aussi, mais de Jackson Creek, ce sera plus long. Bon sang ! Comment lui mettre du plomb dans la cervelle ? Elle est impossible ! Comme si papa et maman n’avaient pas suffisamment de soucis !

— Elle est sous l’influence de son petit ami. Tu le connais, cet ado ?

— Ah, celui-là ! Si je le tenais… Ce n’est plus un adolescent, tu sais, il a vingt-quatre ans.

Il alla chercher sa veste et ajouta :

— Est-ce que tu peux continuer sans moi ?

— Je viens avec toi, décréta-t-elle.

— Non, ce n’est pas la peine.

— Je doute que Gina ait décidé d’épouser un homme de vingt-quatre ans de son propre gré.

— Quoi ? Tu penses qu’il l’a forcée ?

— Il lui aura sans doute demandé de lui prouver son amour. C’est une tendance générale, chez vous, les hommes.

— Ne me compare pas à cet idiot, tu veux bien ? lança-t-il, outré.

Elle rassembla ses notes et prit des dossiers.

— J’emporte notre travail, dit-elle. On ne va pas gâcher cinq précieuses heures.

— Parfait ! Cela me distraira de mes pensées meurtrières !

*

* *

Travis conduisit bien plus vite que ne le permettait la loi, si bien qu’ils furent dans les Smoky Mountains deux heures et demie plus tard. Ses parents les rejoindraient dans un peu plus d’une heure, ainsi que ses frères qui faisaient la route ensemble.

A 22 h 30, ils passèrent enfin devant le panneau indiquant Gatlingburg, une plaque de bois avec des lettres gravées dans une police ancienne.

Dans la ville, une boutique sur deux était consacrée au mariage ; ici une chapelle, là une boutique de location de robes de mariée, là encore un photographe, toutes affichant, bien sûr, leurs décorations de Noël.

Entre-temps, Megan avait joint son assistante pour qu’elle se renseigne sur les modalités exactes du mariage dans la ville. Les cérémonies n’avaient pas lieu le soir, les chapelles fermant à 20 heures.

Elle avait aussi appelé tous les motels de la ville pour demander la chambre de Scott Taylor jusqu’à ce qu’elle tombe sur le bon. Gina et son petit ami étaient descendus au Cupid’Inn Wedding Resort, hôtel qui possédait sa propre chapelle, ce qui voulait sans doute dire qu’ils pouvaient se marier à toute heure…

Le motel se trouvait à l’autre bout de la ville. Le bâtiment principal ressemblait à un chalet, et était flanqué de part et d’autre de rangées de chambres indépendantes.

Travis et Megan se dirigèrent tout de suite vers le bar, d’où ils se servirent du téléphone du motel pour appeler la chambre de Scott. Personne ne répondit. Le jeune couple n’était pas davantage au bar ni dans le hall. Megan alla vérifier les toilettes des femmes pendant que Travis faisait la même chose du côté des hommes.

— Peut-être sont-ils allés se promener, suggéra-t-elle d’un ton peu convaincu quand ils se retrouvèrent dans le hall.

— Avec le froid qu’il fait dehors, cela m’étonnerait, répondit Travis.

Soudain, elle lui saisit le bras.

— Travis, regarde là-bas !

Elle lui désigna un panneau qui indiquait la chapelle.

— Allons voir.

La chapelle était située dans une annexe et était décorée de la même façon que le bâtiment principal, avec des poutres noueuses et des rideaux vichy aux fenêtres.

Près de l’entrée, dans une vitrine, il y avait tout un attirail sur le thème du mariage : des casquettes de base-ball assorties pour l’homme et la femme, des T-shirts avec en imprimé une robe de mariage et un smoking, des voiles de mariée, des bouquets artificiels de roses, de muguet et de gypsophiles.

Megan poussa un soupir de soulagement lorsqu’elle aperçut un jeune couple devant l’autel de la chapelle, front contre front, plongé dans une grande conversation.

— Ce sont eux ? murmura-t-elle en donnant un petit coup de coude à Travis.

— Gina ! s’écria-t-il.

Cette dernière tressaillit et fixa son frère comme si elle voyait un fantôme.

Travis se précipita vers elle et, bousculant Scott, lui prit les mains.

— Tu n’es pas encore mariée, j’espère ? lança-t-il vivement.

Il regarda autour de lui, comme s’il s’attendait à ce qu’un pasteur surgisse de derrière un lutrin.

Gina se dégagea d’un geste brusque.

— Fiche-moi la paix, Travis !

Megan s’approcha.

— Vous êtes juste venus visiter la chapelle, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en souriant.

Gina lui lança un regard noir, mais lui répondit poliment :

— Exact. Nous nous marions demain, à 8 heures. Qui êtes-vous ?

Gina avait les mêmes cheveux noirs que son frère et un visage de tragédienne, un peu en décalage avec son âge, mais il ne faisait aucun doute que, dans quelques années, elle serait d’une grande beauté.

— Megan est mon avocate, déclara alors Travis d’un ton menaçant.

Megan leva les yeux au ciel.

— Je suis une collègue de Travis, Megan Merritt, rectifia-t-elle en serrant la main de Gina. Et ce jeune homme doit être votre fiancé.

— Oui, c’est Scott, répondit Gina avec fierté.

— Je ne te laisserai pas commettre une telle bêtise, reprit Travis. Tu viens juste de commencer tes études, tu as toute la vie devant toi. Et tu…

— L’université, ce n’est pas tout, le coupa Gina.

Elle saisit un coussin, sur un banc, et le plaqua contre elle.

Megan sourit ; elle se demanda si, chez elle, Gina n’avait pas une peluche qu’elle sortait encore en cachette pour se rassurer.

— J’ai dix-huit ans et je n’ai besoin de la permission de personne pour me marier, affirma Gina. Je préférerais bien sûr que maman et papa soient d’accord, mais s’ils ne le sont pas, tant pis !

Mais sa voix, ferme au début, avait tremblé sur les derniers mots.

— Oui, renchérit Scott d’un ton qui manquait quelque peu de dynamisme pour défendre la jeune fille qu’il allait s’engager à aimer et à protéger toute sa vie.

Voyant Travis fixer sa sœur comme s’il projetait de la jeter sur son épaule et de l’emmener loin d’ici, Megan posa la main sur son bras pour le calmer.

— Gina, l’université et le mariage ne sont pas incompatibles, dit-elle.

— Je déteste être loin de Scott, répliqua la jeune fille. Cela ne me suffit pas de le retrouver à Atlanta juste pour le week-end.

— Tu peux changer de faculté, lui suggéra Megan. Venir étudier en Géorgie.

— Duke est une grande université, intervint Travis, choqué d’une telle suggestion.

— Quel intérêt de poursuivre des études, puisque nous voulons tous les deux fonder une famille ? objecta Gina.

— Une famille ? Tu ne vas pas gâcher ta vie, parce qu’un pervers de vingt-quatre ans veut te mettre enceinte ! s’écria Travis. Tu dois étudier et décrocher un bon job avant de penser à avoir des enfants.

— Espèce d’hypocrite ! s’exclama alors Megan. Tu attends de ta femme qu’elle reste à la maison pour élever tes enfants, mais quand il s’agit de ta sœur, tu estimes qu’elle gâche sa vie en voulant se marier !

Du coin de l’œil, elle vit Gina adresser un sourire ironique à son frère.

— Ah ! Ce n’est pas moi qui le dis, Travis, dit Gina d’un ton moqueur.

Ce dernier fronça les sourcils.

— Je veux que tu aies le choix, marmonna-t-il.

— Contrairement à ta propre femme, qui devra se soumettre aux tiens, insista Megan.

— Cela… cela n’a rien à voir avec toi ! lança-t-il, visiblement désarçonné par son attitude.

— J’ai le choix, intervint Gina. Je peux choisir entre la fac et le mariage, et il se trouve que je préfère me marier.

— Si tu veux te marier et avoir des enfants, libre à toi, mais rien ne presse, lui dit Megan.

— C’est vrai, reconnut Gina. Seulement quand Scott était enfant, il a grandi seul avec sa mère et maintenant, il a vraiment envie de fonder une famille.

— Exact, intervint Scott.

— Cette décision doit aussi te convenir, Gina, poursuivit Megan. J’ai l’impression qu’il y a assez de personnes autour de toi qui veulent diriger ta vie, tu n’as pas besoin de quelqu’un d’autre, ajouta-t-elle en jetant un coup d’œil furtif vers Travis.

Sur le point de protester, Travis comprit enfin que, au lieu de saboter ses efforts, Megan faisait un meilleur travail que lui pour faire réfléchir Gina à la décision qu’elle s’apprêtait à prendre, même si elle l’avait traité d’hypocrite.

Il décida donc de battre un peu en retraite.

— Megan a raison, dit-il simplement.

Gina se moqua de lui.

— Comme si tu le pensais vraiment ! s’exclama-t-elle.

— Gina, toute la famille t’aime et Scott aussi, dit-il au prix d’un gros effort. Ecoute ce que nous avons à te dire et fais ensuite ton choix.

Gina lui jeta un regard perplexe.

— Sincèrement ? demanda-t-elle.

Sincèrement… non ! S’il avait laissé parler son cœur, il aurait tout de suite ramené Gina à Jackson Creek, et son père se serait chargé de régler son sort à Scott.

Il se contenta de hocher la tête.

— Gina, est-ce que tu veux vraiment te marier dans la précipitation ? demanda Megan.

— Elle veut se marier, c’est tout, intervint Scott.

Megan tourna lentement la tête vers lui. C’était un jeune homme d’apparence soignée, et si Gina avait été un peu plus âgée, ses parents auraient sans doute pensé qu’il était le parti rêvé pour elle.

— Excusez-moi, mais je ne m’adressais pas à vous, laissa-t-elle tomber, glaciale.

Scott esquissa un sourire nerveux.

— J’aime Gina, dit-il cependant. Cela fait un an que nous sortons ensemble. Je pense que j’ai aussi mon mot à dire.

— Un an ? fit mine de s’étonner Megan. Oh ! cela veut dire que vous avez été intime avec une jeune femme mineure, ce qui représente un délit, dans notre pays. Vous pourriez même être poursuivi pour viol. Combien d’années avez-vous de plus qu’elle ?

« Bravo, Megan ! » pensa Travis en retenant un petit sourire.

Scott pâlit brusquement. Il ouvrit la bouche, puis la referma.

Se tournant de nouveau vers Gina, Megan reprit d’une voix bien plus chaleureuse :

— Te marier maintenant, c’est ton choix, Gina. Mais il faut que tu sois certaine que c’est un vrai choix. Tout comme celui de fonder une famille maintenant. Les enfants ont besoin de tout l’amour de leurs parents. Sinon, ils seront blessés pour la vie. Tu peux me croire, je sais de quoi je parle.

— Gina ne ferait jamais de mal à nos enfants, protesta Scott.

Megan le foudroya du regard, et il baissa la tête en reculant légèrement.

Ce mouvement de résignation eut plus d’effet sur Gina que tout ce que Megan aurait pu dire, remarqua Travis en voyant le doute naître dans les yeux de sa sœur.

— Gina, un grand mariage est une chose à laquelle on aspire tous, intervint-il. Aujourd’hui, tu as des quantités de choses à apprendre qui formeront ton caractère, ton intelligence, ta créativité, de sorte que lorsque tu te marieras un jour, tu sauras comment réussir ton mariage sur un pied d’égalité avec ton mari.

Il saisit Megan par la main.

— Regarde Megan, poursuivit-il en enchevêtrant ses doigts aux siens. C’est la femme la plus extraordinaire que je connaisse. Elle aurait pu se marier depuis des années, de nombreux hommes ont essayé de sauter sur l’occasion…

Megan poussa un cri d’indignation, mais, dans un sourire, Travis enchaîna :

— Cependant, elle a décidé de prendre son temps pour choisir et trouver l’homme qui sera le meilleur pour elle.

— Gina, intervint Megan en dégageant doucement sa main de celle de Travis, si tu choisis de te marier maintenant, Travis respectera ta décision.

Travis tressaillit. Il avait toujours eu l’impression que la psychologie à l’envers était un grand risque…

— Mais ne fais rien qui puisse te conduire à regretter un jour, comme Travis, de ne pas avoir utilisé tout ton potentiel, ajouta-t-elle.

Cette fois, Travis faillit s’étrangler.

— Ton frère a aujourd’hui les poings liés, parce qu’autrefois il a fait de mauvais choix pour de bonnes raisons, reprit Megan, le plus sérieusement possible.

— Hé ! fit Travis.

Ils étaient censés s’intéresser à la vie de Gina, pas à la sienne ! Mais comme Gina semblait avoir baissé sa garde et écoutait Megan avec une grande attention, il retint ses objections.

— Si tu décides de te marier, Travis sera à tes côtés pour t’accompagner, dit encore Megan.

Une fois encore Travis faillit intervenir, mais il devait admettre que Megan venait de réussir un tour de force : elle avait redonné à Gina le droit de prendre ou non la décision de se marier en pleine connaissance de cause, et non contrainte par Scott ou par l’hostilité de sa famille. Le seul point noir, c’était que si sa sœur persistait à vouloir se marier, il devrait accepter et l’accompagner jusqu’à l’autel. Et ça…

Gina lui jeta un regard en coin, et il la gratifia d’un sourire encourageant. Puis, fixant Megan, Gina prit une grande inspiration et déclara :

— Je souhaite toujours épouser Scott, mais pas maintenant.

— Tu m’as pourtant dit que tu m’aimais ! protesta Scott.

— Mais je t’aime toujours, répliqua Gina.

Megan adressa alors à Travis un sourire entendu.

A cet instant, les portes de la chapelle s’ouvrirent brusquement pour laisser entrer deux hommes à la chevelure noir corbeau.

— Hé, les gars ! Vous en avez mis du temps ! lança Travis.

Le plus mince des deux hommes s’approcha de Gina et commença à lui dire ce qu’il pensait de sa petite escapade.

— Du calme, Clay ! l’interrompit Travis. Et laisse-moi te présenter la femme qui a convaincu Gina de différer son mariage. Voici Megan Merritt. Megan, je te présente mon frère Clay.

En dépit du sourire qu’il afficha, Clay paraissait tendu. C’était sans doute lui, le divorcé malheureux, se rappela Megan en lui serrant la main. Il avait dû se faire un sang d’encre à l’idée que Gina commette l’erreur de se marier à la hâte.

— Et voici Brent, enchaîna Travis en lui présentant son autre frère.

Brent avait à peu près le même âge qu’elle. Toutefois, malgré sa ressemblance avec Travis et son regard enjôleur, elle ne ressentit pas du tout l’électricité qui passait entre Travis et elle.

— On dirait que nous sommes vos obligés, dit Brent en s’approchant d’elle un peu plus que ne l’autorisait la bienséance. Comment vous remercier ? Accepteriez-vous de dîner ? D’aller danser ?

— Laisse-la tranquille, Brent, l’avertit Travis.

— Oh, pas de panique, mon frère ! Je me contentais juste de remercier Megan comme il se doit.

Megan se mit à rire et croisa le regard noir de Travis.

— Papa et maman devraient arriver d’une minute à l’autre, annonça Clay.

— Quoi ? s’exclama Gina. Papa et maman sont venus ?

Scott pâlit et jeta un regard anxieux vers la porte.

— A ton avis, qu’étaient-ils censés faire en apprenant que leur adolescente de fille avait pris la fuite pour se marier ? demanda Travis.

Gina se mordit la lèvre, visiblement apeurée.

— Travis va t’aider à parler à tes parents, la rassura Megan.

— Bien sûr, renchérit ce dernier en enlaçant Gina par les épaules.

Poussant un profind soupir, Gina se lova contre lui.

La porte de la chapelle s’ouvrit de nouveau, et Megan reconnut Hugh Jamieson, une petite femme trottinant à ses côtés.

— Tout est sous contrôle, papa, le prévint Travis.

— La petite amie de Travis lui a parlé, annonça Brent avec emphase.

— Megan ?

Megan vit Hugh marquer un petit mouvement de surprise avant de lui présenter sa femme, Ellie. Cette dernière ignora la main que Megan lui tendait et lui planta un baiser sonore sur la joue.

— Merci pour votre aide, Megan, lui dit-elle.

Travis résuma rapidement à ses parents ce qui s’était passé, portant tout le crédit de l’heureuse issue à Megan.

— Je ne sais pas ce que vous en pensez, marmonna Hugh, mais moi, j’ai besoin d’une bonne bière. Ellie, tu conduiras.

Tel père, tel fils, pensa alors Megan, le cœur serré à l’idée que la pauvre Ellie avait supporté son tyran de mari pendant plus de quarante ans.

Mais Ellie adressa un sourire plein d’amour à son mari.

— Je suis désolée, mon chéri, mais j’ai aussi besoin d’un verre de vin. Tu devras boire du café. C’est toi qui conduiras.

Immédiatement, Hugh prit un air soucieux.

— Tout va bien, ma chérie ? Tu as eu une terrible journée.

— Un bon riesling va me la faire oublier, le rassura-t-elle.

Puis, passant son bras sous celui de Clay, elle ajouta :

— Allons au bar.

— C’est par là, maman, lui répondit son fils.

Hugh commanda du vin blanc pour sa femme et pour Megan, du café pour Gina et lui, et de la bière légère pour ses fils. Megan se retrouva bientôt être le centre d’attention. De toute évidence, Travis ne présentait pas souvent de femmes à sa famille.

— Etes-vous mariée ? lui demanda soudain Ellie.

— Je t’ai déjà dit que non, ma chérie, répondit Hugh.

— Vous voyez quelqu’un ? insista Ellie.

A ses côtés, Travis se figea.

Megan eut envie de répondre par l’affirmative, mais elle se rappela le baiser de Travis et comprit qu’elle ne pourrait jamais rien ressentir d’authentique pour Nick Stanton.

— Non, répondit-elle, je ne vois personne.

— Ce n’est pas vraiment ainsi que je vous imaginais, dit Ellie en posant sa main sur la sienne. Parlez-moi de votre famille, ajouta-t-elle.

— Maman, ne harcèle pas Megan comme ça, intervint Travis.

Sans prêter attention aux paroles de son fils, Ellie serra plus fort les doigts de Megan, attendant sa réponse. Tout en se demandant ce qu’Ellie et Hugh Jamieson savaient sur elle, Megan livra une version condensée de son histoire.

— Votre famille tient une place importante dans votre vie, c’est parfait, approuva Ellie.

— Maman va passer aux choses sérieuses, marmonna Brent.

— J’ai entendu dire que vous étiez avocate, Megan ? reprit Ellie.

Brent avait raison, et Megan eut l’impression de passer un examen pour lequel elle n’avait pas révisé.

— C’est exact, répondit-elle.

— Et qu’attendez-vous de la vie ? Une aussi belle femme que vous doit avoir d’autres projets que son travail. Le mariage, par exemple. Fonder une famille.

Megan croisa les yeux pleins de compassion de Travis, à qui elle répondit par un regard désespéré.

— Megan est une formidable avocate, maman, déclara Travis. Elle est totalement dévouée à sa carrière, n’est-ce pas, Meg ?

— Eh bien, oui…

— Il paraît que vous ne voulez pas d’enfant, intervint Clay.

Travis lança un regard noir à son frère.

— Et j’ai entendu dire que vous aviez divorcé et que vous vous retrouvez seul avec vos deux enfants, lui rétorqua Megan.

Brent poussa un petit gloussement et Clay rougit violemment.

— Clay ! s’écria alors Ellie d’un ton réprobateur.

— Désolé, marmonna-t-il.

Travis regarda sa mère d’un air surpris. Avait-elle vraiment pris la défense d’une femme qui ne voulait pas d’enfant ?

Et apparemment, Brent semblait apprécier Megan. Tout comme Gina, d’ailleurs.

Mais cela ne changeait rien à son problème. Il avait déjà fait comprendre à Megan qu’il l’aimait, mais elle lui avait répondu que ce qu’il avait à lui offrir ne lui suffisait pas.

Il se sentit soudain nerveux. Se calant contre le dossier de son siège, il laissa la conversation se dérouler sans lui.

Il devait en finir au plus vite avec l’affaire Hoskins, ne plus penser à Megan, et attendre la décision de Jonah.

Plus que quelques jours.

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