Ce rival trop séduisant
Chapitre 17
Megan raccrocha d’une main tremblante. Le téléphone se remit aussitôt à sonner. Encore sous le choc de sa conversation avec Travis, elle décrocha.
— Je viens juste de comprendre quelque chose au sujet de Theo Hoskins, dit Travis. Il va transmettre une partie de ses affaires à Merritt, Merritt & Finch, n’est-ce pas ?
Elle hésita, puis se dit qu’il l’apprendrait forcément.
— Exact. Theo nous a confié cinq pour cent de ses affaires.
Ce qui était considérable, dans la mesure où il possédait la plus grande entreprise d’Atlanta.
— Et ce n’est qu’un début, j’imagine, poursuivit Travis.
Elle ne répondit rien.
Avec une assurance croissante, il enchaîna :
— Et maintenant tu as peur que Theo ne se rétracte, si Barbara conteste le contrat de mariage, et si tel était le cas, ton père te rayerait de sa liste.
Elle ferma les yeux.
— Tais-toi !
— Il doit bien y avoir une solution, insista-t-il.
— Je suis sûre que si tu y réfléchis un tant soit peu, tu vas retourner la situation à ton avantage.
— Il faut que nous réfléchissions ensemble, décréta-t-il d’une voix déterminée. Voici ce que je te propose : viens passer le week-end chez moi. Nous allons trouver la solution.
— Tu es fou ou quoi ? Je ne vais certainement pas aller chez toi pour t’aider à me voler ma place !
— Meg, arrête de monter sur tes grands chevaux tout le temps et écoute-moi calmement. Si tu veux ce poste, tu as jusqu’à Noël pour convaincre ton père. C’est-à-dire une semaine. Si le divorce tourne à l’avantage de Barbara, il se peut que tu ne sois plus dans les petits papiers de Theo, à moins que nous ne fassions équipe. Barbara a hâte, elle aussi, que l’affaire soit bouclée.
— Tu cherches à servir tes intérêts, Travis, et tu penses que je vais être d’accord ?
— Non, cela ne m’aidera pas, et de toute façon, tu n’as pas de meilleure idée.
— C’est du chantage, Travis.
— Puisqu’il faut en passer par là, oui, on peut voir ça comme ça. Bon, nous avons du pain sur la planche, Megan. Je te conseille d’annuler ton rendez-vous avec Nick.
Elle retint un sourire. Il ne perdait pas le fil de ses idées !
— Entendu ! répondit-elle. De toute façon, je le vois pour Noël.
Elle venait de lui mentir, et elle en tira une vive satisfaction quand il raccrocha sans rajouter un mot.
*
* *
Megan était certaine que son avenir dépendait de sa capacité à rapatrier une bonne partie des contrats de Theo Hoskins chez Merritt, Merritt & Finch. Si la bataille autour du contrat de mariage était déterminante, alors elle y consacrerait toute son énergie. Ce qui signifiait travailler avec Travis.
Et accepter de le voir à 7 heures du matin un samedi !
Il avait raison. Ils ne pouvaient travailler ni à son bureau ni chez Prescott Palmer Associates, sous peine d’attirer l’attention sur la méthode peu conventionnelle avec laquelle ils traitaient l’affaire.
D’ordinaire, les avocats et leurs clients se réunissaient souvent, chaque partie donnant un peu de son temps jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé. C’était ce qui s’était passé avec les Hoskins jusqu’à présent. Désormais, Travis et elle avaient l’intention de court-circuiter la procédure en l’accélérant par leur collaboration active, et en présentant le fruit de leur travail commun à leur client respectif.
C’était une étrange manière d’envisager les choses, mais en aucun cas ils ne pourraient faire pire qu’en présence des Hoskins, se disait Megan. Tout ce qui lui restait à faire, c’était survivre à un week-end en compagnie de Travis. Ce qui était dans ses cordes. Tout au moins professionnelles.
Travis la fit entrer et la conduisit dans la salle à manger, où il avait disposé les dossiers sur la table.
— J’ai établi la liste des problèmes non résolus, avec leurs éventuelles solutions, lui annonça-t-il en lui présentant une chaise.
Elle ouvrit son attaché-case.
— Moi aussi, répondit-elle.
— Tout ce qu’il nous reste à faire, c’est de les comparer.
— D’accord.
Elle s’efforça d’oublier qu’il ne s’était pas rasé…
— Theo affirme que Barbara a signé le contrat de mariage sans aucune pression ni contrainte, dit-elle.
— Je suis sûr que c’est vrai. Mais tu sais comme moi que la revendication de Barbara est légitime.
Megan alluma son ordinateur.
— Je sens que le week-end va être long, laissa-t-elle échapper dans un soupir.
— J’ai une chambre d’amis.
— J’en suis ravie pour toi.
Il leva la main.
— On arrête là. Mettons-nous au travail.
Megan l’observa un instant en silence.
— Pourquoi est-ce que tu fais cela, Travis ? Je sais que tu souhaites comme moi que l’affaire soit réglée au plus vite. Cependant, en m’aidant à accélérer les choses, tu prends le risque que Theo gagne et remette toute son activité au cabinet de mon père. Tu travailles donc contre toi-même.
Elle avait réfléchi à la question toute la nuit et n’avait trouvé aucune réponse ; elle ne voyait vraiment pas quel intérêt il pouvait tirer à agir de la sorte.
— C’est un risque que je prends, c’est vrai. Mais il n’est pas du tout certain que tu obtiennes le poste, même si Theo transfère tous ses contrats au cabinet.
Il repoussa une pile de papiers pour faire de la place à ses dossiers.
— En outre, si tel était le cas, cela assurera une bonne source de revenus au cabinet, si j’en prends la tête, ajouta-t-il.
Elle posa son dossier juste à côté du sien.
— Tu penses que tu es un meilleur candidat que moi, n’est-ce pas ?
— Par certains côtés, oui. Pour d’autres, non.
Il fit glisser un pot à crayons vers elle.
— Mets mon concours sur le compte de ma mauvaise conscience.
— Qui pourrait penser que tu as pu travailler si longtemps pour PPA et garder une conscience ? ironisa-t-elle.
Il se rembrunit.
— Dans ces conditions, mets-le sur le compte de ma préférence pour une bataille équitable.
Cela, elle était davantage prête à le croire.
— Ce n’est pas vraiment équitable, dans la mesure où je viens juste de découvrir que tu es mon concurrent, objecta-t-elle cependant.
— Comme je te l’ai dit, je ne pensais pas que nous en arriverions là, toi et moi. Si ton père ne t’avait pas sélectionnée, nous n’aurions pas été en concurrence…
Elle ferma les poings sans même s’en apercevoir. Il fallait qu’ils cessent la discussion rapidement.
— Est-ce que tu resteras à la tête du service affaires familiales, si je décroche le poste ? demanda-t-il.
— Si tu penses que je te laisserai me pousser hors du cabinet familial, tu te surestimes, Travis. Je resterai, ne serait-ce que pour te mener une vie infernale ! précisa-t-elle avec un grand sourire.
Une lueur amusée passa dans les prunelles de Travis.
— Tu n’y arriveras pas, Meg. Même quand nous nous disputons, tu es plus amusante que des montagnes russes.
Maudit homme ! pensa-t-elle, sur le point d’éclater de rire. Ouvrant d’un geste vif son dossier, elle se concentra sur un tableau.
— Parlons plutôt chiffres, proposa-t-elle.
Docile, Travis se mit aussitôt au travail, ce qui l’aida à oublier qu’il portait un jean délavé et une chemise à carreaux qui, sur certains hommes, aurait paru vieux jeu, mais qui lui donnait en l’occurrence l’air tout à fait
décontracté et bien dans sa peau. S’il avait descendu la Ve Avenue à New York dans cette tenue, nul doute que, dès le lendemain, les chemises à carreaux auraient été à la mode.
Une fois qu’ils se furent entendus sur les clauses les plus litigieuses du contrat, ils réfléchirent chacun de leur côté aux différentes possibilités de les résoudre.
Travis alla chercher une bouteille de jus de pomme et posa une assiette de muffins à la banane sur la table. Megan se rendit alors compte qu’elle mourait de faim. Elle prit un gâteau encore chaud et le grignota tout en travaillant.
*
* *
— Tu as fini ? demanda Travis, une heure plus tard.
— Je crois, oui, répondit-elle, étonnée.
Elle avait été bien plus productive qu’au bureau, où toutes sortes d’interruptions l’empêchaient de se concentrer.
— Je te montre mes notes, si tu me montres les tiennes, enchaîna-t-il.
Elle poussa ses notes d’un air dégagé vers lui.
Il lui remit le fruit de son travail, et chacun lut les notes de l’autre. Certaines de ses suggestions étaient franchement exagérées, d’autres plus raisonnables.
Il la regarda à la dérobée. Elle prit soudain un air réprobateur, et il se dit qu’elle devait en être au passage où Barbara affirmait qu’elle n’avait pas disposé d’assez de temps pour bien comprendre les termes du contrat.
— Là, tu rêves, dit-elle en tapant plusieurs fois avec son stylo sur le montant final qu’il réclamait.
C’était vrai, il rêvait, mais ses rêves n’avaient rien à voir avec le divorce des Hoskins…
— La balle est dans ton camp, dit-il. Que me proposes-tu de mieux ?
Ils discutèrent toute la journée, jusqu’à ce qu’ils n’eurent plus de voix, même après avoir englouti des litres d’eau. Le défi verbal était excitant, envoûtant même, comme une danse. Chaque fois qu’il faisait une concession, il exigeait qu’elle en fasse une.
A 17 heures, il souffrait d’un affreux mal aux reins. Il se leva, s’étira, fit craquer ses os.
— Je suis impressionné par le travail que nous avons abattu, dit-il.
Megan se cala contre son dossier de chaise, laissant ses mains pendre des deux côtés de son corps, tout en remuant ses doigts pour leur faire faire un peu d’exercice.
— Si nous avons terminé avant Noël, la fête sera plus joyeuse pour Marcus et Chelsea, dit-elle en retenant un bâillement.
— Tu as raison. Quand leurs parents auront cessé de se disputer, ils pourront leur consacrer davantage de temps.
Il fit quelques pas dans la pièce pour se dégourdir les jambes avant d’ajouter :
— Pour quelqu’un qui ne veut pas d’enfant, je te trouve bien concernée par le sort de Marcus et Chelsea.
Elle lui lança un regard en biais.
— Il n’est plus question d’enfants entre nous, Travis.
— Il n’est pas non plus question d’une idée qui ne tient pas la route sur une personne qui ne t’aimerait pas comme il le faudrait, répliqua-t-il du tac au tac.
S’emparant d’une feuille remplie de chiffres, elle fit mine de se concentrer dessus.
— Une question, réprit-il. Quand est-ce que Theo a transféré cinq pour cent de ses contrats à Merritt, Merritt & Finch ?
— Mon père me l’a annoncé à la réception de Noël.
— C’est bien ce que je pensais. Alors quand tu as dit à Theo de se faire soigner, sans quoi tu disais à tout le monde qu’il était alcoolique…
— Je n’ai jamais dit ça !
— Pas en ces termes-là, sans doute, mais tu as menacé ton client alors qu’il avait la possibilité de vous retirer ses contrats.
Elle lui jeta un coup d’œil furtif.
— Je ne savais pas si tu avais entendu notre petite conversation…
— Ne t’inquiète pas, je ne le dirai à personne, Meg. Toujours est-il que tu as pris un risque professionnel pour t’assurer que ces enfants auraient un père sobre.
Elle plongea son regard dans le sien.
— Où veux-tu en venir, au juste ? Tu veux dire que je suis moins déterminée que toi ?
— Non ! se défendit-il vivement.
Il se laissa tomber sur sa chaise et ajouta :
— Mais j’ai l’impression que tu ne sais pas ce que tu veux. Comme avec ton fichu café.
— J’ai au moins la chance de savoir ce que je ne veux pas, répliqua-t-elle. C’est-à-dire un homme égocentrique et vieux jeu comme toi.
Elle lui lança un regard méprisant avant d’ajouter :
— Remettons-nous au travail.
Mais il savait qu’il n’arriverait plus à se concentrer, même avec la meilleure volonté du monde. Il sortit son portable de sa poche.
— Je nous commande une pizza, dit-il.
— Tu ne comptes pas cuisiner ?
Il croisa son regard et vit qu’elle pensait, elle aussi, à la fois où il l’avait invitée à dîner…
— Ce sera une pizza, conclut-il.
Ils travaillèrent encore deux heures tout en mangeant leur pizza aux champignons et aux poivrons et en discutant des actions des Hoskins. L’accord final commençait à se profiler. Ils continuaient à discuter chaque point du contrat de mariage mais à présent dans la plus grande transparence, chacun sachant ce que l’autre attendait.
— Si je me marie un jour, je serai bien plus avisée que les Hoskins concernant mon contrat de mariage, dit Megan en s’étirant.
Son pull-over se souleva alors et il aperçut son nombril. Spectacle fascinant… Il avait déjà touché sa peau, à cet endroit précis, il y avait à peine une semaine, et, depuis, il rêvait de recommencer…
— Il ne t’est jamais venu à l’idée que si les Hoskins avaient eu un peu plus foi en leur mariage, et qu’ils n’avaient pas signé de contrat derrière lequel se replier, ils n’auraient peut-être pas divorcé ? lança-t-il en s’arrachant à son désir de prendre Megan dans ses bras.
— C’est le mystère de l’œuf et de la poule.
— Non, juste de la poule.
— Pardon ?
— Les gens établissent des contrats de mariage, parce qu’ils craignent que leur union ne dure pas. Ils ne s’engagent pas entièrement, ils se ménagent une porte de sortie.
— Je concède qu’un mariage sans contrat est bien plus romantique, dit-elle, mais cela occulte le fait que les gens ne sont pas des anges.
— Si aucun mariage n’est parfait, pourquoi se prémunir en signant un contrat de mariage ? Il faut se dire dès le départ que ce sera difficile, mais qu’on s’accrochera, quoi qu’il en soit.
— Tu parles comme un homme qui a été élevé par des parents qui se sont toujours entendus, lui dit-elle.
— J’ai été élevé par des parents qui se sont toujours entendus. Mais je ne cherche pas à sous-estimer la douleur que t’a causée le divorce de tes parents.
Il lui effleura alors le dos de la main. Elle tressaillit, mais ne chercha pas à se dérober.
— Mon père et ma mère avaient signé un contrat de mariage, mais ce contrat n’a pas empêché leur mariage d’échouer, avoua-t-elle. Ils n’étaient pas du tout faits l’un pour l’autre. C’était la guerre civile en permanence, à la maison.
— Pourtant, tu ne te souviens pas de leur rupture.
— C’est vrai, mais je me rappelle quand je vivais avec maman et Cynthia, et que mon père habitait avec Daisy, sa seconde femme, et Sabrina. Il était très heureux avec Daisy, mais dès qu’il s’agissait de pension alimentaire, de la garde partagée nous concernant, Cynthia et moi, c’était un cauchemar…
Travis se mit à fixer les doigts longs et fins de Megan, s’attarda sur son vernis rose pâle, et trouva cela touchant. Il retint son souffle en recouvrant sa main de la sienne. Il n’avait pas fait preuve d’une si grande prudence depuis qu’il avait seize ans et qu’il tâtonnait prudemment dans le noir pour trouver la main de sa petite amie, au cinéma.
Mais Megan était trop absorbée dans ses pensées et ses souvenirs pour remarquer ses avances…
— Maman est morte quand j’avais sept ans, reprit-elle. Elle a eu une rupture d’anévrisme, le genre d’accident que personne ne peut prévoir.
— Je suis désolé, Meg, dit-il en mêlant ses doigts aux siens.
— Cynthia et moi sommes allées vivre chez mon père et sa nouvelle famille. A plein temps, cette fois, et pas juste tous les quinze jours.
— Cela n’a pas dû être facile.
Ses yeux fixaient un point dans le vide. Ou plutôt quelque chose qu’il ne pouvait voir. Elle sourit.
— Au contraire, ce fut étonnamment facile. Daisy était si gentille, si aimante, et mon père et elle formaient un couple si heureux. Et puis Sabrina était une véritable petite poupée pour Cynthia et moi.
— Ce devait quand même être une situation curieuse, non ?
Il avait bien dû y avoir une situation difficile à vivre, si elle avait encore quelque chose à prouver vis-à-vis de son père ?
— Quand j’avais dix ans, j’ai surpris une conversation entre mon père et Daisy, sur son premier mariage…, reprit-elle. Il se trouve que mon père et ma mère étaient séparés et sur le point de divorcer quand elle s’est aperçue qu’elle était enceinte. De moi.
— Alors ils sont restés ensemble.
— Oui, dit-elle en déchirant un petit bout de la serviette en papier livrée avec la pizza. J’ai vu suffisamment d’enfants malheureux dans mon travail pour savoir que cela vaut parfois la peine que les parents restent ensemble, s’ils consentent vraiment à un véritable effort pour eux. Sans quoi, il ne sert à rien que le foyer ressemble à un champ de bataille.
Il ressentit soudain une grande colère envers Jonah et une immense tendresse pour la petite Megan, qui avait dû prouver toute sa vie à son père ce dont elle était capable.
— Ce n’est pas ta faute si tes parents sont restés ensemble et qu’ils ont été malheureux, lui dit-il d’une voix douce.
— Je sais. Et je sais aussi que mon père m’aime. Mais, inconsciemment, il m’associe à une période malheureuse de sa vie, et cela constitue une barrière entre nous. Mais, rassure-toi, je ne passe pas mon temps à ressasser tout ça. C’est juste que…
Sur une impulsion, Travis fit le tour de la table pour venir planter un baiser sur ses lèvres. Personne au monde n’avait le droit de lui faire payer quoi que ce soit, même inconsciemment. Elle était belle et adorable, et ne pouvait que susciter de belles pensées chez un homme, voilà ce qu’il aurait voulu lui crier. Mais il ne sut que l’embrasser.
Elle se raidit d’abord, avant de capituler en se pressant contre lui… Elle lui offrit sa bouche, et il approfondit son baiser, glissant sa main dans ses cheveux.
Mais, soudain, elle le repoussa.
— Arrête, Travis !
Quand il la relâcha malgré lui, elle se leva brusquement, la respiration saccadée, le corps tremblant.
— Qu’est-ce que c’était ? lui lança-t-elle. Un baiser par pitié ?
— La seule personne qui me fasse pitié, en ce moment, c’est moi.
— Comment est-ce que tu as pu m’embrasser après tout ce qui s’est passé ?
— Parce que tu ne me laisses pas indifférent.
— Qu’est-ce que cela veut dire ?
Il se figea et ne répondit pas.
— Est-ce que tu veux me dire que tu m’aimes à ta façon, c’est-à-dire de manière limitée ? demanda-t-elle.
— Peut-être que oui.
— Alors tu m’as menti !
— Non. J’essaie simplement de t’aider à obtenir ce poste.
Elle se passa la main sur le visage.
— C’est toi qui le dis, laissa-t-elle échapper dans un soupir. Si c’est de l’amour… fais-moi ta plus belle offre, Travis, ajouta-t-elle en le fixant.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Mais il sentait qu’il connaissait la réponse.
— Tu as planifié ta vie, et je ne corresponds pas à tes projets, précisa-t-elle. Quelqu’un devra renoncer à quelque chose. Moi ou toi ?
— Tu m’as bien dit que tu ne pariais jamais, non ? répliqua-t-il.
— Très bien. Je constate que tu m’as déjà fait ta meilleure offre.
Il hocha la tête, puis fixa le mur derrière elle, parce qu’il sentait les larmes lui monter aux yeux.
Elle garda les yeux rivés sur lui un bon moment.
Il tendit la main pour lui toucher les cheveux, pour briser le sortilège.
Elle esquiva son geste.
— Cela ne suffit pas, Travis.
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