Champ de Mort
Treize
L’armure revenait à la vie sous ses yeux. Uriel pouvait sentir la puissance irriguer ses rouages antiques aussi sûrement qu’il sentait le sang battre à ses propres tempes. Un frémissement de vie à peine perceptible s’emparait de nouveau de l’armure et le sentiment d’affinité qu’il éprouvait envers cette renaissance était palpable.
Uriel distinguait presque la lueur qui couvait sous l’armure, gagnant en intensité à mesure que ses faisceaux musculaires longtemps endormis retrouvaient leurs forces, qui permettraient bientôt à son porteur de châtier ses ennemis et de se protéger des coups infligés par ceux-ci. Porter une telle armure était un honneur dont peu de personnes étaient dignes, et Uriel savait qu’il devrait faire ses preuves pour la mériter.
Pasanius l’avait rejoint devant l’armure, et Uriel fut une nouvelle fois reconnaissant de la fidélité et de l’amitié que son camarade lui témoignait.
— Encore combien de temps, technaugure Imerian ? appela Uriel, qui haussa la voix pour être entendu par-dessus le vacarme causé par le vrombissement menaçant des moteurs et la pulsation sourde de l’alimentation.
Imerian décolla sa tête de derrière les sacs de sable pour risquer un œil par-dessus la barricade.
— Je suis sur la bonne fréquence, capitaine Ventris. Cela ne devrait donc prendre que quelques heures supplémentaires pour que l’unité dorsale finisse de se charger.
Uriel ne répondit rien, car il venait de voir la visière du casque de Pasanius se baisser. Une seconde plus tard, il comprit pourquoi. Par-dessus le fracas des moteurs de tank, son ouïe génétiquement augmentée distingua le bruit d’une fusillade.
— Colonel Kain ! s’écria-t-il, indiquant d’un geste la provenance des bruits. Des coups de feu ! Dans votre périmètre.
Verena Kain émergea de derrière le rempart de sacs de sable et plaqua la main contre sa tempe. Uriel vit son expression changer, passant du simple agacement à une colère noire.
— Éteignez-moi tout ça, ordonna-t-elle à Imerian, avant de faire volte-face en dégainant son pistolet et son sabre, qu’elle pointa vers les Leman Russ. Et remettez-moi immédiatement ces tanks en état de marche !
— Allons-y, lança Uriel en tirant son épée de son fourreau.
Pasanius le suivait de près, serrant le bolter d’emprunt dans son poing gauche, tandis qu’une colonne de soldats s’alignait en face du colonel Kain. Cette dernière s’élança au petit trot vers les portes principales du hangar, que ses hommes commencèrent à ouvrir en faisant un fracas de tous les diables.
Uriel atteignit les portes en même temps que Kain, qui le gratifia d’un regard profondément méprisant.
— Si jamais cela a quelque chose à voir avec vous…, commença-t-elle, laissant sa menace en suspens.
— Eh bien, vous pourrez alors me réprimander autant que vous voudrez, mais plus tard, rétorqua Uriel.
Les portes laissèrent bientôt passer un jour suffisant pour permettre d’évacuer les lieux et le colonel Kain se glissa à l’extérieur, ses soldats lui emboîtant vivement le pas. Uriel la laissa passer (c’était elle qui commandait, après tout), mais s’assura de pouvoir la rattraper rapidement.
À peine eut-il émergé sur le terrain découvert au centre de la caserne qu’une sirène se mit à fendre la nuit en hurlant. Avec un claquement sec et un grésillement de circuits électriques, des arcs de lumière aveuglante s’allumèrent, dissipant les ténèbres pour baigner tout le décor dans un halo lumineux d’une pâleur blafarde.
— Oh, non ! laissa échapper Uriel en découvrant le carnage sur les remparts.
Les monstres étaient lâchés dans la caserne.
Les Décharnés s’abattaient sur les soldats des Screaming Eagles avec la violence d’une tornade, arrachant les membres et mutilant les corps humains à coups de dents et de poings fracassants. Ils étaient énormes et boursouflés, leurs organes et leurs chairs auparavant à vif maintenant recouverts d’une couche visqueuse de peau flambant neuve.
Le seigneur des Décharnés poussa un rugissement à l’instant où les lumières s’allumèrent, et se dressa de toute sa hauteur, sublime colosse parcouru par des énergies indescriptibles, comme si plutôt que du sang, c’étaient des torrents de lumière qui coulaient dans ses veines. Bien qu’elle ne comptât plus qu’une douzaine de survivants, sa tribu se déversait à flots dans la caserne, envahissant les baraquements à la manière d’une armée. Les hommes fuyaient devant eux, pour se voir projeter dans les airs et proprement démembrer. Les rayons laser embrasaient l’atmosphère, mais la chair de ces monstres restait insensible à des énergies à ce point dérisoires.
— Non, mais qu’est-ce qu’ils fabriquent ? siffla Uriel entre ses dents.
— Ils massacrent, répliqua Pasanius d’une voix lourde de reproches.
Le colonel Kain et les Falcatas qui l’entouraient considéraient d’un air à la fois ahuri et horrifié le carnage qui faisait rage à l’intérieur même de leur sanctuaire. Des soldats commencèrent à émerger de l’un des baraquements, mais une bête d’allure grotesque, avec des pattes postérieures montées à l’envers et une épine dorsale de cartilage hideusement incurvée, les hachait menu l’un après l’autre à mesure qu’ils sortaient. Un nid de mitrailleuse fortifié avec des sacs de sable ouvrit le feu, les artilleurs bien conscients qu’ils feraient une fleur à leurs infortunés camarades en les trucidant. Les balles de gros calibre venaient cribler les parois intérieures des murs en béton, déchiquetaient les chairs ensanglantées des cadavres des soldats et s’enfonçaient mollement dans le corps des Décharnés.
Le seigneur des Décharnés bondit du haut de la muraille, prenant une puissante impulsion pour se propulser dans les airs et atterrir sur le sommet du deuxième baraquement. Il s’écrasa violemment sur le toit en tôle ondulée qui céda sous son poids, et il disparut dans les entrailles du bâtiment. On continuait d’entendre ses hurlements de rage s’élever de l’intérieur.
Uriel s’élança en direction de l’édifice profané par la chute du monstre, toujours serré de près par Pasanius, tandis que le colonel Kain s’échinait à réorganiser tant bien que mal ses troupes. L’atmosphère était saturée de cris et de rugissements, les Décharnés enfonçant sans merci les rangs des Screaming Eagles à coups de griffes.
Une créature dotée de deux têtes soudées l’une à l’autre et de bras excessivement étirés se terminant en moignons griffus se frayait un chemin sanglant au milieu des soldats bardés de rouge, ses chairs criblées de plombs et d’impacts laser fumants.
Une autre avec un monstrueux jumeau greffé à son corps massacrait à tour de bras, et offrait les hommes et les femmes qu’il tuait en pitance à l’excroissance vorace qui faisait saillie sur ses chairs. Tout à son appétit glouton, l’immonde siamois atrophié dévorait toute la viande qui passait à sa portée, sans se préoccuper de savoir si elle était morte ou vivante.
Uriel s’efforça d’ignorer la débauche d’horreurs autour de lui tandis qu’il sautait par-dessus une poutre métallique effondrée du toit du baraquement. Il entendait s’élever de l’intérieur des cris frénétiques, des tirs de laser et un mugissement de haine pure. Il enfonça la porte de métal gauchi d’un coup de pied et s’engouffra à l’intérieur.
C’était une véritable boucherie, pire que tout ce qu’Uriel avait vu dans les songes que lui avait inspirés son séjour dans les profondeurs de l’Omphalos Daemonium. Les murs étaient aspergés de sang, des corps déchiquetés et des membres arrachés jonchaient le sol comme s’il s’agissait des débris épars d’une explosion ayant ravagé une morgue. Il semblait impossible qu’autant d’hommes aient été tués en si peu de temps.
— Par le sang de l’Empereur ! jura-t-il en voyant le seigneur des Décharnés plier un homme en deux, jusqu’à ce que sa colonne vertébrale se brise et que ses côtes finissent par crever la surface de la peau tendue sur son ventre. Du sang gicla sur la gigantesque créature et Uriel se sentit trahi au point d’en concevoir pratiquement une douleur physique.
— Arrêtez ! hurla-t-il en brandissant son épée devant lui. Il était bien conscient que son arme ne représentait qu’une défense dérisoire contre une créature de cette taille. Ne se l’était-il pas déjà fait arracher des mains par un membre de moindre prestance de la tribu, qui l’avait même gardée enfoncée dans son ventre ?
— Au nom de l’Empereur, vous pouvez m’expliquer ce que vous fichez exactement ? vociféra Uriel.
Le seigneur des Décharnés tourna lentement vers lui son énorme tête dégoulinante de sang. Des lambeaux de viande et d’étoffe pendaient à ses mâchoires et Uriel décela une faible lueur couvant dans son regard, une lueur lugubre qui trahissait la présence d’un millier d’esprits tapis derrière ses yeux.
— Ces hommes méritent de mourir, invoqua le seigneur des Décharnés. Ils étaient là.
Uriel avait appris bien des choses sur l’histoire de ce monde et du régiment qui l’avait colonisé, mais comment diable le seigneur des Décharnés pouvait-il savoir tout cela ?
— Ce n’est pas à vous de décider ! s’époumona-t-il. Pourquoi faites-vous cela ?
— Parce qu’il faut bien que quelqu’un s’en charge, répondit le seigneur des Décharnés. Les morts doivent être vengés.
Un vacarme étouffé de hurlements et le crépitement des coups de feu retentissaient à l’extérieur du bâtiment, mais un calme étrange régnait à l’intérieur des murs.
— Reposez cet homme, intima Uriel. L’Empereur sera très en colère de ce que vous avez fait.
Le seigneur des Décharnés rejeta la tête en arrière et poussa un rugissement effroyable, qui en disait long sur une vie entière placée sous le sceau de la colère, de la souffrance et de la détestation de soi.
— L’Empereur se moque bien de lui, lança-t-il, faisant montre d’une éloquence qui démentait les troubles d’élocution dont on l’avait vu auparavant souffrir. Il a abandonné depuis longtemps ce réceptacle de chair, tout comme il nous a nous-mêmes abandonnés.
Les paroles semblaient sortir d’un esprit humain, mais déformées par la bouche du monstre qui les prononçait, elles laissaient entendre des inflexions humides et discordantes où perçaient la cruauté et l’amertume. Uriel entendait la douleur de la perte vibrer dans la moindre syllabe écorchée et ressentait dans sa chair la souffrance qui transpirait sous chaque parole prononcée, mais quelle qu’elle fût, la personne à qui il parlait n’était pas l’être de chair auquel il s’adressait. Quelle que fût l’intelligence tapie derrière ces yeux ardents, elle n’appartenait pas à la créature qui avait posé le pied sur Salinas avec lui.
— Ça suffit comme ça ! éclata Uriel en se retournant pour adresser un signe de tête à Pasanius, qui braqua son bolter sur le seigneur des Décharnés. Vous allez arrêter ça sur-le-champ !
Voyant l’arme brandie vers lui, le monstre souleva le soldat secoué de sanglots à bout de bras, et le plongea la tête la première dans sa gueule béante.
— Par l’Imperator, non ! s’écria Uriel. Tire, Pasanius, tire !
Les détonations de bolter saturèrent l’atmosphère et les balles explosives creusèrent des sillons dans le corps du seigneur des Décharnés, avant d’éclater à l’intérieur de ses entrailles. Des lambeaux de peau neuve et de viande avariée jaillirent de sa carcasse, tandis que le soldat était à moitié dévoré. Uriel bondit en avant, mais gêné par la partie inférieure du cadavre qu’on lui jetait au visage, il s’étala par terre de tout son long.
D’autres impacts vinrent cribler la créature, mais elle s’était déjà remise en route. Uriel se releva d’un bond, pour voir le seigneur des Décharnés défoncer le mur extérieur de la bâtisse à la manière d’un bélier, pulvérisant le bloc de béton en passant au travers.
Pasanius était déjà dehors, lancé à la poursuite de la créature dans un tonnerre de détonations. Uriel gravit péniblement les décombres pour retourner dans l’enceinte intérieure de la caserne.
Il put constater que Pasanius n’avait rien perdu de sa précision, mais ses tirs avaient beau faire systématiquement mouche, ils ne semblaient n’avoir qu’un effet superficiel sur le seigneur des Décharnés. Des gerbes de sang et de lumière giclaient de ses chairs, mais il était difficile d’évaluer l’ampleur des dégâts.
Les soldats combattaient en groupes compacts, dirigeant et croisant leurs salves nourries sur les Décharnés. Les équipes d’artillerie lourde installaient leurs mitrailleuses à des endroits stratégiques pour couvrir leurs camarades plus mobiles. Comme elle l’avait fait lors de l’embuscade tendue par les Fils de Salinas, Verena Kain ralliait ses troupes avec une efficacité et une rapidité d’exécution qui forçaient le respect.
Mais cela risquait de ne pas suffire.
Si les Screaming Eagles avaient été confrontés à d’autres hommes, voire à d’autres soldats de métier, leur courage et l’autorité naturelle de leur commandant leur auraient permis de remporter sans peine la victoire, mais l’ennemi qu’ils combattaient dépassait largement tout ce qu’ils avaient connu. Les vagues d’explosions fauchaient les Décharnés, mais ni le feu, ni les éclats d’obus, ni les balles n’avaient l’air de pouvoir entamer leur vigueur.
Ils semblaient ignorer des blessures qui auraient causé par trois fois la mort de la plus monumentale des bêtes féroces, continuant inlassablement de s’abattre sur des pelotons entiers, dont ils massacraient l’intégralité des soldats en un clin d’œil. Les blessures qu’ils recevaient libéraient des flots de lumière, qui se solidifiaient pour venir recouvrir la plaie à la manière d’un bandage.
Rien ne pouvait arrêter la progression des monstres, qui massacraient tout sur leur passage dans une frénésie démentielle.
Le sang d’Uriel se glaça quand il remarqua la joie sauvage qui se peignait sur leurs traits.
Tous les espoirs de rédemption et de renouveau qu’il avait pu nourrir à leur égard étaient réduits en poussière sous ses yeux. Il ne pouvait y avoir d’expiation ou de pardon envisageable pour des êtres se délectant d’une telle débauche de violence gratuite.
Alors même qu’il sprintait pour se joindre à la mêlée, un missile dévia de son plan vol pendant que l’artilleur qui venait de le lancer à la hâte finissait de se faire éviscérer par un violent coup de griffes. La roquette fendit l’air en décrivant une spirale dans sa course folle, avant de s’abattre sur le bâtiment qui abritait le générateur électrique du complexe.
Uriel plongea en avant au moment où l’ogive perforait le blindage léger de la porte de l’édifice, détruisant le générateur dans une gerbe d’explosion, qui envoya valser le toit dans les airs sur une colonne de feu de plusieurs dizaines de mètres de haut et démolit instantanément une section entière de la façade.
Toute la caserne fut alors plongée dans les ténèbres.
— Qu’entends-tu par « Sylvanus Thayer est encore en vie » ? demanda Cawlen Hurq.
— Exactement ce que ça veut dire, Cawlen, répondit Pascal. Bien qu’il puisse très bien être mort à l’heure où nous parlons.
Daron Nisato n’était pas moins choqué que Hurq par la révélation, mais le garde du corps de Pascal était dans une colère noire et il avait besoin de la décharger sur quelqu’un.
— Mais, tu nous as dit qu’il était mort ! fulmina Hurq, et Mesira, affolée par l’éclat de voix, se boucha instantanément les oreilles. Nisato passa un bras autour de sa taille, mais elle tressaillit à son contact en gémissant d’un air angoissé.
— Et il l’était pratiquement, répliqua Pascal, qui essayait d’apaiser la colère de Cawlen en tentant de désamorcer la situation. Je l’ai trouvé gisant sur le champ de bataille le lendemain du combat. Il ne restait plus grand-chose de lui, Cawlen, juste des lambeaux de chair ensanglantés. Je ne sais pas comment il a fait pour survivre, mais les faits sont là. Je ne pouvais rien pour lui, alors je l’ai amené à Serj Casuaban aux maisons de providence.
— Casuaban ? fit Cawlen. Mais c’est un Falcatas !
Pascal nia vigoureusement de la tête.
— Non, il nous rend service depuis le massacre du Champ de Mort.
— Il nous rend service ? Mais comment ?
— D’où crois-tu que sortent nos fournitures médicales ?
Daron Nisato tâchait de se concentrer sur ce que les deux hommes disaient, mais Mesira se balançait d’avant en arrière avec une véhémence de plus en plus accrue.
— Pourquoi tu ne nous as rien dit ? demanda Cawlen. On aurait pu en informer la population.
— À quoi cela aurait-il servi de toute façon ? Sylvanus était déjà devenu un martyr à la cause. Ce qu’il a fait pour nous mort dépasse tout ce dont il aurait été capable par ailleurs. Du reste… Il… Il n’est plus le même homme.
Nisato remarqua l’étrangeté du ton que venait de prendre Pascal et leva les yeux, s’arrachant un instant à la contemplation du visage baigné de larmes de Mesira Bardhyl.
— Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? En quoi est-il différent ?
Cawlen Hurq jeta un regard par-dessus son épaule dans sa direction.
— Toi, le flic, tu restes en dehors de ça, lança-t-il. Ça te concerne pas.
Nisato se leva d’un bond et plaqua violemment Hurq contre le mur. Le colosse esquissa un geste vers son pistolet, mais Nisato arracha d’un geste adroit l’arme de son étui. Il enfonça le canon dans le ventre de l’homme.
— Bon, maintenant, assieds-toi et ferme-la ! lui ordonna-t-il.
Hurq s’exécuta à contrecœur et Nisato se tourna vers Pascal Blaise.
— Qu’est-ce que vous voulez dire par « ce n’est plus même homme » ? Il m’est déjà arrivé de devoir abattre des types qui se sont ensuite réveillés d’un long coma avec des talents latents qu’ils n’avaient pas avant. C’est de ce genre de phénomène dont vous voulez parler ?
— Quelque chose comme ça, acquiesça Pascal. Il ne pouvait plus parler ni bouger. Avec ce qu’il restait de lui, je vois pas comment il aurait pu faire, de toute façon, mais… on pouvait la ressentir quand on se tenait à proximité.
— Ressentir quoi ?
— Sa colère, répondit Pascal, une colère inextinguible.
Un cri fit sursauter les deux hommes et Nisato se retourna vivement, pour découvrir Mesira Bardhyl debout près de la fenêtre, en train de scruter les ténèbres au dehors, le bras tendu. Son visage était éclairé par les douces lumières de la ville en contrebas, mais tandis qu’ils la dévisageaient, une lueur plus vive de l’autre côté de la vitre nimba soudain ses traits d’un halo orange vif.
Nisato se précipita à ses côtés.
— Que se passe-t-il ? s’inquiéta-t-il.
— Le Pleureur, murmura Mesira.
Daron Nisato et Pascal Blaise virent une colonne de feu flamboyante s’élever de la lointaine banlieue. Quelques secondes plus tard, le bruit d’une explosion parvint à leurs oreilles, accompagné du crépitement d’une fusillade à l’arme de poing.
— Ça vient de la caserne des Screaming Eagles, déclara Nisato. Votre œuvre, Blaise ?
— Non, répondit Pascal, et Nisato le crut sur parole. Je jure que j’y suis pour rien.
— C’est le Pleureur, intervint Mesira. Il en a trouvé un. Il massacre tout le monde pour arriver jusqu’à elle.
Elle se retourna pour lui faire face et Nisato constata qu’elle affichait un sourire serein.
— Je serai la prochaine, ajouta-t-elle le plus calmement du monde.
Uriel ne disposait d’aucune autre arme que son épée et il en fit bon usage tandis qu’il se frayait un chemin en ferraillant au cœur de la mêlée. Les Décharnés étaient plus forts que jamais, leurs corps débordants d’une énergie qu’il ne leur avait jamais connue auparavant, et l’Empereur sait qu’ils s’étaient déjà montrés terriblement puissants jusque-là !
Une silhouette monumentale se dressa devant lui, un monstre avec des troncs pleins de bourrelets en guise de jambes et une collerette de chair qui pendait en frémissant contre son poitrail. Un membre osseux contre nature jaillit de sous sa peau pour frapper Uriel, qui bloqua l’assaut d’une parade désespérée tandis que des griffes acérées se pressaient contre sa gorge.
Il roula sur le côté pour esquiver le membre osseux qui fouetta l’air au-dessus de lui, et taillada les chairs du monstre du fil de son épée. La lame transperça le corps de la créature, mais à peine l’eut-il retirée que l’étrange lumière qui inondait ses entrailles vint régénérer les tissus atteints.
En dépit du pouvoir régénérant de la lumière, la créature poussa un hurlement de douleur et s’éloigna de lui pour se mettre en chasse d’une proie plus facile parmi les Screaming Eagles. Uriel la laissa partir, se concentrant plutôt à tâcher de repérer le colonel Kain dans la confusion de la bataille.
Depuis que le générateur avait été détruit, le combat se déroulait dans une obscurité traversée de flashs stroboscopiques, qui éclairaient la scène au gré du va-et-vient des rayons laser et du scintillement des étoiles. De petits groupes de soldats combattaient en courant d’un abri à l’autre pendant que les Décharnés saccageaient l’enceinte de la caserne, démolissant indistinctement sur leur passage les barricades, les positions de tir et les baraquements.
Touché par une balle perdue, le réservoir à carburant fut pulvérisé dans un nuage en forme de champignon atomique et l’atmosphère se mit à empester le prométhium. Des tourbillons de fumée s’élevaient dans les airs et les nuages de gaz se propageaient comme une traînée de poudre dans la cour d’enceinte.
Uriel se fraya un chemin au pas de course dans le chaos de la bataille pour rejoindre Pasanius. Son ami tirait la dernière balle de son chargeur sur un monstre aux bras hypertrophiés, qui arpentait l’antenne medicae de la caserne à pas lourds et massacrait les blessés en fracassant leurs corps meurtris à grands coups de poing.
— Il te reste combien de balles ? hurla Uriel par-dessus le fracas de la bataille.
— Encore un chargeur plein, répondit Pasanius, mais c’est coton à insérer.
Uriel échangea son épée contre le bolter, et s’abrita derrière un amoncellement de sacs de sable pour recharger l’arme d’une main experte.
— Merci, fit Pasanius alors qu’Uriel lui rendait le pistolet et récupérait son épée. Bon, on fait quoi, maintenant ? Au nom de l’Empereur, est-ce que tu peux m’expliquer ce qu’il se passe ? Pourquoi font-ils ça ?
— Ils n’y sont pour rien, rétorqua Uriel, qui venait enfin de localiser le colonel Kain.
Un grondement d’artillerie lourde vint s’ajouter au vacarme lorsque des soldats qui étaient grimpés tant bien que mal sur les toits de plusieurs Chimères garées dans la cour s’installèrent en position de tir, déchaînant des torrents de balles et des salves d’obus de gros calibre.
— Qu’est-ce que tu veux dire par là ? demanda Pasanius en ouvrant le feu par-dessus les sacs de sable sur le monstre qui s’attaquait à l’infirmerie. On dirait quand même qu’ils y sont pour quelque chose.
— Ce n’est pas eux, s’obstina Uriel. Je ne sais pas trop quoi, mais il y a quelque chose qui les contrôle, j’en suis certain.
Pasanius haussa les épaules, et Uriel se rendit compte qu’à cet instant précis, il importait peu de savoir pourquoi les Décharnés attaquaient les Screaming Eagles, que tout ce qui comptait sur le moment, c’était qu’ils étaient bel et bien en train de le faire. Le seigneur des Décharnés massacrait des soldats par paquets de douze à chaque coup de ses énormes poings. Ses chairs étaient une forteresse imprenable à l’épreuve de toutes les armes imaginables.
— Eh bien, j’espère que tu as un plan, lança Pasanius, parce que sinon, ils vont buter tout le monde ici, nous y compris.
N’ayant pas de réponse toute prête pour calmer les inquiétudes de Pasanius, Uriel se renfrogna, mais un rugissement de moteurs en provenance des hangars le dérida vite, et ils virent trois chars d’assaut Leman Russ en sortir avec fracas. Le canon principal des tanks ne serait d’aucune utilité dans l’enceinte de la caserne, mais chaque véhicule disposait de tout un tas d’armes de soutien, sans compter que leur masse lancée à pleine vitesse pouvait très bien à elle seule faire tourner le vent de la bataille.
Un tonnerre d’acclamations s’éleva dans les rangs des Screaming Eagles à l’instant où les tanks émergeaient, et Verena Kain brandit son sabre haut dans le ciel pour être vue de tous. Un homme déroula une bannière et l’emblème rouge de l’Achaman Falcatas redonna du courage aux soldats.
Uriel vit le canon laser monté sur la carrosserie du tank de tête, le seul pour l’instant à avoir rétabli l’alimentation de ses batteries, fendre la nuit avec un trait de lumière incandescente. Une créature munie de membres en forme de faux s’écroula net, coupée en deux par le rayon, ses entrailles fumantes et son sang bouillonnant réduit en vapeur. Les autres tanks utilisèrent l’armement d’appoint monté sur leurs châssis pour déchaîner un déluge de mitraille sur les Décharnés, qu’ils repoussèrent par la seule pression exercée par l’intensité du feu nourri.
Ces mastodontes de métal n’intimidèrent cependant pas outre mesure le seigneur des Décharnés. D’une chiquenaude, celui-ci se débarrassa du cadavre du soldat qu’il venait de tuer et chargea tête baissée, les bras repliés contre ses flancs, droit sur le tank qui lui faisait face.
Juste au moment où l’on pensait qu’il allait percuter la tête la première l’avant du véhicule, il bondit dans les airs pour atterrir directement sur le toit. Une pluie de balles lacérait ses chairs, mais rien ne semblait pouvoir freiner sa course. Ses pattes monstrueuses se refermèrent sur le fût raccourci du canon principal et le tordirent vers le haut en déployant une force proprement phénoménale.
La tourelle fut entièrement arrachée du châssis dans un grincement métallique épouvantable et une pluie d’étincelles. L’artilleur tomba de l’habitacle, pour se faire aussitôt écraser par les chenilles de son char d’assaut. Le seigneur des Décharnés fracassa les ruines de la tourelle contre le flanc du tank, pulvérisant les canons latéraux et enfonçant la coque dans un fracas métallique assourdissant.
Un gémissement de protestation s’éleva des moteurs de l’épave, exhalant une fumée bleu sale de plus en plus chargée d’huile à mesure qu’ils se grippaient et rendaient l’âme. Des flammes embrasèrent l’arrière du véhicule, et constatant que son adversaire était vaincu, le seigneur des Décharnés jeta au loin les vestiges de métal tordu encore dans sa patte avant de se laisser retomber sur le sol.
Le colonel Kain poussa alors un cri de guerre plein de fougue et lança la charge des Screaming Eagles.
Uriel sortit à découvert pour les regarder charger, admirant leur courage tout en maudissant le caractère vain de l’entreprise. Ces hommes ne pouvaient triompher des Décharnés, pas tant que des forces obscures manipuleraient leurs corps comme des marionnettes et continueraient de régénérer les blessures fatales qu’ils recevaient.
— Allons-y ! s’écria-t-il, et Pasanius accourut le rejoindre.
Uriel s’élança au pas de charge dans la fournaise. La puanteur du prométhium surchauffé assaillait ses narines, et le voile épais de fumée noire faisait pleurer ses yeux et lui brûlait la gorge. Il faisait une chaleur incroyable et les flammes léchaient les murs d’enceinte avec un appétit vorace.
Les rangs des Décharnés et des Screaming Eagles se percutèrent au centre de la cour intérieure pour livrer bataille au cœur de la fournaise. L’issue du combat ne faisait aucun doute, mais cela n’empêchait pas les Screaming Eagles de se battre avec une ferveur fataliste qui en disait long sur leur implication dans le massacre du Champ de Mort.
Uriel brandit son épée en voyant un monstre bossu avec des bras en forme de pistons fendre les nuages de fumée et de flammes dans sa direction. Sa gueule horriblement de travers s’ouvrait sur une forêt de dents cassées et de gencives pourries, et ses yeux étaient une bouillie gélatineuse où les pupilles venaient couler dans ses iris laiteux. Il avait une peau flambant neuve, mais visqueuse et déjà avariée, comme rongée par des poussées d’eczéma.
Il éructa une bordée d’injures obscènes en balançant violemment les poings en avant. Uriel détourna le coup et contourna la créature pour lui planter son épée dans le dos. La lame crissa contre l’ossature difforme de son épine dorsale et Uriel remua l’épée dans la plaie pour l’enfoncer plus profondément dans le corps du monstre.
Celui-ci poussa un hurlement et tomba à genoux tandis que Pasanius arrivait en trombe pour lui donner un coup de botte en pleine figure. Ses crocs claquèrent et des gerbes de morve ensanglantée volèrent dans les airs.
D’un mouvement de torsion, Uriel dégagea son épée des chairs putrides, libérant un geyser de lumière et de sang écumant. Pasanius enfonça son bolter dans la gueule de la créature et appuya sur la détente. Une explosion de lumière emporta l’arrière du crâne dans une gerbe de matière grise.
Le monstre s’écroula, des bouts de cervelle fumante se déversant de la fracture crânienne. Uriel vit une brume de lumière s’élever dans les airs pour suivre à la trace la coulée grise. Il poussa un cri de victoire en sentant l’intense frustration qui s’emparait de l’ectoplasme de lumière, mais tomba soudain à genoux, terrassé par la puissance de cette rage qui menaçait de le submerger.
Uriel lâcha son épée tandis que sa vision se troublait, laissant apparaître toute une foule de silhouettes spectrales qui se massait sur les murs d’enceinte pour observer d’un œil froid le carnage qui se déroulait en leur nom. Des centaines de ces fantômes se bousculaient sur les remparts et Uriel s’ébroua vigoureusement, luttant pour dégager ses pensées de l’étau de leur désir de vengeance.
— Uriel ! hurla Pasanius, et le charme fut brisé.
La créature qu’ils avaient combattue avait rendu l’âme, la lumière régénératrice ayant abandonné la dépouille à l’heure du décès, mais Uriel constata qu’il s’agissait là de la seule victoire remportée jusque-là par leur camp.
Les flammes s’étaient déjà chargées d’une bonne partie des soldats que les Décharnés n’avaient pas encore massacrés. Des torches humaines se débattaient un peu partout en hurlant et Uriel se mit à nourrir une sourde rancune contre ces voyeurs invisibles qui avaient mis en branle ce carnage.
— Il faut qu’on se tire d’ici, lança Pasanius. On ne peut pas gagner cette bataille.
Uriel acquiesça en essuyant le fil de son épée.
— Je vais essayer de mettre la main sur Kain.
Il se releva et chercha du regard la bannière des Screaming Eagles, finissant par l’apercevoir à travers les flammes, non loin de Kain, qui livrait un combat perdu d’avance contre les monstres qui massacraient ses soldats.
— Par là ! indiqua Uriel. Suis-moi.
Ils se mirent en route au milieu des flammes vers les troupes encerclées, et tandis qu’ils se frayaient un chemin dans la fournaise, Uriel sentit sa peau se couvrir de cloques. Il imaginait à peine les souffrances que devaient endurer leurs alliés mortels !
Uriel vit Verena Kain s’effondrer, terrassée par une profonde blessure à l’épaule. La créature qui avait fait couler son sang s’approcha pour donner le coup de grâce, mais ses hommes s’interposèrent vaillamment pour former un rempart devant elle, braquant leurs fusils et tenant leurs sabres prêts à défendre leur colonel.
Face à une telle puissance de feu, la créature battit en retraite et Uriel s’arrêta en dérapant à la hauteur de Kain.
Cette femme était une vraie dure à cuire, Uriel devait bien lui reconnaître ça. Son bras gauche pendait, inutile, le long de son corps et elle avait le visage en sang. Elle leva les yeux sur Uriel, les traits rongés par la colère.
— Mes hommes sont en train de mourir par votre faute ! hurla-t-elle par-dessus le fracas de la fusillade et le rugissement des flammes. Je ne sais pas trop comment cela se fait, mais je suis sûre et certaine que ça a quelque chose à voir avec vous !
— Colonel Kain, commença Uriel, vous avez raison, mais on s’occupera de ça plus tard. Pour le moment, il devient urgent de mettre les voiles. Ce n’est pas là un combat que nous pouvons gagner.
— Jamais ! éclata Kain. Vous m’entendez ? Les Screaming Eagles ne sonneront jamais la retraite !
— Je sais, répliqua Uriel d’un ton brusque. On m’a déjà cité la devise du vieux Serenity, mais il s’est fait tuer, et c’est ce qu’il va vous arriver si nous restons ici.
Il s’attendait à un nouveau refus, mais vit les éclairs de rage que lançaient ses yeux s’éteindre progressivement, pour céder la place à une morne résignation. Uriel acquiesça et se tourna vers Pasanius quand une ombre gigantesque étouffa la lumière des feux. Le porte-étendard des Screaming Eagles se fit soudain décapiter et un geyser de sang jaillit de son cou tranché.
Uriel fit volte-face au moment où la bannière touchait le sol. Le seigneur des Décharnés le dominait de sa haute stature, sa silhouette enflée ayant pris des proportions hallucinantes depuis la dernière fois qu’Uriel avait posé le regard sur lui. Une lumière aveuglante faisait luire sa peau de l’intérieur, trop éblouissante pour qu’on puisse fixer du regard les endroits où elle suintait de ses blessures, et une puissance étrangère venait enflammer sa musculature.
Uriel reçut un coup de poing fulgurant, qui l’envoya valser dans les airs pour aller s’écraser contre le châssis de l’épave du Leman Russ. Il vit trente-six chandelles et reprit péniblement son souffle, entendant le crépitement du bolter de Pasanius, qui ouvrait le feu.
Le seigneur des Décharnés faucha Pasanius d’un terrible coup de poing, qui le plaqua au sol, avant de se ruer sur Verena Kain. Le colonel des Screaming Eagles avait ramassé la bannière de son régiment, dont l’étoffe de soie avait pris feu. Uriel poussa un cri désespéré et se remit tant bien que mal sur ses pieds pour se traîner en titubant vers le seigneur des Décharnés.
Le colonel Kain donna un coup de sabre au monstre alors même que l’énorme patte la soulevait de terre. Des gerbes de sang et de lumière giclaient des blessures de la créature, mais elle n’arrivait pas à se dégager de son étreinte.
Uriel vit la fureur dans le regard du seigneur des Décharnés, une fureur si pure et implacable qu’elle l’arrêta dans son élan, aussi singulier que cela puisse paraître. Ce n’était pas la colère des Décharnés, mais celle de ceux qui n’avaient pas de voix pour l’exprimer et à qui il ne restait plus que ce moyen de vengeance.
Le seigneur des Décharnés transporta le colonel qui continuait de se débattre jusqu’à l’endroit où le réservoir à carburant avait explosé, puis il la brandit à bout de bras au-dessus du brasier de flammes de prométhium. Uriel essayait de suivre le rythme, mais il avait les jambes lourdes et les poumons en feu.
— Non, siffla-t-il entre ses dents serrées en prenant conscience de ce qui allait suivre.
Le seigneur des Décharnés s’interrompit, comme savourant l’acte définitif qu’il était sur le point de commettre. Il se pencha sur Verena Kain, et bien que ses mots ne fussent qu’un murmure, ils résonnèrent dans l’esprit de tous les guerriers présents dans l’enceinte de la caserne.
— Tu étais là.
Puis, il la projeta dans les flammes ardentes.
Uriel poussa un hurlement, un cri du cœur inarticulé devant l’horreur de ce meurtre, et le seigneur des Décharnés rejeta la tête en arrière pour laisser échapper un rugissement terrible où perçait la rage du désespoir. La créature tourna sa figure ravagée et couverte de cloques vers Uriel, et le regard qu’ils échangèrent fut celui de deux vieux amis se retrouvant un bref instant pour partager un même dégoût pour une situation qui les dépassait.
Le monstre baissa la tête et le lien de complicité qui les avait réunis l’espace d’une seconde fut rompu tandis que la multitude d’esprits qui s’étaient rendus maîtres des faits et gestes des Décharnés resserraient de nouveau leur emprise.
Les coups de feu avaient cessé. Le silence régnait à présent sur la caserne, seulement brisé par les cris d’agonie de soldats rendant leur dernier souffle. Le seigneur des Décharnés rameuta sa tribu autour de lui tandis qu’Uriel déambulait en titubant au milieu des cadavres ensanglantés.
— Pourquoi ? hurla-t-il. Pourquoi aviez-vous besoin de faire ça ?
Le seigneur des Décharnés leva les yeux au ciel et les flammes blanches de la vengeance couvaient dans ses yeux comme autant d’astres à l’éclat lointain.
— Parce qu’ils étaient là, répondit-il. Tous doivent être châtiés.
Sur cette déclaration glaçante, il se détourna pour s’engouffrer dans la faille ouverte dans le mur par l’explosion du générateur. Le reste des Décharnés lui emboîta promptement le pas, et Uriel observa qu’ils se dirigeaient vers les quartiers en ébullition de la cité de Barbadus.
Il eut alors l’atroce certitude que le bain de sang de cette nuit n’était pas terminé.
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