Champ de Mort
Trois
Surpris, Uriel cligna des yeux, et la fillette n’était déjà plus là, volatilisée comme si elle n’avait jamais existé.
Il s’élança en courant vers l’endroit où elle s’était tenue.
Uriel atteignit le bout de la rue, qu’il balaya du regard de droite à gauche. Aucune trace de la petite fille. Il commençait à se demander s’il n’avait pas rêvé. L’image avait été si fugitive qu’il ne pouvait être sûr de ne pas avoir eu une hallucination inspirée par la photographie qu’il venait de regarder, mais elle avait eu l’air si réel.
Alors même qu’il commençait à douter d’avoir vu la fillette, il entendit un soupir étouffé, à peine un souffle provenant d’un peu plus loin, et crut entrevoir une forme blanche. Tous les sens en alerte, Uriel dégaina son épée et s’avança avec précaution dans la ruelle, en direction du bruit. Les bâtiments alentours étaient sombres et semblaient se pencher sur lui.
Il passa devant d’autres cairns, mais ne s’arrêta pas pour les examiner, trop préoccupé par les soupirs, qui se faisaient maintenant plus aigus. Ce n’étaient plus des bruits de respiration, mais des sanglots : manifestement le chagrin d’une gamine incomprise.
Les bruits se turent et Uriel s’immobilisa pour se retrouver devant un bâtiment en pierre de taille avec deux fenêtres aux volets fermés. Les gonds des battants étaient rouillés et toute une partie de la façade avait été déchiquetée par des impacts de balles et d’obus, mais il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait là de la bâtisse de la photographie.
L’avait-on guidé jusque-là ?
Cette seule idée aurait dû le plonger dans l’inquiétude, mais l’endroit ne lui inspirait aucune crainte.
Tous les bruits avaient cessé ; même le vent s’était tu tandis qu’il avançait avec précaution vers la façade dévastée et pénétrait dans le bâtiment, l’épée au poing. Une partie de lui était tentée de rentrer prévenir Pasanius, mais il n’avait pas l’impression qu’une quelconque menace planât véritablement sur l’intérieur, juste un sentiment d’affreuse solitude.
Une fois encore, les yeux d’Uriel s’acclimatèrent aux nouvelles conditions d’éclairage et il découvrit une pièce ravagée au plancher jonché de débris de mobilier fracassé. Des morceaux de chaises et les fragments d’une table mise en pièces gisaient sur le sol, calcinés par un incendie. La pièce empestait la fumée et il passa le doigt sur le mur le plus proche, sentant aussitôt le contact gélatineux du résidu de prométhium.
Uriel regarda autour de lui les traces sur la pierre noircie, tristes vestiges d’existences anéanties en un instant. Il discernait deux silhouettes de suie sur le mur du fond, levant les bras d’épouvante, à moins que ce ne fût un dernier geste désespéré pour tenter vainement de se protéger des flammes qui les avaient tués.
Il s’imaginait la pièce incendiée, ainsi que la terreur et le martyre de ceux qui s’y étaient consumés, et se mit à espérer qu’ils n’aient pas souffert longtemps. Des morceaux de verre et de céramique craquaient sous ses pas et Uriel se baissa pour ramasser un objet métallique enfoui dans les cendres et les gravats : une cartouche de fusil d’assaut, vu le calibre, frappée de l’aigle impérial et d’un numéro de série du Departmento Munitorum.
« Tirée pour attaquer ou pour défendre ? » se demanda Uriel en repérant la forme calcinée et à moitié fondue du fusil d’assaut qui gisait un peu plus loin, dans un coin de la pièce. Le canon argenté de l’arme était encore entier, quoique rongé par la rouille. Comment avait-il échappé à la fournaise qui avait anéanti le reste de l’habitation ?
Les motifs décrits par les offrandes qu’il avait vues éparpillées dans la rue lui revenant en mémoire, Uriel trouva un sens caché à la manière dont le fusil avait été placé, le canon semblant indiquer la direction d’une sorte de petit réduit.
À l’instar de la pièce principale, cette alcôve avait été calcinée par l’incendie. La peinture sur les murs s’était écaillée là où les flammes n’avaient pas tout carbonisé. L’endroit était sombre et désert ; une chambre à coucher, au vu de l’armature de lit de fer affaissée dans un coin.
Uriel fit le tour de la pièce, à la recherche de ce que le fusil d’assaut pouvait bien pointer depuis l’autre salle. Se sentant légèrement idiot, il était sur le point de partir lorsqu’il vit les mots inscrits sur le mur.
En partie masquée par la poussière, l’inscription n’en était pas moins clairement discernable pour sa vision augmentée ; dissimulée au regard, mais visible pour celui qui recherchait activement quelque chose.
Les Fils de Salinas reviendront !
Uriel plissa les yeux en lisant l’inscription, se demandant bien ce qu’elle pouvait vouloir dire.
Qui étaient les Fils de Salinas ?
Un culte ? Un mouvement de résistance ? Une faction pro-impériale ?
Quels qu’ils fussent, ils avaient pris soin de voiler leur appel à la rébellion et ce seul fait faisait douter Uriel de la nature de leur allégeance.
Salinas… Était-ce le nom d’une personne ou de ce monde ?
Uriel fit volte-face à l’instant où une ombre se découpait sur le mur devant lui. Des bruits de pas pesants et une odeur humide de bête fauve le renseignèrent sur l’identité de celui qui l’avait suivi jusque-là et il abaissa son épée.
Il regagna la pièce principale de la maison, et tandis qu’il repassait le pas de la porte, il aperçut le seigneur des Décharnés accroupi près du mur où les deux empreintes de corps s’étaient incrustées. La créature baissa son énorme tête pour renifler la pierre et écarquilla les yeux en en respirant l’odeur.
— Ces gens…, commença le seigneur des Décharnés.
— Qu’est-ce qu’ils ont, ces gens ?
— Cet endroit… Beaucoup de familles ?
— Oui, acquiesça Uriel. C’était une cité.
— Et ces gens ? reprit le seigneur des Décharnés.
— Ils vivaient là, répondit Uriel.
— Eux morts là, corrigea la créature.
Uriel opina du chef en rengainant son épée.
— En effet, mais je ne sais pas pourquoi.
— Quelque chose de pourri dans ce monde, pas penser que nous être heureux ici, murmura l’énorme bête. Hommes qui tuent ces gens… être hommes méchants, comme hommes de fer.
— Comment pouvez-vous le savoir ? demanda Uriel.
Le monstre haussa les épaules, comme si la réponse coulait de source, et s’éloigna du mur pour se tourner vers une collection de jouets d’enfant éparpillés par terre, dans le coin de la pièce. Le seigneur des Décharnés s’accroupit devant une poupée de plastique fondu à la robe carbonisée, jetée près d’une pile de cubes d’un jeu de construction dont le feu avait effacé les inscriptions.
L’ébauche de ce qui s’apparentait à un sourire illumina les traits du seigneur des Décharnés et Uriel se sentit vraiment désolé pour lui, se demandant à quoi aurait pu ressembler la destinée de l’enfant qu’il fut jadis si les Iron Warriors ne s’étaient pas cruellement emparés de lui.
— Hommes méchants vouloir nous tuer, lança le seigneur des Décharnés sans lever les yeux.
— Pourquoi dites-vous ça ? demanda Uriel, même s’il soupçonnait déjà que le sentiment fut légitime.
— Moi savoir que nous être monstres, fit la créature. Un homme méchant qui tue familles avoir peur de nous.
— Non, répliqua Uriel. Je ne permettrai pas que cela arrive.
— Pourquoi ?
— Parce que vous méritez de pouvoir vivre en paix.
— Vous penser que Décharnés pouvoir vivre ici ?
— Je ne sais pas, admit Uriel, mais de quelles chances disposiez-vous sur Medrengard ? Je ne sais rien de ce monde, de sa localisation géographique ni même comment il s’appelle, mais je vous promets que je ferai mon possible pour vous assurer une vie plus belle sur ces terres. Ce qu’il vous est arrivé… C’est monstrueux, mais vous ne méritez pas d’être condamnés pour ça. Il vous faut juste patienter encore un peu et rester cachés jusqu’à ce que je trouve le bon moment pour parler de vous à la population. Vous vous en sentez capables ?
— Décharnés être doués pour rester cachés. Nous pas être trouvés sauf si nous le vouloir. Avoir appris ça sur monde des hommes de fer.
— Eh bien, restez ici, bien cachés, et quand le moment sera venu, Pasanius et moi viendrons vous chercher. Alors, vous sentirez la chaleur du soleil sur votre visage et n’aurez plus à craindre les hommes de fer.
— Une vie plus belle ? interrogea le seigneur des Décharnés. Vous promettre ?
— Une vie plus belle, acquiesça Uriel.
— Et l’Empereur aimer nous ?
— Tout à fait, répondit Uriel. Il aime tous Ses sujets.
Le seigneur des Décharnés opina et tourna son énorme tête vers Uriel. Un visage à ce point difforme et épouvantable était incapable de ruse et la foi candide que la créature lui prêtait fit naître en Uriel un fort sentiment de responsabilité. Il leur avait promis des jours meilleurs et c’était là une promesse qu’il devrait tenir coûte que coûte.
Le seigneur des Décharnés leva brusquement la tête et les replis de chair au-dessus de ses babines se mirent à frémir.
— Hommes en train d’arriver, annonça-t-il, hommes montés sur machines.
Le colonel Verena Kain réprima un bâillement et se frotta les yeux avec sa main gantée, le corps ballotté par les secousses du véhicule blindé de classe Chimère à bord duquel elle était embarquée. Siégeant dans l’écoutille de commandement, elle avait une vue dégagée sur le panorama accidenté révélé par les premières lueurs de l’aube, qui s’étendait de part et d’autre de la rivière serpentant jusqu’à la cité en ruine de Khaturian.
Elle distinguait à l’horizon le contour déchiqueté de la cité qui se découpait sur la masse rocheuse de la chaîne de montagnes en arrière-plan. Une vision bien sinistre à une heure aussi matinale et coupée des bienfaits de l’Empereur. Marchant d’un seul et même train, six éclaireurs Sentinelles s’élancèrent en avant. Les machines bipèdes fendaient l’obscurité pour s’assurer que le périple absurde que les exhortations de Mesira Bardhyl leur faisaient accomplir n’était pas un guet-apens tendu par les Fils de Salinas.
La psyker malingre était arrivée au palais en pleine nuit et avait demandé à voir le gouverneur Barbaden, ce qui en disait long sur sa stupidité. Bardhyl prétendait qu’elle avait un sujet de la plus haute importance à lui soumettre, et une fois introduite dans ses appartements, elle s’était mise à débiter en sanglotant tout un boniment absurde à propos de meutes de monstres et d’océans de sang se déversant du Champ de Mort.
La gifle que Kain lui avait administrée avait mis un terme à ses divagations. Elle sourit en se rappelant la mine scandalisée que le visage hâve et tiré de la jeune femme avait alors arborée. Mesira Bardhyl avait autrefois été la psyker officielle rattachée aux Screaming Eagles, mais elle faisait partie des pleutres démissionnaires qui avaient choisi de quitter le régiment à la faveur de la démobilisation partielle des Falcatas ayant suivi le jour de la Restauration. Kain avait peu de temps à accorder à ce genre de poltrons et une occasion de remettre Bardhyl à sa place n’était tout bonnement pas chose à manquer.
En tant que psyker, Bardhyl aurait dû être prise en charge par l’intendance juste après sa démobilisation, mais pour d’obscures raisons connues de lui seul, Barbaden l’avait autorisée à se démettre de ses fonctions au sein du régiment sans passer par le protocole d’usage. Qu’il ait fait jouir Bardhyl de ce privilège dépassait complètement l’entendement de Kain, mais elle s’était efforcée de ne pas trop le harceler à ce sujet, car Léto Barbaden avait un esprit froid comme le marbre et des réflexes reptiliens qui auraient vite fait de mettre un terme à sa carrière, aussi sûrement que son appui avait permis son avancement en lui faisant profiter du rang hiérarchique qui avait jadis été le sien.
Quand Bardhyl se fut suffisamment calmée pour s’exprimer sans hyperboles fantaisistes, elle parla d’un grand afflux d’énergie warp apparu dans les ruines de Khaturian. La consultation des Janiceps avait confirmé ses dires, et Barbaden avait donné l’ordre à l’officier d’emmener un détachement jusqu’au Champ de Mort afin d’y mener l’enquête.
Un convoi de onze autres Chimères déployées en formation en « V » suivait le véhicule de Kain, avec plus d’une centaine de ses Screaming Eagles embarqués à leur bord. Vétérans d’une bonne vingtaine de campagnes militaires, soldats les plus craints et disciplinés de tout l’Achaman Falcatas, les Eagles constituaient sa force de frappe favorite lorsqu’il s’agissait de rétablir l’ordre en un temps record et avec un maximum d’efficacité.
Kain frissonna d’appréhension en voyant les contours de la cité fantôme se rapprocher, mais chassa aussitôt ce sombre pressentiment de ses pensées. La dernière fois qu’elle avait vu cet endroit, il était en flammes, et les images et les sons de cette nuit lui revenaient en mémoire avec la prégnance d’un souvenir tout juste déterré.
Elle se rendit compte que cela faisait de nombreuses années qu’elle n’avait plus pensé à cette nuit, mais son souvenir n’avait pas sur elle le même effet dévastateur que sur d’autres membres de son régiment. Ils avaient fait le nécessaire pour rappeler la planète à l’ordre et celle-ci était à présent à leurs pieds. Ne nourrissant aucun regret, elle se mit à tripoter machinalement la médaille en forme d’aigle qui pendait de la poche de poitrine gauche de sa veste d’uniforme.
Sa Chimère fit une embardée en passant sur un accident de terrain et elle commença à scruter les contours de la cité à la jumelle, tout en suivant la progression des Sentinelles qui se rapprochaient de la clôture de barbelés ceignant les ruines.
Le panorama qui s’offrait à elle n’était que bâtiments effondrés à perte de vue. Le mécanisme du viseur rendait l’image verdâtre et laiteuse, mais il n’y avait de toute façon pas grand-chose d’autre à voir. La route devint plus rocailleuse en coupant par des collines boisées, aussi Kain laissa-t-elle glisser ses bras le long du corps pour revenir s’engouffrer à l’intérieur de la carrosserie.
Il valait mieux être prudent. Les Fils de Salinas avaient intensifié la cadence de leurs attentats et même s’il paraissait peu probable qu’ils s’attaquent à une colonne aussi bien armée, rien ne disait que des snipers n’étaient pas tapis dans les sous-bois, attendant le moment opportun pour frapper. Toute cette expédition n’était peut-être qu’une ruse pour attirer un officier impérial dans le seul but de l’assassiner.
L’intérieur de la Chimère était sombre et bruyant. On entendait rugir les moteurs à l’arrière du véhicule et une puanteur d’huile et d’onguents sacrés saturait l’atmosphère. À l’étroit dans un espace aussi étriqué qu’encombré de pièces de fer dangereusement mobiles, sa taille mince lui fut particulièrement utile pour se faufiler jusqu’au poste de commandement.
— Vous avez vu quelque chose ? demanda Bascome, son aide de camp, émettant sur la ligne vox depuis son poste.
— Rien à signaler, répondit-elle en hurlant pour être entendue par-dessus le grondement des moteurs.
— Vous avez une idée de ce qu’on est censé trouver ? demanda encore Bascome.
L’alerte donnée par Barhyl manquait tellement de précision que Kain ne savait pas vraiment à quoi s’attendre, mais un colonel n’avait pas à avouer son ignorance devant un de ses subalternes.
— Vraisemblablement quelques méfaits perpétrés par les Fils de Salinas, dit-elle. Ou alors encore d’autres crétins venus déposer des babioles sur une pile de cailloux.
Bascome secoua la tête.
— Vous ne pensez pas qu’ils auront finalement compris qu’il ne faut pas venir ici, en particulier après la dernière fournée qu’on a abattue ?
Kain ne répondit rien, se remémorant les trois hommes qu’ils avaient alignés devant le peloton d’exécution, contre le mur du palais, pour avoir violé le cordon de sécurité autour de Khaturian. Pénétrer dans la cité était strictement interdit et passible de la peine de mort, mesure qui ne semblait pourtant pas décourager les nombreux nigauds que l’on voyait régulièrement risquer leur vie pour venir placer des bibelots commémoratifs.
Si Barbaden l’avait écoutée, un pilonnage massif de Basilisks serait venu raser les ruines à peine le jour de la Restauration terminé, mais le gouverneur fraîchement entré en fonctions considérait qu’une telle option ne ferait que rallumer les braises mal éteintes de la rébellion.
Eh bien, les dix dernières années avaient montré à quel point cette sage décision avait porté ses fruits : une décennie d’attentats à la bombe, d’émeutes et de protestations de la part d’une populace trop stupide pour s’enfoncer dans le crâne qu’elle avait été vaincue. La loi impériale tenait ce monde sous son emprise et les Fils de Salinas n’avaient plus aucune influence, quoi que l’on dise de la ruse et du charisme présumés de Pascal Blaise.
Tout un tas de folles rumeurs couraient autour du chef des Fils de Salinas : qu’il avait autrefois servi dans la garde, qu’il avait été capitaine des forces de l’ordre avant que Daron Nisato ne lui succède, ou même qu’il s’agissait en vérité d’un inquisiteur dévoyé. Quelle que fût la vie qu’il avait auparavant menée, Kain avait tué suffisamment de ses soldats pour savoir qu’il n’était manifestement pas un si bon leader que cela.
— J’espère que ce sont bien les Fils de Salinas qui sont derrière cette histoire, lança Bascome. Ça fait un bail qu’on n’a pas eu de vraie bonne bagarre à se mettre sous la dent !
Kain partageait le sentiment de son aide de camp. Depuis le jour de la Restauration, les Falcatas avaient eu bien peu d’opérations militaires dignes de ce nom à mener. Pas le moindre échange de coups de feu avec des xénos ou des guerriers des Puissances de la Déchéance, mais des tonnes d’émeutiers civils à neutraliser et de patrouilles ingrates à effectuer au milieu des épaves de leurs propres machines de guerre, où les bombes artisanales attendaient leur heure pour estropier et des snipers tapis dans l’ombre mettaient les soldats de l’Imperium dans leur ligne de mire.
Kain trouvait toute cette situation pour le moins absurde. N’avaient-ils pas libéré ce système des Sombres Puissances ? Certes, aucune vague de rébellion ne s’était encore déclarée sur Salinas, mais avec trois autres mondes du système déjà gagnés par l’hérésie, cela n’aurait vraisemblablement été qu’une question de temps avant que la planète ne finisse par tomber sous l’emprise du Grand Ennemi. Ces gens ne se rendaient-ils pas compte de la chance qu’en réalité ils avaient eue ?
Les Falcatas étaient arrivés en grande pompe, dans un respect du décorum frisant le délire. La portée de l’événement avait été exagérée à la demande du maître de la croisade, le général Shermi Vigo (un homme qui haïssait Léto Barbaden et que ce dernier méprisait en retour), mais cela n’avait servi qu’à attiser la colère de la population et avait conduit à trois ans d’une guérilla aussi sale que honteuse.
Il n’avait jamais été à l’ordre du jour de questionner les conséquences de la pacification, car l’Achaman Falcatas avait déjà livré bataille dans les enfers perfides de deux mondes du système et n’était pas d’humeur particulièrement miséricordieuse. Aussi violents et nécessaires les combats furent-ils, peu de gloire avait été tirée de l’exécution de civils convaincus qu’il suffisait de tenir une arme pour être soldat.
— Ne te fais pas trop d’illusions, Bascome, prévint Kain. Il y a peu de chances que cette affaire sorte de l’ordinaire.
— À ton avis ? demanda Pasanius.
— On dirait des moteurs de Chimères, et des Sentinelles, a priori.
— C’est ce que je pensais, acquiesça Pasanius. La garde impériale ?
— Sûrement.
— Espérons qu’ils viennent en amis.
Uriel opina et se passa une main sur le crâne tandis que le bruit des moteurs se rapprochait. Son ouïe génétiquement augmentée éliminait par filtrage les distorsions causées par l’aspect sauvage du paysage, lui permettant de distinguer les différents bruits de moteur et de localiser avec précision leurs sources d’émission.
Les véhicules devaient se trouver à deux kilomètres de distance et seraient là d’une minute à l’autre.
Uriel avait rebroussé chemin en courant à travers le dédale de rues, sentant l’humeur de la cité changer encore une fois : le vent balayait ses artères comme si chaque rafale venait annoncer l’arrivée imminente du convoi d’hommes. Le seigneur des Décharnés l’avait rapidement distancé, sa démarche lourde et ses longues jambes élastiques le propulsant le long des rues jonchées de décombres avec un mélange troublant de vélocité et de grâce.
Pasanius l’attendait. Ils rassemblèrent leurs maigres possessions avant de se diriger vers les confins sud de la cité. Quelle que fût l’identité de ces hommes montés sur machines de guerre, Uriel et Pasanius iraient à leur rencontre la tête haute.
Alors qu’ils se préparaient à partir, Uriel se tourna vers le seigneur des Décharnés. Il tendit la main pour toucher le bras de la créature, mais se rappela à quel point cela lui avait fait mal la dernière fois et retint son geste in extremis.
— Vous comprenez ce qu’il vous reste à faire ? demanda Uriel.
La puissante créature acquiesça, la meute de ses congénères difformes l’imitant aussitôt.
— Nous cacher.
— Oui, fit Uriel, il vous faut vous cacher, mais pas pour longtemps, je vous le promets. Laissez-nous le temps de traiter avec ces hommes et d’en apprendre davantage sur ce monde.
— Et alors, vous venir nous chercher ? Dire aux hommes de pas craindre nous ?
Uriel hésita avant de répondre, ne sachant pas exactement quoi dire en la circonstance tant il répugnait à faire des promesses qu’il serait incapable de tenir.
— Je viendrai vous chercher dès que le danger sera écarté, mais d’ici là, vous devez rester cachés. Grimpez plus haut dans les montagnes. On dirait qu’il y a de l’eau et de la nourriture en abondance là-haut. Vous devriez être en sécurité tant que vous resterez à distance de toute habitation.
Le seigneur des Décharnés s’accorda un instant pour intégrer toutes les directives d’Uriel, son énorme masse semblant subitement beaucoup plus petite qu’auparavant. Uriel se rendit compte que la créature était tétanisée par la peur et, aussi ridicule que cette idée puisse paraître, c’était parfaitement compréhensible. Depuis les derniers jours qu’ils avaient passés sur Medrengard, le seigneur des Décharnés avait regardé Uriel comme un enfant lève les yeux vers son père pour demander conseil.
Et maintenant que celui que la créature considérait comme son tuteur était forcé de s’éloigner, Uriel décelait la crainte de l’abandon dans son regard laiteux et injecté de sang.
— Vous serez en sécurité, assura Uriel. Je vous donne ma parole. Je ne laisserai rien de mal vous arriver. Maintenant, il faut que vous partiez au plus vite.
Le seigneur des Décharnés se retourna pour emmener ses congénères dans les profondeurs de la cité en ruine. Uriel les regarda partir, espérant que ce monde saurait leur donner une chance de vivre en paix.
À présent qu’ils se tenaient devant une longue clôture de barbelés semblant encercler la cité, il n’en était plus si sûr. La nuit précédente, ils n’avaient pas poussé leur exploration si loin vers le sud et découvrir qu’on avait mis en place un cordon de sécurité autour de la ville avait de quoi éveiller quelque inquiétude.
— Je ne crois pas qu’ils viennent en ennemis, déclara Uriel. Des véhicules dérobés à la garde ne ronronneraient pas de manière si « égale ». D’après ce que j’entends, leurs moteurs sont bien entretenus.
— C’est vrai que tu as toujours eu une meilleure ouïe que moi, observa Pasanius en feignant un air détaché, mais Uriel voyait bien que son ami n’était pas du tout à son aise. Bon, continua ce dernier, que penses-tu de ces barbelés ?
Uriel jeta un œil de droite à gauche, suivant du regard l’alignement de grands poteaux de bois enfoncés dans le sol et entortillés dans plusieurs épaisseurs de fils barbelés vicieusement dentelés.
— Ils n’ont pas lésiné dessus, en tout cas ! nota Uriel. Celui qui essaierait de forcer la clôture serait réduit en charpie.
— Assurément, acquiesça Pasanius, le bolter négligemment porté au côté. Vu les taches de sang qui la maculent et les lambeaux d’étoffe qui pendent, on dirait que ça se bouscule quand même au portillon pour essayer de passer.
Ils avaient atteint les confins de la cité et continuèrent de suivre la route jusqu’à arriver devant de grandes portes, ornées de rubans de couleur entremêlés et de guirlandes de fleurs fanées. Des bandelettes de papier de prière étaient suspendues aux barbelés, ce qui donnait aux portes un aspect presque festif.
— Comment va-t-on jouer le coup ? demanda Pasanius.
— En nous montrant prudents, répondit Uriel. On n’a pas le choix. J’aimerais être parfaitement honnête avec ces gens, mais je préférerais éviter de me faire descendre par un garde zélé qui aurait la gâchette un peu trop facile.
— Tu as raison. Vaudrait mieux ne pas mentionner d’où nous venons.
— Probablement pas, acquiesça Uriel. Pas tout de suite, du moins.
Pasanius indiqua la ligne d’horizon du menton.
— Les voilà qui arrivent.
Uriel suivait du regard la progression de trois machines bipèdes en forme de caisse à savon qui avançaient en direction de la cité de leur démarche mécanique et sifflante. Chacune arborait une peinture couleur rouille ainsi que, au grand soulagement d’Uriel, un blason en forme d’aigle doré sur le pare-chocs avant. Deux d’entre elles avaient des autocanons montés sur le flanc, tandis qu’un canon laser vrombissait d’énergie sur le capot de la troisième.
— Il n’y a pas que ceux-là, lança Pasanius, la tête penchée de côté.
— Je sais, répliqua Uriel. Un autre sur notre droite et encore deux autres dans les bois, à gauche.
— Des autocanons et un canon laser… Ils feront de nous de la bouillie s’ils ouvrent le feu.
— Eh bien, ne leur donnons aucune raison de le faire, OK ?
— Ça me va.
Uriel vit les trois Sentinelles qui marchaient à découvert ralentir le pas, et s’approcher des portes avec davantage de précautions maintenant qu’elles les avaient repérés. Les canons étaient braqués sur eux, leurs suspensions hydrauliques chuintant tandis que les chambres des armes dévoilaient les esprits de guerre tapis à l’intérieur.
— Doucement, murmura Uriel.
Les trois Sentinelles avaient leurs armes directement pointées vers eux.
— S’ils ouvrent le feu…, rappela Pasanius, sa main se contractant convulsivement sur la crosse du bolter.
Uriel remarqua son geste et lui souffla :
— Doucement. Pose cette arme, lentement et sans geste brusque.
Pasanius baissa les yeux sur le pistolet, comme s’il avait oublié qu’il le portait, et acquiesça. Il s’agenouilla en levant son moignon bien haut dans le ciel et déposa le bolter sur le sol. La Sentinelle armée du canon laser suivit le moindre de ses mouvements.
Aucun autre véhicule ne bougea, se contentant de les tenir en joue.
— Qu’est-ce qu’ils attendent ?
— J’imagine qu’ils sont en train de communiquer avec leur chef de corps.
— Ma parole, tout ça ne me dit rien qui vaille ! lâcha Pasanius.
— J’aime pas ça non plus, rassure-toi, répliqua Uriel, mais a-t-on seulement le choix ? Faut bien qu’à un moment ou à un autre, on finisse par entrer en contact avec les autorités impériales.
— Pas faux. J’espérais juste pouvoir le faire sans avoir ce genre d’artillerie lourde braquée sur nous !
Les Sentinelles devant eux ne bougeaient pas, mais Uriel pouvait entendre celles restées à couvert les contourner pour vérifier qu’ils étaient bien seuls. Il espérait que le seigneur des Décharnés avait réussi à faire sortir sa meute de la cité, car si l’officier en charge de ces soldats était ne serait-ce que vaguement compétent, il donnerait l’ordre qu’on fouille la cité afin de vérifier que personne d’autre ne s’y terrât.
Uriel finit par entendre un grondement annonçant des engins à chenilles et une colonne espacée d’une douzaine de Chimères fit son apparition. À peine les véhicules blindés furent-ils apparus que de puissants projecteurs montés sur les Sentinelles s’allumèrent. Tandis que ses yeux s’acclimataient à la lumière aveuglante, Uriel cligna des paupières pour chasser les halos blancs qui lui brouillaient la vue.
Même si à l’est, les premières lueurs de l’aube commençaient déjà à embraser la ligne d’horizon, les faisceaux des projecteurs étaient si éblouissants qu’Uriel devait plisser les yeux pour distinguer ce qui se trouvait au-delà. Une telle lumière aurait littéralement aveuglé un mortel, mais les yeux d’un space marine étaient capables d’éliminer par filtrage les rayons les plus ardents.
Tandis que ses yeux s’efforçaient de faire la mise au point, Uriel vit les Chimères se déployer, des pièces d’artillerie lourde dignes d’un escadron braquées directement sur son sergent et lui. Des portières s’ouvrirent et des dizaines de soldats débarquèrent de l’arrière des véhicules.
— Ils assurent pas mal, les bougres ; bien obligé de le reconnaître, murmura Pasanius, et Uriel fut forcé d’en convenir.
Les soldats étaient revêtus d’armures composées de plaques rouge vif, bordées de mailles aux liserés de fourrure, ainsi que de courtes capes cramoisies attachées à l’épaule gauche. Fusil braqué sur eux, chaque soldat avançait avec une telle fluidité que la prise sur son arme restait d’une fermeté absolue.
Ils portaient des casques coniques en bronze avec une mentonnière constituée de plaquettes de métal obliques et un camail en mailles souples. Chaque guerrier arborait également une lourde épée à lame courbe, et rien dans leur aspect ne laissait penser à Uriel qu’elles n’étaient là qu’à titre décoratif.
— Ils se donnent visiblement beaucoup de mal juste pour nous deux, laissa échapper Pasanius dans un murmure.
— J’ai remarqué, et je me demande bien comment ils ont su qu’on se trouvait là.
— J’imagine qu’on le découvrira bien assez tôt, répliqua Pasanius. On dirait qu’ils se décident à approcher.
Un sergent dont le casque était intégralement recouvert par des implants oculaires fit signe à deux escouades d’avancer. Un lourd appareil de forme carrée fut planté au centre des portes et un technaugure en robe, qui portait un sac à dos rempli de rouages chuintants et d’accessoires en bronze, déroula un câble de l’engin jusqu’à la Chimère de tête.
Une lueur se mit à danser autour du cube fixé aux portes et le crépitement d’une décharge électrique courut sur toute la longueur de la clôture. La lueur avait à peine baissé d’intensité que les soldats forçaient déjà le passage, faisant sauter le verrou magnétique du portail d’un vigoureux coup de pied.
Les soldats bardés de rouge se déployèrent, se déplaçant par paires pour quadriller le terrain de façon experte tout en les encerclant.
— Ligne de tir dégagée ! hurla un soldat, et son homologue lui fit immédiatement écho.
Maintenant qu’il les voyait opérer de près, Uriel avait sous les yeux la preuve irréfutable du professionnalisme de ces soldats. Ils se tenaient à distance calculée de leurs cibles, tout en restant suffisamment proches pour qu’il soit impossible de les rater si jamais la rencontre devait tourner au vinaigre. Et le fait qu’ils fussent en train de braquer leurs armes sur des guerriers qui présentaient clairement une corpulence d’Astartes ne semblait même pas les décontenancer.
Le sergent aux implants oculaires s’avança, son épée courbe dégainée, et Uriel constata que la lame était en forme de faux, avec un seul bord affûté, aiguisé jusqu’à la pointe. C’était un genre d’arme lourde capable d’asséner des coups avec la puissance d’une hache, mais avec la précision et le tranchant d’une épée. Le pommeau était recourbé à la manière d’un crochet, avec des quillons en forme d’ailes d’aigles embrasées.
De la pointe de sa lame, le sergent écarta le bolter des pieds de Pasanius et fit signe à un soldat de l’emporter. Ce dernier peinait sous le poids de l’énorme pistolet. Uriel suivit l’arme des yeux tandis qu’on la remettait au technaugure qui la considéra d’un œil avide.
Le sergent inspecta Uriel de la tête aux pieds, le visage entièrement dissimulé sous son combiné vox/recycleur et ses implants bioniques. Une fois la seule arme à feu en leur possession confisquée, les soldats relâchèrent un peu la pression et baissèrent aussitôt dans l’estime d’Uriel, car celui-ci portait toujours son épée. En tous les cas, ces soldats auraient dû savoir qu’un space marine était tout aussi meurtrier à mains nues qu’avec une arme.
Personne ne bougea jusqu’à ce qu’une écoutille finisse par s’ouvrir sur le toit d’une des Chimères et qu’une silhouette gracile en uniforme d’officier en émerge. Uriel vit qu’il s’agissait d’une femme, plutôt grande, les jambes longues. Elle se laissa tomber sur le sol avec une assurance qui trahissait une grande habitude des missions de terrain.
Elle retira son casque et se passa une main sur le crâne. Elle avait les cheveux bruns, coupés courts, et un visage anguleux, délicatement ciselé. Elle s’éloigna de sa Chimère, suivie par un homme plus petit qu’elle, qui transportait un comm-vox portatif sur le dos.
À l’instar de chacun de ses soldats, elle aussi portait un sabre rangé dans son fourreau. Une médaille dorée en forme d’aigle étincelait sur sa veste d’uniforme.
La femme s’arrêta au niveau de son sergent, manifestement surprise de voir deux guerriers de cette trempe plantés devant elle. À son crédit, son état de surprise ne dura qu’une fraction de seconde.
— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.
— Je m’appelle Uriel Ventris et voici Pasanius Lysane, répondit Uriel.
— Vous êtes de l’Adeptus Astartes ?
C’était une question de pure forme, mais Uriel n’en acquiesça pas moins avant de répondre :
— Nous sommes des Ultramarines.
À nouveau, Uriel vit une expression de surprise se peindre sur son visage, mais elle disparut aussi vite qu’elle était venue.
— Des Ultramarines ? Vous êtes bien loin de chez vous. Comment avez-vous fait pour atterrir ici ?
— Sauf votre respect, commença Uriel, nous ne savons même pas de quel « ici » il s’agit. Sur quelle planète sommes-nous ?
Ignorant la question d’Uriel, la femme officier poursuivit :
— Vous vous êtes introduits sans permission à l’intérieur d’une zone interdite, Uriel Ventris. Pénétrer dans l’enceinte de Khaturian est passible de la peine de mort.
Uriel échangea un regard interloqué avec Pasanius. La simple présence physique d’un space marine et les prouesses légendaires qu’on leur attribuait suffisaient généralement à frapper de terreur et laisser sans voix la plupart des mortels, mais faire face à deux représentants de la fine fleur de l’Empereur ne semblait pas le moins du monde troubler cette femme.
La colère gagnait Uriel, qui fit un pas en avant.
Une forêt de fusils laser se dressa aussitôt et, en un instant, les soldats furent de nouveau sur leurs gardes.
— Nous sommes des space marines de l’Empereur ! gronda Uriel, toutes les frustrations accumulées depuis qu’ils avaient été bannis du chapitre remontant d’un coup à la surface. Il agrippa le pommeau de son épée avant d’ajouter :
— Nous sommes des guerriers de la quatrième compagnie des Ultramarines et vous allez nous témoigner un peu de respect !
La femme ne broncha pas devant l’emportement d’Uriel, mais sa main ébaucha un geste en direction de son sabre.
— Si vous essayez de dégainer cette arme, vous n’aurez pas terminé votre geste que vous serez déjà taillée en pièces, promit Uriel.
— Et vous serez mort la seconde d’après, rétorqua-t-elle.
— Peut-être bien, mais au moins aurai-je réduit au silence votre insolent dédain, répliqua Uriel d’un ton brusque.
Il sentit qu’on lui retenait le bras et fit volte-face, pour se retrouver nez à nez avec Pasanius qui le considérait avec une lueur d’amusement résigné dans le regard.
— Tu te souviens quand je t’ai demandé comment on allait jouer le coup ? lui lança celui-ci. « En nous montrant prudents », m’as-tu répondu. Tu peux me dire en quoi tout ceci illustre le concept de prudence ?
La colère d’Uriel retomba aussitôt et il sourit devant l’absurdité de son comportement face à un tel déploiement de force. Il relâcha sa prise sur la garde de son épée et tourna les yeux vers la femme officier, qui lui lançait des regards furieux, la main toujours fermement cramponnée à la poignée de son arme.
Pasanius vint s’interposer entre eux deux.
— Écoutez, et si avant que ça parte vraiment en vrille et qu’il y ait un mort, tout le monde respirait un grand coup, histoire de recommencer depuis le début, sur des bases plus saines ? Nous venons de débarquer sur ce monde et ne savions pas qu’il était interdit de se trouver là. Nous cherchons juste un moyen de rentrer chez nous, au sein de notre chapitre, et votre aide pourrait nous être précieuse. Pouvez-vous au moins nous dire sur quelle planète nous sommes et qui commande par ici ?
La femme se détendit un peu et lâcha son arme. Elle prit une profonde inspiration, lissa le devant de sa veste d’uniforme et mit les mains derrière le dos.
— Très bien, fit-elle. Je suis le colonel Verena Kain, commandant de l’Achaman Falcatas, et ce monde se nomme Salinas.
— Qui en a la charge ?
— Le gouverneur Léto Barbaden est le commandant impérial de cette planète, répondit le colonel Kain.
— Vous pouvez nous mener jusqu’à lui ? demanda Uriel.
— Vous voyagerez sous bonne escorte jusqu’à ce qu’on ait fini de vérifier vos identités.
— Vérifier ? demanda Uriel. Mais vous ne voyez pas qu’on est de l’Adeptus Astartes ? Vous avez bien les yeux en face des trous ?
— Vous pouvez croire mon expérience, répliqua Kain d’un ton cassant. J’ai passé des décennies à combattre les ennemis de l’Empereur, et certains d’entre eux vous ressemblaient en tout point, alors vous me pardonnerez si je ne me fie pas entièrement à ce que vous semblez être.
Uriel était à deux doigts de rétorquer, lorsque Pasanius s’interposa :
— Le colonel Kain n’a pas tort, Uriel. Allez, qu’est-ce qu’on s’en fiche, après tout ? On ira là où il faut qu’on aille.
— J’imagine qu’on n’a pas le choix de toute façon, lâcha Uriel.
— Vous monterez dans la soute d’une Chimère, expliqua Kain tout en jaugeant leur corpulence du regard. Vous serez à l’étroit, mais en vous serrant bien…
— Mais certainement, répliqua Pasanius tout en invitant Uriel à avancer sous l’œil vigilant gardes impériaux, dont les fusils laser étaient braqués sur eux.
Tandis qu’ils se dirigeaient vers les Chimères en stationnement, Pasanius se retourna pour s’adresser une dernière fois au colonel Kain.
— Une dernière chose, lança-t-il. En quelle année sommes-nous ?
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