Champ de Mort

Graham McNeill · Chapitre 7 sur 25

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Champ de Mort

Six

DEUXIÈME PARTIE

 

INCARNÉS

 

« D’une minuscule étincelle germera la plus vive des flammes »

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SIX

 

Se rendre au palais impérial de Salinas était quelque chose que Daron Nisato cherchait à éviter autant que faire se peut. Il faisait trop froid dans l’édifice, qui était devenu un symbole bien trop criant de la puissance impériale pour qu’on prenne plaisir à s’y trouver. L’endroit tendait à focaliser toute l’animosité de la population et voir sa silhouette implacable se découper sur fond de ciel bleu faisait ressentir sa propre insignifiance face à l’Imperium, et plus particulièrement, aux yeux du gouverneur Léto Barbaden.

Nisato laissa l’officier de permanence du poste de contrôle le délester de ses armes, même si cela l’agaçait suprêmement qu’on ne fasse même pas assez confiance au responsable des forces de l’ordre de la cité pour le recevoir armé en présence du gouverneur.

C’était le troisième point de contrôle qu’il passait depuis le début de la matinée, un bâtiment terne, construit en préfabriqué, qui empestait l’humidité et la négligence. Le premier barrage aux portes principales avait fait obstacle à son Rhino VAB et le deuxième, à peine vingt pas plus loin, avait servi à confirmer son identité au moyen d’une série pour le moins pénible d’analyses d’échantillons sanguins. Il eut un sourire amer, se demandant si les analyses étaient capables d’expliquer le teint terreux et livide des membres du personnel du palais.

— Quelque chose vous fait rire ? demanda l’officier de permanence tandis qu’il mettait le pistolet de Nisato sous clé.

— Non, répondit-il, conscient que ce genre d’homme n’avait strictement rien qui puisse tenir lieu de sens de l’humour. Je suis juste ravi de vous voir prendre autant à cœur votre travail.

L’homme le regarda d’un œil soupçonneux, en quête du moindre signe de raillerie, mais Nisato était passé maître dans l’art de ne rien laisser paraître de ses pensées. Soulagé qu’on ne se moquât point de la solennité de sa fonction, l’homme opina maladroitement du bonnet et lui fit signe de passer les portes qui donnaient sur la cour d’enceinte du palais.

Nisato était sur le point d’entrer quand la porte derrière lui s’ouvrit, laissant s’engouffrer un arôme d’encens et de transpiration aux forts relents de culpabilité qu’il aurait reconnu entre mille. Il savait qui avait pénétré dans la pièce sans même avoir besoin de se retourner.

— Cardinal Togandis, salua Nisato.

Il entendit le souffle court du nouvel arrivant et fit volte-face, pour se retrouver nez à nez avec le corps replet du souverain pontife de Barbadus paré de ses plus beaux atours.

— Agent Nisato, haleta Togandis, ruisselant de sueur. Quelle surprise de nous croiser là à cette heure indue !

Shavo Togandis n’avait jamais su en imposer, même à l’époque où il servait en tant que confesseur de sa compagnie au sein des Falcatas. Ses manières étaient trop frustres, ses appétits bien peu ragoûtants et son verbiage trop pompeux. Nisato n’avait jamais ressenti le besoin de faire appel à ses services, préférant réserver ses confessions à l’Empereur, par le biais direct de la prière.

La décennie qui avait suivi le jour de la Restauration n’avait pas été tendre avec la physionomie de Shavo Togandis. Son embonpoint déjà confortable s’était sévèrement aggravé, l’homme s’étant empâté au point de voir ses graisses déborder de partout.

— Vous aussi, vous êtes convoqué ? demanda Nisato.

— Oui, oui, s’empressa de répondre Togandis en s’épongeant le front à l’aide d’un mouchoir. Nous sommes tous autant que nous sommes des serviteurs de notre seigneur et maître. Barbaden n’a qu’à lever le petit doigt pour que nous nous empressions d’obéir au moindre de ses ordres. Qui donc voudrait faire attendre le bon gouverneur ?

— Personne, acquiesça Nisato en s’écartant pour laisser le cardinal s’approcher de l’officier de permanence, qui leur faisait face sans se départir du flegme austère qu’il affectait.

Tandis que Togandis remplissait les formalités d’usage pour passer les dispositifs de sécurité en vigueur au palais, Nisato en profita pour examiner de plus près l’allure de la plus haute autorité ecclésiastique de Salinas.

Rien à faire, il n’était vraiment pas impressionné.

En plus de sa corpulence généreusement rembourrée, il transpirait une certaine fébrilité des manières obséquieuses de Shavo Togandis, qui aurait valu à n’importe quel autre visiteur d’être jeté sans autre forme de procès dans les cellules d’interrogatoire des sous-sols du commissariat pour y être poussé aux aveux.

Le confesseur confessé. Cette idée le fit sourire.

Outre sa chasuble chatoyante rouge et argentée, Togandis était coiffé d’une mitre des plus recherchée, ornée d’une longue traîne de fils d’or. Il portait un long bâton, qu’il tentait de conserver avec lui en cherchant à dissuader l’officier de permanence de le lui confisquer.

— Écoutez, mon brave, commença Togandis. Ces convocations au palais à peine sorti de table m’incommodent affreusement et ce bâton est le symbole sacré de mon éminent statut sur cette planète. Vous seriez bien avisé de ne pas en priver ma noble personne.

— Nulle arme n’est admise dans l’enceinte du palais, pas plus que tout autre objet pouvant être considéré comme tel, récita l’officier de permanence, comme s’il avait appris les consignes par cœur. La règle s’applique à tout le monde, sauf aux membres des Falcatas.

— Écoutez-moi bien, misérable moins que rien, vous devez comprendre que toute règle admet des exceptions et que je refuse de m’humilier devant votre sens aveugle de la dévotion. Vous comprenez ?

— Franchement, non, répliqua l’officier de permanence qui tendait la main vers la crosse d’évêque, mais ça ne change rien à l’affaire. Il va vous falloir me remettre votre bâton.

— Ça ne sert à rien d’insister, Shavo, intervint alors Nisato, adoptant un ton aussi prétentieux et collet monté que le cardinal. Même moi, digne défenseur de la loi impériale, je suis obligé d’abandonner les symboles de ma fonction aux soins de ce paltoquet.

Togandis baissa les yeux sur la gaine de pistolet vide de Nisato et sourit à ce geste de solidarité, ignorant l’ironie sarcastique qui perçait dans la voix de son compagnon d’infortune.

— Eh bien, il semblerait qu’il faille se serrer les coudes face à l’adversité, n’est-ce pas ? finit-il par lancer, se retournant pour remettre à contrecœur son bâton à l’officier. Et si je trouve la moindre éraflure sur ce bâton à mon retour, je jetterai l’opprobre éternel sur votre tête !

L’officier de permanence prit le bâton et, d’un geste las, il enjoignit les deux hommes à entrer.

Un sourire aux lèvres, Nisato suivit le cardinal dans la cour pour émerger en plein jour, dans la lumière du soleil de midi.

Le palais s’élevait au-dessus de leurs têtes, sombre et menaçant. Même pointés vers les cieux, ses canons et ses défenses restaient un symbole impressionnant du pouvoir entre les mains de l’homme qui les gouvernait. Taillé dans d’immenses blocs de pierre noire, le palais rappelait à Nisato les châteaux perchés en haut des falaises de son monde natal, de somptueux manoirs à pic, directement sculptés dans la roche du littoral.

Des soldats bardés de rouge patrouillaient le long des remparts inférieurs de la citadelle, leurs sabres au côté. Leurs plaques écarlates étincelaient au soleil et leurs casques de bronze brillaient de mille feux, mais même eux ne dérogeaient pas à la règle, du moins partiellement, n’étant pas autorisés à porter une arme à feu sans permission extraordinaire.

À la différence de bien d’autres soldats qu’il voyait parader, les membres de l’Achaman Falcatas étaient des hommes aux côtés desquels il avait autrefois été fier de se battre. C’étaient d’inflexibles guerriers et quand ils partaient à la guerre, le feu ardent qui couvait dans leurs entrailles avait de quoi faire pâlir de jalousie n’importe quel autre régiment. Ce feu s’était éteint depuis le jour de la Restauration, mais ses cendres étaient encore fumantes.

Trois blindés de classe Chimère frappés du blason des Sceaming Eagles étaient garés devant le palais, une vue suffisamment inhabituelle pour que Nisato se demande qui avait bien pu voyager à leur bord et se voir ainsi accorder un si insigne honneur.

Togandis s’épongea une nouvelle fois le front avec son mouchoir.

— Dites-moi, le libellé de votre convocation comportait-il quelque indice sur la nature de cette audience ? demanda-t-il.

Nisato secoua la tête, ralentissant le pas pour permettre au cardinal de se dandiner jusqu’à sa hauteur.

— Non, rien de particulier, mais bon, Léto a toujours été avare de paroles, non ?

— En effet, acquiesça Togandis. Très juste. Jamais de discours galvanisant à l’aube d’une bataille, seulement des ordres, d’une précision redoutable et ne souffrant aucune contestation.

C’était sans doute vrai, se souvint Nisato. Encore élève officier quand Léto Barbaden avait pris le commandement de l’Achaman Falcatas, Nisato avait fait exécuter sommairement bon nombre d’officiers subalternes qui avaient jugé approprié de faire preuve d’initiative en interprétant de manière très personnelle les ordres reçus.

Léto Barbaden n’aimait pas qu’on lise entre les lignes quand il donnait une consigne et n’attendait rien d’autre de ses subalternes qu’une obéissante aveugle à ses ordres. À ce que Nisato en savait, les années écoulées depuis que Barbaden avait renoncé à ses fonctions militaires n’avaient en rien adouci son caractère, aussi avait-il mis de côté l’enquête qu’il menait sur les actes terroristes des Fils de Salinas pour se précipiter au palais dès qu’il avait reçu sa convocation.

Avant de rencontrer Togandis, Nisato s’était simplement imaginé que cela devait avoir un lien plus ou moins direct avec l’attaque que le convoi du colonel Kain avait essuyée sur le chemin du retour. Les Chimères sur l’esplanade avaient tendance à confirmer cette hypothèse, mais la présence du cardinal semblait indiquer que quelque chose d’autre se préparait.

— Terrible cette affaire avec l’ancien adjudant-major du gouverneur Barbaden, hein ?

— Pardon ? fit Nisato, surpris par cette question surgie de nulle part.

— Hanno Merbal, précisa Togandis. Il s’est tiré une balle juste sous vos yeux, à ce que j’ai entendu dire.

— Oui, répliqua Nisato, dont la curiosité était piquée, c’est ce qu’il s’est passé.

— C’était un ami à vous, non ? demanda Togandis et Nisato réprima un rire en voyant la tentative pathétique du cardinal de se donner un air détaché.

— En effet, confirma Nisato.

N’en dis pas plus que nécessaire, pensa-t-il, laisse parler Togandis.

— Hum, oui, reprit ce dernier en s’éclaircissant la gorge. Vous avez une idée de ce qui l’aurait poussé à faire cela ?

— À vous de me le dire, Shavo, répondit Nisato. C’est vous qui étiez son confesseur, non ?

— En effet, Daron, répliqua Togandis, passant négligemment à l’emploi de son prénom. Mais je suis sûr que vous n’êtes pas sans savoir que le secret de la confession est sacré et qu’il ne peut être brisé.

— Même dans la mort ?

— Particulièrement dans la mort, dit Togandis. Les péchés du confessé sont entre les mains de l’Empereur. Et je peux vous dire qu’il était sacrément préoccupé, rongé qu’il était par ce que nous appellerons des problèmes de culpabilité.

— Il se sentait coupable par rapport à ça ? demanda Nisato en produisant la médaille en or frappée du symbole de l’aigle que Hanno Merbal lui avait montrée juste avant de faire gicler sa cervelle sur le comptoir du bar.

Togandis détourna les yeux de la médaille. Nisato avait bien assez d’expérience dans les forces de l’ordre pour flairer un sentiment de culpabilité quand il en avait une manifestation sous les yeux. Togandis s’épongea encore une fois le front.

— Je… Cela faisait longtemps que je n’avais plus pensé à Khaturian, finit-il par lâcher. Pour Nisato, cela sentait le mensonge à plein nez.

— Vous étiez là-bas ? demanda ce dernier. Togandis tressaillit.

Nisato connaissait déjà la réponse : son interlocuteur portait une médaille identique sur le devant de sa chasuble.

— Oui, en effet, s’empressa de confirmer Togandis, mais je n’ai pas pris part aux combats.

—J’en conclus qu’il n’y aurait pas eu tant d’affrontements que ça.

Togandis garda le silence dans un premier temps et Nisato crut que le cardinal allait éluder la question ébauchée par son propos, mais l’homme finit par murmurer :

— Non, c’est vrai, mais…

— Mais ? insista Nisato, désireux d’en apprendre le plus possible sur ces batailles taboues.

Avant que Togandis n’ait pu répondre, une voix pleine de solennité se fit entendre.

— Agent Nisato, cardinal Togandis, le gouverneur Barbaden est prêt à vous recevoir. Si vous voulez bien me suivre.

Nisato jura intérieurement et affecta un sourire de façade tandis qu’il tournait la tête, pour se retrouver nez à nez avec la figure bonasse de Mersk Eversham.

Eversham avait des traits fins et anguleux, mais on devinait sous la redingote élégamment coupée qu’il possédait un corps musclé, comme taillé dans le roc. Nisato l’avait vu combattre suffisamment de fois pour savoir que l’homme était un tueur né et il se demandait bien comment Barbaden avait fait pour le convaincre de quitter le régiment. C’était une anomalie dans les rangs des Falcatas, un homme cultivé et plein de savoir-vivre, qui aurait facilement pu devenir officier, mais qui avait préféré s’engager comme simple soldat.

Il officiait à présent comme aide de camp, secrétaire personnel et garde du corps de Léto Barbaden, ayant remplacé depuis longtemps le maintenant décédé Hanno Merbal dans ces fonctions. Nisato imaginait sans peine qu’Eversham devait dissimuler quantité d’armes à feu et de lames sous sa redingote.

— Mersk, fit Nisato en saluant de la tête. Tu tiens la forme ?

— Bien assez, répondit Eversham. Maintenant, si vous voulez bien me suivre.

— Bien sûr, bien sûr, s’agita Togandis. Venez, Daron. Nous ne devrions pas faire attendre le bon gouverneur, n’est-ce pas ?

— Surtout pas ! répondit Nisato. Loin de nous cette idée !

Il crut voir l’ébauche d’un sourire suffisant se former sur les lèvres d’Eversham et réprima un vif désir de lui passer l’envie de sourire. Au lieu de cela, il emboîta le pas à l’assassin de Barbaden et au cardinal alors même qu’un détachement de soldats en vestes d’uniforme rouges resserrait les rangs autour d’eux, leurs sabres dégainés étincelant à la lumière du soleil.

Le message était clair et même lourdement asséné, mais Nisato n’y prêta aucune attention tandis qu’on les guidait à travers le palais, le long de couloirs tortueux, d’escaliers en colimaçon étroits et de vastes pièces à l’atmosphère glaciale, privées de la chaleur d’un feu ou d’un éclat de rire.

Eversham n’engagea pas davantage la conversation et l’austérité du palais eut vite fait de mettre en sourdine l’extravagante volubilité de Togandis. Ils marchèrent en silence jusqu’à ce que les soldats finissent par faire halte devant une longue allée jalonnée de portraits. Nisato aperçut la mince silhouette voûtée de Mesira Bardhyl à l’extrémité du corridor et fut aussitôt assailli par ce sentiment familier et protecteur qu’il éprouvait chaque fois qu’il posait les yeux sur la jeune femme.

Elle avait toujours été un être sensible et vulnérable, et s’était vue traitée en dépit du bon sens lorsqu’elle officiait en tant que psyker domestique de Barbaden.

D’après ce que Nisato en savait, les années qui avaient suivi le jour de la Restauration n’avaient pas été plus tendres avec elle.

— Par là, intima Eversham, même si Nisato et Togandis connaissaient, l’un comme l’autre, le chemin sur le bout des doigts.

Ils suivirent Eversham le long de l’allée. Togandis faisait mine d’admirer les portraits des précédents colonels des Falcatas tandis que Nisato se creusait la cervelle, se demandant bien ce que le cardinal était sur le point de révéler avant qu’Eversham ne vienne les interrompre.

Mesira les accueillit avec un sourire timide et les salua d’un hochement de tête. Nisato remarqua les cernes qu’elle avait sous les yeux et à quel point elle avait maigri, donnant l’impression que sa peau pendait littéralement sur sa fragile ossature. Togandis ignora soigneusement Mesira tandis qu’Eversham frappait plusieurs coups secs sur les portes de bois au bout du couloir. L’aide de camp de Barbaden se figea juste le temps d’entendre une voix impérieuse lui intimer d’entrer, puis passa les portes d’un pas majestueux.

Nisato, Togandis et Mesira entrèrent à sa suite dans la pièce, une immense bibliothèque munie de grandes tables et dont les murs étaient tapissés, du sol au plafond, de rayonnages de livres.

Le gouverneur Léto Barbaden siégeait au milieu de la pièce, perché sur une table.

C’était un homme de grande taille, à la chevelure sombre, sec et élancé. Son corps d’ascète était revêtu d’un costume impeccablement coupé, dont les boutons de cuivre, les pantalons rayés et les bottes cirées rappelaient la pompe d’un uniforme militaire, mais dans une version indéniablement civile. Une rangée de médailles ornait le côté gauche de sa poitrine, mais ses décorations se voulaient discrètes, lui donnant un air de grande dignité.

Barbaden avait des traits réguliers. Ses cheveux bruns et sa barbe bien taillée étaient parsemés de fils argentés, mais ses yeux étaient ceux d’un prédateur.

Barbaden avait beau avoir une présence pleine d’autorité, c’étaient les deux silhouettes qui se tenaient devant lui qui monopolisaient toute l’attention de Daron Nisato. L’exclamation de stupeur qu’ils arrachèrent à Togandis se chargea de leur donner un nom.

— Des Astartes ! haleta le cardinal.

Ils étaient tous deux revêtus de robes pâles dont les capuchons étaient rejetés en arrière, ces vêtements semblant absurdement petits sur leurs corps génétiquement augmentés. Tous deux dépassaient de la tête et des épaules Verena Kain, ainsi que ses soldats en armes alignés le long des murs de la bibliothèque. L’un des deux space marines était plutôt mince, si un tel terme pouvait s’appliquer à un géant de deux mètres cinquante de haut, tandis que l’autre avait tout d’une brute épaisse, avec un de ses bras amputé au niveau du coude.

Dire que Daron Nisato était étonné par l’étrange tableau qu’il avait sous les yeux était un doux euphémisme.

— Ah ! Daron, Shavo ! fit Barbaden d’une voix mielleuse. Je suis si heureux que vous ayez pu vous joindre à nous.

« Comme si on avait le choix », pensa Nisato.

— Nous avons des invités, poursuivit Barbaden, et à ce qu’ils prétendent, ils ont une histoire absolument fantastique à nous conter.

Chaque seconde qui passait voyait le soleil gagner un peu plus de terrain. Ses rayons se faufilaient dans la caverne, forçant les Décharnés à s’enfoncer de plus en plus profondément dans les ténèbres. Les rugissements, les menaces et les démonstrations de force n’avaient rien pu faire pour arrêter leur progression, pas plus que les suppliques ou les cris d’effroi.

À l’heure où cette odieuse lumière commençait à empiéter sur leur dernier refuge, le seigneur des Décharnés sentait sa colère se changer en rage. Il n’y avait nulle part où aller, aucune cachette sûre pour abriter la tribu des traits de lumière meurtriers.

La trahison était maintenant complète.

Ils se blottissaient derrière lui, pitoyables et apeurés, leur forme monstrueuse et leur force phénoménale ne pouvant les protéger contre la lumière du jour qui rongeait leurs corps privés d’épiderme. Même en limitant leur exposition, leur physionomie se mettait à muter, les lésions sur leurs membres s’étalant et blêmissant davantage à chaque minute qui passait.

Le seigneur des Décharnés plissait de plus en plus les yeux à mesure que la lumière s’intensifiait. Il suffoquait, sentant son corps se raidir, comme si un film invisible lui enveloppait les membres.

Tout son corps le démangeait et il leva le bras à hauteur d’yeux, découvrant d’étranges taches laiteuses aux endroits touchés par la lumière. Un lustre blanc s’était substitué au rouge marbré de gris de sa musculature à vif.

Bien que les termes lui fussent parfaitement inconnus, son métabolisme avait réagi à la soudaine et insupportable présence des rayons ultraviolets en activant la mémoire génétique du matériel biologique réquisitionné pour servir à sa conception. Chez les space marines, l’organe était connu sous le nom de « mélanochrome », un mécanisme biologique visant à brunir le teint et protéger la peau des brûlures des radiations.

Son horrible gestation dans les matrices démoniaques de Medrengard ayant profondément altéré le processus en l’accélérant au-delà du raisonnable, les éléments disparates du mélanochrome étaient en surrégime, produisant la seule défense que ses impératifs biologiques obtus étaient capables de dicter : des tissus cutanés.

Le seigneur des Décharnés regardait le lustre laiteux se répandre sur lui, s’écoulant à la manière du mercure le long de son bras pour recouvrir ses doigts, avant de se resserrer sur ses os et ses cartilages.

Stupéfait, le monstre fit un pas en avant, baignant délicatement son bras fraîchement revêtu de peau dans la lumière qui s’infiltrait tel un envahisseur dans la caverne. Il ressentit des picotements tandis que l’épiderme s’assombrissait, passant d’un blanc onctueux à un rose couleur chair. Il retira son bras en voyant que la même substance se répandait sur les corps du reste de la tribu.

Allaient-ils enfin redevenir des êtres complets ?

La nature de ce miracle échappait au seigneur des Décharnés, mais il ne s’en laissa pas moins tomber à genoux pour rendre grâce à l’Empereur, car à part Lui, qui d’autre était capable d’un tel prodige ?

Enhardis par ce qu’il était arrivé à leur chef, les autres membres de la tribu avancèrent petit à petit vers la lumière, leurs carcasses luisantes suivant l’exemple du seigneur des Décharnés.

Ils poussèrent des cris de douleur au contact de la lumière, car leurs corps étaient dans un état de dégénérescence plus avancé que celui de leur chef et les rayons continuaient de les brûler. Ils l’interrogèrent du regard, avides de conseils, mais il n’en avait toujours pas à leur donner.

Son corps en pleine mutation s’adaptait au nouvel environnement. Il ne savait ni pourquoi ni comment, mais l’Empereur lui offrait une chance de s’améliorer, de dépasser sa condition de vulgaire monstre. Il ravala sa colère. Capricieuse et indomptable, celle-ci était toujours là, mais bel et bien contenue.

Le seigneur des Décharnés tourna le regard vers les membres de sa tribu.

— Attendre. Changements venir. Ce qui arriver à moi, arriver à vous, pas maintenant, mais bientôt.

Comme pour appuyer ses dires, il s’avança dans la lumière du jour sous un concert de hurlements d’effroi. Un pas après l’autre, il traversa la zone ensoleillée jusqu’à se retrouver à l’entrée de la grotte, sur le versant de la montagne.

Il sentait le soleil lui brûler la peau, mais c’était une douce sensation dont il devait se réjouir sans concevoir la moindre crainte. De lointains souvenirs remontaient à la surface, réveillant la mémoire de l’épiderme pour se révéler dans toute leur splendeur : être revêtu d’un manteau de peau, se tenir sous le soleil et en sentir la chaleur sur son visage !

Loin en contrebas, il distinguait les ruines de la cité morte, des ombres zigzaguant le long de ses rues désertes.

Sauf que maintenant qu’il y regardait de plus près, ces rues n’étaient pas si désertes que ça !

Uriel se tenait devant le gouverneur de Salinas, bien conscient qu’il se trouvait en présence de l’un des individus les plus dangereux qu’il ait jamais rencontrés : Léto Barbaden, un homme qu’il ne connaissait que par les bribes d’information qu’il avait pu glaner, et qui restait jusque-là une énigme indéchiffrable.

Commandant de régiment et à présent gouverneur d’une planète, ce n’était certes pas un homme à mésestimer, mais Uriel ne prit la pleine mesure de ce constat que lorsqu’il croisa son regard froid et venimeux, dénué de toute espèce de compassion.

À l’époque où il servait dans l’armée, Uriel avait rencontré toutes sortes d’officiers, des bons et des moins bons, mais la plupart du temps, c’étaient juste des hommes et des femmes qui tâchaient d’accomplir leur devoir et de garder en vie les soldats qu’ils avaient sous leur responsabilité. Si l’on pouvait imaginer que Barbaden se sente éventuellement concerné par la première de ces obligations, il était clair que la deuxième ne lui parlait pas outre mesure.

Une fois les blessés pris en charge dans les baraquements des Screaming Eagles, Uriel et Pasanius avaient embarqué à bord d’une Chimère pour être conduits à vive allure à travers la ville. On avait également fait partir un certain nombre d’autres Chimères pour tenir lieu de leurres, mais la précaution s’était cette fois avérée inutile.

Ils n’avaient pas vu grand-chose de la cité pendant le voyage, seulement des visions fugitives de briques et de métal par les meurtrières du véhicule. Uriel s’était dans un premier temps efforcé de visualiser l’itinéraire, mais avait vite abandonné, perdu après un énième virage déroutant. Il y avait ensuite eu toute une série d’arrêts et de redémarrages, sans doute des espèces de postes de contrôle à passer, avant qu’on ne finisse par les faire descendre de voiture dans une vaste cour intérieure au pied du palais impérial.

Vu de près, le bâtiment était encore plus impressionnant qu’il ne l’avait semblé de loin, ses défenses et son armement rivalisant avec la plupart des forteresses isolées d’Ultramar. Le colonel Kain les avait emmenés dans une caserne à la base de l’édifice, accompagnée comme toujours d’une escorte de ses soldats en vestes d’uniforme rouges.

Un homme revêtu d’une longue redingote noire était venu les accueillir, un homme dont la fluidité de mouvement et la grâce désinvolte n’échappèrent pas à Uriel, qui lui reconnut de suite l’étoffe d’un tueur né. Cet homme leur fut présenté en tant qu’Eversham, aide de camp du gouverneur Barbaden. Uriel avait échangé un regard avec Pasanius et avait été soulagé de voir que son ami non plus ne s’était pas laissé abuser par la banalité de façade et l’allure de fonctionnaire que l’homme affectait.

Des vêtements propres leur avaient été fournis et Uriel s’était séparé avec joie des derniers vestiges de son armure délabrée. Pasanius s’était montré moins enthousiaste, ne faisant pas de secret de sa répugnance à ce qu’on lui arrache la sienne. Uriel avait fait preuve du même genre de réticence lorsqu’un soldat s’était présenté devant lui pour lui confisquer son épée au pommeau doré.

— Elle m’a été offerte à titre honorifique, un souvenir que je tiens d’un capitaine des Ultramarines, l’avait prévenu Uriel.

— N’ayez crainte pour votre équipement de guerre, avait garanti Eversham. Il sera mis sous clé dans la galerie des antiquités. Urbican, notre conservateur en chef, est familier du genre d’armure et d’armement que vous portez.

La question n’était manifestement pas négociable et leur équipement leur avait été confisqué, emporté par une escouade de soldats transpirant à grosses gouttes sous le fardeau. Toujours sous bonne escorte, ils étaient partis faire leur toilette dans des cabines d’ablutions, afin de débarrasser leurs corps de toute la crasse accumulée lors de leur voyage sur Medrengard, quoiqu’Uriel doutât fort qu’une simple douche chaude puisse jamais réussir une telle gageure.

Une fois lavés, on leur présenta des robes neuves, toutes simples, qui furent reprisées en un tour de main pour s’ajuster à leurs corpulences hors normes. Enfin jugés suffisamment présentables pour rencontrer le bon gouverneur, Eversham et le colonel Kain (qui avait elle aussi revêtu une toilette fraîche, en l’occurrence un nouvel uniforme flambant neuf) les avaient escortés dans le dédale lugubre de couloirs lambrissés de boiseries qui composait l’intérieur du palais. La décoration était des plus spartiate, sans aucune touche personnelle ni le moindre ornement susceptible de laisser entrevoir un tant soit peu la personnalité de l’actuel maître des lieux.

Ceci, du moins, était révélateur, car Uriel en était venu à considérer que la plupart des gens s’accrochaient à l’idée de marquer le monde de leur empreinte, afin de laisser une trace de leur existence en même temps qu’une preuve de leur importance.

Uriel n’avait rien vu de tel dans les appartements lugubres du palais et se demandait bien ce que cette particularité pouvait lui révéler de la mentalité de l’homme qui les habitait.

On avait fini par les mener le long d’une galerie de portraits, qui débouchait sur une vaste bibliothèque remplie de rayonnages de livres, avec une vingtaine de soldats se tenant au garde-à-vous autour du périmètre de la salle. Un grand type aux cheveux noirs parsemés de fils argentés était assis devant un feu crépitant. Raide comme la justice, il avait une mise sans prétention et sirotait une liqueur mordorée dans un grand verre ballon.

Eversham avait rapidement pris congé pour, à ce qu’il disait, aller chercher d’autres invités, laissant Uriel et Pasanius en compagnie de Léto Barbaden et Verena Kain.

Sans prononcer un mot, Kain était allée prendre position dans le rang de soldats alignés. Barbaden les avait considérés froidement avant de se lever de sa chaise et de poser son verre sur la table la plus proche.

— Je m’appelle Léto Barbaden, commandant impérial de Salinas, commença-t-il. À qui ai-je affaire ?

— Je suis le capitaine Uriel Ventris et voici le sergent Pasanius Lysane, dit Uriel.

— Le grand gaillard ne peut pas parler en son nom ? interrogea Barbaden. Il a perdu sa langue ?

— Ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai la langue bien assez pendue, répliqua Pasanius.

— Eh bien, servez-vous-en, lui suggéra Barbaden. Ne laissez jamais les autres parler à votre place, sergent.

Uriel était surpris et pour le moins irrité par le ton du gouverneur, car, à l’instar de Kain, celui-ci ne montrait aucune des marques de respect ou de révérence qu’inspirait habituellement la présence de guerriers de l’Adeptus Astartes. À vrai dire, tout dans son attitude et sa gestuelle indiquait même une franche hostilité.

— Vous dites être un capitaine, Uriel Ventris, poursuivit Barbaden en s’asseyant sur le bord de la table, un capitaine de quel chapitre, au juste ?

— Nous sommes de fiers représentants des Ultramarines, répondit Uriel, de la quatrième compagnie : les défenseurs d’Ultramar.

— Faites-moi plaisir, capitaine, donnez-moi des réponses concises aux questions que je vous pose, le moucha Barbaden. S’il y a bien quelque chose que je déteste, c’est le verbiage.

Uriel sentait sa colère monter, mais Pasanius lui fit comprendre par un regard qu’il ne servait à rien de s’énerver, aussi s’efforça-t-il de tempérer ses ardeurs.

— Comme il vous plaira, gouverneur.

— Parfait, sourit Barbaden. Salinas est un monde des plus humble et je voudrais qu’il le reste. Je préfère garder cette simplicité intacte, car plus un système s’éloigne de ses bases et gagne en sophistication, plus il a de chances de mal tourner. Vous comprenez ?

Considérant la question comme de pure rhétorique, Uriel ne prit pas la peine de répondre.

— Autre chose, capitaine : quand je pose une question, j’attends une réponse. Je ne gaspille pas ma salive à poser des questions dont je connais déjà la réponse.

— Oui, siffla Uriel entre ses dents, je comprends.

— Je préfère ça, poursuivit Barbaden, qui ne semblait prêter aucune espèce d’attention à l’exaspération croissante de son interlocuteur. Salinas est un monde qui n’est pas sans problèmes, je le concède, mais rien de suffisamment grave pour que je m’en inquiète outre mesure. Cependant, lorsque deux guerriers Astartes apparaissent de nulle part sur ma planète, totalement à l’improviste, cela me fait l’effet d’une complication qui risque de déstabiliser les rouages de mon monde.

— Je vous assure, gouverneur Barbaden, que c’est la dernière chose que nous souhaitons, répliqua Uriel. Tout ce que nous voulons, c’est rentrer à Macragge.

Barbaden acquiesça de la tête.

— Je vois, et j’imagine qu’il s’agit là du monde d’où vous venez ?

— En effet.

— Comme je l’ai mentionné précédemment, capitaine Ventris, je n’aime pas les complications. Elles viennent rajouter des variables parfaitement aléatoires à nos vies, et je déteste ça. Quel que soit le domaine concerné, c’est toujours sur les issues prévisibles que nous pouvons compter pour rendre nos existences plus douces. Les certitudes bien ancrées et les éléments sans surprise constituent la base sur laquelle nous sommes à même de construire, et si nous bouleversons ce fragile équilibre, eh bien, c’est la porte ouverte au chaos.

— Bien sûr, gouverneur…, commença Uriel.

— Je n’ai pas fini de parler, l’interrompit Barbaden d’un ton cassant. J’ai la nette impression que votre présence ici est justement une de ces variables aléatoires que j’évoquais, et que les choses iraient bien mieux si j’étais tout bonnement débarrassé de vous.

Barbaden claqua des doigts et les soldats en rang d’oignons autour de la salle mirent soudain leurs fusils à l’épaule et les braquèrent sur Uriel et Pasanius.

Uriel n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles. Cet homme allait-il les faire exécuter sans autre forme de procès ? Il fit une rapide évaluation du nombre et du type d’armes pointées sur lui, ainsi que de leurs chances de survie. Même avec leur physionomie légendaire, deux space marines ne survivraient pas à une salve de tirs bien ajustés.

— Vous débarquez sur mon monde sans être annoncés et sans la moindre autorisation, siffla Barbaden. Vous vous introduisez sans permission dans une zone interdite et vous vous attendez à être reçus comme des hôtes de marque ? Pour quel genre d’imbécile me prenez-vous ?

— Gouverneur Barbaden, plaida Uriel, je jure sur l’honneur de mon chapitre que nous sommes des serviteurs de l’Empereur. Permettez-moi de vous expliquer comment nous avons fait pour nous retrouver sur votre monde.

— Les explications ne sont jamais que des excuses déguisées, rétorqua Barbaden. Vous me direz toute la vérité, sur-le-champ.

Uriel décelait de la colère dans le regard de Barbaden, mais une colère froide par laquelle il ne se laissait pas submerger.

La colère du gouverneur était parfaitement contenue et obéissait à une logique interne, ce qui la rendait d’autant plus dangereuse, car totalement indépendante des autres émotions.

D’un claquement de doigts, Barbaden pouvait librement les faire mettre à mort, sans le moindre regret. Uriel se surprit à penser à l’ironie de la situation : avoir survécu à tous ces périls que l’Œil de la Terreur leur avait jetés à la figure pour se faire bêtement tuer par un confrère serviteur de l’Empereur.

— Bien sûr, finit par acquiescer Uriel, dont la voix se faisait plus dure vu la rudesse du traitement qu’il recevait. Je vous dirai toute la vérité sur notre arrivée, et peut-être arriverons-nous à trouver un quelconque arrangement nous permettant de partir.

— Cela reste à voir, lança Barbaden, mais cela dépendra essentiellement de ce que je penserai de votre histoire.

Uriel opina, ne voulant rien offrir à Barbaden qui put s’apparenter à de la gratitude.

— Mais je vous préviens, gouverneur, vous risquez de trouver mon histoire pour le moins fantastique. Vous trouverez peut-être certaines choses dures à avaler, mais je jure sur mon honneur que c’est la pure vérité.

Avant qu’Uriel ait pu ajouter quoi que ce soit d’autre, quelqu’un frappa à la porte et Barbaden ordonna d’entrer.

La porte s’ouvrit et Eversham refit son apparition dans la pièce, suivi de trois autres personnes.

Deux des nouveaux arrivants étaient des hommes. Une femme venait compléter le trio. Le premier homme était un grand gaillard à la beauté farouche, le teint aussi sombre que la lourde armure noire qu’il portait. Uriel jugea qu’il devait s’agir d’une sorte de policier local.

Le deuxième homme était gros à tel point que cela confinait à l’obésité : une corpulente masse de chair emmaillotée de la tête aux pieds dans une somptueuse robe parée de rouge et d’argent. Uriel présuma qu’il devait être un haut dignitaire de l’Ecclésiarchie, peut-être un cardinal. L’homme épongeait son front ruisselant de sueur à l’aide d’un mouchoir trempé et Uriel sentait l’odeur fétide qui se dégageait de chacun des pores de sa peau.

La nouvelle venue était une femme gracile à l’air fatigué. Elle avait des traits songeurs et tout dans son attitude trahissait un naturel nerveux. Même l’odeur du cardinal ne pouvait masquer l’aura de peur qu’Uriel flairait en elle.

Aucun des trois ne put dissimuler sa surprise en les apercevant.

— Des Astartes ! haleta l’obèse.

— Ah ! Daron, Shavo ! les accueillit Barbaden. Je suis si heureux que vous ayez pu vous joindre à nous. Nous avons des invités, et à ce qu’ils prétendent, ils ont une histoire absolument fantastique à nous conter.

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