Champ de Mort
Vingt
Uriel, Leodegarius et Cheiron s’engagèrent lentement dans la salle, entre les rangées de lits. Pasanius laissa Serj Casuaban à côté d’un poste médical près de l’entrée et leur emboîta le pas. Le seigneur des Décharnés les regardait s’approcher, ses yeux brillants de mille feux semblant se consumer à la manière d’étoiles mortes.
— Alors, comment procède-t-on ? demanda Uriel sur le canal vox.
— On commence par combattre la bête, répondit Leodegarius, puis on s’occupe de Thayer.
— C’est-à-dire ?
— On le tue.
Uriel opina. Il répugnait à l’idée d’abattre un homme gisant sur son lit de mort, mais Sylvanus Thayer n’avait rien d’un innocent, et sa puissance illimitée allait causer des millions de morts supplémentaires s’ils ne l’arrêtaient pas. Il avait empêché les défunts de trouver le repos en les contraignant à faire cause commune avec sa haine farouche, et ceci était impardonnable.
Le seigneur des Décharnés baissa la tête en faisant jouer sa mâchoire d’une manière inhabituelle, des filets de bave ensanglantée dégoulinant au coin de sa bouche.
— Vous êtes venus pour m’arrêter ? finit par articuler le seigneur des Décharnés d’une voix qui n’était pas la sienne.
— Suis-je en train de parler à Sylvanus Thayer ? demanda Leodegarius.
— Oui, guerrier, en effet.
— Alors oui, nous sommes venus pour vous arrêter, déclara le Chevalier Gris, qui fit un autre pas dans la direction du monstre. La haine qui vous consume va causer la ruine de ce monde si nous vous laissons faire.
La créature éclata d’un rire répugnant et sans joie.
— Et en quoi serait-ce une mauvaise chose ? Il ne reste plus rien de bon sur Salinas. Barbaden et les Falcatas y ont veillé.
— Barbaden est sous les verrous, intervint Uriel, qui se tenait au côté de Leodegarius. Ceux que vous n’avez pas encore tués vont payer pour leurs crimes, je vous le promets.
— Payer ? ricana Sylvanus Thayer à travers le corps du seigneur des Décharnés. Se morfondre en prison pour le restant de leurs jours ? C’est loin d’être suffisant comme punition pour ce qu’ils ont fait.
— Peut-être pas, acquiesça Uriel, mais c’est ainsi que fonctionne la justice.
— La justice ! fulmina Thayer. Où était donc la justice quand les tanks de Barbaden ont brûlé vive toute ma famille. Où était la justice lorsque ses soldats ont abattu les femmes et les enfants qui tentaient de s’échapper ? Et où était la justice quand il a ordonné le bombardement qui a pulvérisé mes hommes au moment où ceux-ci se lançaient vaillamment à l’assaut pour venger leur mort ? Qu’avez-vous à répondre à cela, guerrier ?
— Je n’ai aucune réponse à vous donner, répliqua Uriel. Ce qui est arrivé, à vous et à cette planète, fut une erreur tragique, mais davantage de morts n’arrangeront rien. La haine engendre la haine et vos actes n’ont fait qu’empirer les choses.
Le son de la voix de Serj Casuaban s’éleva distinctement dans leur dos et Uriel se retourna vivement tandis que le medicae prenait la parole.
— Il a raison, capitaine Ventris, dit-il, ce n’est pas ça rendre justice. Seul notre sang pourra expier nos crimes. Nous le savons tous.
— Taisez-vous, intima Leodegarius. Je vous ai dit de rester en dehors de ça et de nous laisser faire.
Serj Casuaban leva la main et Uriel vit briller quelque chose dans son poing.
— Laisser faire… Ça m’est déjà arrivé et regardez où ça m’a mené, dit Casuaban en plaçant la longue lame d’un scalpel sur sa gorge. Il est temps de payer pour ce que nous avons fait, et bon, pour ce que ça vaut, je suis profondément désolé.
— Non ! hurla Uriel, mais il était déjà trop tard.
Le médecin s’ouvrit la gorge avec le scalpel, enfonçant profondément la lame pour trancher la jugulaire. Du sang gicla en un geyser écarlate et Serj Casuaban s’écroula sur le sol.
Uriel se précipita à son chevet, mais le medicae avait été méticuleux dans son suicide et une grande flaque de sang s’était déjà formée sous son corps. Uriel posa ses mains sur la blessure, mais l’entaille était trop large et profonde pour qu’il puisse stopper l’hémorragie. Du sang gicla sous ses doigts, éclaboussant son armure.
Les yeux de Casuaban étaient vitreux et Uriel comprit que l’homme s’était éteint. Il ne pouvait plus rien pour le sauver.
Se relevant, Uriel constata que Leodegarius se tenait maintenant à moins de cinq mètres de l’immense carcasse du seigneur des Décharnés. La créature les dominait de sa hauteur et Uriel fut stupéfait de voir à quel point sa physionomie était devenue impressionnante. Le seigneur des Décharnés avait considérablement souffert des affrontements de ces derniers jours, mais il ne fallait pas sous-estimer la puissance qui couvait encore en lui.
Des lignes de lumière ardente ondulaient sous sa peau cendrée et ses chairs en pleine mutation empestaient un pouvoir issu du Warp. Le monstre poussa un rugissement et toute la salle résonna de la plainte déchirante, où sa douleur venait se mêler à la colère de Thayer.
— Il y a eu suffisamment de sang versé, lança Leodegarius en élevant le fût de son psycanon. C’est le moment d’en finir.
— Exact ! mugit le seigneur des Décharnés. D’une manière ou d’une autre.
Avant que Leodegarius n’ait pu tirer, la créature se baissa pour soulever l’armature de fer de deux lits, qu’il projeta violemment vers eux. Les projectiles consacrés pulvérisèrent les lits en réduisant en charpie leurs malheureux occupants, mais furent déviés de leur cible initiale.
Les lits dévastés s’écrasèrent sur le sol en un amas de fer tordu. Un nuage de plumes ensanglantées échappées des matelas déchiquetés emplit l’air. Uriel s’élança en avant tandis que le seigneur des Décharnés bondissait et abattait son énorme poing sur le sol, faisant se gondoler les plaques du revêtement métallique.
Leodegarius le mit une nouvelle fois en joue, mais le monstre était déjà sur lui, le baignant dans la lumière qui brillait sous ses chairs tandis qu’il se dressait au-dessus de sa tête. Un puissant coup du revers de la main envoya Leodegarius valser dans les airs alors qu’une volée de bolts crachée par l’arme de Cheiron criblait le dos du seigneur des Décharnés.
Pasanius et Cheiron tournaient autour du monstre gigantesque pendant que celui-ci faisait pleuvoir un déluge de coups de poing sur les plaques de l’armure de Leodegarius.
Ce dernier s’échinait à tenir son assaillant à distance, mais les armures Terminator étaient conçues pour protéger, pas pour faciliter la vitesse de déplacement, et il ne pouvait rien pour éviter les coups féroces du seigneur des Décharnés. Une de ses épaulières pendait déjà dans son dos, ne tenant plus que par un faisceau de câbles jetant des étincelles. Un liquide visqueux suintait de son plastron fissuré.
Uriel sauta par-dessus les débris des lits, récitant une prière silencieuse pour les âmes qui avaient péri entre leurs draps. Son épée chatoya de mille feux sous les jeux de lumière de la salle et il l’empoigna à deux mains pour se joindre au combat.
Pasanius tira à coups redoublés pour couvrir la charge d’Uriel, qui donna un coup de son arme au seigneur des Décharnés, l’épée décrivant un arc d’argent scintillant en s’abattant. La lame entailla le cuir épais de la créature, mais à peine la blessure eut-elle été infligée qu’un flot de lumière afflua pour la refermer.
Le seigneur des Décharnés fit volte-face en balançant un coup de poing à Uriel.
Ce dernier baissa la tête pour esquiver et plongea sous la masse monumentale du monstre pour lui enfoncer son épée dans l’aine. La lame ardente entama les chairs de la créature, mais le coup, qui aurait tranché la jambe de n’importe quel adversaire normalement constitué, ne sembla pas lui infliger le moindre dégât.
Pasanius et Cheiron continuaient de concentrer leur tir de barrage sur le monstre, mais leurs armes avaient peu d’effet. Le crépitement des bolters se mêlait aux hurlements des fantômes et aux rugissements du seigneur des Décharnés en une seule et même effroyable cacophonie.
Il semblait déjà inconcevable qu’un seul adversaire tienne tête à quatre space marines, mais le seigneur des Décharnés ne se contentait pas seulement de survivre à l’affrontement, il prenait nettement l’avantage.
Leodegarius s’effondra sous l’impact d’un puissant coup qui lui arracha son arme Némésis des mains. Le Chevalier Gris lança son autre bras à l’attaque, mais le seigneur des Décharnés l’empoigna et le lui arracha du corps dans un bruit affreux de tendons déchirés. Du sang gicla de la blessure et le comm-vox intégré dans l’armure d’Uriel résonna du hurlement de douleur de Leodegarius.
Uriel fut stupéfait de voir l’armure Terminator se briser avec une telle facilité, car une protection à ce point vénérée était réputée virtuellement indestructible. À bout de force, Leodegarius battit en retraite. La douleur de sa blessure et la fatigue causée un peu plus tôt par son assaut psychique l’avaient presque vidé de ses dernières ressources.
Cheiron bondit en avant, enfonçant son arme Némésis dans le dos du seigneur des Décharnés. Se retournant vivement, la créature arracha la hallebarde des mains de Cheiron et faucha ses appuis. Le guerrier fut projeté à travers la salle et percuta le mur d’acier, laissant un cratère dans la paroi métallique tandis qu’il s’écrasait sur le sol en un amas de ferraille tordue.
Pasanius ramassa l’arme Némésis de Leodegarius abandonnée par terre. Uriel et lui tournaient autour du seigneur des Décharnés, se croisant tandis que chacun évoluait dans un sens de rotation opposé. Le corps de la créature était un agglomérat d’entailles et d’impacts de balles, son dos horriblement ravagé ruisselant de sang et de lumière.
Uriel pouvait à peine imaginer la douleur que devait endurer le seigneur des Décharnés, mais il savait qu’il devait réprimer ses émotions et nier toute part d’humanité à son adversaire.
Pasanius tenta une feinte avec sa hache d’armes, mais il était malaisé de manier une arme d’hast de cette dimension avec un seul bras et le seigneur des Décharnés écarta sans peine la lame. Uriel se fendit à fond dans un coup d’épée visant le genou du monstre, espérant au moins le ralentir.
Avant que le coup n’ait pu porter, le seigneur des Décharnés se contorsionna pour frapper sauvagement Uriel avec sa patte épaisse comme un tronc d’arbre. Le guerrier alla valser dans les airs pour atterrir à côté des armatures des lits démembrés, les plaques de son armure gauchies, mais encore entières.
Effectuant un roulé-boulé, il se releva à temps pour voir Pasanius se faire faucher. Son ami alla s’écraser non loin du cadavre de Serj Casuaban tandis que Leodegarius luttait pour se remettre sur ses pieds et que Cheiron commençait à sortir de sa torpeur, reprenant ses esprits après le vol plané que le seigneur des Décharnés lui avait fait faire.
Uriel jeta un œil vers Sylvanus Thayer. Les spectres tourbillonnaient en hurlant autour de l’homme alité. Il entendait percer dans leurs plaintes déchirantes une douleur indescriptible. Un halo de lumière blanche, mais dont ne se dégageait pas la moindre once de pureté, était en train de se former autour du lit. Des cris monstrueux s’élevaient de la lueur et Uriel prit conscience que ce qu’il regardait constituait une déchirure dans la trame même de la réalité, une entaille par laquelle toutes sortes d’horreurs étaient susceptibles de se déverser.
Il s’arracha à la contemplation du foyer ardent, son attention attirée par les rugissements du seigneur des Décharnés qui résonnaient contre les murs en un mélange déchirant de cris de douleur, de victoire et de regrets.
Uriel s’élança par-dessus le fatras de lits métalliques désarticulés. Il répugnait à abandonner ses camarades en pleine bataille, mais convaincu que ce combat ne pouvait être gagné par la force, il se fraya tant bien que mal un chemin à travers la salle encombrée de débris pour atteindre le lit où gisait Sylvanus Thayer.
— Je suis avec toi ! s’écria Pasanius, qui se précipitait pour le rejoindre.
Uriel entendit retentir le mugissement du seigneur des Décharnés à l’instant même où Thayer le sentit approcher, et les hurlements des fantômes redoublèrent d’intensité. Le fracas de la bataille faisait toujours rage derrière lui et Uriel perçut distinctement le bruit caractéristique d’un corps gigantesque en train de charger dans son dos.
Le lit de Thayer était juste devant lui et Uriel put constater que sous les bandes de gaze qui l’emmaillotaient, le corps de l’homme était aussi ravagé que Serj Casuaban l’avait dit.
Sa peau à vif était une horreur écarlate suintante. Ses deux jambes se terminaient en moignons cautérisés au niveau de la cuisse et il lui manquait un bras, tranché net à hauteur d’épaule. Ce qu’il restait de son visage n’était plus qu’un masque ravagé de chair fondue. Il avait perdu ses deux yeux, et des paupières artificielles avaient été cousues sur ses orbites vides pour les maintenir fermés.
Uriel brandit son épée, la lame prête à fracasser le crâne de Thayer et mettre un terme à cette horreur.
Il n’y avait ni gloire ni honneur à tirer de cette exécution et il n’en attendait nulle reconnaissance, c’était simplement un devoir qu’il avait à accomplir.
— Vas-y ! s’époumona Pasanius. Tue-le !
C’est alors que les paupières de Sylvanus Thayer s’ouvrirent, une lueur ardente couvant dans ses orbites ravagées comme si chaque once de sa haine des vivants le consumait de l’intérieur.
— Voyez ce que j’ai vu, siffla la voix de Sylvanus Thayer dans son crâne, avant de me juger.
Puis, le monde s’évanouit derrière un mur de flammes incandescentes.
Uriel leva la main en l’air, esquissant un geste défensif pour se protéger des flammes qui lui léchaient le corps, s’attendant à tout moment à ce que les systèmes de refroidissement de son armure se déclenchent en réponse à l’attaque, mais tandis qu’il rabaissait le bras, il fut stupéfait de voir qu’il n’était plus dans les maisons de providence. La salle de soins dévastée s’était volatilisée.
Au lieu d’être environnés par la grisaille des murs métalliques de l’hôpital, Pasanius et lui se tenaient dans une rue animée, sous la chaleur vivifiante d’un soleil printanier. Les rues grouillaient de centaines de passants au regard inquiet, qui se pressaient, en proie à l’agitation.
La peur planait dans l’air et suintait de chacun de leurs mouvements.
Pasanius tourna la tête, son arme Némésis d’emprunt prête à servir.
— Au nom de l’Empereur, qu’est-ce encore que cela ? siffla-t-il entre ses dents serrées. Qu’est-ce qu’il vient de se passer ? Où sommes-nous ?
Uriel se demandait exactement la même chose, mais dès l’instant où son regard se posa sur un temple familier avec un aigle de bronze suspendu au-dessus de son entrée en voûte, il comprit.
— Khaturian, murmura Uriel.
— Le Champ de Mort, lâcha Pasanius. Comment est-ce possible ?
Personne ne semblait les remarquer.
— Ceci n’est pas réel, déclara Uriel. C’est un souvenir.
— Un souvenir ? Mais Thayer n’était pas à Khaturian au moment du drame, objecta Pasanius.
— Non, c’est vrai, acquiesça Uriel en désignant du bras la foule d’habitants craintifs qu’ils voyaient grouiller dans les rues. Mais eux, si.
Un cri de panique s’éleva non loin et Uriel leva les yeux au ciel en entendant monter la rumeur d’un vrombissement en provenance des montagnes. Trois silhouettes cruciformes émergèrent de la couche nuageuse, volant à basse altitude en direction de la cité.
La vue génétiquement augmentée d’Uriel identifia rapidement les formes comme étant des escadrilles de bombardiers de classe Marauder, chaque silhouette cruciforme composée de six appareils en formation de combat.
Les habitants de Khaturian se mirent à hurler avant même que les premières bombes ne fussent larguées et Uriel ressentit jusque dans sa chair la terreur que la vue des appareils leur inspirait. Là-haut dans les montagnes, ils s’étaient crus en sécurité, épargnés par les affrontements meurtriers dans lesquels sombrait le reste de leur monde.
Cette journée allait leur montrer à quel point ils avaient été naïfs de se croire ainsi à l’abri.
— On devrait s’inquiéter ? demanda Pasanius en levant le regard vers les bombardiers à l’approche.
— Je ne crois pas, mon ami, répondit Uriel en secouant la tête. Thayer veut que nous soyons témoins de ce qu’il s’est passé ici.
Pasanius avait l’air sceptique, mais finit par hausser les épaules.
— Très bien. On n’aurait pas pu faire grand-chose, de toute façon.
Même si Uriel savait bien que ce qu’il voyait n’était pas la réalité, que ça avait déjà eu lieu, les émotions qui saturaient l’atmosphère, ce vent de panique où se mêlaient horreur, incrédulité et colère, tout cela semblait pourtant bien réel. Les gens couraient se réfugier dans leurs maisons, rassemblant proches et enfants dans un concert de hurlements avant de se mettre à l’abri.
Voyant les premières grappes de bombes se détacher des ventres des Marauders, Uriel comprit que les précautions prises par les habitants ne leur serviraient strictement à rien. Quand on regardait tomber ces minuscules points noirs, il semblait inconcevable qu’ils puissent causer tant de morts et de ravages. Mais à mesure qu’on les voyait grossir, leurs formes meurtrières se précisaient, laissant apparaître la tête dressée de leurs ogives et l’empennage sur leurs flancs, qui garantissait un maximum de destruction en optimisant les frappes chirurgicales.
Les premières bombes pilonnèrent le nord de la cité et le sol trembla sous les impacts. Des gerbes d’explosion embrasèrent les cieux et un champignon atomique ténébreux s’éleva des quartiers sinistrés. De nouvelles bombes s’abattirent dans les secondes qui suivirent et un orage de détonations parcourut toute la cité.
Un ouragan de feu balaya Khaturian, le fracas des explosions se mêlant en un seul et même rugissement destructeur. Les bâtiments s’effondraient et des langues de flammes ardentes ravageaient les rues. Des tornades embrasées crépitaient comme des élémentaires de feu courroucés, balayant impitoyablement tous ceux qui ne s’étaient pas encore mis à l’abri, pour les charrier dans la fournaise des édifices incendiés.
Les bombes continuaient de tomber, la débauche de destruction qu’elles provoquaient faisant rage autour d’Uriel et Pasanius sans les menacer. Le sol trembla et se souleva comme une houle tandis que le pilonnage incessant ne semblait jamais vouloir finir.
La cité entière n’était plus qu’une fournaise infernale, flambante du centre-ville jusqu’à la périphérie. Portées par les rafales de vent hurlant, les flammes se propageaient dans toutes les directions, n’épargnant rien ni personne. Uriel se sentait quelque peu honteux à l’idée d’être immergé dans ce carnage tout en étant immunisé contre ses ravages.
Les bombes continuèrent de tomber encore trente minutes, la longue plainte d’agonie de la cité, que l’on entendait s’élever de chaque bâtisse en train de s’effondrer et de chaque humain en flammes, semblant littéralement sans fin. Uriel se sentait complètement vidé et désirait que l’expérience de cette vision apocalyptique arrive à terme.
— J’en ai assez vu, Thayer ! s’écria Uriel en direction des cieux embrasés.
Tout était en flammes. Une débauche de feu dévorait le ciel et tout ce qui était inflammable dans Khaturian était en train de se consumer. Rien ne pouvait subsister dans cet enfer.
— Par le sang de l’Empereur, murmura Pasanius en voyant des civils immolés se précipiter hors de leurs demeures dévastées en hurlant. Les rues grouillaient de torches humaines et le rugissement de l’incendie commença à diminuer tandis que le bombardement finissait par cesser.
— C’est de la folie, siffla Uriel. Et tout ça, pour un seul homme.
Pasanius ne répondit rien, la voix trop étranglée par l’émotion pour parler. Des corps mutilés gisaient un peu partout dans les ruines calcinées : des familles entières figées dans des convulsions grotesques par la fournaise.
Quoiqu’il parût impossible de prime abord que quiconque ait pu réchapper à la tempête de feu, il semblait bien y avoir des survivants. Des groupes de gens encore sous le choc du bombardement émergeaient de sous-sols et d’abris souterrains, pleurant à chaudes larmes en remontant à la surface pour découvrir ce qu’il restait de leur cité.
Uriel vit qu’ils avaient le corps meurtri et ensanglanté, la peau roussie et la chair à vif. Aucun ne s’en était sorti indemne, et maintenant que le fracas des bombardements avait cessé, on commençait à entendre s’élever ça et là des lamentations.
— On doit bien pouvoir faire quelque chose pour eux, lança Pasanius tandis qu’un homme avec un bras en moins passait à côté d’eux, errant comme une âme en peine d’un air hébété.
— Non, répondit Uriel. Ils sont morts depuis longtemps. Tout ce qu’on peut faire, c’est nous souvenir d’eux.
— Je n’oublierai jamais cette tragédie, jura Pasanius.
— Moi non plus, fit Uriel.
— Ils s’en sortent bien, je trouve, lâcha Pasanius. Barbaden et Togandis. Celui qui prend part à un tel massacre ne devrait pas avoir le droit de vivre.
— Ils ne s’en sortiront pas vivants, promit Uriel, qui sentait son cœur s’endurcir au sort de ceux qui avaient permis à ce drame de se dérouler, et n’avaient rien fait ni pour l’empêcher ni pour s’en amender.
Tandis qu’ils arpentaient la ville dévastée, Uriel tourna la tête vers une rue jonchée de décombres en entendant un martèlement de pas martiaux se rapprocher. Un tank gris terne de l’Achaman Falcatas apparut au coin de la rue. Au vu du canon rougeoyant qui saillait de la tourelle, Uriel identifia le véhicule comme étant un Hellhound.
Le tank vomissait des langues de feu, embrasant les rares parties de la ville qui avaient miraculeusement échappé aux bombes incendiaires larguées par les Marauders. Une colonne de chars blindés suivait le Hellhound, mitraillant indistinctement les deux côtés de la rue.
Des soldats marchaient dans le sillage des tanks, des guerriers en armures de plaques rouges qui s’avançaient sous une bannière représentant un aigle doré hurlant sur un fond rouge. Leurs fusils crépitaient, repoussant les rares survivants dans les flammes, quand ils ne les alignaient pas contre un mur pour les exécuter sommairement.
Uriel distinguait la silhouette de Léto Barbaden perchée au sommet du premier Leman Russ, la visière de son casque relevée tandis qu’il aboyait des ordres aux soldats. Uriel pouvait voir de la délectation sur le visage de Barbaden, la conviction absolue de servir vertueusement l’Empereur en massacrant ces pauvres gens. Verena Kain et le sergent Tremain marchaient devant le tank de Barbaden, et Uriel décela la même lueur fanatique dans leurs yeux. Envahi par une bouffée de haine, il aurait voulu que Kain fût morte dans de plus atroces souffrances.
Il se faisait honte de réagir d’une manière si viscérale, mais savoir qu’en plus d’avoir ordonné le massacre, Barbaden avait pris tant de plaisir à sa mise en œuvre le mettait hors de lui.
— Comment sort-on de cette hallucination ? demanda Pasanius.
— Aucune idée, répondit Uriel, quand Thayer jugera qu’on en a vu assez.
— Eh bien, j’en ai assez vu, lança Pasanius, assez pour savoir qu’une balle en pleine tête serait une mort bien trop douce et rapide pour Barbaden.
— Je suis bien de ton avis, acquiesça Uriel, je sais à présent comment tout cela doit se terminer.
À ces mots, le spectacle sous leurs yeux commença à se brouiller avant de se dissiper, et ils passèrent du centre-ville incendié de Khaturian à la salle de soins dévastée des maisons de providence.
Les paupières d’Uriel papillotèrent tandis qu’il acclimatait ses yeux à la pénombre, et il vit la silhouette du seigneur des Décharnés dressée au-dessus de lui. La lueur meurtrière dans son regard ne s’était pas éteinte, mais il n’y voyait plus la moindre trace de haine, seulement une profonde tristesse. Derrière la puissante créature, Uriel aperçut Leodegarius qui se relevait péniblement, tout le côté droit de son armure ruisselant de sang.
— Vous savez comment tout cela doit se terminer ? demanda le seigneur des Décharnés.
Uriel baissa les yeux vers le corps ravagé de Sylvanus Thayer et acquiesça de la tête.
— Oui.
— Et comment ?
Uriel lança un regard à Leodegarius par-dessus les flancs de l’énorme créature.
— Frère Leodegarius, vous maintenez toujours votre sanctuaire aegis autour de Barbaden et Togandis ?
— En effet, répondit le Chevalier Gris, et Uriel entendit percer une extrême fatigue dans la voix du guerrier. Ce héros de l’Imperium avait été blessé au point de frôler la mort, et pourtant, il se tenait toujours fièrement debout.
— Je veux que vous la dissipiez, répondit Uriel.
Un tumulte épouvantable régnait dans la prison.
Les prisonniers poussaient des hurlements, implorant les gardiens d’intervenir, mais si tant est qu’il y eût quelqu’un pour entendre leurs suppliques, personne n’osa montrer le bout de son nez dans le complexe carcéral. Pour le moment, c’étaient les esprits des défunts qui régnaient en maîtres sur le panoptique.
Shavo Togandis se tenait devant les barreaux de sa cellule, marmonnant des prières et confessant la moindre mesquinerie insignifiante dont il avait pu se rendre coupable au cours de son existence. Il parlait d’une voix basse à peine audible, conscient que l’Empereur l’entendrait, mais ne voulant pas faire profiter Léto Barbaden de ses aveux.
Les formes spectrales écoutaient sa confession en silence et il espéra qu’elles prenaient la pleine mesure de sa douleur et de ses regrets. Elles n’avaient plus rien tenté pour se rapprocher depuis que l’esprit de la fillette avait été repoussé par la barrière psychique érigée par Leodegarius, se contentant d’observer et d’attendre.
Une fois sa confession terminée, il déclara d’une voix forte :
— Je m’engage sur le chemin de la vertu. Même s’il est pavé de verre brisé, je l’emprunterai pieds nus. S’il est traversé par des fleuves de feu, je les enjamberai. S’il s’étend à l’infini, la lumière de l’Empereur guidera mes pas.
— Même pas fichu de trouver des mots à toi, Shavo ? ricana Barbaden avec mépris. À qui les as-tu piqués ceux-là ? Et n’essaye pas de me faire croire qu’ils sont de toi, je sais que tu vaux mieux que ça.
— Ils ont été prononcés par Dolan de Chiros, l’homme qui a aidé à faire tomber le cardinal Bucharis.
— Ah, oui ! Le confesseur qui s’est dressé contre le tyran durant la peste d’Incrédulité, c’est ça ? Tu crois vraiment qu’on se souviendra de toi avec la même émotion ? Tu auras peut-être été un confesseur honnête, Shavo, mais tu ne vaux pas le dixième d’un homme comme Dolan. Barbaden assénait inlassablement ses sarcasmes d’un air détaché, affalé sur sa couchette.
— Tu as toujours été trop minable pour mériter une place au côté de l’Empereur, poursuivit-il sur sa lancée.
— Et vous pensez qu’il y a une place pour un meurtrier dans votre genre ?
Barbaden éclata de rire.
— Je ne suis pas un meurtrier, et dès que cette parodie d’incarcération aura pris fin, je serai de retour au palais. J’ai le droit d’en appeler à l’autorité du gouverneur du secteur, et tu crois vraiment qu’il va les laisser me mettre la corde au cou juste pour quelques terroristes exécutés ?
— S’il y a ne serait-ce qu’une once de justice dans cette galaxie, alors oui, répliqua Togandis en fermant les yeux, priant pour que Barbaden finisse par se taire.
— Mais voyons, mon bon Shavo, il n’y a pas de justice ! éructa Barbaden. Ne sois pas aussi stupide. Il n’y a pas de place pour la justice dans cette galaxie, et si tu me permets de répondre à mon tour par une citation, je pense que tu trouveras celle-ci pour le moins édifiante : « Lorsque les gens oublient leur devoir, ils ne sont plus des humains et sont réduits à devenir moins encore que des bêtes. Ils n’ont plus leur place ni au sein de l’humanité, ni dans le giron de l’Empereur. Qu’on les laisse périr et qu’on les oublie à jamais. »
Qu’il en soit donc ainsi.
La voix avait résonné juste au creux de son oreille.
Togandis rouvrit les yeux et poussa un hurlement en constatant que leurs cellules étaient envahies par ces mêmes silhouettes fantomatiques qui étaient restées jusque-là sagement à attendre en silence, de l’autre côté des barreaux.
Une peur panique lui étreignit le cœur, rapidement remplacée par un sentiment de soulagement. Tout prenait fin : l’attente interminable, la crainte de l’humiliation et l’appréhension d’échapper, d’une manière ou d’une autre, au châtiment.
— Bon sang, mais lâchez-moi, sales pourritures ! hurla Barbaden. Lâchez-moi, j’ai dit !
Togandis regarda les morts se presser autour de l’ancien gouverneur de Salinas, impatients de prendre part à la curée. Même si on les appelait des fantômes, ils n’avaient rien d’apparitions brumeuses ; leurs ongles pouvaient lacérer la peau et leurs dents pouvaient déchiqueter les chairs.
Barbaden hurla sans discontinuer tandis qu’ils le plaquaient au sol en lui lacérant les joues et en le griffant de toute part. Ses yeux furent les premières victimes de leur acharnement, arrachés d’un coup sec des orbites par des mains cadavériques.
Ils lui lacérèrent la peau du visage, déchiquetant sa boîte crânienne et détachant ses chairs de son squelette. Ses membres se débattaient frénétiquement et ses hurlements emplirent bientôt toute la prison alors que les morts se bousculaient pour plonger les mains dans ses entrailles.
Togandis regarda avec un mélange d’horreur et de fascination Léto Barbaden se faire mettre en pièces juste sous ses yeux, tout ce qui avait fait son existence déchiquetée dans une frénésie vengeresse.
Au bout d’un moment, tout fut fini et il ne resta plus rien dans la cellule qui ressembla de près ou de loin à un être humain. Il ne restait de lui qu’une bouillie putride d’os brisés nageant dans une mare de sang.
Les morts tournèrent la tête vers Shavo Togandis.
— Faites le nécessaire, dit-il.
Les spectres vinrent à lui et tandis qu’il sentait leurs mains palper ses yeux, il ajouta :
— Je vous pardonne, mes fils.
Uriel sut alors que tout était terminé.
La lueur macabre dans les yeux du seigneur des Décharnés s’était éteinte et un silence de plomb était retombé sur les maisons de providence. Les hurlements des fantômes avaient cessé et les filaments de lumière commençaient à s’évanouir. Uriel se sentit submergé par une vague de soulagement alors que les morts entamaient leur dernier voyage, leurs esprits enfin autorisés à partir se disperser dans le Warp.
Le voile de mélancolie qui s’était abattu sur Salinas se dissipa en un instant, et Uriel ne prit pleinement conscience d’à quel point cela avait été oppressant que lorsqu’il fut enfin levé.
Uriel entendit un râle rauque s’échapper du lit près de lui et baissa les yeux sur Sylvanus Thayer tandis que la machine qui le maintenait en vie commençait à s’emballer. La fréquence des bips émis à intervalles réguliers par l’appareil diminua, jusqu’à devenir une seule note stridente et continue qui ne pouvait vouloir dire qu’une chose.
Sylvanus était mort, et avec lui, la menace qui planait sur Salinas disparaissait.
La déchirure dans la trame de la réalité s’était refermée, hermétiquement scellée maintenant que le lien unissant les différents plans d’existence figuré par l’ancien chef des Fils de Salinas n’était plus.
Uriel respira profondément, purgeant ses poumons dans l’air purifié, et regarda autour de lui pour s’assurer qu’il n’était pas en train de rêver, que tout ce cauchemar était réellement terminé. Pasanius se tenait près de lui et Leodegarius se cramponnait au mur à l’aide du bras qu’il lui restait.
Cheiron vint rejoindre d’un pas titubant son commandant blessé et Uriel tourna son attention vers le seigneur des Décharnés. C’était le dernier de son clan encore en vie. Il oscillait sur ses jambes d’un air hésitant, tournant la tête dans tous les sens comme s’il s’éveillait d’un profond sommeil.
Ses yeux chassieux d’un blanc laiteux finirent par fixer Uriel et il s’affaissa à genoux, portant ses immenses pattes griffues à son visage tandis qu’un gémissement déchirant sortait du fond de ses entrailles. De gros sanglots secouèrent sa poitrine et Uriel éprouva un profond chagrin que les choses en soient arrivées là.
Cheiron traversa la salle en direction du monstre, braquant sur lui son fulgurant, mais Uriel l’arrêta d’un mouvement de tête.
— Non, dit-il, vous n’avez plus besoin de ça.
Cheiron baissa le regard vers la forme voûtée du seigneur des Décharnés qui pleurait à chaudes larmes, avachi sur le sol, puis fixa de nouveau Uriel. Il acquiesça avant de retourner rejoindre Leodegarius.
Uriel s’agenouilla à côté du seigneur des Décharnés, dont le corps était revenu à ses proportions normales. Ses chairs ravagées étaient couvertes d’impacts de balle et d’estafilades, et Uriel fut stupéfait de le voir encore en vie. La créature était toujours gigantesque, mais privée de la puissance que lui conféraient les morts, elle avait l’air un peu plus vulnérable, sensiblement plus petite et infiniment triste.
— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Pasanius.
Uriel leva les yeux vers lui.
— Va avec Leodegarius et Cheiron, lui dit-il. J’ai quelque chose à régler avant de partir.
— Tu es sûr ?
— Oui, je suis sûr, acquiesça Uriel.
Pasanius sembla sur le point de protester, mais entendant la résolution dans le ton d’Uriel, il tourna finalement les talons.
Uriel posa une main sur l’épaule du seigneur des Décharnés, se souvenant trop tard que la créature n’aimait pas qu’on la touche, mais il n’y eut aucune réaction.
Le guerrier resta au chevet du monstre, le laissant pleurer tout son saoul.
— Capitaine Ventris, appela une voix derrière lui, et il se retourna pour se retrouver nez à nez avec Leodegarius. Le Chevalier Gris avait ôté son casque. Il avait le visage blême, les traits tirés par la fureur de la bataille et la douleur causée par son membre amputé.
— Venez au palais quand vous aurez fini, le pria-t-il. Nous nous occuperons de vous renvoyer à Macragge.
— Sans faute, promit Uriel.
Le Chevalier Gris tendit la main et Uriel baissa les yeux sur ce qu’il tenait dans son poing.
— Je pense que vous aurez besoin de ça, dit Leodegarius et Uriel opina de la tête.
— Merci, frère Leodegarius, fit Uriel. Ça a été un honneur de me battre à vos côtés.
— Non, répliqua le Chevalier, tout l’honneur fut pour moi.
Leodegarius, Pasanius et Cheiron prirent congé, laissant Uriel et le seigneur des Décharnés seuls dans la salle de soins. Le monstre qu’il avait tenté d’arracher à d’odieuses conditions de vie pleurait à chaudes larmes, agenouillé devant le lit de l’homme qui les avait asservis, lui et sa tribu.
Uriel ne pouvait s’imaginer, ne serait-ce que l’espace d’un instant, l’horreur que devait représenter pour lui le fait de se souvenir de toutes ces choses qu’il avait été contraint de faire dans un état second. Il préféra respecter le chagrin du seigneur des Décharnés sans s’immiscer dans sa peine par l’entremise de vulgaires paroles.
Le monstre finit par relever la tête et accrocher le regard d’Uriel.
— Décharnés avoir fait choses très vilaines, dit-il.
— Non, répliqua Uriel. Toute cette haine et tous ces massacres n’étaient pas de votre fait.
— Si, être nous. Nous avoir fait ça. Sang sur mes mains. Sang sur mains de la tribu. Moi avoir vu et goûté sang. Décharnés très vilains.
— Non, répéta Uriel. Les Décharnés ne sont pas des « vilains ». On vous a manipulés. Ce n’était pas votre faute.
— Empereur devoir haïr nous encore plus qu’avant.
— Il ne vous hait pas, dit Uriel. L’Empereur vous aime. Regardez.
Uriel pointa du doigt une représentation de l’Aquila façonnée en acier martelé qui pendait au mur. Les premières lueurs de l’aube qui filtraient par la fenêtre d’en face la faisaient scintiller comme de l’argent.
Le seigneur des Décharnés leva les yeux vers l’aigle étincelant, qui lui renvoya son reflet. Tandis qu’Uriel regardait l’image distordue, elle sembla se rider comme la surface d’un lac, et il se retrouva à contempler le portrait d’un jeune garçon au visage d’ange et aux yeux brillants d’espièglerie.
Le monstre poussa un cri de joie en découvrant le reflet.
— Empereur aimer moi !
Uriel alla se placer derrière le seigneur des Décharnés et braqua sur sa nuque le psycanon que Leodegarius lui avait confié.
— Oui, l’Empereur vous aime, dit Uriel, et il appuya sur la détente.
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