Champ de Mort

Graham McNeill · Chapitre 22 sur 25

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Champ de Mort

Épilogue

 

C’est un long et pénible chemin que celui qui mène des enfers vers la lumière.

Le Thunderhawk vira sur l’aile, suivant consciencieusement le plan de vol indiqué par les contrôleurs aériens. Uriel jeta un œil par le hublot encastré dans le flanc du vaisseau de combat vrombissant pour regarder les montagnes d’un blanc éblouissant défiler en contrebas, leurs cimes déchiquetées se découpant à travers les nuages.

Des semaines s’étaient écoulées depuis la bataille dans les maisons de providence, et il avait encore le corps et l’esprit endoloris par les jours sombres qu’il avait passés sur Salinas. Si ses blessures avaient déjà cicatrisé, Uriel n’arrivait pas à chasser la profonde mélancolie qui s’était emparée de lui depuis qu’il avait appuyé sur la détente du psycanon.

Il savait bien qu’il n’avait pas eu le choix, que si le seigneur des Décharnés devait mourir sur Salinas, il n’était que légitime que ce fût de la main de l’homme qui l’y avait emmené.

Avec le décès de Sylvanus Thayer, les morts avaient cessé de harceler l’esprit des vivants et un calme étrange était retombé sur Barbadus (même s’il était certain que ce nom, du moins, changerait). À l’annonce de la mort de Barbaden, cette sérénité retrouvée céda vite la place à une humeur franchement plus festive.

En fin de compte, le lendemain de la bataille s’avéra être le jour des annonces officielles.

Un gouvernement provisoire fut formé sous la supervision des Chevaliers Gris, qui nommèrent Daron Nisato nouveau commandant impérial. Même si l’annonce fut accueillie avec nettement moins d’enthousiasme que l’avis de décès de Léto Barbaden, le bruit qui courait, selon lequel Pascal Blaise soutenait activement l’ancien policier dans ses fonctions, généra une approbation générale de la population.

Les temps difficiles étaient loin d’être terminés pour Salinas, mais Uriel était conscient que la planète avait évité la catastrophe, et que ses habitants avaient enfin une chance d’oublier les vieilles rancunes qui avaient manqué les détruire.

C’était déjà plus que ce que la plupart des gens obtenaient.

Une fois la gouvernance impériale restaurée, Leodegarius les avait menés jusqu’à un vaisseau de combat stationné sur l’esplanade devant le palais et leur avait fait ses adieux.

— Souvenez-vous de la Tour, avait dit le Chevalier Gris. Elle est là pour nous rappeler que si nous utilisons notre force et nos connaissances à des fins mauvaises, les foudres de la destruction s’abattront sur nous.

Ils avaient dit adieu à Lukas Urbican et à Daron Nisato, avant d’embarquer à bord du vaisseau de combat, pour ne plus jamais revenir sur Salinas.

Uriel s’adossa contre le fuselage de l’appareil, ressentant jusque dans sa chair la puissance des réacteurs qui pulsait à travers le métal. Cela faisait longtemps qu’il n’avait plus osé imaginer qu’il ferait ce voyage un jour et il garda les yeux fermés, comme si la réalité de ce retour pouvait lui être à tout moment arrachée.

Il partageait le compartiment réservé aux troupes avec les dix-neuf armures complètes ayant appartenu aux Fils de Guilliman. Uriel portait un chiton bleu pâle et son épée était posée sur ses genoux. Il n’avait plus enfilé son armure d’emprunt depuis la bataille dans les maisons de providence, car il savait que ce n’était pas à lui de la revêtir en dehors de l’urgence d’un cas exceptionnel.

Trônant comme des fantômes dans le compartiment, les armures avaient été attachées aux banquettes, aussi soigneusement installées que si chacune contenait encore un space marine bien vivant. Un message avait déjà été envoyé aux Fils de Guilliman et les armures seraient bientôt rendues à leur chapitre d’origine pour en protéger de nouveau les frères de bataille.

La porte donnant sur le cockpit de l’appareil s’ouvrit et Pasanius passa la tête. À la différence d’Uriel, ce dernier était intégralement revêtu de plaques à l’exception de son visage qui rayonnait de joie.

— Tu devrais venir voir à l’avant, lui lança Pasanius.

Uriel se leva de son siège en souriant et traversa la soute. Il baissa la tête pour passer la porte de la cabine de pilotage, dont l’intérieur était baigné de lumière. Des jeux d’ombres animaient l’habitacle confiné tandis que le pilote amorçait la descente vers une vallée profonde de roches riches en quartz.

— Regarde, indiqua Pasanius en pointant quelque chose du doigt à travers la vitre blindée du cockpit.

Elle était là, étincelant sur la cime de la montagne comme un château d’or et d’argent perché sur un nuage.

Uriel avait du mal à respirer et il n’arriva pas à réprimer ses larmes devant la vue des tours de marbre, des mosaïques des dômes et des hautes murailles de pierre luminescente.

— La forteresse d’Héra, souffla Pasanius, également en larmes.

— Chez nous, acquiesça Uriel.

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