Dangereux jeux de reines epub

Marie Dewitte · Chapitre 15 sur 17

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Dangereux jeux de reines epub

Chapitre 14

 

Nous chevauchâmes du matin au soir durant plusieurs jours afin de

rattraper la reine Isabelle qui avait déjà quitté Paris. À chaque étape, on la disait toujours plus loin en direction de l’Angleterre, même si l’écart entre nous se rapetissait. Malgré mon corps fourbu par notre allure, je m’enivrais de la présence de Thiébaut. Je le découvrais enfin dans la simplicité du quotidien, prévenant, amoureux et protecteur, si conforme à mes attentes.

Il m’entretenait des intrigues anglaises, des difficultés du pays qui

n’étaient pas totalement résolues, sollicitant mon avis. Il me dépeignait aussi sous de riantes couleurs notre vie future dans les différents châteaux de Londres comme si je ne les connaissais point, et j’écoutais ce joli conte sans le reprendre pour oublier l’hostilité probable d’Isabelle à mon égard.

Notre route nous fit malheureusement passer par Pontoise. La nausée

me saisit quand l’odeur pestilentielle de la chair corrompue nous atteignit. La gorge obstruée, je détournai les yeux du gibet de la ville et de l’implacable justice de Philippe le Bel… et de sa fille.

Le cheval de Thiébaut s’approcha du mien.

— Leur mort vous affligerait-elle ? s’enquit mon compagnon avec

circonspection.

— Évidemment, m’écriai-je. Aimer est-il donc un si grand crime qu’il

mérite un tel châtiment ?

Il soupira, la ligne de ses épaules légèrement crispée. — C’en est peut-être un pour ceux qui ne sont point unis par Dieu.

— Il est heureux alors que la reine Isabelle autorise notre mariage,

persiflai-je en donnant un coup de talon furieux à ma jument pour m’éloigner du carnage.

Il me laissa aller devant sans rien dire et ne se remit à ma hauteur qu’à

la sortie de la ville, toujours perdu dans ses pensées.

Nous chevauchâmes durant plusieurs jours dans un malaise grandissant

jusqu’à arriver à Boulogne-sur-Mer, là où tout avait commencé.

— La reine est à Wissant, m’informa mon chevalier après s’être

renseigné. Elle n’a pas encore pris la mer. Nous la rejoindrons demain.

Je hochai la tête, le ventre noué par l’appréhension. Malgré moi, mes

traits se chiffonnèrent devant la concrétisation de mes craintes. Comment Isabelle m’accueillerait-elle ? Allait-elle me fustiger publiquement ? Ordonner une pénitence ? Et Thiébaut, me défendrait-il ou prendrait-il son parti ?

— Vous semblez épuisée, Morgane, déclara celui-ci. Allons demander

asile pour cette nuit.

Je ne le détrompai pas. À quoi bon ? Je m’étais montrée résolue à

l’abbaye, je ferais honneur à mes promesses.

Nous remontâmes les rues que nous avions parcourues ensemble six

ans plus tôt. Ici, il m’avait sauvée de la foule, là, je lui avais remis une aumônière. Une aumônière qui avait tout changé, me rappelai-je. Non loin, les jardins du château avaient abrité nos premiers baisers et leur lot de caresses impudiques. Malgré ma fatigue, un trouble délicieux m’envahit à ces souvenirs, chassant mon malaise. Mes joues s’échauffèrent et je jetai un coup d’œil à la dérobée à Thiébaut qui remorquait nos deux chevaux. J’étouffai un gémissement en imaginant ses mains reprendre possession de mon corps comme autrefois. Il me renvoya un regard troublé avant de se détourner et je laissai échapper un soupir. Depuis qu’il m’avait demandé en mariage à l’abbaye, il n’avait point été au-delà de quelques baisers et ne m’avait touchée autrement que pour me hisser à cheval ou m’aider à démonter. En dépit de mon angoisse, j’en venais à souhaiter ardemment la fin de ce voyage et nos noces prochaines pour nous rapprocher enfin.

Découvrir à mon tour l’ivresse de l’amour partagé. Thiébaut sonna la cloche de l’abbaye Notre-Dame, puis glissa son bras

sous le mien. Depuis notre départ, nous avions convenu de nous faire passer pour un couple marié afin de ne point attirer les regards suspicieux. Au lieu d’une salle commune, les moines nous attribuèrent une cellule particulière. Un lit simple, mais engageant en occupait presque tout l’espace, invitant à un repos que mon corps fourbu appelait de ses vœux. Je fis un pas vers lui, m’y allongeai en soupirant d’aise. Quand je me redressai quelques instants plus tard, Thiébaut n’avait pas bougé et me fixait, mal à l’aise.

— Je dormirai par terre, déclara-t-il en me tournant le dos. Je me relevai tout à fait, surprise par son ton lapidaire. Pourquoi

continuait-il à me fuir ? Cette intimité inattendue dans la ville même où nous nous étions rencontrés n’était-elle pas un signe du Ciel ? Son bagage défait, il déplia une couverture, mettant sa décision à exécution. J’oubliai ma fatigue et le rejoignis, presque jusqu’à le toucher.

— Je vous ai connu plus entreprenant, mon beau chevalier, lui

murmurai-je au creux de l’oreille. Sous ce même ciel. N’aurais-je point droit au moins à un baiser avant de m’endormir ?

Ses mains se crispèrent sur le carré de laine qu’il dressa entre nous

comme une barrière.

— Voilà six ans que je pense à vous. Si je commence à vous étreindre,

je crains de ne pouvoir m’arrêter.

— Après six ans à vous attendre, je regretterais vraiment que vous vous

arrêtiez !

Ses yeux se vrillèrent aux miens, soupçonneux. Mon cœur eut un

sursaut. Je redoutais d’avoir été trop audacieuse.

— J’ai besoin de courage, avouai-je, décidée à lui dévoiler mes

préoccupations. Seul votre amour peut m’en donner. Si demain la reine Isabelle devait nous séparer, je ne voudrais pas avoir de regret… Pas une deuxième fois.

Les larmes me montèrent aux yeux à cette crainte soudain si proche. La

tension de ses épaules s’atténua, son regard s’adoucit et il laissa retomber ses bras.

— Je m’y opposerais, Morgane. Mais si cela devait néanmoins advenir,

je ne voudrais point vous avoir entretemps abusée.

— Je suis prête à prendre ce risque !

Mais il ne réagit pas comme je l’espérais et revint à l’arrangement de

son couchage. Retenant un soupir, je lui tournai le dos et m’approchai du broc d’eau qu’on avait laissé à notre disposition. Je passai un mouchoir mouillé sur mon visage, puis écartai ma robe pour me nettoyer le cou. Une larme oubliée glissa sur ma joue, dévala ma gorge jusqu’au creux de mes seins. Je tressaillis, le cœur lourd de tristesse devant sa froideur persistante.

La luminosité baissa subitement, me laissant deviner une ombre

derrière moi. Deux mains fermes s’emparèrent du linge que je tenais, puis remplacèrent les miennes. Des lèvres brûlantes coururent le long de mon cou humide et déposèrent un chapelet de baisers sur ma peau frémissante.

Il avait changé d’avis. Il ne me refusait plus la tendresse que je lui

réclamais. Je soupirai d’aise, posant ma tête contre son épaule, me gorgeant de cette odeur de cheval que j’associais à nos retrouvailles.

— Je ne supporte pas de vous voir malheureuse. Il promena le chiffon sur ma gorge avec délicatesse. En réponse, je

tournai la tête vers lui et mordillai la peau tendre près de sa jugulaire. Sa douceur m’enhardit et ma langue effleura le lobe de son oreille. J’entendis sa respiration s’emballer. Oubliant sa réserve, il écarta davantage ma robe et la fit glisser jusqu’à la taille. Un long frisson me saisit, moitié sous la fraîcheur de l’air, moitié sous l’impétuosité de mon sang. Il lâcha alors le mouchoir et me fit pivoter vers lui, ses yeux dévorant les douces courbes de ma silhouette. Mes jambes se mirent à trembler alors que ses mains me découvraient avec gourmandise. Des râles de plaisir m’échappèrent sous ses délicieuses explorations. Quand il enfouit sa tête entre mes seins, les embrassant tour à tour, j’exhalai dans un soupir impudique :

— Avant d’aller plus loin, laissez-moi, à mon tour, vous ôter la

poussière de la route, mon beau seigneur.

Le souffle court, il acquiesça sans un mot. Je m’emparai du mouchoir

posé sur la tablette et nettoyai son visage, suivant le relief de ses traits volontaires. Puis, l’imitant, je dénudai son torse. Mes yeux aussi affamés que mes mains détaillèrent ses pectoraux légèrement ombrés que je redessinais avec le chiffon humide. Mon autre main rejoignit la première et je posai des doigts hésitants sur sa peau chaude, ignorant ce qu’une femme pouvait exactement se permettre.

— Ne vous arrêtez point, ma timide fée, chuchota-t-il d’une voix

rauque.

Je levai les yeux vers les siens, y découvris deux puits de désir qui

m’enflammèrent. La bouche sèche, je le regardai se débarrasser du reste de ses vêtements. Mes doigts suivirent d’eux-mêmes la courbe de ses hanches sans oser m’aventurer plus loin. Le corps moite, le cœur fou, je me sentais saisie d’une fièvre inextricable. Il finit d’ôter ma robe, puis me porta sur le lit qu’il avait eu l’intention de bouder quelques instants ou quelques heures plus tôt, je ne savais plus. J’étais comme prisonnière d’une bulle, ne vivant plus que pour le moment présent : son regard ardent sous le cuivre de ses mèches désordonnées, ses caresses passionnées, le poids de son corps sur le mien et cette faim insatiable qui s’était emparée de mon ventre.

— J’attends cet instant depuis si longtemps, soufflai-je, m’ouvrant à

lui, mes hanches impatientes courant à la rencontre des siennes.

Alors qu’il me comblait enfin, une douleur aiguë stoppa mon élan. Je

me figeai.

 

****

 

Il s’arrêta subitement, presque surpris, et réalisa à cet instant que la

crainte diffuse de ne pas la trouver neuve avait probablement freiné ses ardeurs depuis leurs retrouvailles. Après sa déclaration à Pontoise, les doutes insidieux étaient revenus. Mais elle n’avait pas menti. En dépit de la cour dépravée qu’elle avait fréquentée, elle était restée vertueuse.

— Il paraît que cela est douloureux la première fois, s’excusa-t-il, son

cœur tambourinant dans sa poitrine.

— Mais pas les suivantes, murmura-t-elle avec un sourire brave malgré

les larmes qui avaient perlé à ses yeux. Autant nous dépêcher pour les découvrir.

Il se sentit fondre devant son cran. Non, elle n’avait pas besoin de lui

pour se trouver du courage. La mâchoire contractée à l’idée de lui faire mal, il s’enfonça davantage, déchirant sa virginité, et se força à rester immobile le temps que l’embrasement de sa chair malmenée se calme.

Mais pas le mien, pensa-t-il avec une certaine dérision. L’intimité

étroite et palpitante de la jeune femme le caressait en une exquise torture. Elle bougea légèrement sous lui, lui faisant perdre sa fragile maîtrise, et il s’enfouit plus profondément en elle. Le gémissement étonné de Morgane, ses yeux écarquillés et ses mains qui se pressaient sur son dos comme pour l’encourager eurent raison de ses résolutions. Il commença de doux va-et-vient qu’elle accompagnait de tout son être, en réclamant toujours plus. Sa tête renversée sur le lit modeste tressautait à chaque coup qu’il imprimait à ce corps splendide qu’il n’avait pu oublier. Son cœur battait follement à ses oreilles. Il plongea son nez dans sa chevelure d’or, en respira le parfum de fleur. Elle lui mordilla le cou, ses ongles griffant son dos au rythme des vagues qui les parcouraient tous les deux. Les soupirs éperdus qu’elle laissait échapper, son abandon sensuel et cette pression continue sur sa verge le mettaient au supplice. Il avait toujours pressenti qu’elle était faite pour l’amour et découvrait, ébloui, à quel point il avait eu raison. Quand elle se mit à trembler entre ses bras, il perdit à son tour tout contrôle.

Toujours couché sur elle, en elle, il reprit convulsivement son souffle.

Leur tumulte apaisé, elle lui sourit, les yeux alanguis par le plaisir qu’il avait réussi à lui donner. Sa jolie fée, aux enchantements aussi sincères que redoutables. Jamais plus il ne douterait d’elle.

— Vous voilà aussi essoufflé que si vous aviez disputé une joute,

murmura-t-elle en lui caressant la joue.

— Une joute victorieuse, j’espère ? s’enquit-il en se dégageant pour la

libérer de son poids.

Elle hésita un instant.

— Une victoire provisoire, dirais-je. N’était-ce point la première

manche seulement ? Mais il vous faut retrouver une lance solide avant de reprendre nos assauts, finit-elle, plus facétieuse.

Puis elle s’empourpra devant son audace. Ses joues se colorèrent de ce

joli vermillon qui l’avait enchanté dès leur première rencontre. Roulant sur elle, il l’embrassa avec une ardeur prometteuse pour la suite.

— Je vous apprendrai à vous en servir et nous jouterons toute la nuit si

vous le souhaitez, hardie damoiselle.

Elle rougit de nouveau, leurs fronts collés l’un à l’autre. — Montrez-moi donc, mon beau chevalier. Je brûle de m’instruire.

 

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