Dangereux jeux de reines epub

Marie Dewitte · Chapitre 17 sur 17

Pages du PDF

Dangereux jeux de reines epub

Épilogue

 

Paris, décembre 1325

 

Cela faisait neuf mois que nous étions retournés en France. La reine

Isabelle était venue rencontrer son frère, le nouveau roi, pour résoudre une énième querelle à propos de la Guyenne. Un voyage qui avait eu tout d’une fuite.

Depuis plusieurs années, Hugues le Despenser, le nouveau favori du roi

Édouard II rançonnait sans scrupule l’Angleterre en privant de nombreux hommes et femmes de leurs rentes légitimes, et cherchait même à briser le mariage royal. D’abord impuissante, la reine avait vu son avenir s’éclaircir quand son jeune fils l’avait rejointe et, malgré ses ennuis pécuniaires, elle était décidée à ne point regagner l’Angleterre tant que le favori régnerait à sa place.

En ce glacial jour de décembre, après avoir assisté à l’enterrement de

son oncle Charles de Valois, Isabelle s’était retirée avec ses suivantes les plus fidèles, qu’elle ne pouvait plus entretenir, dans le palais mis à disposition par son frère. Regrettant une fois de plus l’absence de mon amie Anne restée à Londres, j’observai la reine alors qu’elle se tenait auprès de la cheminée, songeuse. À quoi donc pensait-elle depuis qu’elle avait discuté avec la comtesse de Hainaut, la fille du défunt ?

Soudain, Thiébaut se fit annoncer. Je redressai la tête, heureuse de

croiser durant quelques instants le regard de mon époux. J’attendais avec impatience qu’Isabelle nous libère de son service afin de le rejoindre comme chaque soir depuis notre mariage. Ses yeux me cherchèrent machinalement et il m’adressa une œillade remplie de promesses avant de se tourner, plus sérieux, vers sa reine.

— Ma dame, le baron Roger Mortimer vous demande une audience. Je fronçai les sourcils. Mortimer, un des lords révoltés contre le roi,

emprisonné pour haute trahison à la Tour de Londres. Il s’en était spectaculairement évadé deux ans plus tôt et s’était réfugié dans le Hainaut, une nouvelle qui avait stupéfié la cour.

De quoi voulait-il l’entretenir ? Venait-il plaider sa grâce ? Isabelle se leva, sa robe noire avec élégance se déployant autour d’elle. — Faites-le entrer, sire Thiébaut.

Il acquiesça et revint avec un homme dans la trentaine tout nimbé d’une

aura de puissance. Son regard de fer balaya la pièce avant de s’arrêter sur la souveraine dont les atours faisaient ressortir l’éclatante blondeur. Un léger sourire naquit sur son visage et il s’inclina.

— Ma reine, maintenant que votre fils est auprès de vous et que Sa

Sainteté le pape vous est favorable, il est temps d’agir.

— Agir ? Expliquez-vous !

Il se rapprocha d’un pas au mépris de la bienséance. — Nos intérêts convergent, déclara-t-il d’une voix vibrante. Unissons-

nous ! Je serai votre chef de guerre. Vous serez la légitimité de notre cause.

La reine haussa un sourcil. Dans mon coin, je ne ratais pas une miette

de cet échange insolite. Ébahie par cette proposition cavalière, je dévisageai le baron avec attention. Je me rappelai le jour où je l’avais rencontré. J’avais quinze ans et il se faisait adouber en même temps que le roi Édouard. Il semblait toujours habité par la même audace que le jour où, avec d’autres jeunes chevaliers, il avait déserté sans remords l’armée anglaise en guerre contre l’Écosse pour participer à un tournoi en France.

— Pour faire quoi ? demanda Isabelle, ce qui me ramena au présent. — Pour envahir l’Angleterre. Renverser cet époux indigne qui vous

laisse dans l’indigence. Nous emparer du trône. Ensemble !

Un bref instant, les yeux de la souveraine se mirent à briller, puis sa

voix claqua, sèche.

— Au profit de mon fils !

— Pour votre fils, bien sûr, s’inclina-t-il avec un temps de retard. Dans la petite pièce, l’air semblait crépiter. Deux volontés sans faille,

une même soif de pouvoir, face à face, reconnaissant en l’autre son semblable. Isabelle enveloppa le baron de son beau regard glacé, l’évaluant durant un long instant. Mais les commissures de ses lèvres tremblaient imperceptiblement, signe d’une certaine excitation comme je l’avais appris à son service.

— Laissez-moi y réfléchir, finit-elle par dire.

Il insista.

— Il n’est plus l’heure de tergiverser. Il n’y a pas d’autre solution. Le

Despenser est un nuisible qu’il nous faut abattre, pire que Gaveston en son temps. Il mène l’Angleterre à la ruine !

— C’est à moi d’en décider, tiqua-t-elle. Je suis la reine. Je la dévisageai, surprise. Sa protestation n’avait point son piquant

coutumier.

— Bien entendu, acquiesça-t-il. J’attendrai votre réponse comme votre

humble et fidèle sujet.

Mais il n’avait rien d’humble quand il la salua, l’œil flamboyant,

retenant sa main plus longtemps que nécessaire. En dépit de cette insolence, l’expression d’Isabelle s’adoucit. Puis Mortimer quitta la pièce avec Thiébaut, chargé de le raccompagner.

— Quel homme ! murmura une jeune suivante près de moi, presque

pâmée.

J’en convenais volontiers. Mais j’avais déjà connu un tel regard, dont

l’ardeur avait balayé à l’époque toutes mes réticences.

Thiébaut.

Un frémissement de désir m’envahit. Qu’il nous rejoigne vite et

m’enlève à la cour pour une de ces nuits enchanteresses dont il avait le secret.

Isabelle revint vers la cheminée, s’assit, puis se releva pour se rendre à

la fenêtre, une agitation qui ne lui était pas naturelle. Après un long moment de ce manège, elle déclara brusquement :

— Morgane, venez ici. Vous allez transmettre ma réponse au baron. Je sursautai. Jamais la reine ne faisait appel à moi si elle pouvait faire

autrement. Ou seulement pour les besognes les plus ingrates. Avec retard, je hochai la tête et m’approchai. Elle me chuchota quelques mots à l’oreille. Je retins un frisson.

— Cela sera fait, ma dame, acquiesçai-je, stoïque, malgré la boule

glacée logée au fond de mon ventre.

Tout recommençait !

Mais aujourd’hui, je n’étais plus seule.

FIN

 

NOTE DE L’AUTRICE

 

L’anecdote des aumônières fut rapportée par un chroniqueur postérieur aux évènements et est, de ce fait, peut-être sujette à caution, même si nul témoignage n’est venu jusqu’à présent l’infirmer. Cependant, le scandale et ses conséquences, connus sous le nom d’affaire de la tour de Nesle, furent bien réels et mentionnés par plusieurs sources historiques.

 

Il n’y eut jamais de nouvelle croisade. Marguerite de Bourgogne décéda après un an d’enfermement, probablement des mauvaises conditions de sa détention ou peut-être étranglée sur ordre de son époux, pressé de se remarier. Jeanne fut disculpée au bout de quelques mois et Blanche, qui nia jusqu’au bout, resta prisonnière durant dix ans avant de devenir religieuse.

Les trois fils de Philippe le Bel régnèrent l’un après l’autre et moururent tous de manière précoce sans avoir engendré de garçon viable, malgré le remariage de deux d’entre eux. La couronne de France qui, depuis trois siècles, avait toujours vu un fils succéder à son père passa alors à une branche cadette, avec Philippe VI, leur cousin, et la dynastie des Capétiens laissa la place à celle des Valois.

S’estimant plus légitime, Édouard III, le fils d’Isabelle, contesta cette décision, débutant ainsi la fameuse guerre de Cent Ans.

Quant à Isabelle, elle prit Roger Mortimer pour amant et s’allia aux

barons révoltés. Puis elle envahit l’Angleterre et renversa son époux, qui fut discrètement exécuté.

Mortimer et Isabelle s’entendirent si bien pour assurer la régence,

partageant le même goût du faste et du pouvoir, qu’Édouard III, devenu majeur, dut à son tour éliminer le baron, malgré la supplique de sa mère de l’épargner, pour récupérer son trône.

 

Une incroyable succession d’évènements en quelques années à peine… peut-être due à une malédiction proférée par un vieil homme indûment condamné à mort par Philippe IV le Bel.

Mais ceci est une autre histoire…

 

À découvrir au printemps 2024.

 

 

OceanofPDF.com

Vous avez terminé Dangereux jeux de reines epub

Marie Dewitte

Des livres comme celui-ci

Après le livre

Pages fournies avec cette édition, gardées ici pour référence.