Dangereux jeux de reines epub

Marie Dewitte · Chapitre 6 sur 17

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Dangereux jeux de reines epub

Chapitre 5

 

Quand je me réveillai le lendemain, la migraine me martelait la tête. Je posai une main sur mon front. Brûlant. La troublante sortie nocturne après l’échauffement de la danse semblait m’avoir été fatale. Serrant les dents, je me rafraîchis le visage et m’habillai avant de rejoindre les autres damoiselles auprès de la reine Margaret. Aussitôt, celle-ci repéra ma petite mine.

— Vous paraissez souffrante, Morgane. Reposez-vous donc, je vous délivre de mon service pour ce jour. Et tranquillisez-vous, je n’oublie pas notre affaire, finit-elle pour mes seules oreilles.

Je faillis objecter, déçue à l’idée de ne point croiser Thiébaut. N’allait-il pas s’inquiéter ? Mais les quelques pas nécessaires pour traverser la pièce m’avaient étourdie et je compris qu’il était plus sage d’obéir et de regagner ma paillasse. Peut-être que mon affection passerait rapidement et que je pourrais le voir en fin de journée. Anne se dévoua pour rester avec moi alors que la reine quittait son appartement avec sa suite. Après son départ, le silence tomba sur les deux pièces qui nous étaient dévolues, seulement rompu par la lecture qu’elle me faisait. Je finis par m’endormir, épuisée, au son de sa voix apaisante, et ne repris connaissance qu’au crépuscule quand mes compagnes rentrèrent des festivités du jour. Je me levai, toujours dolente, jusqu’à rejoindre Margaret. Celle-ci m’accueillit avec un sourire avant de m’emmener un peu plus loin. Elle arborait une expression paisible qui me rassura.

— Ce ne fut point facile, mais j’ai réussi à m’entendre avec la reine de Navarre.

— Vous a-t-elle créé beaucoup de difficultés ? m’inquiétai-je.

— Après l’affront que je lui fis avec Isabelle, elle n’était pas disposée à m’agréer, et je ne tenais guère à trahir votre inclination. Heureusement, mon frère a tranché. Il ne dédaigne point d’avoir dans son entourage une damoiselle familière de la cour d’Angleterre. Et votre retenue lors de notre entrevue lui a plu, semble-t-il. Il espère que votre présence tempérera Marguerite.

— Oh merci, ma dame ! m’écriai-je. Que deviendrais-je sans votre bonté ?

— Servez la reine de Navarre aussi bien que vous me servez, que je n’ai point à rougir de vous avoir recommandée, et je serai satisfaite.

— Je vous le promets, elle n’aura pas à se plaindre de moi, acquiesçai-je avec vigueur, oubliant ma faiblesse.

Puis je demandai, ne pouvant plus tenir :

— Messire Thiébaut de Flercé, l’avez-vous vu aujourd’hui ?

Elle secoua la tête.

— Il n’était point visible. Il se recueillait, car il fait apparemment partie des écuyers qui vont être adoubés demain, avant le banquet et les joutes.

Mon cœur se troubla. Il allait être ordonné chevalier ! Il ne m’en avait rien dit hier. Cela m’attendrit. Il n’avait pas essayé de m’ébaubir et de profiter de la situation dans le jardin. Un autre point en sa faveur.

J’avais encore plus hâte de le revoir pour lui faire part de mon arrivée à la cour de la reine de Navarre. Ainsi, nous nous croiserions régulièrement et apprendrions à nous connaître. Et je pourrais laisser mon cœur succomber à sa troublante séduction sans craindre pour l’avenir.

Le lendemain, j’avais retrouvé mon allant coutumier. Le soleil brillait dans le ciel, annonçant une belle journée. Je remis ma première toilette, celle de notre rencontre. Pour cette dernière fête, le roi Édouard avait fait les choses en grand : adoubement, joute et banquet, avant que chaque cour royale ne regagne son domaine.

Quand je me rendis compte que je me joignais à la suite de la reine douairière pour la dernière fois, l’émotion humidifia mes paupières.

— N’ayez point de regret, Morgane, puisque vous trouverez prochainement le bonheur, me consola celle-ci. Je pense que vous serez plus heureuse dans l’entourage de Marguerite de Bourgogne plutôt que dans le mien. Il est prévu que Blanche, la sœur de Jeanne, épouse bientôt le dernier fils de mon frère. Voyez le joyeux trio de princesses que vous côtoierez au quotidien.

Je retins mes larmes. Elle avait raison. Pourtant j’avais le cœur lourd de quitter définitivement tout ce que j’avais toujours connu. Mon beau damoiseau en valait-il vraiment la peine ?

Mon chagrin s’allégea dès que je l’aperçus. Qu’il avait fière allure dans l’église bien remplie, même à genoux devant les deux souverains qui l’adoubaient aujourd’hui ! Quand il ne riait point avec moi, il faisait montre d’une noblesse naturelle qui me troublait tout autant.

Une main s’agrippa soudain à mon bras. Je tournai la tête. Anne, à côté de moi, se mit à vaciller. Je plaquai mes doigts sur les siens pour la retenir.

— Je crains de me pâmer, chuchota-t-elle.

— Sortons prendre l’air, décidai-je.

Je jetai un dernier coup d’œil à Thiébaut, déçue de rater cet évènement, mais Anne pâlissait à vue d’œil. Je la soutins jusqu’à la porte. À l’extérieur, la ville était calme, les badauds n’étaient point encore en train de patienter à la sortie pour apercevoir leurs seigneurs. J’incitai la suivante à prendre une grande inspiration pour dissiper son malaise.

— Cela ne passe pas, murmura-t-elle. Je pense que je vais tomber.

Elle avait à peine fini sa phrase qu’elle chancela. Je la retins et l’aidai à s’asseoir sur les marches, puis je fis le tour du parvis à la recherche d’une assistance quelconque. Personne de confiance.

— Nous allons rentrer, décidai-je. Je vais vous soutenir, Anne.

Le palais des comtes, si proche, me parut extrêmement lointain. Alors que nous progressions à petits pas, je ne pouvais m’empêcher de guetter les bruits alentour. La cérémonie était-elle finie ? J’aurais aimé apercevoir Thiébaut se relever fièrement, muni de ses nouveaux éperons de chevalier et de ses armes bénies par l’évêque. Après auraient lieu les joutes promises par le roi Édouard pour lesquelles il s’était entraîné. Mes couleurs allaient-elles lui porter chance ? Il fallait me hâter si je voulais y assister.

Nous parvînmes enfin au château et j’emmenai Anne jusqu’à notre réduit où je l’allongeai sur sa paillasse. Je préparai un gobelet d’eau et de vin et la redressai pour l’aider à se désaltérer.

— Comment vous sentez-vous maintenant ?

— Fiévreuse, répondit-elle. Je crains d’avoir attrapé l’affection qui vous a terrassée hier.

Ainsi cela n’avait pas été un banal refroidissement dû à mon imprudence. Je me mordillai les lèvres, étreinte par la culpabilité. Elle m’avait veillée avec dévouement, me rafraîchissant le front, m’apportant à boire, et avait été bien mal payée de son abnégation en retour. Je ne pouvais la laisser à la merci d’une servante négligente alors que je la quittais demain. Prenant mon mal en patience, je lui tamponnai les tempes tout en chantonnant à mi-voix.

— Merci de votre bonté, Morgane, chuchota-t-elle. Je m’en veux de vous faire rater une si belle fête.

Mon esprit s’envola hors du château vers la lice que l’on avait préparée et décorée en vue de la rencontre. Sous les tentes multicolores, les nouveaux chevaliers devaient être en train de s’équiper. Thiébaut avait-il porté mon mouchoir à ses lèvres avant d’entrer en piste ? Avait-il été victorieux à son premier passage, rompant sa lance sur le bouclier de son adversaire ? Ou au contraire, avait-il été désarçonné, récoltant les divers maux auxquels s’exposaient les jouteurs ? S’il était blessé…

Je fronçai les sourcils, m’obligeant à revenir à des pensées plus riantes, me désolant une fois de plus de rater l’évènement. Pour me consoler, je m’accrochai à l’idée que ce temps perdu n’était que partie remise. Bientôt, nous pourrions échanger régulièrement de tendres œillades, voler quelques moments plus doux à nos devoirs respectifs, nous apprécier davantage de jour en jour jusqu’à ce que je me sente prête à lui confier ma vie.

Une voix faiblarde interrompit mes ruminations.

— Morgane, comme vous voilà coincée avec moi, avouez-moi donc : que s’est-il passé avec votre beau damoiseau lors du bal donné par le roi Philippe ?

Une bouffée de chaleur m’envahit et je détournai la tête, confuse.

— Vous êtes une incorrigible curieuse, Anne, décrétai-je, le rouge aux joues. Vous devriez vous reposer.

— Je n’y arriverai pas sans savoir. Je ne vous ai point accablée avec mes questions hier, mais aujourd’hui, c’est moi la malade (elle s’interrompit, prise d’une quinte de toux). Faites-moi plaisir. À voir votre rougeur, je gage qu’il vous a probablement embrassée. Comment était-ce ?

Je m’étouffai.

— D’être embrassée ? Oh, Anne, vraiment…

Mon amie éclata d’un rire grêle qui secoua son corps pris par la fièvre.

— Je ne sollicite point de détail. Vous connaissez suffisamment mon audace pour vous douter que je n’ignore rien de l’effet que cela fait. Je veux seulement savoir si cela vous a plu. Et s’il a tenté d’aller plus loin, finit-elle en chuchotant.

— Il m’a demandée en mariage, soufflai-je.

Ses yeux s’écarquillèrent.

— Vraiment ? Qu’avez-vous répondu ?

— Que je ne le connaissais pas assez !

— Vous êtes impayable, Morgane. La reine Isabelle n’avait jamais rencontré le roi Édouard avant le jour de ses noces ni même reçu une lettre de sa part. Vous avez une sacrée avance sur de nombreuses jeunes filles et quand un charmant damoiseau guigne votre main, vous faites la timorée.

— J’ai surtout la chance d’avoir le choix. Une chance que je ne compte point gâcher avec le premier godelureau venu, décrétai-je avec sévérité. J’ai aimé ses baisers, mais je suis trop raisonnable pour foncer tête baissée dans une union qui ne me conviendrait peut-être pas.

Pourtant, je m’étais trouvée tout sauf raisonnable alors que je l’avais prié de m’embrasser encore, le laissant m’étreindre comme personne ne l’avait fait auparavant. Puis quand j’avais accepté la proposition de la reine Margaret d’intégrer la cour de France. Les battements de mon cœur s’intensifièrent et une boule glacée envahit mon ventre. Mon audace m’effrayait, je ne m’attendais pas à tant de bouleversements lors de ces quelques jours de fête. Sans toutefois arriver à les regretter.

— Trop raisonnable, marmonna Anne que cette conversation avait épuisée. Oui, c’est bien cela votre problème.

— Pas autant que vous le pensez, avouai-je. Pour continuer à le voir, j’ai demandé à intégrer la suite de Marguerite de Bourgogne.

Ses yeux s’écarquillèrent et elle oublia aussitôt ses velléités de repos.

— Comme je vous envie, s’écria-t-elle. À vous le faste de la cour de France, les fêtes et la danse. Vous avez raison, ne vous mariez pas tout de suite et profitez plutôt de cette chance qui s’offre à vous. Tant que vous pensez à moi de temps à autre, enfermée dans mon vieux château gallois…

Son enthousiasme versatile me réchauffa le cœur, même si la tristesse m’envahit à l’idée de son propre avenir. Il était peu probable que nous nous revoyions un jour.

— Comment pourrais-je vous oublier, Anne ? murmurai-je en lui prenant la main. Vous êtes une amie si fidèle.

Elle finit par s’endormir et mes pensées dérivèrent de nouveau vers Thiébaut. À cet instant, il devait fêter son nouveau statut avec les compagnons adoubés en même temps que lui. Peut-être une victoire aussi. Son plaisir était-il terni à l’idée de notre séparation prochaine ? Cela ne durerait point. J’imaginais déjà la lueur de joie qui danserait dans ses yeux quand je l’informerais du contraire.

Alors que le soleil incurvait sa course vers l’horizon, des pas résonnèrent dans l’appartement. Je tendis l’oreille et Edwige, une autre suivante, fit son apparition.

— La reine m’envoie vous relayer, déclara-t-elle. Le banquet a commencé et elle souhaiterait que vous en profitiez un peu, vous aussi.

— Je vous remercie infiniment, m’écriai-je, heureuse d’être libérée.

— Ce n’est point un grand sacrifice de ma part. Je me sens fatiguée après tout cet après-midi dans le froid et aspire à la douce chaleur de la cheminée.

Je lui résumai l’état d’Anne, puis bondissant sur mes pieds, j’allai me rafraîchir et vérifier ma mise dans le miroir de Margaret. L’excitation faisait rosir mes joues, mes yeux brillaient et un sourire se dessina spontanément sur mon visage. J’allais enfin pouvoir annoncer à mon chevalier que je restais en France avec lui.

Je gagnai la cour où des tentes abritaient les agapes. Je pris d’abord la place d’Edwige, l’estomac gargouillant, et prélevai quelques douceurs apportées par les valets. La nuit tombait, des flambeaux furent allumés pour repousser l’obscurité. Après avoir englouti trois gâteaux, quelques fruits secs et deux coupes de vin, je me levai, trop impatiente pour attendre les dragées et pâtes de fruits.

Quand je m’avançai entre les tables, la tête me tourna légèrement. Je scrutai chaque visage jusqu’à ce que j’aperçoive une chevelure parcourue d’éclats étincelants à la lueur des flammes. Étonnement, Thiébaut se tenait non loin d’Isabelle et sa posture hiératique faisait paraître la jeune fille plus menue. Je tentai de capter son regard, pressée d’en chasser la mélancolie qui résultait forcément de notre séparation, mais je n’y distinguai qu’une tranquille assurance. Mes sourcils se froncèrent. Était-il si faraud de son nouvel état qu’il m’avait déjà oubliée ? Ou pensait-il que je n’étais plus digne de lui ? Il finit par me repérer et, s’excusant auprès de la princesse, il me rejoignit, les yeux brillants.

— Enfin, je vous retrouve, belle Morgane. Je ne vous ai point vue de tout le jour et m’inquiétais. Je dois vous faire part de plusieurs choses.

Je frissonnai de plaisir sous le tendre surnom et répondis, mon humeur au diapason de la sienne :

— J’ai une nouvelle d’importance moi aussi. Mais pas ici où nous nous entendons à peine. Allons dans le jardin.

Nous écartant des tentes, nous rejoignîmes le jardin laissé dans la pénombre et gagnâmes comme une évidence le banc où il m’avait embrassée. Troublée par ce brûlant souvenir, je m’assis délicatement et l’invitai à faire de même avant de reprendre la parole.

— Je vous félicite pour votre adoubement. Vous voilà un fier chevalier et je ne doute pas que vous vous êtes illustré lors des joutes. Mais écoutez mon annonce, je pense qu’elle vous apportera autant de joie, du moins si vous vous êtes montré sincère avec moi, finis-je, hésitante, me rappelant son air satisfait au souper.

Il me prit les mains, les enserra dans les siennes.

— Ne doutez point de ma droiture, mais laissez-moi auparavant vous confesser quelque chose.

Je me tendis, saisie d’une angoisse subite, alors qu’il reprenait :

— Je crains d’avoir méchamment blessé votre cousin lors de la rencontre. À cette heure, au lieu de banqueter avec tous, il doit souffrir sous sa tente.

Je poussai un soupir, brusquement soulagée. J’aurais dû en éprouver de la honte, mais je devais reconnaître que je me moquais totalement de Raoul. Au contraire, cette nouvelle m’apportait même une secrète satisfaction.

— Oh, ce n’est que cela. N’ayez crainte, il n’ignorait rien des risques encourus et s’en remettra. Écoutez plutôt. Je ne prends plus la mer. Je reste en France et intègre l’entourage de la reine de Navarre. Je change de Marguerite si on peut dire, conclus-je en souriant franchement.

Ma déclaration n’eut pas l’effet escompté. Dès les premiers mots, son teint avait pâli. Sa mâchoire se contracta comme ses doigts qui entrelaçaient les miens.

— Vous n’en êtes point heureux, m’écriai-je en me reculant, saisie de frissons glacés. Je le savais. Vous vous jouiez de moi et ne souhaitiez point poursuivre notre romance.

Il m’attrapa par les épaules.

— Comment pouvez-vous penser cela alors que j’ai renoncé au service du prince Louis pour gagner celui d’Isabelle ? Je voulais m’établir à la cour d’Angleterre et finir votre conquête. Et vous, vous…

Il s’interrompit, comme foudroyé. Mon cœur se fendit en deux et les larmes affleurèrent à mes yeux quand je compris ce qu’il venait de dire. Je restais en France pour ne pas le quitter et lui rejoignait l’Angleterre pour se rapprocher de moi.

— Ainsi… ainsi, nous avons eu la même idée, conclus-je misérablement, l’âme dévastée par ce nouveau coup du sort.

N’était-ce point la plus belle preuve d’amour qu’il aurait pu me donner ? Pourtant, elle détruisait tout.

Mes yeux humides plongèrent dans les siens, noyés par une détresse semblable.

— Vous devez revenir au service du roi de Navarre.

Il secoua la tête.

— Je ne le puis, j’ai juré de protéger sa sœur. Comment pourrais-je déjà me parjurer ? Mais vous, pourquoi ne pas retrouver l’entourage de la reine douairière ?

— C’est impossible. Ma reine n’a point eu un rôle facile. Le roi Philippe est intervenu en personne pour me faire admettre. Comment me dédire après cela ? frissonnai-je, me rappelant son austérité glaciale.

— Alors nous sommes destinés à nous quitter quand même…

— Pas pour toujours, pleurai-je en plongeant mon regard dans le sien. Je refuse de le croire. La reine Isabelle reviendra en visite. Vous reviendrez. Vous…

Saisissant mon visage entre ses mains, il m’embrassa et les larmes qui roulaient sur mes joues vinrent mouiller les siennes. Je m’agrippai à ses épaules et laissai mes lèvres fondre sous sa bouche exigeante. Le désespoir donnait à cette étreinte un goût particulier. Ses mains parcoururent mes épaules, glissèrent sur mon dos avant de regagner mes flancs, m’arrachant de légers soupirs. Il pétrit ma taille avec force comme s’il ne pouvait plus me lâcher. Dans ses bras, je me sentais chavirer. Regret, peur, désir… un désir teinté d’urgence et de fatalité. La nuit tombée nous masquait et mon corps se lova naturellement contre le sien. Devinant mon humeur, il me coucha sur le banc et reprit ses baisers, plus voraces. Le froid de la pierre se heurtait à mon corps devenu brûlant. Je poussai un gémissement, fis glisser l’encolure de la robe pour sentir ses doigts me toucher la peau. Quand ses paumes effleurèrent mes seins dressés, un long frémissement me saisit et je plaquai mes mains contre les siennes pour qu’il continue ses caresses. Dans le même temps, il me mordilla l’oreille et ses lèvres tracèrent un sillon ardent le long de mon cou. Je frissonnai tout entière sous les langues de feu qui parcouraient mon corps, étouffant mes soupirs au fond de ma gorge. Ses baisers gagnèrent le doux renflement de ma poitrine. Je rejetai la nuque en arrière, les yeux écarquillés, le regard perdu au milieu des étoiles avec l’impression surprenante que je pourrais bientôt les atteindre. Il se glissa tout contre moi, ses jambes entremêlées aux miennes à travers les pans de ma robe de telle façon que je ne pus plus ignorer son désir pressant contre ma cuisse.

Cette prise de conscience me dégrisa brusquement. Qu’étais-je en train de faire ? Dans le jardin ! Voulais-je donc finir déshonorée comme ma mère, sans même l’excuse d’avoir cédé à un prince ?

Le souffle court, je me redressai, le repoussant avec douceur.

— Non, Thiébaut, murmurai-je, utilisant pour la première fois son prénom. Même si j’aimerais tant emporter ce souvenir de vous, il nous faut être raisonnables.

Il se rassit et reprit sa respiration avec peine, incapable de détacher son regard fiévreux du mien.

— Vous avez raison, Morgane. Pardonnez-moi. À l’idée de ne plus nous voir, je pense que j’ai perdu la tête.

— Nous nous reverrons, répétai-je avec conviction, incapable d’envisager le contraire. Il le faut. Nous nous retrouverons un jour et je serai alors toute à vous.

Je posai une dernière fois mes lèvres sur les siennes pour sceller cette promesse.

 

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Deuxième partie :

Paris

 

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