Dark Soul (French Edition)
Chapitre 10
Charlotte : Ne pas se poser de question, avancer…
Aujourd’hui.
Et en toute honnêteté, je ne suis pas certaine d’être en mesure de me relever J e sors de chez la psy en ruminant. Aimer. Être aimée. En suis-je capable ? C’est prendre un risque. Celui qu’on me piétine, m’humilie. si cela devait arriver.
Je retrouve Lily avant de rentrer en cours. Elle vient près de moi en sautillant, je suis d’une humeur exécrable, et fidèle à elle-même, elle est adorable.
— Oh, toi ! Tu as mangé du lion, lâche-t-elle en se moquant de moi.
Tim, qui arrive derrière elle, renchérit :
— Je parierais sur une nuit de débauche avec un mec baraqué et tatoué, comme tu les aimes !
Je grommelle. Me font chier. Y a pas d’autres mots.
Lily se met sur la pointe des pieds, elle est vraiment petite, et dépose un bisou sur ma joue. Elle sent la pivoine. Je ne sais même pas quoi leur répondre. Tout ce qui risque de sortir de ma bouche sonnera agressif et je ne veux pas l’être avec eux.
— Bon, j’ai ce qu’il te faut, réplique Lily qui ne lâche pas l’affaire.
Elle fouille dans son sac et en sort un sachet kraft. Elle l’ouvre et crie :
— Tadaaaam !
Un énorme muffin aux myrtilles.
Et là.
J’avoue que j’ai le sourire. J’ai sauté le repas pour aller voir Héléna et peut-être, je dis bien peut-être, que mon humeur s’améliorera avec des calories.
Je salive et mes deux amis se marrent.
— Donc, dans le mode d’emploi spécial « Charlotte », glousse-t-elle, il faut ajouter « À nourrir à heure fixe », sinon c’est comme les Gremlins, elle se transforme en bête féroce !
Je lui tire la langue pour toute réponse et nous nous dirigeons en cours ensemble.
Après deux heures d’anglais, j’ai la tête qui va exploser. Je n’ai pourtant pas de problème à suivre en temps normal, mais aujourd’hui, c’était laborieux. Héléna m’a retourné le cerveau avec ses questions. Tim nous salue et rentre chez lui retrouver sa petite chérie ; Lily, ma brune préférée, m’attrape par le bras et annonce :
— J’ai une bonne heure devant moi avant d’aller prendre mon service au Blue Moon, alors toi et moi, ma grande, on va se boire un café. Ou un truc plus fort si tu en as besoin !
Elle pianote sur son téléphone en même temps qu’elle me parle et le range dans la poche de son gilet trop large pour elle. Je ne parviens pas à réprimer une réflexion que je me fais depuis que je la connais.
— Sérieusement, comment tu réussis à t’habiller, Lily ? Tu fais du quoi ? Du quatorze ans ?
Elle vire au rouge, mais pas du rouge de honte, du rouge de colère. Oups.
— Figure-toi que tout n’est pas si grand que ça. Je rentre dans du trente-six ! affirme-t-elle les poings sur les hanches.
— Pas en longueur ! m’exclamé-je en riant.
C’est plus fort que moi, je dois avoir besoin de plaisanter après avoir tant ruminé le reste de la journée. Je rattaque en lui donnant un coup de coude dans les côtes :
— Remarque, c’est Raphaël qui doit être content, ajouté-je en haussant les sourcils de façon suggestive, tu lui fais la bise quand tu rentres le soir ? ou…
Je me prends une violente claque sur l’épaule et je ris de plus belle. Lily se renfrogne. Une lueur d’espoir apparaît dans son regard quand elle voit Naaya sur le trottoir qui se dirige vers nous. Je l’ai vue très vite après le passage au foyer et on a discuté de Dom, mais je n’ai pas eu le courage de tout lui avouer. Après on s’est plutôt penchées sur son cas à elle et celui de JB.
— T’as pu venir ! s’exclame Lily en lui faisant la bise.
Naaya n’a pas le temps d’en placer une qu’elle enchaîne :
— Il était temps ! Elle se moque de moi depuis tout à l’heure, se plaint-elle.
Naaya plisse les yeux et me jauge.
— Ah ouais, comme ça, on se permet des familiarités avec ma meilleure copine ? articule-t-elle en me regardant de haut pour le coup.
Ça me fait marrer, elle n’est pas crédible avec ses poings sur les hanches. Je m’esclaffe :
— Oh, ça va, hein. Je lui demandais juste où elle trouve ses fringues. Parce que du quatorze ans, en vêtements adultes, c’est pas courant !
Naaya se bidonne et se joint à moi.
— La dernière robe que je lui ai offerte venait de chez « Pimkie » ! Du seize ans ! déclare-t-elle en riant.
Cette fois, Lily boude pour de bon et croise les bras devant elle.
Nous nous asseyons autour d’une table dans un café situé dans la rue Censier, pas très loin de la Sorbonne Nouvelle. Je colle une bise sur la joue de ma copine de classe et annonce :
— Oh allez, pour m’excuser, je te paye le café de l’amitié.
Elle lève les yeux au ciel faisant comme si c’était insuffisant. Je me dirige vers le bar pour commander une surprise pour Lily qui sera obligée de me pardonner après ça.
Le serveur arrive avec nos boissons et un coulant au chocolat avec double dose de chantilly. Lily bave sur le dessert, tandis que Naaya bave sur le barman… Je lui donne un coup dans les côtes :
— Ça y est, te revoilà en selle ? demandé-je, sachant qu’elle était un peu perdue avec son # plancul #sexfriends #boyfriend.
— Oh non, mais je ne me suis jamais privée de regarder les autres mecs ! Il faut conserver l’esprit critique et se tenir au courant de ce qui se fait sur le marché.
Cette fille est trop forte, elle me fait bien marrer et vivre un moment du quotidien sans me poser de questions me fait un bien fou. On boit un peu de notre expresso que je déguste avec le sourire. Son amertume est pile ce qu’il me fallait pour une journée comme aujourd’hui !
Naaya me relance sur son histoire de graff au foyer de Dom. Le sujet me provoque aussitôt des brûlures d’estomac.
— Tu viens, hein ? L’inauguration est pour bientôt, il faut que tu sois là pour me soutenir, sinon je vais fuir en courant à l’idée de devoir faire des interviews et tout, supplie-t-elle.
Je déglutis avec difficulté. Dom égal rappel des trucs pourris qui me sont arrivés égal mec adorable égal nuit blanche depuis que je l’ai revu égal espoir de le voir de nouveau dans ma vie égal me sentir brisée parce qu’il ne pourra jamais être plus qu’un ami égal…
— Hey ! me crient les filles en même temps. Charlotte, ça va ?
Je secoue la tête et ramène mon esprit à notre discussion.
— Oui, oui, ça va ! Vous excitez pas ! râlé-je, en passant une main sur mon visage pour revenir à la réalité.
— Attends, t’as tapé un fixe sur le vide et ton cerveau avait l’air d’être parti, mais genre, super loin de nous ! C’était flippant, réplique Naaya.
Je hausse les épaules. Ça m’arrive un peu trop souvent, ces absences, ces derniers temps. Toutes ces interrogations me rendent dingue ! J’aimerais être capable de mettre mes neurones sur pause juste une heure. Ça doit être si reposant de ne penser à rien.
— Tu me donnes du gâteau ? quémandé-je à Lily, qui me sourit en me tendant une cuillère énorme de coulant et de chantilly. Pile-poil ce qu’il faut pour détourner mon esprit tordu du sujet « Gueule d’ange aux yeux verts fabuleux ».
Le chocolat fond sur ma langue, la crème rafraîchit mon palais et c’est une explosion de plaisir dans ma bouche. Mes papilles dansent la samba ! C’est un dessert doudou, il fait du bien, juste quand on en a besoin. Bon, je ne parle pas des conséquences sur les hanches, mais en vrai… je m’en fous !
On discute de choses et d’autres durant l’heure qui suit et, lorsque nous nous quittons, Naaya me fait promettre de venir à l’inauguration, sous peine de venir me chercher elle-même par la peau des fesses…
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