Dark Soul (French Edition)
Chapitre 3
Charlotte : Foudroyée
Aujourd’hui.
chaleureuse malgré la Harley qui trône fièrement au milieu de la salle et J ’ai traîné Naaya au Hell’s Club en proche banlieue parisienne. Garage pour moto le jour, bar la nuit. Il y règne une ambiance l’odeur de cambouis qui provient de l’atelier. C’est un repère à bikers. Plein de grands gars baraqués, musclés, tatoués à l’allure de bad boys. Naaya a choisi de se faire appeler Cléo pour la soirée et j’ai choisi le surnom d’Eden, espérant être le paradis d’un motard pour la nuit.
Un certain Wren nous a abordées, grand, large d’épaules, cheveux noir corbeau et longs. Naaya n’a pas eu l’air de me tenir rigueur du fait que je l’ai invité à notre table. Nous passons un moment sympa avec lui et l’un de ses potes à l’allure hipster qui a l’air comme cul et chemise avec ma cop’s.
J’ai dû boire trop de téquila, parce que ma vue est un peu floue. Wren presse son flanc contre le mien. La chaleur qui se dégage de lui réveille mon bas-ventre. Je ne suis pas comme Lily et Tim qui souhaitaient trouver le grand amour. Celui qui les ferait vibrer jusqu’à la fin de leurs jours. Mais ça fait un moment que je ne me suis pas accordée un petit extra et Wren me semble parfait pour faire descendre mon taux d’hormones. Un homme sandwich en somme. Il cale un creux, mais ce n’est pas un truc qu’on veut consommer tous les jours…
— Ça te branche qu’on bouge vers un bar où des groupes se produisent ? m’interroge mon futur casse-croûte. Je pense que ces deux-là n’ont pas besoin de nous, affirme-t-il en désignant Naaya et son ami.
J’observe mon amie, assise face à moi. Elle est habillée comme une dominatrice ce soir. L’effet cuir qui moule comme une seconde peau sur une nana pulpeuse au regard de déesse égyptienne… Ça ne laisse indifférent aucun des sexes masculins ici présents. Elle rit et paraît détendue avec son nouveau pote. Une girafe de bière est posée devant eux, elle est entamée de moitié. Ils n’ont pas l’air pressés de partir. Elle qui voulait se changer les idées pour oublier JB, c’est la soirée idéale.
— Tu m’en veux pas si on bouge dans une autre boîte ? la questionné-je, assez fort pour couvrir le bruit ambiant.
Elle penche la tête sur le côté. M’observe. Observe Wren, un sourire en coin étire sa bouche, pas dupe de la fin de soirée que j’envisage.
— Fais-toi plaisir, ma belle, confirme-t-elle. Mon pote de beuverie et moi, on va se gérer comme des grands !
Elle lève sa pinte pour trinquer contre celle de monsieur Hipster et ils se marrent comme deux abrutis. Y a pas que moi qui ai abusé de la boisson, on dirait.
Mon cavalier de la soirée se lève et me tend la main. Je la saisis et nous nous dirigeons vers la sortie. L’avantage d’habiter à Paris, c’est qu’on fait tout à métro. Secoué par les mouvements du train, le beau brun me fixe de ses yeux aussi sombres que ses cheveux. Il désigne mon tee-shirt à la tête de zombie, Eddie, mascotte du groupe d’Iron Maiden. Wren approche son visage du mien et m’interroge de son timbre guttural.
— C’est pour jouer les rebelles ou t’es une vraie fan ?
Je plisse les yeux, vexée qu’il puisse me prendre pour une fausse groupie. Toutefois, je peux comprendre qu’il se méfie, trop de monde porte leur tee-shirt pour le côté provocateur.
— Tu me blesses… murmuré-je, une main sur le cœur. Mon album préféré est « The number of the beast », mais « Fear of the dark » n’est pas mal non plus. En revanche le dernier « Senjutsu », je n’adhère pas, trop chiant.
Il colle sa bouche près de mon oreille, déclenchant une nuée de frissons dans mon dos.
— Parfait, tu vas adorer l’endroit où je t’amène.
Nous entrons dans un bâtiment parisien par une petite porte couverte de flyers collés les uns sur les autres. Aucun bruit ne filtre vers l’extérieur. Seuls les fumeurs qui se tiennent les uns contre les autres dehors, pour ingurgiter leur dose de nicotine, indiquent qu’une salle n’est pas loin.
Wren me tient la porte en gentleman, je passe un sas sombre qui aboutit dans une grande salle, haute de plafond. Il y a des bars de chaque côté de la pièce, avec une scène surélevée au fond. Un groupe est en train de jouer et ma tête se cale immédiatement sur le rythme du heavy métal qui a envahi l’espace. La musique me transporte, depuis toujours. Elle a été d’une grande aide dans ma vie, une béquille pour traverser les moments difficiles.
La batterie résonne dans ma cage thoracique et la basse fait vibrer mon sang qui pulse de plus en plus vite dans mes veines. Mon corps tout entier réclame de bouger.
— Je vais te chercher un truc à boire, m’informe Wren dans le creux de mon oreille, me laissant sur la piste.
Déjà bien chargée en alcool, je le laisse faire, j’apprécierai d’autant plus le voyage dans un état second.
Je me laisse porter par les autres corps qui remuent autour de moi. La main de mon cavalier apparaît et me tend un shot que j’avale cul sec. Je saute sur place en laissant mon être prendre les commandes. Je ne suis plus qu’un pantin se mouvant au gré de la musique. Mes yeux se ferment et mes jambes bougent. Des mains se plaquent sur mes hanches, je tourne la tête vers l’arrière pour m’assurer que c’est bien Wren. Il me rend un sourire entendu. Nous savons tous les deux comment ce moment magique va finir.
Je me plaque davantage contre son bassin et abandonne mon corps aux aigus, aux graves, aux hurlements, aux paroles, à l’ambiance.
Des heures doivent passer. Je bois. Je danse. Je chauffe le brun qui m’accompagne. Le dernier groupe qui est passé a vraiment tout déchiré, j’écoute peu de nouveautés, mais là, j’ai envie de retenir leur nom. Je m’étire pour apercevoir le groupe à travers la foule amassée devant. Un mec, à la peau sombre et aux dreadlocks, quitte le premier la scène en faisant tourner ses baguettes sous les cris de la foule. Un deuxième, avec une petite veste près du corps et un foulard, lance un baiser en l’air et chope la main d’une poulette qui n’attend que ça en bas des escaliers. Le troisième a beaucoup plus le look du métalleux, cheveux négligés et trempés de sueur, plaqués sur le front, jean noir troué, cuir élimé. Il ne regarde personne, le visage figé dans un masque de neutralité et se colle une clope dans la bouche. Je souris parce que c’est de lui que je me sens la plus proche. L’univers sombre qui l’habite exsude de ses pores. Enfin, le dernier murmure un « merci » d’une voix rauque et vibrante. Une voix qui est gravée à jamais dans mon esprit. Une voix associée à des iris émeraude, des cheveux châtains en bataille, des mains douces, un ton autoritaire, la sécurité… un charisme saisissant. DOM.
Mon corps peine à me porter, des flashs de la soirée de mes dix-huit ans me reviennent. Tant de bonnes choses effacées par de mauvaises choses… Je suis tétanisée, bloquée sur ce mec à la gueule d’ange qui quitte la scène. La quitte et descend rejoindre ses potes à une table où quelqu’un l’attend. La foule autour de moi s’efface, ne reste que lui, la distance qui nous sépare… et cette rousse. Cette femme aux talons aiguilles qui ressemble plus à une responsable d’un service administratif qu’à une groupie, mon opposé. Elle l’observe comme on vénère un investissement rentable ou un bien immobilier. Les autres musiciens l’ignorent, passent devant elle sans un sourire, et s’installent pour récupérer leur bière. Lui. Il la voit. Son visage détendu par le show se crispe un peu. Son front se plisse, pourtant, il esquisse un sourire qui sonne faux et l’embrasse au coin de la bouche.
Son visage se détourne de la femme et je jurerais qu’il m’aperçoit. Pétrifiée, foudroyée par tous les sentiments qu’il m’inspire, je ne parviens pas à amorcer un mouvement. Mes émotions me submergent… Douceur, sérénité, sécurité, envie, regrets, perversités, douleur. Mes paupières clignent, mon cœur martèle ma poitrine. Je ne suis pas prête pour une telle rencontre. Il faut que je bouge. Wren glisse ses mains sous mon tee-shirt et la chaleur de sa peau sur la mienne se diffuse alors que c’est le visage de Dom qui s’imprime sur ma rétine et me trouble. Mon corps réagit à ces sensations. Plus qu’il ne le devrait.
La rousse le tire par le bras et il pivote vers ses potes. On dirait qu’il ne m’a pas reconnue en fin de compte. Entre soulagement et déception. Je déglutis avec difficulté. Comme si mon corps tentait d’avaler ce que provoque cette apparition pour la digérer.
Il faut que j’oublie ce que je viens de voir, ça ferait remonter trop de souvenirs, trop de cauchemars aussi. Je me retourne dans les bras de Wren qui se penche pour m’embrasser. Mon corps est détendu par ces magnifiques heures à bouger sur la musique, mais mon esprit est paralysé par l’image d’un fantôme. Je lâche un « Chez moi » à Wren dont le sourire gagne en intensité.
Quand il découvre que j’habite avenue d’Italie, ses yeux s’écarquillent.
— Bordel, mais tu fais quoi dans la vie pour pouvoir te payer un appart ici ?
— J’ai des parents riches. Ils ne me supportent pas et me donnent suffisamment pour vivre. Assez pour que je demeure loin d’eux.
Mais je ne veux pas parler de moi ni de lui. Je veux juste m’oublier dans ses bras. Sous ses assauts, j’ai besoin de sensations fortes pour effacer l’image de celui qui fait remonter tant de pensées, bonnes et mauvaises.
Nous montons tous les deux, un peu éméchés. Ma vue n’est pas stable, je suis dans un semi-état de conscience. J’adore cette sensation, je peux tout faire sans réfléchir aux conséquences et je rêve d’oublier les effets que cette soirée aura demain.
Dans l’ascenseur, Wren colle ses deux grandes paumes sur mes fesses en me plaquant contre l’un des côtés de la cabine, tout en caressant ma langue de la sienne. Mon cœur s’emballe et de douces tensions naissent dans mon corps. Ma poitrine se plaque contre son torse. Sa fermeté me séduit. La chaleur qu’il dégage se communique à ma peau. J’ondule contre lui, faisant monter mon désir. L’intérieur de mes cuisses s’échauffe et m’arrache un gémissement de frustration. Il m’en faut plus. Le spécimen est grand, costaud et tout son corps semble proportionnel à cette description. Je me délecte de la pression qui monte entre mes cuisses. L’espace réduit est envahi par une envie de corps-à-corps. Ses mains se glissent sous mon haut, elles flirtent avec la naissance de mes seins qui se tendent de désir. L’idée qu’il me prenne, ici et maintenant, est séduisante, mais je m’impose des limites. Ne pas me faire culbuter dans mon immeuble en fait partie. Je lui saisis les mains et les pose sur son torse qui monte et qui descend au rythme rapide de sa respiration, je ne suis pas en reste et lui murmure, essoufflée :
— Pas trop vite, cowboy, on a le temps !
Il sourit et gronde :
— Eden, ne me chauffe pas trop si tu ne veux pas que je te force à quoi que ce soit.
Eden, c’est mon nom de soirée. J’assume mal mon comportement débridé et porter la personnalité de quelqu’un d’autre, le temps d’une soirée, m’aide à me laisser aller. Je recule d’un pas en sentant l’ascenseur s’arrêter et lui fais un clin d’œil lorsqu’il évoque le fait de me « forcer »…
— Voilà qui est intéressant, ce ne serait pas pour me déplaire, réponds-je pour le provoquer.
Le mec passe une main dans ses cheveux longs pour les nouer à l’arrière de sa tête, révélant le carré de sa mâchoire. C’est un regard de prédateur qu’il pose sur mon corps lorsque les portes s’ouvrent. Je le prends par la main et le guide vers mon hall. Nous pénétrons dans mon petit studio parisien, une pièce simple, meublée d’un clic-clac sombre, face à l’entrée, d’une cuisine aménagée sur la droite, le combo salle de bain toilettes à gauche et ma batterie au fond de la pièce principale, sous les toits. Bien suffisant pour mon instrument et moi. La décoration est sobre, ce n’est pas le bazar, mais je ne suis pas une as du ménage non plus.
Je tire Wren, le pousse vers mon canapé et entame le déshabillage de la montagne de muscles qui se trouve face à moi.
Il découvre ma batterie et siffle :
— Plus qu’une fan, pas vrai ?
Je lui fais un clin d’œil pour toute réponse et lui ôte son tee-shirt. Un sourire lubrique éclaire son visage quand il me voit saliver face au torse sculpté qu’il m’offre pour le reste de la nuit. Il n’a pas l’air d’être le genre d’homme à accepter de se faire dominer et c’est bien pour ça qu’il a retenu mon attention. Il saisit mes poignets en se levant, me fixe sans un mot. Parcourt mon corps de sa paume sans le toucher réellement. À quelques millimètres de mon épiderme. Mon cœur accélère, je savoure cette entrée en matière. Loin d’avoir sa retenue, je déboutonne son pantalon et lui énonce les règles :
— Pas de pipe, pas d’étranglement sans que je te le demande. Tout le reste tu peux le faire. Et quand je dis tout, c’est tout. Tu peux être violent, ça ne me dérange pas.
En vérité, je n’attends que ça.
— Mais... ajouté-je. Prends ton temps.
Wren penche la tête sur le côté et plisse les yeux. Il me jauge, j’ignore si c’est bon signe. Je provoque souvent ce genre de réaction. Quand toutes les informations sont arrivées à son cerveau embrumé par l’alcool, une moue vicieuse se dessine sur ses lèvres.
— J’étais loin de me douter qu’avec un surnom comme « Eden », il y aurait des règles, constate-t-il en se rapprochant de moi.
Ses muscles roulent sous sa peau, comme ceux d’un félin, et il ronronne d’avance.
Il s’avère être un amant admirable, mais un peu trop gentil à mon goût. Ses gestes sont prudents, loin de la fermeté que je recherche. Je suis obligée de me finir moi-même sans douceur sous son regard. Certains hommes n’apprécient pas. Ils savent que ça signifie qu’ils ne sont pas parvenus à nous donner du plaisir. D’autres au contraire remettraient bien le couvert après avoir vu une telle scène. Wren m’observe, sans jugement, et m’accompagne en me caressant jusqu’à ce que le plaisir m’emporte.
Je m’endors dans les bras du colosse, repue.
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